L'univers de la course au large est un milieu où se côtoient passionnés, compétiteurs, hommes et femmes d'affaires, chefs d’équipe ou encore ambassadeurs de causes qui leur sont chères. Les skippers IMOCA mènent une vie bien remplie, rythmée par un enchaînement incessant de courses et d'événements. Ce cycle, souvent quadriennal, est ponctué par l'épique Vendée Globe, la référence absolue en matière de circumnavigation en solitaire. Dans ce panorama exigeant, certains marins se distinguent par l'ampleur de leurs projets et l'intensité de leur engagement. S'il existait un championnat des marins ambitieux et bien occupés, il faudrait sans doute placer Paul Meilhat dans le top de ce classement, voire sur la plus haute marche du podium.
Le Défi Biotherm : Un Nouveau Bateau, un Programme Inédit et une Alliance Stratégique
Le skipper lorientais, dont la décontraction apparente masque une détermination de fer, est au cœur d'un programme exigeant, combinant la construction d'un nouveau bateau en seulement huit mois, une traversée de l'Atlantique en solitaire, puis un tour du monde en équipage. Âgé de 40 ans, marié et père de deux jeunes enfants, Paul Meilhat s’enthousiasme du challenge que lui, son équipe et son partenaire Biotherm ont embrassé. Cet engagement représente un nouveau chapitre passionnant dans sa carrière déjà riche en événements marquants.
Le partenariat avec Biotherm est un autre aspect de la vie sportive de Paul Meilhat que le marin apprécie profondément. C’est pour lui le sentiment d'un début commun avec l'entreprise sur un projet de quatre ans particulièrement excitant. La société française, spécialiste des soins cosmétiques pour la peau, s’aventure pour la première fois sur la scène IMOCA. Cependant, le monde de la voile ne lui est pas inconnu puisqu’elle sponsorisait déjà, au début des années 80, la légendaire navigatrice Florence Arthaud. Cette expérience passée confère une certaine légitimité à l'engagement de la marque dans le circuit IMOCA, marquant un retour aux sources dans un domaine où elle a déjà laissé son empreinte.
Le nouveau foiler bleu et blanc Biotherm, construit par le chantier Persico en Italie, a touché l’eau le mercredi 31 août à Lorient, marquant une étape cruciale dans ce projet ambitieux. Ce fut un véritable tour de force que de voir ce navire prendre vie en un laps de temps aussi court. La construction de son 60 pieds fût en effet un exploit qu'il n'avait jamais envisagé auparavant, témoignant de la complexité et de la rapidité d'exécution requises. Dès le départ, l'équipe savait que ce serait un grand défi, ayant commencé à construire le bateau en décembre dernier pour le mettre à l’eau avant septembre. "C'est fou", a-t-il déclaré, soulignant l'intensité de cette période. Paul Meilhat insiste sur le fait que l'on ne peut pas séparer la phase de construction des quatre ans de projet, car elle en constitue la pierre angulaire. Il considère que c'était un premier accomplissement de lancer ce bateau neuf, et qu'un nouveau chapitre commence désormais. L’équipe est à fond, et Paul Meilhat ressent une super énergie.
La conception de cet IMOCA a été un challenge intéressant. Le nouveau bateau se base sur les moules de LinkedOut, l'IMOCA actuel de Thomas Ruyant, avec cependant des modifications apportées sur l’étrave. Cette étrave a été conçue spécifiquement pour maximiser les performances au portant dans les mers du Sud, des zones où la vitesse et la robustesse sont primordiales. De plus, l’équipe Biotherm a, entre autres, travaillé sur un nouveau système de safrans et sur la structure de la casquette. L'exigence principale de la conception était que cet IMOCA devait être compétitif et ergonomique à la fois pour le solitaire et pour l’équipage, une double contrainte qui a guidé chaque choix technique et architectural.
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La philosophie générale derrière ce projet est également très claire. Paul Meilhat, fort de son expérience, a toujours eu une vision précise de ce qu'il attendait d'un bateau. L'idée initiale est de naviguer plus que les autres et donc de construire un bateau plus solide mais aussi plus simple. Cette approche pragmatique vise à réduire les risques de pannes et à permettre une meilleure gestion à bord, que ce soit en solitaire ou en équipage. Paul Meilhat est donc assez content des choix que nous avons faits, estimant qu'ils répondent aux objectifs de performance et de fiabilité fixés.
