Surf Alpin Lacroix: Une Histoire d'Innovation et d'Évolution

Le surf alpin, ou monoski, a connu une histoire riche et complexe, marquée par des innovations audacieuses, des moments de gloire et des périodes de déclin. Cet article explore l'évolution du monoski, en mettant en lumière les acteurs clés, les modèles emblématiques et les défis rencontrés tout au long de son parcours.

Les Précurseurs du Monoski

L'histoire du monoski commence avec Jacques Marchand, qui invente le premier monoski connu. Il dépose un brevet le 11 mai 1961, qui est publié le 27 octobre 1964. Le ski est parallèle avec une spatule perpendiculaire arrondie. Marchand en fait la promotion sur la côte Est des États-Unis, allant même jusqu'à le présenter dans une vidéo promotionnelle tournée dans la neige de Central Park.

Au printemps 1969, Mike Doyle, un surfeur professionnel légendaire, découvre le ski lors d'un séjour dans l'ouest des États-Unis. L'idée de surfer sur la neige le captive, et il se lance dans la fabrication de son propre "SINGLE-Ski" en fibre de verre et en résine, en s'inspirant de son expérience dans la construction de planches de surf. Il utilise des fixations classiques de ski alpin et donne à son ski une forme parallèle avec une spatule en doubles arcs pointus.

Lors de ses premiers tests, Doyle constate que le flex du monoski n'est pas équivalent à celui d'un ski traditionnel. De plus, les fixations se détachent. Pour résoudre ces problèmes, il ajoute deux morceaux de mousse en forme de cône à l'avant et à l'arrière pour améliorer le flex, et du bois dur au centre pour solidifier la planche. Malgré ces améliorations, les fixations continuent de se détacher lors des essais suivants. Par chance, un technicien lui apporte la solution, et Doyle parvient finalement à skier comme il l'avait imaginé.

Les premières descentes de Doyle suscitent la controverse, notamment auprès des pisteurs de Jackson Hole, qui se sentent intimidés par sa capacité à les égaler en quelques descentes seulement, après avoir passé leur vie à perfectionner leur technique de ski.

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L'Essor du Monoski dans les Années 1970

Au printemps 1971, Mike Doyle réalise une vidéo de promotion intitulée "Fins Unlimited" avec l'aide de son ami surfeur Bill Bahne et le soutien de LANGE. En novembre 1971, le premier article sur le "SINGLE-Ski" paraît dans le magazine Ski Magazine, sous le titre "Mec, je peux à peine skier avec 2 skis".

Au début des années 1970, Doyle équipe des amis et se fait filmer par Dick Barrymore au Canada. Le court-métrage remporte des prix en Europe et suscite un vif intérêt, en particulier pour la scène où Doyle et Joey Cabel exécutent 268 virages en forme de 8 parfaits dans de la neige immaculée. Powder Magazine utilise une photo de ces virages dans l'une de ses premières éditions en 1973, ce qui conduit à des concours où les participants cherchent à battre ce record.

En 1973, Dick Barrymore réalise le film "Mountain High", qui présente le SINGLE-Ski et offre une excellente publicité à Mike Doyle pour son modèle fabriqué en aluminium structuré en nid d'abeille.

Doyle et Bahne approchent la Hexcel Corporation, qui avait déjà travaillé avec Jacques Marchand. Impressionné par la passion de Doyle, le conseil d'administration lui offre un contrat d'un an, un van, 80 000 dollars et un pourcentage sur les ventes pour promouvoir son invention. Cependant, Bahne convainc Doyle de produire le SINGLE-Ski par leurs propres moyens.

Malheureusement, Bahne rencontre des problèmes de fabrication et ne peut honorer les premières commandes. Après deux ans de promotion, Doyle visite l'usine et découvre que Bahne n'a jamais déballé les machines et que chaque SINGLE-Ski a été fabriqué à la main.

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Dennis Thorne, qui avait des difficultés à skier en raison d'une blessure à un orteil, teste le SINGLE-Ski et y voit une solution pour continuer à skier. Il devient le premier distributeur de SINGLE-Ski en 1975, faisant de son magasin un point de rencontre pour les monoskieurs d'Amérique du Nord.

En 1976, Mike Doyle découvre le premier "Winterstick Snowboard" conçu par Dimitrije Milovich et réalise que son rêve est réalisé par un autre. Il comprend que le snowboard est un concurrent sérieux au SINGLE-Ski, malgré les fixations archaïques des premiers modèles.

