L'Apprentissage Aquatique et le Savoir-Nager : Un Enjeu Fondamental pour Tous

« Mieux vaut tard que jamais ». Ce dicton s’applique et fonctionne quant au sujet « apprendre à nager ». L’apprentissage des nages est l’affaire de tous, peu importe l’âge. Fréquemment, dans notre culture française, en raison des sessions organisées souvent dès l’école primaire, les jeunes apprennent à nager dès l’enfance. Cependant, il est tout à fait possible de franchir le pédiluve et de se mettre à l’eau un peu plus tard. Le rapport des humains au milieu aquatique a évolué au cours de l’histoire : au départ, il s’agissait surtout de savoir sortir de l’eau rapidement, aujourd’hui les humains cherchent à rester longtemps dans l’eau pour s’y amuser. Apprendre à nager à tous les enfants est donc un objectif que doit se fixer notre société pour des raisons de santé, d’appropriation culturelle des pratiques sociales sportives et de loisir, de démocratisation et d’émancipation de tous et toutes. Il ne s’agit pas seulement pour « se sauver », l’école doit être ambitieuse dans ses objectifs.

La Natation : Plus qu'une Activité, un Pilier de la Société

Lorsque l’on parle de natation, ou plus souvent de « savoir-nager », c’est l’idée de sécurité qui vient d’abord à l’esprit : savoir nager pour savoir « se sauver ». Cependant, si la lutte contre les noyades est sans conteste un enjeu de société, on oublie trop souvent un enjeu tout aussi déterminant dans notre monde moderne, celui de démocratisation et d’émancipation lié à l’accès à des loisirs actifs. La natation est la deuxième activité sportive et de loisirs la plus pratiquée par les français, selon une source du MVJS datant de 2015. Elle est un des loisirs les plus à la portée de tous les âges et de tous les milieux. Cette accessibilité universelle en fait une pratique essentielle pour le développement individuel et collectif.

En règle générale, c’est à partir de l’âge de 6 ans que la nage est davantage codifiée. À cet âge, l’enfant est tout à fait en mesure d’intégrer les différentes techniques de nage et d’être autonome dans ses mouvements. Évidemment, ce n’est pas le cas de tous les enfants et cela dépend également de leur lieu de vie. Un enfant qui est en contact régulier avec les milieux aquatiques depuis le plus jeune âge pourra acquérir une aisance dès 5 ans environ. Tandis que des jeunes n’ayant pas l’habitude de cet environnement prendront un peu plus de temps pour être 100% à l’aise. Pour un apprentissage de la natation dans les règles de l’art et en douceur, il est important de ne sauter aucune étape. Pour certains profils d'enfants et d'adultes, souffrant d’aquaphobie, par exemple, l’apprentissage de la nage est plus difficile et peut réveiller des traumatismes. Au fur et à mesure des sessions de cours et grâce aux différents jeux en piscine, les jeunes progressent à vue d’œil et s’adaptent au milieu aquatique rapidement.

Le Rôle Fondamental de l'École dans l'Apprentissage de la Nage

L’apprentissage de la nage fait partie intégrante de l’EPS, discipline obligatoire de la maternelle au lycée. Pour réussir à atteindre l’objectif de 100% de nageurs grâce à l’École, il faut réunir un certain nombre de conditions. L’école doit être ambitieuse dans ses objectifs, allant au-delà de la simple capacité à se sauver.

Les programmes scolaires définissent des objectifs progressifs pour l'acquisition des compétences aquatiques. Au Cycle 1, à la maternelle, l'objectif est de se déplacer avec aisance dans des environnements variés, qu'ils soient naturels ou aménagés. Il s'agit pour l'enfant d'explorer avec plaisir le milieu aquatique, de découvrir le corps flottant en se laissant porter par l’eau, et d'explorer des déplacements avec la tête dans l’eau en s’aidant des bras et des jambes.

