Le skimboard est un sport de glisse captivant qui consiste à surfer sur une vague ou à glisser sur une surface d'eau peu profonde en se lançant depuis la plage. Son appellation vient directement du verbe anglais "to skim", qui signifie "écumer, écrémer, frôler", désignant ainsi la nature même de cette "planche à frôler/écumer" qui plane au ras de l'eau et dans l'écume du bord. Cousin du surf, le skimboard partage des sensations similaires mais se distingue radicalement par son terrain de jeu et son principe de fonctionnement.
Le phénomène fondamental qui permet au skimboard de glisser est l’aquaplanage (ou hydroplanage). Lorsque la planche est animée d'un léger mouvement, une fine pellicule d’eau, d'une épaisseur généralement inférieure à un centimètre, s’accumule entre sa surface et le sable. Ce processus est essentiel et crée une surface de glisse optimale. Le comportement de l’engin est alors comparable à celui d’une savonnette sur du carrelage mouillé, offrant une glisse fluide et rapide.
Cependant, il est crucial de comprendre que ce mécanisme d'aquaplanage est intrinsèquement lié à la faible profondeur de l'eau. En effet, si l’on tente de s'aventurer plus loin du bord, dans de l’eau profonde, l’aquaplanage ne fonctionne plus. Dans cette situation, la planche se retrouve, et le skimboardeur avec, dans une position comparable à celle d'un ski nautique ou d'un wakeboard à l'arrêt, ou même d'un caillou en ricochet sans sa trajectoire initiale. Si la vitesse est trop faible, la planche coule immédiatement, car sa flottabilité est minime et complètement insuffisante pour porter un homme, à l'instar d'un ski nautique immobilisé. Seule la vitesse la maintient en "planning" sur l'eau peu profonde. Ainsi, contrairement à une perception parfois erronée, le skimboard n'est pas conçu pour l'eau profonde ; il s'épanouit précisément là où l'eau est à hauteur de cheville, sur le rivage ou sur des étendues sableuses. En eau profonde, le phénomène d’hydroplanage disparaît, et si la vitesse est insuffisante, il n’y a plus de flottabilité, et la planche coule.
Une Histoire Riche et une Évolution Constante
Le skimboard a une histoire plus riche qu’on ne le pense à première vue. Ce sport de glisse a vu le jour dans les années 1920 à Laguna Beach, en Californie, bien qu'il trouve des origines plus lointaines en Polynésie, notamment à Hawaï. Au début, il s’agissait de planches rudimentaires, de simples morceaux de bois massif aux bords vaguement arrondis, ressemblant à des palissades. La petite histoire raconte que le skimboard moderne, avec sa construction en sandwich de fibre de verre, aurait été découvert par hasard à Laguna Beach - la Mecque du skim aux États-Unis, ce qui est tout à fait normal. Un sauveteur, dit-on, aurait lancé sa planche de surf cassée, dépourvue de ses dérives, au bord de l'eau et s'en serait servi comme d'un skimboard, marquant ainsi une étape fondamentale dans son évolution.
Aux États-Unis, et en particulier en Californie, le skimboard était déjà bien implanté et le niveau technique excellent dès les années 1980. Le skimming, qui se pratique le long des rives sur des planches, a gagné de plus en plus de popularité depuis sa naissance. Les sauveteurs de Laguna Beach utilisaient des planches en bois plates pour se déplacer rapidement le long de la plage et rider les vagues de shorebreak trop petites pour le surf.