Une Préparation Intense : Objectifs, Réalités et Perspectives d'une Saison Hors Normes
Les prochains objectifs de Paul Meilhat sont multiples et s'enchaînent avec une cadence soutenue. Il y a d'abord le Défi Azimut-Lorient Agglomération, qui se tiendra du 13 au 18 septembre. Ensuite, viendra sa qualification de 1200 milles en solitaire, indispensable pour pouvoir prendre le départ de la Route du Rhum-Destination Guadeloupe. Puis, la Route du Rhum elle-même en novembre, avant de reprendre le large en janvier, en équipage, sur The Ocean Race. Ce programme d'une densité exceptionnelle pose la question légitime : où trouve-t-il l'énergie et la motivation pour tout cela ? "Eh bien, le programme est incroyable - c'est comme un rêve de faire d'abord la Route du Rhum, puis The Ocean Race", déclare-t-il à l’IMOCA, prenant quelques minutes de pause un lundi, le jour où les nouveaux foils de Biotherm sont installés sur le bateau pour la première fois. Il ajoute : "Nous sommes vraiment heureux et particulièrement fiers de mettre ce bateau à l’eau, et je parle au nom de toute l’équipe.”
Toutefois, Paul Meilhat est pleinement conscient des défis inhérents à la mise en service d'une nouvelle machine de cette complexité. Les expériences récentes montrent que les nouveaux IMOCA peuvent prendre des mois, voire des années, pour atteindre leur plein potentiel. Il n’est pas inhabituel que ces bateaux rencontrent des problèmes techniques sur les premières navigations, voire sur leur première course. Paul Meilhat est pleinement conscient qu'il s'engage dans un programme ambitieux et est prêt à faire face aux imprévus. En fait, il admet avoir déjà un ou deux dossiers qui doivent être réglés avec le nouveau bateau, mais il n'a pas donné de détails.
Sa stratégie face à ces réalités est empreinte de pragmatisme. "La première chose est d'être vraiment pragmatique et de ne pas dépenser trop d’énergie sur des détails afin d’aller à l’essentiel", explique-t-il. "Ensuite, il est important que nous ne nous focalisions pas uniquement sur les résultats. Nous devrons être patients et confiants dans notre travail. Nous savons déjà que nous aurons probablement quelques contraintes car les choses ne se passent jamais comme prévu." Cette approche mesurée est essentielle pour gérer la pression et les inévitables aléas techniques.
Malgré ces considérations, l'excitation de la compétition et l'opportunité de naviguer sur ces machines exceptionnelles sont palpables. "Nous sommes juste ravis de prendre le départ", déclare-t-il. "Nous ferons de notre mieux et pour moi l'opportunité de faire cette course est juste incroyable." Pour lui, la Route du Rhum s'inscrit dans une vision plus large de son projet sportif. "Je suis un compétiteur mais cette Route du Rhum est presque comme la première étape de The Ocean Race. La seule différence est que je serai seul à bord. Finalement, j’aborde les huit prochains mois comme une seule grande course…", résume-t-il, soulignant la continuité et l'interconnexion de ces épreuves. Si le tour du monde en équipage, pour lequel Paul s’est entouré d’un équipage international et mixte, représente le grand objectif à court terme (avec un départ prévu le 15 janvier 2023), l'objectif de long terme reste le Vendée Globe en 2024, le graal de tout marin solitaire.
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Le partenariat avec Biotherm va au-delà du simple sponsoring. "C'est agréable parce que nous débutons notre aventure et j'aime ce défi", explique-t-il. "La marque découvre le monde de l'IMOCA et nous apprenons et grandissons ensemble - le bateau d'un côté et la connaissance de la course au large de l'autre." Cette collaboration se traduit également par un engagement concret en faveur de la science et de la protection des océans. Fondée sur la découverte des propriétés régénératives du Plancton de Vie, Biotherm, marque experte de soin de la peau, tire son efficacité de la bioscience avec des formules hautement efficaces et sensorielles, pour une peau visiblement pleine de vie. Venant de l'eau, la marque agit pour la protection de la biodiversité aquatique. Elle s’associe avec Paul Meilhat et la Fondation Tara Océan pour mener un programme de recherche à bord de l’IMOCA Biotherm. Cette alliance entre un skipper de renom, une marque engagée et une fondation scientifique, souligne l'évolution de la course au large, qui devient aussi un vecteur de sensibilisation et de recherche. Le nom même de la marque, Biotherm, est évocateur : « Bio » signifie vie, et « Therm » signifie source.
