L'expression "savoir nager": origine et significations

L'expression "savoir nager" est une locution courante dont l'origine et les significations sont riches et variées. Cet article explore en profondeur l'étymologie de cette expression, ses différents usages, ainsi que son évolution à travers le temps.

Origines et étymologie

Le verbe "nager" vient du latin navigare, qui signifie "naviguer". En ancien français, on disait "noër" ou "nouer" pour "nager", dérivé du latin classique nato, natare (via le latin populaire notare), que l’on retrouve en français moderne dans « natation ». Nager signifiait alors "naviguer", verbe dont il constituait d’ailleurs un doublet, les deux étant dérivés du latin classique navigare. C’est toujours ce sens qui prévaut dans les expressions dame de nage (où l’on fixe les avirons) et banc de nage (où s’assoient les rameurs). Pour que soit évitée la confusion de noër, « nager » avec son homonyme noer, « nouer, faire un nœud », « nager » a progressivement pris son sens actuel, reléguant noer au rancart du lexique.

L'expression "nager entre deux eaux" est apparue au XIVe siècle et tire son origine du vocabulaire de la marine. Elle désignait initialement les équipages capables de maintenir leur cap malgré les courants contraires. Il faut, pour cela, au sens propre, être un bon marin, un fin barreur.

Usages et significations

Sens propre

Au sens propre, "savoir nager" signifie être capable de se déplacer dans l'eau grâce à des mouvements appropriés. Cela implique de pouvoir se maintenir à la surface, respirer et avancer de manière efficace. On peut nager sur le côté, sur le dos, à l'indienne ou sous l'eau.

Apprendre à nager, c'est acquérir l'habitude de réprimer des mouvements spontanés et d'en exécuter d'autres. (Langlois, Seignobos, Introd. ét. hist., 1898, p. 49)

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Sens figuré

Au sens figuré, "savoir nager" signifie être capable de se débrouiller, de se tirer d'affaire en toutes circonstances, éventuellement en faisant taire ses scrupules. C'est savoir s'adapter aux situations difficiles et trouver des solutions pour s'en sortir.

Enfin je nage. Et pas mal. La question galette est tout à fait arrangée. (Giono, Gds chemins, 1951, p. 127)

L'expression "nager entre deux eaux" s'applique aux habiles politiciens dont l'exploit consiste à fluctuer entre deux partis ou deux courants d'un même parti. C'est l'art de ne pas prendre position de manière tranchée, afin de ménager les différentes parties et de préserver ses propres intérêts.

Jean de La Faucille, le plus riche et le plus notable bourgeois, qui avait toujours servi les intérêts du comte, mais qui ne voulait pas perdre l'amour de ses concitoyens, s'était déjà retiré, et se tenait en arrière des uns et des autres, nageant, comme on disait, entre deux eaux. (Barante, Hist. ducs Bourg., t. 1, 1821-24, p. 175)

Expressions dérivées

Il existe de nombreuses expressions dérivées du verbe "nager", qui illustrent la richesse et la diversité de ses significations.

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  • Nager comme un poisson : nager très bien. Une foule de jeunes femmes qui plongeaient et nageaient comme des poissons, avec la plus insouciante gaieté du monde. (Loti, Mariage, 1882, p. 262)
  • Nager comme un fer à repasser : ne pas savoir nager du tout.
  • Nager avec le courant : suivre l'opinion courante. On se rend mal compte aujourd'hui de la puissance de ce grand fleuve révolutionnaire et réformiste [de 1848]; aussi apprécie-t-on mal la force que Baudelaire dut déployer pour nager à contre-courant. (Sartre, Baudelaire, 1947, p. 191)
  • Nager dans le bonheur : être plongé dans une situation agréable.
  • Nager dans le luxe : vivre dans l'opulence.
  • Nager dans son sang : être blessé et perdre beaucoup de sang. Il l'avoit trouvé évanoui et nageant dans son sang. (Genlis, Chev. Cygne, t. 1, 1795, p. 44)
  • Nageotter : nager un peu ou savoir un peu nager. Vous pouvez tout d'même vous mettre à l'eau (…) vous nageotez un tout p'tit brin. (Gyp, Le 13e, 1894, p. 46)

Évolution de l'enseignement de la natation

L'enseignement de la natation a connu une évolution significative au cours du XXe siècle. Initialement axé sur une approche gymnique et disciplinaire, il s'est progressivement orienté vers une approche plus utilitaire et fonctionnelle, puis sportive et ludique.

Natation gymnique (1880-1914)

Cette période est marquée par une approche de la natation comme un ensemble de mouvements à répéter à terre, destinés à forger les caractères et discipliner les organismes. L'enseignement s'inspire de la méthode développée à l'armée par d'Argy, un élève d'Amoros, qui consiste à décomposer la nage en séquences de gestes.

Natation utilitaire (1918-1959)

Après la Première Guerre mondiale, l'accent est mis sur l'aspect sanitaire et sécuritaire de la natation. L'école est perçue comme un lieu de remise en ordre physique et morale, où l'enseignement de la natation doit permettre de régénérer les esprits et redresser les organismes. La brasse est considérée comme la technique fondamentale, le "certificat d'études du nageur".

Natation sportive (1960-1977)

Cette période est marquée par l'essor de la natation sportive et la popularisation des différentes techniques de nage (crawl, dos, papillon). L'enseignement se concentre sur l'amélioration des performances et la préparation aux compétitions.

Natation ludique (1977-1989)

L'approche ludique de la natation met l'accent sur le plaisir et la découverte du milieu aquatique. Les jeux et les activités aquatiques sont privilégiés, afin de favoriser l'épanouissement et la motivation des enfants.

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Natation de loisir (1990-2000)

Cette période est caractérisée par une approche plus individualisée de la natation, où chacun peut pratiquer à son rythme et selon ses envies. L'accent est mis sur le bien-être et la détente, avec des activités comme l'aquagym ou la relaxation aquatique.

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