Lire aussi: Dimensions et utilisation des pistes de skimboard
En France, le skimboard arrive sur les plages vers 1960, principalement sur la côte basque, sous sa forme la plus basique. À cette époque, il se présentait comme un simple disque de contreplaqué de 60 à 70 cm de diamètre, commercialisé sous le nom évocateur de "RONDO" (rond d’eau). Cependant, il est resté un jeu marginal qui a fini par tomber dans l'oubli pendant plusieurs décennies. C’est seulement au tout début des années 1980 qu’il fait un retour réel et remarqué sur les plages françaises, surfant sur le boom du surf qui déferlait alors. Initialement, il réapparaît sous son aspect classique de planche de contreplaqué, mais cette fois de forme ovale. Rapidement, vers 1985-1986, la nouvelle technologie des matériaux composites et sandwich fait son apparition. Ces planches, appelées "FOAMIE", sont fabriquées à partir d'un pain de mousse (foam en anglais) de polyuréthane léger, stratifiée comme une planche de surf avec de la fibre de verre et de la résine. À cette période, il s'agissait uniquement de planches américaines, et leur distribution en France, assurée par Philippe Hervé distribution à La Rochelle, était très limitée. En 1992, la discipline intègre la Fédération française de surf, rendant la licence sportive "surf" valable pour le skimboard et obligatoire pour participer aux compétitions. Ce développement européen a contribué à rendre ce sport intéressant pour de nouveaux pratiquants, car il n’est plus nécessaire d’aller en Californie pour débuter.
Les Deux Pratiques du Skimboard : Flatland et Shorebreak
Le skimboarding se divise en deux catégories principales, chacune offrant des sensations et des défis uniques, mais toujours dans des eaux peu profondes.
La première pratique est le Flatland (aussi appelé Inland). Comme son nom l'indique, cette discipline se déroule sur de l’eau plate ou du sable humide, généralement à marée basse. Les vagues, en se retirant lentement, laissent de grandes étendues de sable plat recouvert d'une mince couche d’eau, souvent moins de 1 cm, idéale pour bien glisser. Le rider lance sa planche devant lui, la rattrape en courant et saute dessus. À partir de là, il peut glisser tout droit ou enchaîner des figures ("tricks") le plus souvent inspirées du skateboard. Le Flatland se pratique dans des eaux peu profondes et sableuses, telles que les criques, les lacs, les flaques, les rivières et les zones de marées basses. Pour le flatland, vous tombez sur quelques centimètres d’eau. C’est exactement pourquoi la plupart des gens commencent ici : le spot est partout où la plage s’étend de manière plate, et la chute fait rarement mal. C'est la pratique des débutants, très facile pour s'initier au skimboard, et ne nécessitant pas une planche sophistiquée.
L'autre pratique majeure est l'attaque du Shorebreak (ou "Wave"). Cette approche, plus engagée et nécessitant une technique plus aguerrie, consiste à surfer la vague qui casse directement sur le bord de plage. Elle est considérée comme la "vraie" pratique de ce sport par les initiés. Dans ce cas, le skimboardeur court, planche à la main, vers la vague qui va dérouler. Le mouvement lui-même est toujours le même : élan, planche posée à plat sur l’eau, saut dessus, glissade. Ce qui change, c’est le timing. En Flatland, vous avez du temps, en Wave, une demi-seconde décide si vous attrapez la vague ou si vous disparaissez dans l’écume. Le Wave consiste à glisser sur la vague de shorebreak, qui se brise sur le bord de plage. Ici, vous courez contre l’eau qui se retire, heurtez le shorebreak au bon moment et chevauchez la vague vers la plage.
Maîtriser la Glisse : Techniques et Figures
Une fois les premières sensations de glisse acquises, le skimboard offre une panoplie de figures, souvent inspirées du skateboard et du surf, pour occuper les après-midi et épater l'entourage. La vitesse est l'un des facteurs cruciaux : plus vous pouvez atteindre une vitesse élevée, plus vous pouvez avoir de flottabilité, ce qui rend le skimming plus facile. Voici quelques figures emblématiques :
Lire aussi: Guide d'achat skimboard petit budget
- Les rotations : Ce sont souvent les plus faciles à apprendre. Une fois debout sur la planche et avec de la vitesse, le rider prend appui avec sa main dans l’eau pour effectuer un 180° (un demi-tour), un 360° (tour complet), un 540°, un 720°, et ainsi de suite.
- Le switch : Cette figure consiste à glisser dans une position non naturelle pour le pratiquant. Si, en position classique (regular), le pied gauche est devant, le switch implique de glisser en position goofy, avec le pied droit devant. Inversement si l'on est initialement goofy.
