Le voilier Snipe est bien plus qu'un simple dériveur ; il incarne une philosophie de la voile où l'ingéniosité tactique et la maîtrise technique priment. Construit par le chantier "Voir association en France" et dessiné avec précision par l'architecte naval William Cosby, ce monocoque s'inscrit dans la catégorie des dériveurs. Sa construction a débuté en 1931, marquant le début d'une longue histoire dans le monde de la voile de compétition. Le Snipe, voilier de course monotype à deux places, existe depuis cette année fondatrice, conçu spécifiquement par William F. Crosby. Il est connu pour sa polyvalence remarquable et sa popularité constante dans la voile de compétition, un attrait qui traverse les décennies.
Conception Initiale et Origines Historiques
La genèse du Snipe est étroitement liée à son époque, étant un « Enfant de la Crise de 1929 ». Cette période économique particulière a influencé sa conception, visant une accessibilité qui permettrait à un public plus large de s'adonner à la voile de compétition. À l'instar du quillard « Star », auquel des articles ont déjà été consacrés, le Snipe affichait un prix de lancement « modique » de 250,00 $. Cette approche tarifaire a sans doute contribué à sa diffusion rapide et à l'établissement de sa renommée, posant les bases de sa longue carrière. Le dériveur Snipe est un dériveur à bouchain, une caractéristique de conception qui définit son esthétique et, dans une certaine mesure, son comportement sur l'eau. William F. Crosby est l'architecte qui a dessiné ce voilier en 1931, façonnant ainsi un design qui allait devenir emblématique et perdurer à travers les âges sans altérer fondamentalement sa nature monotype.
Dimensions et Spécifications Fondamentales de la Coque
Les dimensions du Snipe sont une composante essentielle de son identité et de ses performances. Le voilier Snipe se caractérise par une longueur de coque de 4,72 mètres. Cette mesure lui confère une présence significative sur l'eau tout en restant dans le gabarit d'un dériveur maniable. Sa largeur est de 1,52 mètre, ce qui contribue à sa stabilité et à son espace à bord, permettant à l'équipage de manœuvrer efficacement. Le déplacement lège du Snipe est de 173 kilogrammes, un poids qui, combiné à ses dimensions, influence sa réactivité et sa capacité à glisser sur l'eau. Quant à son appendice, il est de type "dinghy", un terme qui décrit le plan de dérive caractéristique de cette catégorie de bateaux, optimisé pour la performance en dériveur. Le tirant d'eau maximal n'est pas spécifié avec une valeur numérique précise dans les données fournies, mais le type "dinghy" indique une conception adaptée aux plans d'eau intérieurs et aux approches de rivage. Ces spécifications font du Snipe un bateau conçu pour deux passagers minimum, s'inscrivant dans la catégorie D pour la navigation, ce qui suggère une aptitude pour la navigation côtière ou en eaux intérieures protégées.
Gréement et Voilure : Le Cœur de la Performance Aérodynamique
Le gréement du Snipe est de type sloop fractionné, une configuration classique et efficace qui permet une répartition optimisée de la voilure. La surface de la grand-voile est de 7,96 mètres carrés, offrant une puissance motrice substantielle pour le bateau. Le génois, qui est la voile d'avant, présente une surface de 3,34 mètres carrés, complétant la grand-voile et contribuant à la propulsion du dériveur. Ensemble, ces deux voiles constituent la voilure au près, totalisant 11,00 mètres carrés. Cette surface de voilure est cruciale pour les performances du Snipe lorsqu'il navigue contre le vent, un aspect fondamental de la régate. En ce qui concerne la voilure au portant, c'est-à-dire lorsque le bateau navigue avec le vent, la surface totale est de 11,30 mètres carrés. Ces surfaces de voiles sont calculées pour maximiser la puissance et la maniabilité du bateau, permettant des ajustements précis en fonction des conditions de vent et de mer, essentiels pour les "courses tactiques".
