Le voile et le monde du travail : Témoignages et expériences

Le port du voile est une question complexe, souvent source de tensions et de malentendus, tant au sein des familles qu'au sein de la société en général. De nombreuses femmes musulmanes font face à des obstacles et des discriminations lorsqu'elles choisissent de porter le voile, en particulier dans le domaine professionnel. Cet article se penche sur les témoignages de femmes qui ont vécu des expériences variées, parfois douloureuses, parfois encourageantes, en lien avec leur choix de porter le voile et leur parcours professionnel.

Les réactions familiales : entre incompréhension et rejet

Pour de nombreuses jeunes femmes, la décision de porter le voile est une démarche personnelle et spirituelle importante. Cependant, elle peut se heurter à l'opposition de leurs proches, comme en témoignent Yasmine, Adama, Salima, Laura et Sonia. Leurs familles s’y sont opposées, par « volonté d’intégration », par peur pour leur carrière ou d’une éventuelle radicalisation.

Yasmine, étudiante de 22 ans, exprime avec amertume le manque de soutien de son entourage : « Quand tu portes le voile, tu déçois tes proches. Je n’ai pas connu un moment où on m’a soutenu totalement. On est toute seule. » Elle souligne également la pression exercée par certains membres de sa famille, qui associent le voile à un obstacle à sa carrière : « Quand l’étudiante parle de ses recherches de stage, elles lui rétorquent avec dégoût : “Tu vas enlever ça quand même…” ». Elle est actuellement en master de droit des affaires, elle ne s'est jamais fermé aucune porte, au contraire ! « Les femmes se sont battues, nous on s’est battues, pour nos libertés. Et toi, tu portes le voile », lancent-elles un autre jour. Des membres de sa famille lui ont même retiré son voile chez elle, contre son gré.

Adama, 33 ans, a vécu une expérience similaire. Elle raconte comment sa décision de porter le foulard, alors qu'elle était jeune mariée et enceinte, a suscité l'incompréhension et les réflexions désobligeantes de son entourage, y compris de voisins. Sa famille, bien que pratiquante, ne comprenait pas son choix, considérant le foulard comme une barrière inutile.

Laura se souvient très bien du jour où elle a pris son courage à deux mains pour annoncer la nouvelle à ses parents. Du haut de ses 16 ans, la lycéenne a décidé de porter le voile. Ce samedi soir, après avoir fait les cent pas dans sa chambre, la jeune fille descend dans la cuisine et se confie à sa mère. « Quelle bêtise tu me racontes ?! », lui rétorque-t-elle. « Ma mère fait partie de cette génération qui est fière de s’être intégrée, de porter son tailleur, de se confondre dans la masse. » Sa famille a commencé à lui reprocher des avis qu'elle « n'avait pas ».

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Sonia, étudiante en droit de 23 ans, vit une guerre froide avec son père depuis qu'elle porte le foulard. Malgré sa pratique religieuse, son père a du mal à accepter son choix, craignant peut-être qu'elle ait subi un lavage de cerveau. Elle raconte qu’il fait ses cinq prières par jour et le ramadan. Mais rien n’y fait, ça ne passe pas. « On n’en a jamais parlé en frontal, mais je l’ai entendu en discuter avec ma mère ou ma tante. Je crois qu’il s’est dit qu’on m’avait peut-être lavé le cerveau. »

Salima, quant à elle, n'a jamais porté le voile. En 2014, Salima a tout juste 18 ans et se lance dans une nouvelle vie : la petite dernière de la fratrie déménage de chez ses parents à Aix-en-Provence pour poursuivre ses études de langues à Montpellier. Mais sa vie de jeune étudiante va malgré elle s’entremêler aux déboires de ses deux cousines. Alors que Salima s’intéresse davantage à l’Islam et commence à prendre des cours de religion, ses cousines surprennent toute la famille en s’envolant pour la Syrie.

Ces témoignages illustrent la complexité des relations familiales face au port du voile. Les familles peuvent craindre pour l'avenir de leurs filles, redouter une forme de repli communautaire ou simplement ne pas comprendre ce choix personnel.

Le voile et la recherche d'emploi : un parcours semé d'embûches

La recherche d'emploi est une étape cruciale dans la vie de tout jeune diplômé. Cependant, pour les femmes portant le voile, ce parcours peut être semé d'embûches et de discriminations. Alisa a vu sa vie professionnelle bouleversée, entre entretiens écourtés et demandes frontales de le retirer.

Alisa témoigne des difficultés qu'elle a rencontrées dans sa recherche d'emploi depuis qu'elle porte le voile. Elle décrit le stress constant de se demander si elle sera acceptée avec son voile et raconte des expériences humiliantes, comme cet entretien écourté où le recruteur lui a simplement dit qu'elle ne correspondait pas à ses attentes.

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Elle a décroché un stage en tant qu’assistante administrative dans un centre de formation. Lors de l’entretien, elle n’était pas encore officiellement voilée. Le premier jour, elle décide d’arriver avec… Là, les employés la regardent d’une drôle de manière, mais elle n’a le droit à aucune réflexion. À la fin de la journée, elle est convoquée dans le bureau de la responsable des ressources humaines. Ce que je redoute le plus arrive : « Tu dois l’enlever, notre règlement ne te permet pas de le porter. Tout au long du stage, je me sentais nue. Je n’étais pas moi-même.