- Le ollie : Cette figure, la plus connue en skate, représente un saut au-dessus de l'eau. Pour l'exécuter, il faut un maximum de vitesse, un peu de profondeur d'eau (environ 20 centimètres), et reproduire le mouvement d'un ollie de skate. Il est nécessaire d'avoir de la vitesse. Il faut plier les genoux, exercer une pression avec le pied arrière, puis relâcher cette pression en levant bien les pieds. Ensuite, on prépare sa réception en pliant les genoux pour réussir à décoller. Pour s'envoler encore plus haut, on peut partir en direction de la mer et utiliser une petite vague ou la mousse de la vague comme tremplin.
- Le shove-it : Il s'agit de donner une impulsion à la planche pour la faire tourner à la surface de l'eau pendant que le rider est en l'air, avant de retomber dessus.
- Le pop shove-it : C'est la combinaison d’un ollie et d’un shove-it. En l’air, la planche de skimboard exécute un ou plusieurs tours sans que les pieds ne la touchent.
Pour les skimboarders plus expérimentés et ceux qui ont la chance d’avoir accès à un spot de vagues, il est possible d'exécuter les mêmes figures qu’en surf : roller, floater, tube, air, etc.
Le Matériel : Choisir sa Planche de Skimboard
Le choix de la planche est déterminant et s'adapte au niveau de pratique et au type de skimboard envisagé. Il existe deux types principaux de skimboards basés sur le matériau utilisé pour leur construction : le bois ou la mousse.
Les skimboards en bois sont souvent recommandés pour les débutants, et sont plus appropriés pour le skimboarding Flatland (aussi Inland). Une planche en bois est bon marché, lourde et stable. Elle repose calmement sur l’eau peu profonde et pardonne les premières erreurs ou si le timing n’est pas encore au point. Parce qu'ils sont plus lourds et ont une faible flottabilité, les skimboards en bois coulent aussi plus vite ; par conséquent, il est préférable de les utiliser dans les eaux peu profondes. Une planche en bois coûte environ 40 euros et, par sa robustesse, est idéale pour apprendre les mouvements.
Les skimboards en mousse (ou composites) sont plus avancés et se déclinent en deux variations basées sur la construction. Ils peuvent soit venir dans une construction en sandwich (où le noyau de mousse est placé entre les couches de fibre de verre et d'époxy), soit être faits 100% en mousse. Les « planches sandwich » sont les produits haut de gamme qui sont plus fragiles mais offrent une flottabilité moyenne, les rendant adaptés aux grosses vagues. Les planches à noyau en mousse sont généralement préférées par les skimmers de vagues parce qu'elles sont plus légères, plus épaisses et plus flexibles, ce qui leur permet de flotter plus facilement au-dessus des vagues. Leur flexibilité et leur flottabilité conviennent parfaitement aux vagues et au shorebreak. Une planche en mousse avec un noyau en EPS et en époxy est plus légère, flotte mieux et dure plus longtemps, mais elle est plus chère et, sur l’eau peu profonde, elle est presque trop vive pour les débutants. Ces planches, en résine ou en fibre de verre, peuvent coûter entre 150 et 350 euros.
La taille de la planche est également essentielle et doit suivre le poids du pratiquant. La règle générale est d’environ 115 à 130 centimètres en fonction du poids corporel. Par exemple, environ 115 centimètres pour un poids d’environ 55 kilos, jusqu’à plus de 130 centimètres au-delà des 85 kilos.
Lire aussi: Skimboard adulte : conseils pour un achat réussi
Les skimboards Flatland sont principalement Twintip, ou symétriques, où le nez et la queue ont la même forme. Cela permet de faire des tricks dans les deux sens. Les formes twintip les plus courantes sont Streamline et Proto. Les skimboards flatland rappellent davantage le skateboard car ils sont souvent utilisés pour les tricks et ont la construction en bois durable qui permet de monter sur les rails et les obstacles. Les planches avec différentes "tip et toe" sont typiques pour les vagues. Le rocker est la courbure du nez (la pointe) de la planche. Un rocker plus raide (plus de nez courbé) facilite le skimboard sur les vagues mais peut ralentir. À l'autre extrémité de la planche, on trouve la queue, qui a plusieurs variantes, les plus communes étant la pintail, la squash tail, l'arrondi et le W-tail (queue d'hirondelle).