La Philosophie de la Compétition Snipe : Stratégie avant Vitesse Pure
La classe Snipe est célèbre pour ses courses tactiques. Dans cet environnement compétitif, la stratégie, le maniement du bateau et une compréhension approfondie des conditions de vent sont des facteurs plus importants que la vitesse pure du voilier. Cette particularité met en valeur l'habileté de l'équipage et la capacité d'adaptation aux éléments. Le Snipe offre une plateforme où la finesse du réglage et la lecture du plan d'eau sont primordiales, récompensant les marins les plus astucieux et les plus expérimentés. C'est cette dimension qui a attiré de nombreux navigateurs au fil des ans, conférant au Snipe sa réputation de "dériveur de régate par excellence" pour ceux qui apprécient l'intelligence de course.
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L'Équipement de Pont et les Réglages Finesses : Une Ingénierie Détaillée
Le Snipe, en tant que dériveur de compétition, est équipé d'un ensemble d'accastillage précis et fonctionnel, conçu pour optimiser les réglages et la réactivité du bateau. Chaque pièce joue un rôle spécifique dans la performance et le contrôle.
Pour le hale-bas, qui est un système permettant de contrôler la tension du guindant de la grand-voile et de déformer la voile, plusieurs poulies sont utilisées dans une configuration en cascade. Une poulie simple de 30mm à forte charge (A2030TiiHL) est utilisée comme poulie supérieure dans la cascade du hale-bas. Une deuxième poulie, une poulie simple de 30mm dynamic Tii-On (A2030Tii), sert de deuxième poulie dans cette même cascade. Une poulie simple de 20mm dynamic Tii-On (A2022Tii) est utilisée comme troisième poulie, complétant le système. Enfin, une poulie triple de 20mm dynamic (A2024) sert de poulie inférieure dans la cascade, permettant de multiplier la force appliquée. Deux de ses poulies guident la ligne de contrôle secondaire de chaque côté à travers la porte du mât, assurant une distribution symétrique de la tension. Une manille arrondie avec un axe de 5mm (A-622105) est utilisée pour attacher la poulie triple (A2024) au mât, garantissant une fixation solide.
Le système de foc, voile d'avant essentielle, requiert également des ajustements précis. Pour tailler l'écoute de foc, un kit d'entretien pour taquet à mâchoires (2 x A..76) est utilisé, permettant de maintenir la tension souhaitée. Des poulies de cliquet d'écoute de foc, deux poulies 45mm X2 Autoratchet (2 x A2345), sont employées pour faciliter le réglage de l'écoute, offrant un bon pouvoir de retenue avec un effort réduit. Une poulie simple 25mm pour câble avec crochet (A4379HK-90) s'accroche à la drisse de foc lorsque le foc est relevé, assurant sa tenue en place. Pour le guidage des lignes, deux poulies simples de 20mm composites (2 x A2026M) sont montées sous le rail pour guider la ligne de contrôle jusqu'au taquet à mâchoires, assurant un cheminement propre et efficace.
Le contrôle de l'extracteur de mât implique également un ensemble de poulies. Une poulie double 20mm articulation dynamic (A2022A) est fixée à la ligne primaire arrière de l'extracteur de mât, contribuant à la tension du mât. Un anneau Aluminium 20mm (A..87-20) est attaché au système de prise de mât, ajoutant un point de fixation polyvalent.
Pour le chaumard, un élément de réglage des voiles, des composants spécifiques sont intégrés. Deux poulies simples de 20mm Dynamic (2 x A2020) sont fixées à la base de l'emplanture pour le guidage. Un rail de taille T22 (2 x A.226-230) est monté sur le côté du cockpit et associé à un chariot coulissant pour créer un système de rail et de chariot pour le chaumard. Le rail est disponible en différentes longueurs pour répondre aux besoins spécifiques de l'équipage. Deux chariots coulissants à piston et cadène en U (2 x A4591) sont associés au rail A.226, permettant un ajustement aisé de la position du chaumard. Deux poulies simples de 20mm composites (2 x A2026M) sont montées sous le rail pour guider la ligne de contrôle jusqu'à la base de l'emplanture. Deux poulies simples de 30mm Tii-On (2 x A2030Tii) sont attachées à la ligne de contrôle primaire du chaumard, et cette ligne peut faire le tour de la poulie pour se déplacer de haut en bas, offrant une grande précision de réglage.
