Signification du voile islamique dans le Coran

Le voile islamique est un sujet complexe et souvent mal compris, suscitant des débats passionnés tant en Occident que dans le monde musulman. Il est essentiel d'examiner attentivement la signification du voile islamique dans le Coran, en tenant compte du contexte historique et des interprétations théologiques.

Le voile dans la société française contemporaine

Dans la société française actuelle, le voile est communément perçu comme un symbole de l'identité musulmane, plus précisément comme un attribut vestimentaire de la femme musulmane. Le terme "voile" est défini comme une "pièce d'étoffe légère mais opaque que portent en public les femmes musulmanes et les Touaregs et qui leur cache le bas du visage à partir des yeux". Certains théologiens considèrent le foulard comme une "obligation fondamentale inscrite dans le Coran", et estiment que contraindre une musulmane à l'ôter reviendrait à nier sa religion.

Versets coraniques relatifs au voile

Plusieurs versets du Coran sont souvent cités dans le contexte du voile, notamment :

  • Sourate 33, verset 53 : « Ô croyants ! »
  • Sourate 24, verset 31 : « Dis aux croyantes de baisser les yeux ; d’être chastes ; de ne montrer de leurs atours que ce qui est visible, de rabattre leurs voiles [khumurihinna] sur leurs poitrines et de ne montrer leurs atours qu’à leurs époux, ou à leurs pères […] ».

Le Dr. Al Jami, théologien français spécialiste d'exégèse coranique, propose différentes interprétations possibles du verset 31 de la sourate 24.

Le terme "Hijab" dans le Coran

Il est important de noter que le terme "hijab", souvent utilisé pour désigner le voile islamique, a une signification différente dans le Coran. "Ḥidjāb, du verbe ḥad̲j̲aba «dérober aux regards, cacher») désigne tout voile placé devant un être ou un objet pour le soustraire à la vue ou l’isoler. La séparation, imposée d’abord aux seules épouses du Prophète, s’est étendue à toutes les femmes musulmanes de condition libre. Le port du voile marque le passage de l’enfance à la puberté, et du célibat au mariage. Certes, l’étoffe destinée à couvrir la tête et le visage est désignée de préférence par les mots lit̲h̲ām, ḳināʿ, burḳuʿ (Dozy, Dict. des vêtements).

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Le terme "hijab" revient sept fois dans le texte coranique et traduit à chaque fois exactement la même signification : rideau, séparation, cloison, tout ce qui cache et dissimule quelque chose. Le synonyme de Hijab en arabe c’est « Satr » et correspond à toute chose qui sépare comme un mur, un paravent ou tout autre séparation virtuelle. On retrouve le sens de ce terme dans les versets coraniques suivants :

  • Coran 17 ;45 : « Quand tu récites le Coran, Nous plaçons un rideau invisible (Hijab) entre toi et ceux qui ne croient pas à la vie future ».
  • Coran 42 ; 51 : « Il n’est pas donné à un homme, que Dieu lui parle directement, si ce n’est pas inspiration ou derrière un voile (Hijab) ou par l’envoi d’un messager qui lui révèle, par Sa permission, ce qu’il veut. »
  • Coran 33 ;53 : « Ô croyants n’entrez dans les demeures du prophète que si vous êtes invités….Quand vous demandez quelque chose aux épouses du Prophète, faites-le derrière un voile (Hijab)… »

Ce dernier verset a été révélé lors du mariage du prophète avec Zeynab Bint Jahch et visait à éduquer les croyants de l’époque à respecter l’intimité du prophète et des gens en général. Il concernait uniquement les épouses du prophète et répondait à une nécessité conjoncturelle de l’époque.

