L'Art de la Navigation Virtuelle et la Préparation Physique : L'Essor des Simulateurs pour Skippers Professionnels

La voile, bien que fondamentalement ancrée dans le monde physique des océans, connaît une mutation technologique sans précédent où le virtuel devient un terrain d'entraînement fertile pour les plus grands navigateurs. Depuis lundi, la transat La Grande Évasion est partie virtuellement de La Rochelle pour rejoindre les Antilles. Comme tous les milieux sportifs, celui de la voile est impacté par le confinement. Avec La Grande Evasion, le manque est en partie comblé. La Transat virtuelle, à laquelle de nombreux skippers professionnels prennent part, permet de s’entraîner aux prévisions météo. Ce qui permet ainsi de faire corréler la réalité avec le virtuel.

La convergence des mondes : du réel vers le numérique

L'intérêt des professionnels pour ces outils repose sur une précision croissante des modèles de données. « Je m’en sers comme une sorte d’entraînement, pour la météo, détaille Maxime Sorel, qui participera en novembre au Vendée Globe avec l’Imoca V & B. J’ai quelques cours en visio, pour la météo. Je ne vais donc pas hésiter à reporter mes points GPS, télécharger les fichiers météo et imaginer que je fais réellement la course. Je vais donc aller voir les cartes satellites, faire un vrai routage, et pourquoi pas le reporter sur Virtual Regatta ».

Cette démarche est partagée par les figures de proue du nautisme. Franck Cammas, le skipper de Gitana, souligne cette dimension technique : « Ça permet de faire de la nav’, de bosser sur le logiciel de routage, comme si j’étais en course ». La crédibilité de ces plateformes repose sur une gestion des vents particulièrement pointue. « C’est même carrément réaliste, estime Ian Lipinski. Souvent, sur le bateau, nous, on adapte nos fichiers réels en augmentant ou baissant un peu les valeurs, parce que les conditions évoluent un peu sur le terrain. Là, ça va vraiment être proche des prévisions. Moi, je me suis amusé à faire quelques routages pour imaginer ma stratégie ».

Analyse tactique et enjeux météorologiques

L'intérêt pédagogique dépasse le simple jeu. Maxime Sorel y voit l’occasion de parfaire ses connaissances sur certains systèmes : « Comme c’est une simulation, on n’aura peut-être pas vraiment de réponses à questions. Mais pourquoi ne pas tenter de passer près d’un centre dépressionnaire, là où d’habitude, il y aurait un risque avec l’état de la mer. Comme je serai dans mon canapé, ce sera moins risqué oui ! Ce sera intéressant de voir, par rapport aux fichiers de prévisions, comment jouer avec les systèmes ».

Les défis rencontrés virtuellement sont calqués sur les problématiques réelles des marins. Et une première difficulté se joue en ce moment, le passage du col, cette zone sans vent au large du golfe de Gascogne. « Il y a un col, une zone sans vent à l’intersection de deux systèmes dépressionnaires et deux systèmes anticycloniques, au large du golfe de Gascogne à négocier », expliquait, lundi Christian Dumard, routeur pour de nombreux skippers en Ultim.

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L'immersion est renforcée par l'animation communautaire. Qu’il s’agisse de petites régates ou de courses au long cours, chaque course est animée en direct par un commentateur qui décrit les avancées, les déboires et les options prises par les skippers virtuels. Pendant les courses, les skippers peuvent communiquer entre eux via le forum voire se lancer des défis ou commenter leurs choix stratégiques. Autant d’options qui contribuent à renforcer l’impression de participer à une aventure plus vraie que nature.

Conception technique et interface de navigation

La genèse de ces plateformes répond à une volonté de réalisme profond. Virtual Ocean Races est né de la volonté de ses 4 concepteurs, Frédéric HUBIN, Julien LEMAITRE, Bertrand et Olivier REVUZ de réaliser un simulateur de courses océaniques conjuguant plaisir, jouabilité et réalisme. Virtual Ocean Races est le premier jeu réalisé par ERMAKA SYSTEMES, dont l’objectif est de développer pour son compte, ou celui de ses partenaires institutionnels, des jeux en ligne multijoueurs comprenant une part importante d’animation.

Dans sa version actuelle, l’accès au jeu est entièrement gratuit. Une fois le bateau baptisé, il reste au marin virtuel à personnaliser son trimaran en choisissant la couleur des coques : 13 skins sont actuellement proposés. De nouveaux parcours de courses et de records sont intégrés régulièrement. Les parties se jouent actuellement à bord de trimarans ORMA mais d’autres types de bateaux sont en cours d’intégration : un monocoque de type IMOCA, un monocoque de type Figaro II, un monocoque de la nouvelle classe qui monte, le « class 40 », et enfin, un multicoque de record océanique.

