L'Échouage Volontaire en Catamaran : Plaisirs, Précautions et Protection des Ailerons avec les Semelles

L'échouage, contrairement à l'échouement qui lui est involontaire et souvent stressant, est une manœuvre volontaire et bien gérée qui procure de multiples plaisirs et avantages. Que l’on navigue en dériveur ou en biquille, on partage avec certains quillards ce délicieux privilège : la possibilité d’échouer. C'est le bonheur de passer tout simplement une marée sur le sable de l’estran. S'avancer dans un mouillage jusqu'à se poser sur la plage, passer la nuit bien calé au sec alors que les autres balancent au gré de la houle au mouillage, ou encore profiter de la nature étonnante de l'estran le temps d'une marée, sont autant d'expériences uniques. L'échouage permet d’accéder à des sites plus sauvages et protégés, accessibles uniquement aux petits tirants d’eau. De plus, il offre la commodité de mettre le pied à terre sans avoir à utiliser l'annexe, un avantage non négligeable après une longue navigation. Les multicoques, en particulier, sont généralement des voiliers pensés pour l’échouage. C’est le cas, par exemple, de tous les petits trimarans et de la grande majorité des catamarans.

Les Spécificités de l'Échouage en Catamaran et la Protection des Ailerons

Les catamarans, de par leur conception, sont particulièrement adaptés à l'échouage. Quelle que soit leur taille, ils sont généralement équipés d’ailerons qui leur permettront de venir s’échouer sur une plage sans risque pour le bateau. Les dériveurs intégraux et les catamarans peuvent beacher et se poser sans problème, c’est l’idéal. Leurs fonds sont généralement protégés avec une semelle de fonte pour les dériveurs en polyester ou en bois, et les catamarans se poseront sur leurs ailerons ou directement sur leurs coques protégées là aussi. Toutefois, si les bateaux équipés d'ailerons semblent les plus adaptés, ils ne le sont pas tous et ils ne sont pas les seuls. Certains ailerons ou structures n'ont pas été échantillonnés pour supporter le poids du bateau au quotidien et au moindre tossage, les ailerons ou la structure souffrent voire cassent. Pour limiter que le bas des ailerons ne s'abîment sur les cailloux ou tout autres éléments agressifs, il est possible pour les ailerons qui n'ont pas reçu de renfort Kevlar au moment de la fabrication, de mettre en place une semelle inox sous l'aileron. Cette semelle constitue une couche protectrice essentielle pour préserver l'intégrité structurelle des appendices et prolonger leur durée de vie face aux contraintes répétées de l'échouage.

Il est important de noter que les flotteurs des trimarans sont toujours moins volumineux que la coque centrale, et mise à part quelques modèles équipés d'ailerons ou safrans sur les flotteurs, le trimaran prendra de la gîte au moment de la posée. Pour limiter ce phénomène et protéger les flotteurs, un pare-battage sous les flotteurs d'un trimaran sera un vrai plus. Les modèles en V généralement utilisés pour les étraves restent bien en place.

Préparer son Échouage : Une Étude Approfondie des Lieux et des Conditions

L'échouage implique forcément la marée, il faut donc surveiller les horaires de marée avant d’avancer son étrave en direction de la plage. C'est fondamental, non pour être sûr de prendre de belles couleurs mais bien pour la sécurité du bateau. Disposer d’indications fiables sera déjà un pis-aller appréciable. L’essentiel de ces informations est donné par une bonne carte marine bien sûr, mais rien ne vaut le coup d’œil car il peut suffire d’une grosse chaîne, d’un rocher mal placé ou d’un trou de vase imprévu entre deux bancs de sable pour transformer l’échouage en cauchemar. Dans un monde idéal, le top est de pouvoir reconnaître les lieux de ses propres yeux… à marée basse bien sûr.

Comprendre les Marées et les Coefficients :Pour échouer, il faut être dans une zone à marée, c'est à dire avoir des variations de hauteur d'eau importantes entre la marée haute et la marée basse. Pratiquer les eaux sans marnage n'est pas l'idéal pour échouer en pleine sérénité. En France, l'usage des coefficients permet de connaître l'amplitude de cette variation. Les coefficients rendent compte de l’amplitude de la marée et ils changent selon les phases de la lune. Le calcul des heures de marées et des hauteurs d'eau permettra de savoir à quelle heure on doit se poser et surtout à quelle heure on va repartir. Savoir calculer les hauteurs de marée lors de ces différents échouages est un gros avantage et même primordial.