Le terme "Khimar" dans le Coran

Le terme qui correspond dans sa signification exacte à un foulard ou écharpe est "khimar". Le verset coranique qui mentionne ce terme est le suivant :

  • Coran 24 ;31 : « …Dis également aux croyantes de ne laisser paraître de leurs beauté (zinatouhouna) que ce qui en paraît et de rabattre leurs écharpes (khoumourihina) sur leur poitrine (jouyoubihina) et à ne montrer leurs atours qu’à leurs époux, leurs pères, leurs beaux pères, leurs fils, leurs frères, leurs neveux…. »

Le terme "khoumourihina", pluriel de "khimar", désigne le foulard ou écharpe que portaient en ce temps là les femmes dans la péninsule arabique. Le Coran invite les croyantes à rabattre les pans de leurs écharpes ou khimar sur leur poitrine afin de dissimuler la partie haute de leurs bustes.

Interprétations du verset 24 ;31

Concernant l’expression « ce qui en paraît », Ibn Abass l’explique comme étant « le visage et les mains ». C’est ce à quoi la majorité des exégètes et savants musulmans vont conclure concernant ce verset, autrement dit, que les croyantes doivent couvrir leurs cheveux par un khimar et ne laisser paraître que leur visage et leurs mains.

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Une minorité des savants appartenant à l’école Hanbalite préconise que les femmes doivent se couvrir entièrement et que même les mains et le visage doivent être dissimulés, car faisant partie de ces « atours » décrits par le Coran. C’est cette même école qui prescrit donc le Niquab ou la Burqua et qui considère que tout le corps des femmes est « illicite » à voir. Leur argumentaire ne provient pas du Coran où le verset sur le khimar est clair et ne donne pas plus de détails sur le comportement vestimentaire.

Confusion sémantique entre "Hijab" et "Khimar"

Il est important de souligner la confusion sémantique qui existe entre les termes "hijab" et "khimar". Le terme "hijab" est souvent utilisé de manière erronée pour désigner le foulard recouvrant la tête des femmes musulmanes, alors que le terme correct est "khimar".

Cette confusion sémantique a des conséquences importantes, car elle peut conduire à une interprétation erronée du rôle du voile dans l'islam. En effet, le terme "hijab" connote l'idée de séparation et d'isolement, tandis que le terme "khimar" se réfère simplement à un vêtement destiné à couvrir les cheveux et la poitrine.

Le voile : un signe distinctif ?

Certains soutiennent que le voile a pour fonction de distinguer les musulmanes des non-musulmanes. Le verset souvent cité à l'appui de cet argument est le suivant :

  • Sourate 33, verset 59 : « Ô Prophète ! Dis à tes épouses, à tes filles, et aux femmes des croyants, de ramener sur elles leurs grands voiles ; elles en seront plus vite reconnues et éviteront d’être offensées. Allah est Pardonneur et Miséricordieux. »

Selon cette interprétation, le voile permettrait aux musulmanes d'être reconnues en tant que telles et d'éviter d'être importunées par les hommes. Cependant, cette interprétation est contestée par certains, qui soulignent que le Coran appelle également les hommes à réfréner leurs regards et à être chastes.

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Analyse contextuelle de la sourate 33, verset 59

Une analyse contextuelle de la sourate 33 "Les Coalisés" révèle que ce verset est adressé spécifiquement aux épouses et aux filles du Prophète ainsi qu'aux femmes des croyants de Médine. Il visait à protéger ces femmes des offenses et du harcèlement dont elles étaient victimes de la part des opposants et des hypocrites de la ville.

Le verset ne prescrit donc pas le port d'un voile spécifique, mais recommande aux femmes de "tirer à elles les pans de leurs vêtements de dessus" afin d'éviter d'être importunées. Cette mesure était destinée à répondre à une situation particulière et ne peut être considérée comme une règle générale applicable à toutes les musulmanes.

Le voile et la pudeur

Le Coran insiste sur l'importance de la pudeur, tant pour les hommes que pour les femmes. Le verset 24 ;31 enjoint aux croyantes de baisser les yeux, d'être chastes et de ne montrer de leurs atours que ce qui est visible.

Cependant, la notion de pudeur est interprétée différemment selon les cultures et les époques. Certaines personnes considèrent que le voile est une expression de la pudeur, tandis que d'autres estiment qu'il n'est pas nécessaire de se voiler pour être pudique.

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