Le skipper gère sa navigation, ses réglages et ses manoeuvres jusqu’à l’arrivée. Grâce à l’aide en ligne, le joueur peut se familiariser rapidement avec la conduite du bateau en mode clavier. L’interface de conduite simule un cockpit de bateau avec la partie barre et manoeuvre des voiles et la partie répétiteurs électroniques qui renseignent le navigateur sur l’évolution de son bateau. La prise en main des manoeuvres et des réglages est très intuitive. La barre se manoeuvre comme une vraie barre, et des boutons +/- sont présents sur chaque winch pour border ou choquer les voiles.

La conduite se fait dans un paysage comportant toutes les côtes du monde avec toutes les îles et îlots. L’interface permet de renseigner le joueur sur la provenance et la force du vent réel et du vent apparent. Le vent réel change toutes les minutes. La partie navigation affiche la carte correspondant à la position du joueur avec les indications météorologiques du moment. Elle permet au joueur de décider de sa route en fonction des marques de parcours à franchir et en fonction des conditions météorologiques. L’outil de calcul de cap renseigne le joueur sur la direction dans laquelle il doit diriger son bateau et permet d’initialiser une route idéale qui sera prise en compte dans le calcul du VMG. La trajectoire du joueur est affichée sur les cartes, ainsi que les marques de parcours et les icônes des bateaux concurrents. Le joueur a la possibilité de programmer des manoeuvres qui seront effectuées par le serveur de jeu lorsque le joueur sera déconnecté. Les prévisions météorologiques sont actualisées quotidiennement et donnent des prévisions à 7 jours, heure par heure.

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L’équilibre entre la machine virtuelle et le corps du skipper

Si le simulateur permet une préparation intellectuelle et stratégique, il ne remplace en rien le travail physique nécessaire au haut niveau. De retour à Lorient, Jérémie Beyou poursuit sa préparation pour la Route du Rhum - Destination Guadeloupe. Avec Stéphane Eliot, le préparateur physique avec lequel il travaille depuis 5 ans, le skipper de Charal supporte, endure, mais progresse physiquement. Ses objectifs : exceller en endurance et en résistance pour être à la hauteur de son bateau, qui sera mis à l’eau dans deux mois.

« L’ambition n’est pas de faire de Jérémie une bête de course : il est déjà à ce stade de préparation. Avec l’entraînement physique qu’il a suivi pour courir la Volvo Ocean Race, il est déjà prêt en termes de musculation. Nous ne toucherons pas une haltère avant début août. Jusqu’au départ de Saint-Malo (le 4 novembre), nous allons travailler son endurance fondamentale. Jérémie va reprendre le vélo, et il aime ça. Nous allons également travailler le gainage et la proprioception, ce qui induit une grosse sollicitation de la musculature profonde et des articulations, notamment pour prévenir le corps des risques de blessure en mer », explique Stéphane Eliot.

La proprioception, fondamentale en mer, est travaillée de manière spécifique. « Nous utilisons des accessoires comme les planches d’équilibre, des plateaux par exemple en fermant les yeux. Le but est de mettre Jérémie dans des situations similaires à celles qu’il va rencontrer en mer, dans un monde instable qui sollicite l’équilibre en permanence, autant de jour que de nuit. Je lance des poids, des ballons, à Jérémie, en équilibre sur une planche, qui doit alors réagir sans perdre l’équilibre. L’objectif : concentration et sollicitation des gros muscles, notamment ceux de la colonne vertébrale ».

Les jambes, souvent négligées, font l’objet d’un travail d’endurance : « Sur la Route du Rhum, il va gagner de la masse musculaire en haut, ou au moins se maintenir, mais il va en perdre en bas. En amont, nous allons travailler les muscles profonds des jambes, les ligaments et les tendons, et ces derniers ne seront pas amoindris pendant la course. Jérémie va perdre un peu des muscles superficiels, mais ce n’est pas bien grave ». Le planning est exigeant : « C’est celui d’un sportif de haut niveau. Le bateau sera ultra-performant, il faut que le skipper le soit aussi. Nous travaillons quatre fois une heure et demie chaque semaine quand il ne navigue pas, une à deux fois en période de navigation. Je prends soin de varier les exercices en passant par la boxe, le tirage de sacs, la proprioception et le gainage, les élastiques, les escaliers… Même s’il adore faire du sport et s’il supporte, il faut prendre soin de varier les… plaisirs ».

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