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D'autres poulies et accessoires de pont sont également présents pour divers réglages. Une poulie simple pour câble 25mm avec tête avec manille (A4479) est attachée à la base du mât pour créer un système de palan, augmentant la force de traction pour certains réglages. Pour le boîtier de dérive, une poulie double 20mm avec crochet (A2023) flotte d'avant en arrière à l'intérieur du boîtier de dérive, créant un système de palan avec une poulie double 20mm (A2022), qui est montée à l'arrière du boîtier de dérive. Ce système de palan facilite la remontée et la descente de la dérive. Deux poulies simples de 20mm Dynamic (2 x A2020) sont fixées à la base du mât, offrant des points de renvoi. Deux poulies doubles plat-pont de 20mm en composite (2 x A2126M) sont montées sur le plancher du cockpit pour guider la ligne de contrôle du hale-bas et le filoir du foc vers l'arrière le long du cockpit, assurant que les lignes sont à portée de main de l'équipage. Pour la protection du pont, quatre passe-coques en aluminium de 8mm (4 x A.439A) sont utilisées là où les lignes de contrôle passent à travers les taquets à mâchoires, évitant l'abrasion. Trois passe-coques en aluminium de 8mm (3 x A.439A) supplémentaires sont utilisées, avec une montée d'un côté du mât pour faire passer la ligne primaire de Cunningham à travers le pont, et deux montées devant les taquets à mâchoires pour faire passer la ligne de contrôle à travers le pont. Une poulie simple de 30mm avec chape et forte charge (A2030HLF) est fixée directement au mât, et une poulie simple de 20mm passe-pont en allénite haute charge (A2121HL) est montée derrière le mât pour guider la ligne de contrôle à travers le pont. Enfin, un pontet / œillet inox plié 5mm (A4035) est fixé à l'une des vis de l'A2121HL pour terminer la ligne de contrôle en cul-de-sac, garantissant une installation sécurisée.
Tous ces éléments d'accastillage, dont la description détaillée a été fournie, attestent de la sophistication de l'équipement du Snipe, conçu pour permettre aux régatiers d'effectuer des réglages précis et rapides, cruciaux dans l'art des courses tactiques.
Le Snipe en Action : Récit d'un Championnat Mémorable (Le Havre - Août 1950)
L'esprit combatif et les capacités du Snipe sont éloquemment illustrés par les « Impressions de Championnat » de Michel Chamay et Jean-Pierre Demiaux, publiées dans le bulletin 1951 du S. N. L. F. et relatant les Championnats de France du Havre en août 1950. L'équipage du Snipe « L’Audacieux », barré par Monsieur Mudry, s'est lancé dans cette compétition avec une détermination remarquable.
Dans un contexte initial difficile, face à une mer déchaînée, le moral des marins d’eau douce était déjà bas. Les paroles d’un loup de mer, rapportées dans le récit, achevèrent d’ôter le plaisir de participer aux Championnats de France à certains. Cependant, l’ « Audacieux » de Monsieur Mudry ne l’entendit pas de cette oreille. Une fois gréé et mis à l’eau, ce coursier, qui avait déjà fait ses preuves, invita l'équipage à relever le défi, démontrant une résilience caractéristique des concurrents du Snipe.
Pour la régate d’entraînement, l’ « Audacieux », toutes voiles dehors, s’y reprit à trois fois et sortit enfin du port dans le sillage de « l’Ile de France ». Ce départ laborieux fut suivi d'un déroulement imprévu. Le signal est donné pour la course, mais une incertitude plane sur le côté de départ, car au Havre, le départ est donné aussi bien vent debout que vent arrière, ajoutant une couche de complexité tactique. Les pavillons du sémaphore, souvent cryptiques pour les néophytes, n'apportaient pas d'information immédiate à cet équipage habitué aux signaux plus directs, comme le coup de sifflet sympathique donné au Quai de Ripaille. Cependant, ayant gagné la régate d’entraînement, l'équipage du Snipe les connaissait suffisamment pour remarquer un « N » flamboyant, annonçant que la première place si durement gagnée lors de l'entraînement leur échappait, une déception passagère mais intense.