Si le coefficient donne une bonne idée, il ne suffit pas. Le coefficient indique seulement l'amplitude de la marée, mais avec un coefficient plus important il est possible d'avoir une hauteur d'eau à marée haute inférieure. De plus, il faudra prendre en compte également la pression atmosphérique. La direction du vent va également changer la hauteur. Un vent de mer fait monter le niveau de la mer, quand un vent de terre le fait baisser. Enfin un élément rarement pris en compte est la présence d'un fleuve, d'un havre, d'une embouchure. Dans ce cas, l'horaire et la hauteur d'eau sont souvent donnés pour l'entrée alors qu'il peut y avoir de grandes différences à l'intérieur de cet estran.

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Un aspect crucial est la hauteur d'eau. On l’a dit, l’échouage est avant tout une affaire de hauteur d’eau… donc d’horaires ! C’est fondamental pour la sécurité du bateau. Il faut être sûr à 100 % que la marée montante sera aussi tranquille que la descendante. Ce n’est pas tout d’avoir prévu un timing serré, il faut s’y tenir ! Et savoir renoncer si la pétole soudaine, l’équipier à la bourre ou toute autre contrariété vous a mis en retard.

Sélectionner le Site d'Échouage Idéal :Toutes les plages ne sont pas propices à l'échouage, et toutes les zones de navigation ne sont pas favorables. Il faut choisir de se poser dans un site protégé, à l’abri de la houle et du ressac. Le genre d’endroit où vous êtes sûr de ne pas être surpris par un mauvais clapot à marée montante. Le but, c’est d’adoucir ce moment délicat où le bateau « tosse », c’est-à-dire où il rencontre le sol avec plus ou moins de délicatesse. C’est assez naturel au moment de se poser. Si une légère houle imprévue se fait sentir, il faut savoir renoncer et retourner en eau profonde.

L'évaluation du site dépend aussi du bateau. Une zone de vase molle n’est pas un problème pour un dériveur intégral, mais possiblement un piège vicieux pour un quillard béquillé, voire pour un biquille. Les échouages les plus sûrs se font dans des plans d’eau fermés, comme la Petite mer de Gâvres.

La nature des fonds est aussi, évidemment, à prendre en considération. Il sera compliqué d’échouer sur de la roche. Préférez donc des zones sableuses ou vaseuses. Si votre bateau va préférer une vase molle et profonde pour se poser dans un nid douillet, il n'en sera pas de même pour votre équipage s'il veut descendre du bateau à marée basse. Attention aux bancs de sable et à la présence de corail, les dégâts engendrés par le réchauffement climatique et la pollution sont déjà assez efficaces pour sa destruction, et c'est d'ailleurs interdit de mouiller dessus. Les zones de rochers sont à éviter car l’ancre risque de rester coincée. Les herbiers sont également à proscrire car l’accroche est généralement superficielle et cela détruit le poumon de la mer. Les platiers, ces sols durs recouverts de sable, sont aussi traitres. Même si un dériveur intégral peut se poser sur les fonds, il faut faire attention au bateau, qu’il soit en polyester, en bois ou en acier. Si vous vous posez sur du sable mou ou de la vase, il faudra être attentif au système d'aspiration du refroidissement, que celui-ci ne soit pas encombré de vase, sable ou petits cailloux qui colmateraient le circuit de refroidissement et mettraient en péril le bateau.

Pour les bateaux bi-quilles, ne choisissez pas une zone trop vaseuse et échouez-le sur une zone plane, pour que le bateau reste droit. Même remarque pour les quillards avec béquille.