Les Coulisses de la Navigation : Entre Stress, Stratégie et Avaries en Haute Mer
La vie d'un skipper IMOCA est faite de moments d'exaltation mais aussi de défis intenses et de conditions extrêmes. Les descriptions de Paul Meilhat offrent un aperçu saisissant de cette réalité. "Une mer comme ça, on a plutôt l'habitude de la voir quand on se balade en famille à la pointe de la Bretagne, pas en étant sur l'eau", confie-t-il, illustrant le contraste entre la beauté apparente de l'océan et sa rudesse en pleine course. Les navigations prolongées sont particulièrement éprouvantes : "Ça fait plus de 70 jours qu’on est en mer, et le stress, ce n’est pas qu’on y soit totalement habitué, mais on s’en accommode." La gestion du sommeil et la réactivité face aux éléments sont cruciales. "On traverse le centre d’une dépression, le vent tourne dans tous les sens, il y a des orages… C’est un peu compliqué, je n’ai pas dormi une seconde depuis 36h. On est obligé d’être sur le pont, aux écoutes… J’ai enchaîné pas mal de virements, j’ai eu des petits soucis techniques, rien de grave."
Les variations météorologiques constituent une source constante de tension. "Le vent varie beaucoup, c’est pas facile de trouver la bonne configuration de voiles." Ces moments de doute et de fatigue pèsent lourdement sur le moral : "Il y a des moments durs, la vie à bord est compliquée. C’est stressant d’évoluer avec ce front derrière nous avec du vent très fort." La solitude ajoute une dimension psychologique importante, amplifiant la difficulté. "Le dernier bateau que j’ai croisé c’était Charal à la fin du Pot-au-Noir, c'est loin maintenant !"
Les conditions de visibilité peuvent également être extrêmement réduites : "Ambiance purée de poix, on voit pas à 20 mètres ! Il fait tout gris." Les opérations de changement de voiles, souvent nécessaires, sont physiques et éprouvantes. "J'ai fait un gros changement de voiles ce matin, j'étais trempé. J'ai mis un peu de temps à me réchauffer." La mer elle-même présente ses propres défis. "J'ai regardé sur le capteur scientifique Tara, j'ai la température de l'eau et elle est à 8°, alors qu'elle était à 15° hier. Je pense que c'est le courant froid après les Kerguelen." Même lorsque la mer ne semble pas "trop grosse", elle peut être piégeuse : "mais c'est un peu saute mouton quand même et assez instable, ça passe de 15 à 25 nœuds."
Les phénomènes météorologiques extrêmes sont monnaie courante. "Premier passage de front de l'océan Indien cette nuit… 55 nds de vent en rafale mais ça n'a pas duré longtemps. Hier soir était plus tragique que festif !" Les péripéties peuvent inclure des zones de calme plat, frustrantes pour le compétiteur : "Je suis tombé dans un trou sans vent pendant quasiment 6 heures, 100 milles de perdus c’est dure à encaisser… Puis c’est bien reparti en deuxième partie de nuit, comme si rien ne s’était passé." La pluie, quant à elle, peut être incessante et épuisante. "Après ce beau grain en entrée de pot au noir c'est pas glorieux. En gros il pleut. Au début, on prend une douche puis on rince 2-3 vêtements, on trouve ça sympa, puis au bout de 10h… Le vent tourne, se renforce un peu, retombe mais la pluie elle tombe sans discontinuer, pas un petit crachin, plutôt des sceaux d'eau !"
