L’art de la composition photographique et cinématographique repose sur une grammaire visuelle précise. Parmi les différentes techniques de mise en scène, un des aspects de la grammaire du cinéma qu’il faut connaître est la plongée et la contre-plongée. C’est un procédé plutôt basique et simple à exécuter mais lourd de sens en terme de symbolique et de message envoyé au spectateur. C’est ce qui en fait une technique importante notamment pour les films auto-produits. Cela ne prend pas forcément beaucoup de temps en préparation et ce n’est par exemple pas aussi complexe que le plan séquence à exécuter. À l’origine, la plongée et la contre-plongée sont héritées de la peinture, puis de la photographie. Il s’agit d’angles de prise de vue, où l’on se positionne soit en dessus - la plongée - soit en dessous - contre-plongée - d’une personne ou d’un groupe de personnes.
L’influence psychologique des angles de vue
Mais pourquoi choisir un angle plutôt qu’un autre ? Est-ce vraiment important pour votre photo ? Il faut que vous compreniez que différents angles sur un même sujet vous donnent en fait des sensations différentes. Cadrer votre sujet en pointant votre appareil photo devant vous est neutre. Au contraire, votre photo fera ressentir votre domination sur cette personne, et souvent contre la volonté naturelle de celui qui observe la photo. Vous créez ainsi une fragilité imperceptible sur votre sujet qui le rend plus proche et plus touchant.
En vous surélevant par rapport à votre sujet (ici je suis debout sur un tabouret, et la jeune fille est assise), votre composition avec un angle de prise de vue en plongée a deux effets. Le premier, c’est de vous mettre en position de domination qui rend le sujet plus accessible voire plus vulnérable. Le deuxième, c’est que le menton se lève et se dégage du cou : les traits du visage sont ainsi affinés. Imaginez que vous contempliez une statue géante d’une divinité égyptienne. Si vous faites le portrait d’une personne qui vous regarde de haut et vous domine, votre photo ne va pas créer le sentiment de domination pour celui qui la regarde.
Ainsi, avec la plongée, l’axe de prise de vue donne l’impression que le sujet est inférieur et plus petit, en écrasant les perspectives. À contrario, avec la contre-plongée, l’angle donne un sentiment de supériorité et de grandeur en exagérant les perspectives. Si la plongée donne une impression d’infériorité, la contre-plongée en toute logique donne un sentiment de supériorité, de force, et de domination. Cela peut aussi être utilisé simplement pour magnifier un sujet. Par exemple, après que ce dernier ait réussi quelque chose de fort, d’impressionnant, le filmer en contre-plongée va servir à le mettre en valeur. La contre-plongée va également pouvoir traduire un sentiment de malaise du personnage, par exemple en le mettant devant quelque chose de trop grand pour lui. Enfin, la contre-plongée peut souligner des défauts.
La symbolique dans la grammaire cinématographique
Mais il y a aussi des situations où l’angle de prise de vue est libre. Et aujourd’hui avec les drones, l’angle de prise de vue sur un paysage n’est plus une contrainte. En étant plus bas que votre sujet, vous pouvez cadrer avec un angle de prise de vue en contre-plongée. Le sujet prend tout de suite beaucoup plus d’importance et de grandeur, ce qui provoque alors des émotions comme l’admiration, l’anticipation, l’optimisme, etc. En prenant le pont de Brooklyn avec un angle de prise de vue en contre-plongée, il y a automatiquement un effet de perspective verticale. Cet effet est très visible avec les piliers verticaux du pont : les pointillés montrent qu’ils penchent sur le côté et en arrière. Cet effet qui n’est pas naturel pour l’œil, crée des émotions contradictoires par rapport à cette vision nocturne scintillante et colorée de New-York.
Lire aussi: Bébé Nageur à Marseille
Comme dans la vraie vie, quand vous regardez quelqu’un vous avez l’impression de le dominer, d’être supérieur à lui, qu’il est en position de faiblesse. Et bien c’est la même chose au cinéma. Ainsi, la plongée va servir à mettre en place bien souvent un rapport de forces et de domination. Cependant, on peut aussi trouver d’autres utilisations à la plongée qui n’installent pas ce rapport. Par exemple, une faible plongée va pouvoir permettre de dévoiler un décor. Cela peut également être utilisé pour donner un effet d’enfermement ou de déshumanisation - dans La Mouche par exemple - ou pour des effets de style, comme dans Chantons sous la pluie. Il y a également la plongée totale, où la caméra est quasiment à la verticale, donc à 90° du sujet qu’elle filme. Cela va encore plus accentuer l’écrasement. Enfin, la plongée peut avoir une portée symbolique forte pour commencer ou finir un film. Cela peut aussi bien avoir un aspect de punition ou de happy end en fonction de la situation du personnage. Parmi les différentes interprétations que nous avons apportées à la plongée, il est facile de savoir laquelle correspond quand vous en voyez une. Dernier point à noter, la plongée et la contre-plongée peuvent être simplement la transcription d’une vue subjective d’un personnage. Une contre-plongée sur des buildings par exemple va ainsi être utile non pas pour nous dire quelque chose de ces bâtiments, mais de celui qui les regarde.