Anticiper la Météo et le Clapot :Avant de jeter l'ancre pour prendre position dans ce décor de rêve, vérifier la météo est indispensable. Un endroit idyllique dans certaines conditions peut devenir cauchemardesque dans d'autres conditions, voire se transformer en piège. En fait, le vent n’est pas vraiment un problème, comme toujours du reste. C’est le clapot : on n’en veut pas ! Absence de vagues, houles ou ressac : ces mouvements de mer vont faire tosser votre bateau de manière plus ou moins violente. Il est important, pour le bateau et pour l’équipage, que le bateau ne tosse pas lorsque la marée remonte ou descend. La houle étant plus rapide qu'une dépression, elle arrive souvent avant le vent. L'été, il faut se méfier de la brise thermique. Le jour, elle souffle dans un sens, généralement de la mer vers la terre, et la nuit dans le sens opposé. Si en fin de journée au moment de votre arrivée, la brise thermique s'est installée, il se peut qu'elle annule le vent synoptique (vent créé par les anticyclones et les dépressions). La nuit, ces vents s'additionnent.

Le passage de vedettes à passagers, de bateaux de pêche, ou de bateaux de commerce provoque des vagues importantes qui peuvent créer un ressac important et imprévisible. Même si le vent est faible à l’échouage, anticipez les conditions du retour en surveillant la météo. En cas de doute sur la météo ou la possibilité de vagues possibles, il peut être intéressant de mettre les étraves vers le large avec une ancre derrière et une devant.

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Les Manœuvres d'Échouage et de Mouillage

L'approche et la posée seront différentes selon votre connaissance des lieux, votre heure d'arrivée, ou la topologie des lieux. La fausse bonne idée est de poser juste avant la marée haute ou la marée basse. Pour ceux qui maîtrisent le calcul des douzièmes, ils comprendront rapidement que c'est le moment où la mer monte et descend le plus lentement. Cela permet de connaître l'heure à laquelle on pose et surtout quand le bateau va flottera de nouveau.

Mouillage à Double Ancre :Prévoyez toujours un double mouillage lorsque vous voulez faire un échouage. Mais la plupart du temps, il faut mouiller, et de préférence devant et derrière. On le fait à petite vitesse, mais quand même assez vite pour que le bateau fasse tout de suite une petite souille - disons entre 2 et 3 nœuds. Pour que le bateau reste dans l’axe, qu’il ne se mette pas travers à la plage, le mieux est de mouiller par l’arrière à deux longueurs de la plage (attention, on surestime facilement la longueur du mouillage…). Plus facile à dire qu’à faire.

Si on vient se poser quand la mer descend, le mouillage arrière n'est pas obligatoire, car le bateau sera rapidement posé définitivement. Si vous ne connaissez pas les lieux, il est fortement déconseillé de pratiquer cette méthode.

Pour beacher un voilier, vous devez, tout d’abord mouiller l’ancre arrière avant de venir beacher le bateau sur la plage. Le bateau beaché, vous pourrez ensuite porter l’ancre avant. Si des risques de vagues sont possibles lors de votre départ, nous vous recommandons de placer les étraves vers le large en positionnant l'ancre principale vers le large et la secondaire vers la plage.

Dans le cas où vous attendez la marée en eau profonde, vous commencez là aussi, par mouiller l’ancre arrière. Ensuite, vous avancez le bateau et allez mouiller assez loin l’ancre avant. Enfin, vous reculez le bateau vers l’ancre arrière.

Conseils pour un Mouillage Sûr :Savoir mouiller et être sûr de son mouillage est primordial en croisière. L'ancre n’accrochera pas de la même façon dans la vase, le sable fin, le gros sable rond, les cailloux, les platiers, les herbiers, etc. En plus de cela, selon votre ancre, vous aurez des sols à privilégier. Une ancre plate et une ancre à soc de charrue n’ont pas la même tenue selon les sols rencontrés. L’ensemble ancre/chaîne garantit l'accroche au sol. Le poids de la chaîne et sa longueur au sol font que l’ancre reste dans une bonne position, permettant son enfouissement si une traction s’exerce. À l’inverse, une longueur et un poids de chaîne insuffisants permettront à l’ancre de s’arracher du sol et le bateau dérapera. Il y a une règle simple : « plus on mouille long, mieux le capitaine dort ». Mais c’est trop simple. Pour mouiller long, il faut beaucoup de place autour (zone d’évitage) et en été, ce n’est plus évident de trouver des zones désertes. Si vous mouillez trop long, la zone d’évitage augmente, et si le vent tourne, vous risquez de percuter vos voisins. Vous serez donc contraint de mouiller juste la bonne longueur. Une règle secondaire est de mouiller 3 fois la hauteur d'eau si vous restez à bord vigilant et si le vent est cool (pour une pause repas de midi, par exemple, si vous avez 3 mètres de fond, vous mouillez 9m de chaîne) ou 5 fois la hauteur d'eau en règle générale. Mettre la bonne longueur suppose donc, en amont, d’avoir bien choisi son emplacement. Si vous devez mettre 30 m pour assurer votre tenue et que votre emplacement ne vous en permet que 15 sans être dangereusement près de vos voisins, ce n’est pas bon. Il faut trouver une autre place.

