La source de la Douix, située près de Châtillon-sur-Seine, représente un site de plongée souterraine qui se mérite, offrant une expérience singulière et intensément physique. L'approche de ce milieu confiné exige une préparation méticuleuse et une compréhension profonde des défis inhérents à un environnement où la remontée rapide est souvent impossible. Au-delà de l'aspect technique, chaque immersion à la Douix est un voyage mental, où l'évaluation des conditions et la gestion des émotions jouent un rôle primordial.
La question de la prochaine sortie s'est posée sitôt la plongée du 13 février à Challière expédiée : Douix ou pas ? Et quelle plongée ! L'anticipation était palpable pour cette destination renommée. Arrivés en fin de matinée, le village se réveille doucement, et le petit groupe de plongeurs se retrouve seul sur le grand parking bordant le petit parc au pied de la source. Effectivement, il n'y a pas foule sur le parking, signe d'une activité réservée à un cercle d'initiés. À Châtillon, la Seine n’est pas encore très loin de son origine et elle s’assèche même parfois en été. Habituellement, à Châtillon, la Seine coule sagement comme une petite rivière de province lorsqu’elle est à 5m3/s. Hélas, un mini-pic suite à un petit épisode pluvieux le 10 mars, à J-2 pour notre plongée, fit légèrement remonter le débit et casser cette belle courbe descendante. Vu comme ça, on plonge sans problème, mais la réalité sous l'eau allait se montrer bien différente.
Préparatifs et Configuration des Équipements : Des Choix Cruciaux
La préparation du matériel est une étape fondamentale, d'autant plus dans un site comme la Douix où les conditions peuvent être exigeantes. Pascal prépare son matériel, tandis que Philippe est déjà prêt, démontrant l'expérience et la routine de certains membres. L'ASSP Plongée est dans la place, prête à relever le défi. Et Stéphane termine l'enfilage délicat du néoprène tranché, un geste qui précède souvent des immersions intenses. L'image improbable de plongeurs sous les arbres, en train de s'équiper, contraste avec la nature habituellement plus exotique de la plongée récréative.
A quoi pense un plongeur spéléo en se préparant ? Les pensées divergent entre l'anticipation des difficultés, la vérification du matériel et la visualisation du parcours. Les choix d'équipement sont adaptés à l'étroitesse et au courant de la Douix. Le bi 7 est sur le dos, ce qui change du bi 20 habituel, indiquant une configuration plus compacte pour faciliter le passage dans les réductions. Les plongeurs optimisent leur agilité et leur fluidité pour les conditions spécifiques. Stéphane, par exemple, est équipé en petites bouteilles latérales, le rendant assez agile et fluide, une configuration pensée pour la maniabilité. De son côté, Philippe est équipé en petites bouteilles dorsales (Bi 7/300b lourd), une option qui, bien que potentiellement plus encombrante, peut offrir une autonomie confortable.
L'expérience des uns sert de guide aux autres. Plus expérimenté que Pascal, un des plongeurs préfère passer en premier pour mesurer le degré d’effort à réaliser sur cette très courte distance de 1 à 2m. C'est ici que l'effet Venturi s’en donne à cœur joie, faisant vibrer flexibles et casque, voire mettant le détendeur de secours en débit continu s’il se tourne en présentant la gamelle face au courant. Cette situation est décrite comme si quelqu’un vous appuyait sur le bouton de surpression du 2ième étage. Les détendeurs avec 2ième étage latéral, comme les Poséidon, sont très adaptés à ce type de difficulté, comme lorsque l’on avance avec un propulseur musclé, car leur conception réduit la probabilité d'un débit continu involontaire sous l'effet du courant.
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Le Combat Contre le Courant : Une Réalité Implacable de la Douix
Dès les premières immersions, la force de la Douix se manifeste. En progressant, le plongeur arrive devant une première étroiture relativement grande, mais le courant est déjà si fort que les graviers au sol dansent sous l'eau. Normalement, un passage comme celui-ci devrait être gérable avec un bi 15, mais là, c'est un arrêt net, un blocage complet devant, même en palmant fort. Cette étroiture représente un obstacle majeur, soulignant l'importance d'une évaluation constante des conditions.