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Au milieu de ces épreuves, la présence d'autres concurrents peut apporter un sursaut d'énergie. "La bonne nouvelle, c'est qu'on s'est regroupé, je vois Charal et Macif. Une bonne nuit de galère à prévoir et probablement demain aussi." La vitesse est souvent grisante malgré l'inconfort. « Ça bombarde, comme dirait Sam Davies ! Poussé par un reste de houle de nord, le bateau dépasse souvent les 30 nœuds. La vie à bord est moins agréable que ces derniers jours mais le mental de compétiteur est choyé ! » Les stratégies de course évoluent constamment. « Les deux VULNERABLE se sont un peu échappés. Mais on arrive avec le vent nous derrière ! »
La gestion des voiles dans un vent changeant est un art complexe. « On a une instabilité du vent qui est incroyable, j’ai rarement navigué avec du vent aussi instable en force et direction. On a des grains et du coup on passe de 10 à 25 nœuds, donc on navigue très toilés mais c’est assez stressant. » Les accidents, même mineurs, peuvent survenir à tout moment. « J’ai eu un petit accident dans le cockpit : je suis tombé dans un départ au lof, j’ai pris un traversier de cockpit en latéral. Mais ça va, je n’ai pas trop mal et surtout j’ai réussi à bien me reposer durant les dernières 24 heures. » Ces récits illustrent la résilience, l'adaptabilité et la force mentale nécessaires pour exceller dans la course au large.
Le Palmarès d'un Coureur au Large Confirmé : Des Succès et des Épreuves Formatrices
Le parcours de Paul Meilhat est celui d'un navigateur qui a gravi les échelons avec talent et détermination. Entre les plans d’eau de la région parisienne où il est né, et les côtes bretonnes, Paul Meilhat commence à naviguer très tôt. Ses premiers pas se font d'abord en dériveur olympique, une école de régate exigeante qui forge la technique et la tactique. Puis, il s'illustre en Figaro, une classe monotype réputée pour être une pépinière de talents en course au large, où les marins apprennent la gestion de la performance et la stratégie en solitaire.
Lorsqu’il arrive dans la classe IMOCA en 2015, il est déjà un des coureurs les plus en vue de sa génération. Son expérience préalable et sa capacité à analyser le jeu de la course lui permettent de s'adapter rapidement à ces machines puissantes et complexes. Sur ce circuit, il va connaître des succès retentissants, qui jalonnent un palmarès enviable. Sa victoire dans la Route du Rhum 2018 reste l'un des moments forts de sa carrière, prouvant sa maîtrise des transatlantiques en solitaire et sa capacité à mener une course parfaite. À cela s'ajoutent des podiums sur la Transat Jacques Vabre, une épreuve exigeante en double, démontrant sa polyvalence et son aptitude à naviguer avec brio en équipage réduit. Son titre de Champion du Monde IMOCA en 2021 vient couronner une période de performances exceptionnelles, attestant de sa régularité et de sa domination sur le circuit.
Cependant, le parcours d'un marin n'est pas fait que de victoires. Des expériences plus douloureuses, à l’image de son abandon en plein Pacifique dans le Vendée Globe 2016 alors qu’il occupait la 3e position, ont également contribué à forger son vécu de marin. Cet abandon, survenu suite à une avarie sur la quille, l'avait contraint de rejoindre Tahiti dans des conditions difficiles. Un autre incident marquant fut un hélitreuillage au nord des Açores, soulignant les risques inhérents à la course au large. Ces épreuves, aussi difficiles soient-elles, sont des moments d'apprentissage essentiels, renforçant la résilience, la prudence et la connaissance de soi et de son bateau.
Après quelques années passées comme co-skipper de luxe avec des figures reconnues comme Charlie Dalin et Sam Davies, Paul Meilhat a décidé en 2022 de lancer son propre projet. Cette étape marque un tournant, lui permettant de prendre les rênes d'un défi à la hauteur de ses ambitions, avec le soutien d'un partenaire comme Biotherm et une vision claire pour le futur. Skipper de l’IMOCA SMA sur l’édition 2016-17 du Vendée Globe, Paul occupait la troisième place dans les mers du Sud lorsqu'il a été contraint d'abandonner et de rejoindre Tahiti suite à une avarie sur la quille. Ce retour d'expérience a sans doute influencé sa philosophie actuelle de construction de bateaux plus solides et plus simples.