Les serpents sont des reptiles fascinants, et certaines espèces ont développé des adaptations remarquables pour la vie aquatique. Parmi ces serpents, la couleuvre vipérine (Natrix maura) est un exemple particulièrement intéressant, souvent confondue avec la vipère en raison de sa ressemblance physique. Cet article explore les différentes espèces de serpents capables de nager, en mettant l'accent sur la couleuvre vipérine et ses particularités.
La couleuvre vipérine : une experte des milieux aquatiques
La couleuvre vipérine (Natrix maura) est un serpent commun des zones humides, parfaitement adapté à la vie aquatique. On la rencontre fréquemment dans les rivières, les mares, les étangs, les fossés et les prés inondables. Elle glisse avec aisance entre les Carex, nage avec agilité et plonge de longues minutes, faisant de l'eau son territoire de chasse.
Identification et caractéristiques
La couleuvre vipérine mesure généralement entre 70 et 80 cm de long, mais les femelles peuvent atteindre jusqu'à 1 mètre. Son corps fin et sa tête triangulaire rappellent l'apparence des vipères, ce qui lui vaut son nom et la méfiance de certaines personnes. Cependant, contrairement aux vipères, la couleuvre vipérine est totalement inoffensive, car elle est dépourvue de venin.
Plusieurs caractéristiques permettent de distinguer la couleuvre vipérine des vipères :
- Pupilles rondes : La couleuvre vipérine possède des pupilles rondes, tandis que les vipères ont des pupilles verticales, semblables à celles des chats.
- Écailles de la tête : La couleuvre vipérine a de grosses écailles sur la tête, disposées par paires (deux en avant, deux en arrière), tandis que les vipères ont de petites écailles resserrées.
- Absence de crochets à venin : La couleuvre vipérine est un serpent aglyphe, c'est-à-dire qu'elle ne possède pas de crochets à venin, contrairement aux vipères qui sont solénoglyphes (crochets mobiles) ou aux cobras qui sont protéroglyphes (crochets fixes).
Sa robe est très variable. Lorsque la Couleuvre vipérine se sent menacée, elle aplatit sa tête pour désolidariser ses os, et former un triangle tout en sifflant pour indiquer sa présence. Il s’agit d’un comportement mimétique.
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Habitat et répartition géographique
La couleuvre vipérine est présente dans le nord de la bande maghrébine (Maroc, Algérie, Tunisie, Libye) jusqu'au centre de la France. Sa limite de répartition septentrionale correspond en grande partie à la Loire, et sa limite orientale est représentée par l'extrême ouest de la Suisse. On retrouve également quelques populations au nord-ouest de l'Italie, dans la région de Ligurie. Il s'agit d'une espèce essentiellement ibérique.
En Europe, cette espèce s'étend du Portugal à l'Espagne, traverse une grande partie de la France jusqu'à l'extrême sud-ouest de la Suisse et au nord-ouest de l'Italie. En Italie, elle côtoie parfois la couleuvre tessellée. On la retrouve aussi sur les îles méditerranéennes : la Sardaigne (Italie), la Corse, les îles d'Hyères et la Galite. Elle a été introduite dans les îles de Minorque et de Majorque dans les Baléares, où elles menacent de rares amphibiens endémiques. Sur ces îles, elle est considérée comme nuisible et envahissante.
Alimentation
La couleuvre vipérine se nourrit principalement de petits poissons et d'amphibiens, qu'elle chasse à l'affût directement dans l'eau. Son régime alimentaire varie en fonction de son âge et de la disponibilité des proies :
- Jeunes couleuvres : alevins, têtards, insectes.
- Adultes : amphibiens (grenouilles, tritons), poissons.
Elle peut également compléter son menu avec de petits rongeurs ou des insectes terrestres trouvés sur les berges.
Comportement et reproduction
La couleuvre vipérine est un serpent poïkilotherme, c'est-à-dire qu'elle dépend de la température extérieure pour réguler sa chaleur corporelle. C'est pourquoi on la retrouve principalement dans les milieux chauds. Elle sort sous le soleil, mais devient nocturne les journées chaudes.
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Dès les beaux jours, les couleuvres vipérines s'accouplent et pondent une dizaine d'œufs dans des trous sur les berges. Comme les autres Natrix, mâles et femelles se regroupent au printemps dans les habitats propices à la reproduction, c'est-à-dire des zones chaudes et humides (végétation, racines, etc.). Les femelles peuvent pondre sur le lieu de l'accouplement si les conditions sont propices. Elles peuvent parfois faire un trou pour y déposer leurs œufs. On observe donc parfois des zones de grande concentration de jeunes couleuvres après l'éclosion. Chaque ponte annuelle comprend généralement une vingtaine d'œufs. Ils doivent être maintenus autour de 25 °C pour parvenir à terme. Une fois éclos, les jeunes sont livrés à eux-mêmes et doivent rapidement trouver réfugier pour échapper aux nombreux prédateurs. Ils présentent les mêmes motifs que les adultes.
La couleuvre vipérine hiberne de l'automne au printemps. On la trouve donc lovée dans diverses cachettes : trou sous-terrain, souche, végétation…
Statut de conservation
Commune en France, exceptée dans le Nord, la couleuvre vipérine voit ses populations régresser en de nombreux sites. Sur la liste rouge de l'UICN, elle est classée en préoccupation mineure, vulnérable, quasi menacée, et même en danger selon les régions.