La rigueur géométrique : vers la perspective à 3 points de fuite
Les conseils sur la perspective et le dessin de décor continuent ! Après le dessin en perspective à 1 et 2 points de fuite, voyons comment dessiner en perspective à 3 points de fuite. À vous les dessins en plongée et contre-plongée ! À quoi correspond une perspective à 3 points de fuite ? Une perspective à 3 points de fuite, c’est une perspective linéaire où aucune ligne n’est parallèle au plan de l’image. En comparaison, la perspective à 1 point de fuite a un plan parallèle à celui de l’image, et une perspective à 2 points de fuite a des droites parallèles au plan de l’image.
Si ça vous paraît abstrait, les explications suivantes devraient vous aider à comprendre. Dans une perspective à 1 point de fuite, on voit la boîte de face : ce plan est parallèle à celui de l’image. Dans une perspective à 2 points de fuite, on voit 2 faces de la boîte : les plans ne sont pas parallèles à celui de l’image, mais les côtés de la boîte suivent une ligne parallèle à celui-ci. Dans une perspective à 3 points de fuite, on voit 3 faces de la boîte : aucune arête n’est parallèle au plan de l’image, et sur un plan, on aurait uniquement l’angle de la boîte. Attention : il ne suffit pas d’apercevoir les 3 faces de la boîte pour dire qu’il s’agit de perspective à 3 points de fuite, il faut aussi que toutes les arêtes partent vers des points de fuite différents, en trois dimensions. Toutes les faces de la boîte sont déformées, avec des bords convergeant vers un point de fuite ou un autre.
Pour faire un dessin en perspective à 3 points de fuite, il faut que l’ensemble s’inscrive dans une grille en 3 dimensions (longueur, largeur, hauteur) dont aucune ligne n’est parallèle à l’image. Comment se différencie un dessin en perspective à 3 points de fuite ? Toutes les lignes, même verticales, vont converger vers un point de fuite : il n’y a plus de lignes parallèles. Toutes les distances seront déformées, quelle que soit la direction (même en hauteur). Construire une grille en trois dimensions devient encore plus compliqué : reporter les distances est plus ardu ou hasardeux.
Distinctions techniques et nuances conceptuelles
Il est crucial de ne pas confondre certains effets de style avec la construction géométrique réelle. Une plongée ou contre-plongée n’est pas automatiquement en perspective à 3 points de fuite. Si votre caméra est braquée vers le sol, mais que celui-ci est parallèle au plan de l’image, vous pouvez très bien obtenir un bel effet de plongée avec une perspective à 1 ou 2 points de fuite, sans vous compliquer la vie. Ce qui compte réellement, c’est d’imaginer votre décor dans une grille en 3 dimensions, pour savoir comment cette grille se place par rapport à vous. Et ça, peu importe si vous regardez en haut, en bas, ou si votre caméra est basculée de 90° vers la droite.
Lire aussi: L'évolution de la silhouette des voiliers
Le dutch angle, ou angle incliné, est un classique du film d’horreur. Très utilisé pour donner une sensation d’instabilité ou de malaise, il peut aussi être appliqué au dessin pour donner cet effet ou accentuer le dynamisme, mais cela ne changera rien au placement du plan de l’image par rapport à ce qui est représenté. Cette composition peut apporter un plus à votre image, mais la construction de la perspective, qu’elle soit à 1, 2 ou 3 points de fuite, restera la même.
De même, la perspective étendue, comme les photos prises avec un grand angle ou un fish-eye, présente des lignes déformées qui sortent de la perspective linéaire classique. La perspective à 3 points de fuite n’est pas une de ces perspectives étendues, même si on y retrouve en grande partie les mêmes règles. Comme toutes les perspectives linéaires, elle correspond à un champ de vision limité. Pour un effet de déformation ou un dessin en panoramique, on a besoin de lignes de constructions courbes, et il vaut mieux utiliser des grilles de construction spéciales.
#
Lire aussi: Natation pour une silhouette et une santé optimales