Une fois l'emplacement et la longueur de mouillage déterminés, faites un rond d’observation des fonds sur votre future zone d’évitage. Mettez-vous au point mort. Une astuce consiste à enfiler palmes, masque et tuba, et aller voir votre ancre pour contrôler son emplacement, son enfouissement, et la qualité du sol. Vous pouvez installer une petite bouée juste au-dessus de votre ancre pour matérialiser son emplacement, ce qui peut dissuader les futurs voisins de mouiller sur votre ligne de mouillage. Si vous avez mouillé 25 mètres, partez de votre ancre, nagez 25 m et observez votre rayon d’évitage. Observez aussi la zone d’évitage sous l’eau pour vous assurer qu’il n’y ait pas de rochers trop proéminents qui risqueraient d’endommager vos appendices. Remontez à bord, contrôlez à nouveau votre alignement (qui ne doit pas avoir bougé). Laissez votre traceur allumé, surtout quand la météo est forte ou si vous avez des doutes, et observez de temps à autre votre arc de cercle que décrit votre bateau au mouillage suivant les variations de vent. Ça ne doit pas bouger non plus. Avec une météo évolutive, laissez le graphe "force du vent" et "direction du vent" visible, et observez. S’il y a des grains violents, soyez vigilant et observez votre alignement de temps à autre.

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Risques et Précautions Pendant et Après l'Échouage

Il existe quelques risques à échouer son bateau. Le premier risque est pour la coque, lors de l’échouage. Il faut bien faire attention aux fonds pour ne pas abîmer l’antifouling, les loch-speedos ou les sondeurs. Attention aussi à ne pas abîmer la strat sur une grosse pierre. Il y a aussi un risque pour l’équipement, comme pour les béquilles d’un voilier si la houle s’invite. Enfin, le dernier risque, pour le bateau, est lors du départ.

Vigilance sur les Équipements :Pratiquer l'échouage signifie se rapprocher au plus près de la côte avec des hauteurs d'eau souvent très faibles lors de certaines manœuvres. Il est essentiel de connaître la hauteur d'eau restante sous le bateau pour savoir si on évolue en sécurité ou à la limite de toucher. Les sondeurs sont rarement au ras de l'eau ou complètement sous la coque, sans réglage, ils indiquent une hauteur d'eau approximative. Les sondeurs du marché permettent de faire un calage de cette hauteur. Pour le calage du sondeur, il y a deux écoles. Pour les bateaux à tirant d'eau fixe, nous conseillons de régler le sondeur pour qu'il indique la hauteur sous le point le plus bas du bateau. De cette manière, pas de question à se poser quand on lit le sondeur, on sait si on a de la marge ou pas.

En cas de posé avec le poids de la coque en appui sur les transmissions (embases, modules de propulsion orientables, lignes d’arbre), il sera nécessaire de contrôler que la mécanique et la structure de la coque n’ont pas souffert de contraintes excessives. Certains presse-étoupes doivent rester en eau. Si le moteur est relevé lors de la pose du bateau, il ne risque rien.

Après la Posée :Une fois la marée descendue, il n’y a plus d’eau ! Mais à force de monter et de descendre du bateau, votre cockpit va se remplir de vase. Indispensable : le seau à remplir avant d’être à sec. Il se rend utile à chaque retour à bord ! Une fois le bateau posé, l'équipage profite souvent de pouvoir aller et venir du bateau à la terre, mais au moment de remonter, les pieds sont sales, et le bateau se salit à vitesse grand V.

L'annexe amarrée à l'arrière du bateau au mouillage, tout le monde le fait, la mer descend, ce n'est pas un problème, mais au moment de la remontée, les courants ou le vent peuvent avoir changé de direction et l'annexe se glisse sous le bateau.

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