Une étude universitaire publiée début décembre 2024 a révélé que porter le voile diminuerait de "plus de 80%" les chances de décrocher un entretien pour une recherche d'alternance. Leila décrit une boule au ventre à chaque fois qu'elle se rend à un entretien. Et pas l'habituel stress qu'on ressent avant chaque confrontation à un employeur : "on ne sait jamais vraiment ce qu'on va nous dire vis-à-vis de notre voile", témoigne l'étudiante musulmane, qui le porte depuis bientôt dix ans.

Valentine en a fait l'expérience dans le cadre de processus de recrutement automatisé par l'IA, où elle apparaissait avec son voile. "On devait participer à un entretien vidéo. La jeune femme de 23 ans a choisi de ne pas mettre de photo sur son CV. "Si j'en avais mis une avec mon voile, cela aurait joué en ma défaveur et je n'aurais pas été jusqu'à l'entretien.

Bassma, étudiante en M2 de RH, raconte avoir retiré sa photo de son CV après avoir constaté qu'elle n'obtenait aucune réponse à ses candidatures lorsqu'elle affichait une photo d'elle avec le voile. Pour éviter les refus, de nombreuses étudiantes tentent de se renseigner sur les entreprises qui recrutent les femmes portant le voile.

Face au stress de ne trouver aucun contrat pour valider son année, certaines étudiantes décident même de "céder", et d'enlever leur voile pour maximiser leurs chances. Asma, qui n'a finalement pas été retenue pour le poste, raconte : "Une fois, je suis venue avec mon voile en précisant que j'acceptais de le retirer pour travailler".

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Ces témoignages poignants mettent en lumière les discriminations systémiques dont sont victimes les femmes voilées dans le monde du travail. Elles sont souvent confrontées à des choix difficiles, entre affirmer leur identité religieuse et accéder à l'emploi.

Des expériences positives : concilier foi et travail

Malgré les difficultés rencontrées, certaines femmes ont réussi à concilier leur foi et leur travail, en trouvant des employeurs ouverts et respectueux de leur choix vestimentaire. Le but de cet article est d’encourager les sœurs qui sont contraintes de retirer leur voile pour travailler à ne plus le faire (et je sais qu’elles sont nombreuses, qu’Allah leur accorde une meilleure issue) .À travers ces témoignages, je tiens à montrer qu’Allah nous facilite lorsque l’on fait preuve de sincérité et de détermination face aux épreuves.

Habiba, qui travaille sur une plate-forme courrier depuis 3 ans, témoigne de son expérience positive, malgré quelques réflexions blessantes de la part de certains collègues. Elle conseille aux sœurs qui travaillent avec le voile de ne pas se laisser intimider, car certains employeurs font tout pour les détourner de leurs obligations.

Fatima, conseillère en économie sociale et familiale, a trouvé un emploi dans une association où elle peut porter le hijab sans problème. Elle raconte comment elle a progressivement assumé son voile au travail et comment elle a été acceptée par ses collègues et sa direction.

Luz, rédactrice et assistante chef de projets web, a été embauchée après avoir retiré son voile pour l'entretien. Cependant, son employeur lui a proposé de le remettre dès le lendemain, affirmant que cela ne posait aucun problème. Elle est contrainte de retirer son voile lors de salons, ou bien pour certaines réunions ou rendez-vous à l’extérieur, car les clients ne sont pas tous tolérants.

Ces témoignages encourageants montrent qu'il est possible de concilier foi et travail, à condition de trouver des employeurs ouverts et respectueux de la diversité.

Stratégies et adaptations : naviguer dans un environnement hostile

Face aux discriminations et aux obstacles rencontrés, les femmes voilées développent des stratégies et des adaptations pour naviguer dans un environnement parfois hostile.

Certaines choisissent de retirer leur voile lors des entretiens d'embauche, comme l'a fait Luz, afin de maximiser leurs chances d'être recrutées. D'autres, comme Fatima, adoptent une approche progressive, en portant d'abord un turban avant d'assumer pleinement le hijab.

Les étudiantes doivent élaborer des stratégies d'approche, avant de rencontrer les recruteurs pour la première fois. "Une fois, je suis venue avec mon voile en précisant que j'acceptais de le retirer pour travailler", raconte Asma.

Ces stratégies témoignent de la résilience et de la détermination des femmes voilées, qui cherchent à concilier leur foi et leur aspiration à une vie professionnelle épanouissante.

L'importance du soutien et de l'engagement

Face aux difficultés rencontrées, le soutien de la famille, des amis et des associations est essentiel. Les sœurs de Sonia la soutiennent et tentent de faire évoluer les choses. Adama a également l’impression que les choses se tassent, petit à petit.

Laura s'est engagée chez Lallab, une association féministe et antiraciste qui défend les droits des femmes musulmanes. « Malgré leur réticence autour du voile, paradoxalement, ils sont fiers de voir que je me bats pour mes droits. »

Pour Yasmine aussi, les remarques se sont estompées. « Ils n’ont pas eu le choix ! Ils peuvent garder leurs réflexions dans leurs tête mais je ne leur permets pas de me juger ! » Elle aussi a trouvé son stage de fin d’études. « C’est déjà dur de trouver un stage quand t’es étudiante, je n’allais pas m’ajouter ça. Et ce n’est pas un échec, c’est pragmatique. Je sais qu’il faut que j’arrive avec le meilleur CV et la meilleure expérience pour essayer de changer les mentalités.

Ces témoignages soulignent l'importance de la solidarité et de l'engagement pour lutter contre les discriminations et promouvoir une société plus inclusive.

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