L'Expansion du Monoski en Europe

Au printemps 1978, Maritxu Darrigrand, la compagne d'Yves Bessas, importe en France les deux premiers "Bahnes" que Mike Doyle lui a confiés. Dans la saison, un producteur du Jura commence à fabriquer des répliques sous l'appellation "Petite Jeannette".

Le premier monoski de production, le "Pierre Poncet", est réalisé en 1979 en France par la société DURET. Michel Duret joue un rôle clé dans la promotion de ce nouveau sport en mettant des planches à disposition dans les stations. Le monoski est rapidement distribué par de nombreuses enseignes, avec Rossignol comme principal concurrent avec son modèle "Soleil" jusqu'en 1982.

En 1982, TUA produit le "Tueur", un monoski de forme similaire, mais de poids différent et de taille identique : 185 cm. Le monoski devient un phénomène de mode en France, et de nombreuses compagnies suivent le mouvement. La première compétition de monoski a lieu en Italie et est sponsorisée par CARTIER.

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Les Années 1980: Innovation et Compétition

En mars 1983, Monoski&Co. produit un modèle différent, en queue d'hirondelle, qui se skie plus facilement, mais dont la structure composite en bois entraîne des coûts de fabrication élevés. Fred Vaillant et Benoît Serrel créent le BeBop dans un petit atelier de Sallanche en Haute-Savoie.

En février 1984, Rossignol organise un show pour dévoiler un des 25 modèles développés en 1981. Duret produit alors le "PanAm" sur la même base : le ski est effilé vers l'arrière avec une spatule arrondie, ce qui facilite le déclenchement de virage et offre une finition glissée souple, idéale pour les débutants. Rossignol sponsorise la série Apocalypse Snow 1, 2 & 3, qui met en scène les premiers modèles "Soleil" et des prototypes.

En mars 1983, Joël Gery décède lors d'un entraînement au derby des Grands Montets. Pour honorer sa mémoire, sa sœur Annette Gery et deux de ses amis, Phillipe Lecadre et Eric Saerens, créent en 1985 un rassemblement de monoski festif et costumé. Ce mémorial réunit les meilleurs monoskieurs de la planète. Anne Gery obtient un contrat avec une société de cigarettes pour une tournée de démonstration de sauts.

En 1985, la première compétition publique de monoski est organisée à Vars, dans les Alpes du sud. C'est un derby. En 1986, le premier championnat est organisé avec la FFS, tandis que les constructeurs figent la forme des monoskis.

Gillaï Szekeli quitte Rossignol en 1986 pour aller chez Nitro, où il développe un produit similaire au "BeBop", le "Cham", avec trois flex différents. A cette époque, Duret vend 60 000 monoskis, Rossignol en vend 10 000, et Head et Look en vendent 2000, pour un total de 120 000.

Rossignol tente de percer aux États-Unis en tournant des scènes d'Apocalypse Snow dans le Grand Canyon, mais une tournée dirigée par Philou Azais ne rencontre pas un grand succès. Duret y connaît également un succès modéré.

Eric Darsonval, un ami de Jean-Philippe Thevenod qui travaille chez Duret, crée la "DARSONVAL Monoski". Steve Chichinski, qui produit le SINGLE-Ski, tente de se rapprocher des Français sans succès. Sa société, la Ski Tech Research, accuse une perte de 250 000 dollars après avoir vendu 300 monoskis sur une production du double.

Le Déclin et la Renaissance du Monoski

En 1987, Steve Chichinski revend sa licence au Japonais Mike Lish, qui fonde la Yama Board and Ski Company en Californie du sud avec sa mère. En 2005, Chad Houck, associé à la marque depuis 1991, prend les rênes de la production et emménage dans de nouveaux locaux à Ridgecrest, Californie.

En 1988, les épreuves de vitesse gagnent le monoski avec un record à 180 km/h de Vincent Guinchard. Malgré la promotion et l'implication de l'industrie, le monoski a du mal à trouver sa place auprès du grand public.

En 1989, les derbys et les compétitions sont arrêtés. Le "BeBop" quitte la production, et une grande fête célèbre sa mémoire. Eric Darsonval vend le "Breckenridge", son dernier monoski, avant de rentrer en France. C'est le début du déclin du monoski.