La fameuse étroiture enchaînée est un passage notoire de la Douix. Le plongeur comprend mieux pourquoi il y a deux chaînes, l’une sur la gauche, l’autre sur la droite, des aides précieuses dans ce défi. S'en saisir et tirer est la seule option pour tenter de progresser. Cependant, même avec cet appui, c'est une lutte : "Ouai ! c’est chaud, je n’arrive pas à avancer beaucoup, je me mets en travers, c’est vraiment compliqué, je lâche les chaînes, et hop ! je me retrouve dans le canyon !" Le courant est si puissant qu'il peut expulser le plongeur de la zone d'effort.
Face à ces difficultés, la remise en question est inévitable. Après une première tentative infructueuse, le plongeur y retourne, et cette fois il passe. Mais tout de suite après, même si l’avancée est à nouveau possible à la palme, la réflexion s'impose : "je cogite…". Un tel courant, c’est la certitude de se coincer au retour si l’on n’est pas parfaitement dans l’axe. Une petite musique commence à résonner dans la tête : "je n’y crois plus, je me dis : fais demi-tour, c’est pas le bon jour… tu n’y es pas… tu reviendras plus tard…". L'environnement subaquatique, impitoyable, ne laisse aucune place à l'improvisation ou à la sous-estimation.
Pendant que ces pensées traversent l'esprit, Stéphane, un autre plongeur, avance sereinement, cool, il observe à droite, à gauche, en haut. Cette différence d'approche met en lumière les diverses stratégies et niveaux d'expérience face au courant. Encouragé par cette observation, le plongeur se dit : "allez, on y retourne…" et repart vers le fond. Il retourne vers l'œil du hibou, une autre caractéristique du site, qu'il franchit avec plus de facilité. Il se prépare ensuite au passage de la fameuse étroiture d’entrée, en vidant sa wing et en se positionnant bien au fond, contre les graviers. Mais la force de l'eau est telle que, "plop ! comme un bouchon de champagne il se fait expulser…". Heureusement, sans frottement. La remontée et la sortie s'imposent, le ramenant à la voiture.
L'incident ne s'arrête pas là. Après s'être déshabillé et avoir démonté sa wing, tout à coup, un des détendeurs se met en débit alternatif, comme un petit train à vapeur, "pff ! pff ! pff ! pff !". La fermeture et la réouverture de la bouteille ne changent rien, le son persiste : "pff ! pff ! pff !". C'est un rappel de la fragilité du matériel face aux contraintes extrêmes. Le plongeur, avec une pointe d'humour et de superstition, déclare : "Je sais, c’est idiot, mais je remercie Mady qui j’en suis sûr, de là où elle est m’a fait faire demi-tour…."
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La scène se reproduit avec d'autres plongeurs. Pendant qu'un plongeur s’esquivait dans un renfoncement protégé du courant, il a pu observer Pascal qui faisait aussi son expérience du courant dans l’entrée du passage. Devant la mine déconfite de Philippe, qui crache un "P…!", il dépose son 6 litres et repart. Stéphane, lui, termine d'agencer sa configuration dans la vasque. Il engage le Canyon et se laisse couler au fond du canyon qui trépane la galerie. Jusque-là, suivant la formule consacrée, ça va. Mais deux secondes après, il prend le mur d’eau en pleine figure ! Bouée purgée, aplati comme une limande, il rampe vers l’étroiture en s’agrippant aux blocs livides, certains bougeant sous ses mains. Il est nécessaire de recourir à des images empruntées sur un célèbre canal de diffusion pour que l'on puisse se rendre compte de la force. C'est vrai que ça pousse… FORT !