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Sans se décourager pour autant, une attitude emblématique de la persévérance en régate, l’ « Audacieux » et son équipage s’adjugeaient le lendemain, grâce à des voiles américaines, une brillante première place qui ne fut pas contestée. Cette performance illustre la capacité du Snipe à performer avec le bon équipement et la bonne stratégie. L'équipage ne s'attendait pas à autant du Léman, leur plan d'eau habituel : trois régates, trois premières places. Cependant, la tempête s’était apaisée, faisant place à une brise plus familière, similaire à celle de leur lac, ce qui a sans doute favorisé leur performance.
Aux régates suivantes, la mer n’était pas toujours clémente. La stupéfaction fut générale en voyant l’ « Audacieux », souvent mal parti, prendre bientôt la tête et la conserver durant les trois-quarts du parcours. Pourtant, le dénouement fut cruel, le bateau se faisant finalement doubler juste à l’arrivée. L’équipage, exténué par l'effort intense, ne pouvait plus manœuvrer le bateau, jugé trop ardent et trop léger dans ces conditions extrêmes. Malgré cela, l’ « Audacieux » gardait la tête du classement, même par gros temps, attestant de sa robustesse et des compétences de son équipage.
Cependant, un revers inattendu survint : le voilier fut brillamment délogé de sa position de leader par une disqualification sur laquelle le récit ne revient pas en détail, mais qui relégua le bateau du Léman à la quatrième place. Malgré ce coup dur, le Snipe, montrant de quoi il était capable, enleva sans discussion la régate de clôture, sous le nez de plusieurs concurrents qui s'étaient ligués en vain contre lui. Cette victoire finale permit à l'équipage de l'« Audacieux » de se hisser à la deuxième place du classement général, l'honneur étant ainsi sauf. Ce premier essai de la S. N. L. F. dans cette compétition qu’est le Championnat de France des snipes démontra que l'association prenait de l’importance et était capable de s’imposer au plus haut niveau national. Ces impressions soulignent le caractère exigeant et passionnant des régates de Snipe.
Présence et Évolution du Snipe dans le Temps et les Régions
La diffusion du Snipe a connu des phases variées au fil des décennies. En 1950, la S. N. L. F. (Société Nautique du Léman Français) s'impliquait déjà activement dans la classe, comme en témoignent les Championnats de France. En 1953, le Cercle de Voile de Nyon (C. V. N.) s'est également distingué par son engagement. Il existe une belle flotte de Snipe en rade de Genève, avec même un port dédié du côté du Creux de Genthod, le « Port des Snipe », où une trentaine d’unités sont stockées, preuve d'une vitalité locale.
Pourtant, une question est lancée dans le récit : « Que sont devenus tous ces Snipe ? » notamment sur le Léman où la situation est décrite par un laconique « Rien ! », à l'exception du Snipe 6538 « Triolet » de Mr Dufays S. N. L. L’AVAL en a hébergé un (d’origine espagnole) il y a quelque temps, et un autre est stocké à Tougues depuis des années. Cette interrogation soulève la question de la conservation et de la pérennité de ces dériveurs, malgré leur construction solide et leur réputation.
En dépit de sa solidité et de son pedigree en régate, le Snipe est parfois perçu différemment dans des discussions sur les "dériveurs familiaux". Des commentaires de forums de l'époque, qui peuvent servir de perspective sur sa diffusion, le décrivent comme « super lourd et très peu diffusé » dans ce contexte particulier, en comparaison avec des bateaux comme le 470, le 420, le Fire, le Vaurien ou le Ponant. Cette perception contraste avec son statut de dériveur de course monotype. Le "matériau Sandwich" est mentionné pour sa construction, une technique moderne qui a pu être adoptée pour des unités plus récentes, bien que le Snipe ait également été construit en bois, un matériau souvent associé aux dériveurs classiques. Cette dualité de matériaux et d'époques de construction ajoute à la richesse de son histoire.