Dans les années 1990, la presse considère le monoski comme un jouet. Kent Hunter lance pour les débutants la "World Board", un snowboard basé sur le modèle de Dimitrije Milovich. L'industrie, déjà équipée pour les planches larges, suit la mode. Mike Lish chez YAMA produit le "I.C.B.M." (Incredible Carving Ballistic Missile) sur ce modèle de snowboard. Jean-Philippe Thevenod, chez Duret, crée le World Cup. Le ski est beaucoup plus facile à déclencher, mais la mode est passée.

En 1993, C.J. Turner, alias "Turbo", est recruté pour promouvoir le monoski dans des shows à l'américaine, le "Turbo Tour". Malgré cette publicité, la pratique ne se développe pas. Look cesse la fabrication, suivis par Blizzard, Tua, Dynamic puis Dynastar avec son populaire "Non Stops", et enfin Bahnes avec le "Potato Chip Special". Duret réduit sa gamme.

En 1995, Rossignol produit son dernier modèle, l'Extrême. Yama se reconvertit au snowboard. Le World Cup rencontre des défauts de construction et ne séduit pas. L'entreprise Duret rencontre des problèmes internes. FREESURF fabrique un modèle tout bois de 18mm facile à déclencher et très agréable.

En 1998, WhiteKnuckle sponsorise le "Derby de la Meije", organise deux "Monopalooza", ainsi que le "Mike Doyle Invitation" à Copper Mountain, Colorado. Mike Doyle y participe et rechausse un monoski pour la première fois depuis 1983. Il fait don de son prototype au musée du ski de Vail, Colorado.

En 1999, Rossignol vend ses derniers stocks. LUNAR et WhiteKnuckle créent un hybride entre le "BeBop" et le "NitroCham" de Gilles Zekeli. Duret cesse ses activités. Jean-Philippe Thevenod, avec d'autres employés, rachète l'entreprise. La gamme de monoskis est redéveloppée. Des associations de monoski sont créées aux États-Unis et au Japon. La pratique se restructure et le dynamisme renaît.

En 2003, l'usine DURET est définitivement fermée. Aluflex sort l'AIGUILLE VERTE, un monoski de freeride. Une série en 2,01m avec ajout de Kevlar, baptisée "Xavier DURET", est conçue en hommage à sa victoire au Derby de la Meije.

En avril 2006, le nouveau record du monde de vitesse en monoski est établi par X. En 2007, DURET sort le "KL" pour l'initiation au Kilomètre Lancé. Le dernier opus d'Apocalypse Snow sort cette année-là. La même année, les établissements BOHEME sortent un monoski fait main : le "Back 80’s".

L'Héritage de Lacroix

Parmi les acteurs de cette histoire, la marque Lacroix occupe une place particulière. Créée par le skieur Léo Lacroix en 1967, Lacroix Sports s'est imposée comme une marque de ski haut de gamme. Léo Lacroix, membre de l'équipe de France de ski dans les années 60 et médaillé Olympique, a toujours eu le souci de la technologie et a très tôt conçu ses propres skis avec son cousin.

Au début des années 90, la marque figure parmi les plus onéreuses de l'histoire du ski mondial. Après avoir été rachetée successivement et devenue plus confidentielle, Lacroix Sports a gardé une forte notoriété, ce qui a convaincu Günther Doll et Damien Bodoy de racheter la marque en 2022.

Après avoir relancé la production et réactivé la distribution, Günther Doll et Damien Bodoy ont présenté leur première collection hiver 2023/24, avec le lancement de deux nouvelles paires de skis : le Monarc pour hommes et le Pearl pour femmes. L'ambition de Günther Doll et Damien Bodoy est de diversifier la marque, notamment dans le golf et le textile.

Le Skwal: Une Niche d'Excellence

Le Skwal, une variante du monoski avec un seul ski large et deux fixations placées l'une derrière l'autre, a connu un parcours particulier. Apparu en 1992, le Skwal se distingue par son exigence technique et physique, nécessitant vitesse et cuisses d'acier pour guider les planches.

Après des premières planches sorties des ateliers Lacroix, le Skwal selon Balmain s'imagine sous la marque Thias. Une dizaine de sociétés se lancent dans l'aventure, et des fans se développent dans le monde entier.

Au début des années 2000, le Skwal a tout pour conquérir les pistes, mais le temps du carving est déjà en train de faner. Le snowboard se fait avec des boots et l'esprit du freeski montre le bout de sa spatule. La déferlante n'arrivera jamais.

Patrick Balmain continue d'y croire dur comme fer et revient à la charge en 2023-2024 avec une nouvelle série de planches, plus courtes, plus larges, plus faciles et moins extrêmes.

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