Il se saisit des chaînes, une dans chaque main, et tracte. Une traction, on s'arrête, on se repositionne, on vérifie la ventilation, et on recommence. Finalement, ça passe, et derrière le venturi, la progression s’avère aisée. Même l’œil du hibou se franchit sans réelle difficulté. Il rejoint Philippe qui lui fait signe qu’il s’arrête là. Il comprend mal ce qu’il lui dit, mais il a l’impression qu’il renonce face au courant trop fort. C’est une réalité indiscutable en plongée souterraine : quand ça ne passe pas, ça ne passe pas.
Au-delà de l'Obstacle : Exploration et Planification Future
Malgré les difficultés rencontrées par certains, la plongée n'est pas considérée comme ratée. Point du tout, car d’une part, on se doutait un peu du résultat compte tenu du débit très proche de la limite admise par les plongeurs qui connaissent la source. D’autre part, cette plongée a permis de faire une belle reconnaissance dans la haute diaclase qui surplombe l’étroiture, avec pas mal de sujets photographiques intéressants. Le sourire, on garde le sourire, car chaque tentative, même si elle n'atteint pas l'objectif initial, apporte son lot d'enseignements et de découvertes.
Au-delà du venturi, la galerie est large, très découpée, une promesse d’un sacré réseau. L'intérieur de la Douix révèle un capharnaüm de tubes, pieux, et sangles qui l'encombrent, témoins des tentatives de désobstruction précédentes. Ces éléments rappellent les efforts passés pour explorer et ouvrir davantage ce réseau complexe. Déjà, le plan de la prochaine plongée à la période qui va bien est désormais dans les cartons. La Douix va faire partie des terrains de jeux des plongeurs du SCPB, qui continueront à l'explorer et à en apprendre les mystères.
La Plongée en Milieu Confiné : Une Philosophie de Sécurité
L'expérience à la Douix illustre parfaitement les principes fondamentaux de la plongée en milieu confiné, qui nécessite une approche distincte de celle pratiquée en mer, en raison de l’environnement particulier. La principale différence réside dans l'impossibilité de remonter rapidement en cas d’incident lié à l’air ou autre, étant « enfermé ». Cette contrainte impose des protocoles de sécurité rigoureux. Le plongeur se prépare en conséquence, en utilisant deux bouteilles (ou plus) isolées, dont la consommation totale ne doit pas être envisagée. Cette précaution s’applique en suivant une règle de redondance stricte, telle que la règle des quarts. Cela signifie que le plongeur consomme un quart du mélange respiratoire à l’aller, un quart au retour, laissant ainsi les deux quarts restants en réserve en cas de problème. Cette approche garantit une marge de sécurité vitale.
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Outre la gestion de l'air, l'orientation est un pilier de la sécurité. Il est crucial de maintenir une vigilance constante sur le fil d’Ariane afin de garantir le retour en toute sécurité. Ce fil, qui guide les plongeurs à travers le labyrinthe sous-marin, est la ligne de vie essentielle dans l'obscurité et la complexité des passages souterrains.
La discipline de la plongée souterraine connaît un développement croissant, attirant de plus en plus d'adeptes. Au sein du SCPB, la section « plongée SOUT » compte une dizaine de membres réguliers pratiquant cette activité, témoignant de l'intérêt et de l'engagement de la communauté. En collaboration avec la commission Île-de-France, le club invite à explorer cette discipline lors de stages d’initiation, offrant ainsi une porte d'entrée encadrée et sécurisée à ceux qui souhaitent découvrir les profondeurs cachées.
Autres Horizons : La Fosse Dionne, un Mythe Inaccessible
Au-delà de la Douix, d'autres sites fascinent les plongeurs souterrains. La fosse Dionne à Tonnerre, par exemple, est mythique. Cela aurait valu une vidéo, tant sa réputation est grande. Cependant, il est peu probable que l'on puisse la plonger un jour, en raison de sa complexité ou de restrictions d'accès. Mais en attendant, des images, comme celles de Pierre Eric Deseigne, permettent d'en admirer la beauté. Un plongeur remercie Philippe pour cette digression qui aura permis de visionner des images de la Fosse Dionne, soulignant l'attrait et la richesse du patrimoine hydrogéologique souterrain.