La couleuvre vipérine ne présente pas de danger particulier pour l'Homme en cas de rencontre dans son milieu naturel car elle est très craintive. Face à un humain, elle fuira toujours sans chercher la moindre provocation.
SOS Serpents
De nombreuses associations locales de protection de la nature développent des réseaux comme "SOS Serpents" pour aider les particuliers à comprendre et à dédiaboliser ces espèces. Ces services interviennent pour évacuer les serpents qui se sont égarés dans les maisons, les piscines ou d'autres endroits inappropriés, afin d'éviter qu'ils ne soient tués. Ils sensibilisent également le public à la cohabitation avec les serpents et à leur rôle dans l'écosystème.
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Autres espèces de serpents nageurs
Outre la couleuvre vipérine, d'autres espèces de serpents sont capables de nager et de vivre dans les milieux aquatiques. Parmi celles-ci, on peut citer :
- La couleuvre à collier (Natrix natrix) : Cette espèce nage avec aisance et se nourrit principalement d'amphibiens. La couleuvre à collier est la couleuvre la plus fréquente puisqu’elle est présente dans toute la France, de 0 à 2000 mètres d’altitude. C’est un serpent qui peut impressionner car une femelle mesure autour d'1,60 mètre (les mâles ne dépassent pas 1,10 mètre). Toutefois, malgré la frayeur qu’elle peut provoquer, elle n’est pas venimeuse. Et il faut garder à l’esprit qu’elle n'attaque pas la première, tentant toujours de fuir d’abord. Elle peut s’y mouvoir en nageant, la tête hors de l’eau, et peut même réaliser des plongeons, capable de rester une quinzaine de minutes sous l’eau. C’est ce qu’on appelle une espèce semi-aquatique.
- La couleuvre tessellée (Natrix tessellata) : Véritable adepte de l'eau, cette espèce consomme essentiellement des poissons. La couleuvre Tessellée apprécie les eaux stagnantes et les courants d’eau lents. Vous pouvez également la retrouver le long des rives. Il n’est pas rare également de l’observer poser dans un talus ou au bord de bois, à proximité de l’eau lorsqu’il y a du soleil.
- La vipère aspic (Vipera aspis) : Bien que moins aquatique que les couleuvres, la vipère aspic peut parfois se trouver dans l'eau, notamment pour traverser un cours d'eau. La vipère Aspic affectionne davantage les zones sèches, mais il peut lui arriver de plonger dans l’eau (étang, cours d’eau lent). Dans l’eau, la vipère Aspic est facilement repérable, car sa tête est bien dressée en dehors de l’eau.
Les serpents de la forêt de Fontainebleau
La forêt de Fontainebleau, située en Île-de-France, abrite également plusieurs espèces de serpents, dont certaines sont capables de nager :
- La couleuvre d'Esculape (Zamenis longissimus) : Ce serpent non venimeux est capable de grimper aux arbres et se nourrit de rongeurs et d'oiseaux.
- La couleuvre à collier (Natrix natrix) : Mentionnée précédemment, cette espèce est la plus répandue dans la forêt de Fontainebleau et affectionne les milieux humides.
- La couleuvre vipérine (Natrix maura) : Plus rare dans cette région, elle fréquente les milieux humides et ressemble à la vipère.
- La coronelle lisse (Coronella austriaca) : Cette couleuvre inoffensive est moins abondante que ses cousines et se nourrit de lézards et de petits mammifères.
- La vipère aspic (Vipera aspis) : C'est le serpent le plus commun de la forêt de Fontainebleau. Bien que venimeuse, elle n'est pas agressive et préfère fuir en cas de danger.
- La vipère péliade (Vipera berus) : Plus rare que la vipère aspic, elle aime les lieux frais comme les prairies humides et les marais.
Comment différencier une couleuvre d'une vipère ?
Il est important de savoir distinguer une couleuvre d'une vipère, car cette dernière est venimeuse et sa morsure peut être dangereuse. Voici quelques critères pour les différencier :
- La tête : La vipère a une tête triangulaire et bien marquée, tandis que la couleuvre a une tête plus étroite qui s'intègre harmonieusement à son cou.
- Les yeux : La vipère a des pupilles verticales, semblables à celles des chats, tandis que la couleuvre a des pupilles rondes.
- Les écailles : Le corps de la vipère est souvent trapu, avec des écailles rugueuses, tandis que la couleuvre est plus fine et élégante, avec des écailles lisses.
- Le motif : La vipère a souvent un zigzag sur le dos, tandis que la couleuvre a des taches sombres ou des rayures en zigzag réparties de manière irrégulière.
Que faire en cas de rencontre avec un serpent ?
Si vous croisez un serpent, qu'il s'agisse d'une couleuvre ou d'une vipère, il est important de garder une distance raisonnable et d'éviter les gestes brusques. Les serpents ne sont pas agressifs et n'attaquent pas les premiers. Ils préfèrent fuir s'ils se sentent menacés.
Si vous êtes mordu par une vipère, il est impératif d'appeler les secours et de se rendre à l'hôpital le plus rapidement possible. En attendant les secours, il est conseillé de rester calme, d'immobiliser le membre touché et d'enlever tout ce qui pourrait le serrer (bagues, montres, chaussures, etc.).
En revanche, si vous rencontrez une couleuvre, vous ne courez aucun danger, car elles sont toutes inoffensives.