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Le Cycle 2, qui correspond aux classes de CP, CE1 et CE2, vise à permettre aux élèves de se déplacer dans l’eau sur une quinzaine de mètres sans appui et après un temps d’immersion. Les repères de progressivité à ce stade sont de passer de réponses motrices naturelles, comme découvrir le milieu et y évoluer en confiance, à des formes plus élaborées, telles que flotter et se repérer, et enfin à des techniques plus avancées pour se déplacer.

Au Cycle 3, l'objectif est de réaliser une performance pour aller plus vite et plus longtemps. La circulaire natation B0 du 12 octobre 2017 souligne l'importance, dans la mesure du possible, de prévoir trois à quatre séquences d’apprentissage à l’école primaire, chacune comprenant 10 à 12 séances, pour permettre aux élèves de construire les compétences attendues en référence aux programmes d’enseignement.

Si l’on compare aux autres sports, la natation est depuis toujours considérée comme une activité « à part » dans l’enseignement, avec notamment des circulaires et des brevets spécifiques, à l'image de l'attestation scolaire du savoir nager délivrée par l’École en fin de cycle 3. Ainsi, la société reconnaît le risque de noyades comme un problème majeur.

Une Pédagogie de la Nage en Évolution : Au-delà des Idées Reçues

Ce statut particulier a un revers : l’apprentissage de la natation est imprégné d’un inconscient collectif, la peur de se noyer. Cependant, depuis 1977, des spécialistes de l’enseignement ont montré, grâce à une nouvelle approche didactique et pédagogique de la natation, qu’apprendre à nager, c’est d’abord expérimenter la flottaison, l’apnée (« même en ouvrant la bouche, je ne bois pas »), et explorer le fond de la piscine. Ils ont également démontré qu'on apprend à nager sans « prothèses » (sans bouées et sans brassards) de façon à ce que l’enfant, ou l’adulte, puisse ressentir pleinement cette flottaison et construire un nouvel équilibre/respiration/propulsion.

Le film Digne dingue d’eau de Raymond Catteau, sorti en 1977, illustrait qu'une première étape d’une telle transformation peut s’opérer, avec un spécialiste, en une quinzaine de séances à raison de deux séances par jour pendant deux semaines. Le paradoxe réside alors dans la persistance de l'utilisation de brassards et de bouées par les parents, les Maîtres-Nageurs Sauveteurs (MNS), et les enseignant.es depuis cinquante ans. Avec ces « prothèses », tout le monde est leurré. D’abord l’enfant qui vit une expérience biaisée de la natation, ayant toujours eu des brassards, il ne sait pas qu’il ne flotte pas sans eux. Les parents, de leur côté, pensent leur enfant en sécurité et ne pas avoir besoin de le surveiller. De surcroît, cela allonge considérablement le temps d’apprentissage pour devenir autonome.

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Le « savoir nager », comme le « savoir-lire », est un savoir complexe et un processus jamais terminé. Plutôt que « savoir nager », il est préférable de dire « apprendre à nager », comme on dit « apprendre à lire ». Un enfant de 6 ans sait lire, mais ne peut pas encore tout lire. C’est pareil pour le « savoir-nager » ou l’« aisance aquatique ». Une question pertinente est de savoir quand on sait vraiment nager et quand on est vraiment à l’aise dans le milieu aquatique. Un élève à qui on délivre l’Attestation Scolaire du Savoir-Nager (ASSN) sait-il réellement nager, notamment à la mer, dans une rivière ? Saura-t-il se sauver dans n’importe quelle circonstance ? Ce n'est pas sûr.

La Gradualité de l'Apprentissage : Vers des Niveaux et une Aisance Aquatique Progressive

Pour cette raison, il est proposé de délivrer des brevets avec des niveaux, à l’instar des étoiles et des flocons au ski, des ceintures et des dans au judo ou karaté, ou des galops en équitation. Ces niveaux sont intéressants au plan pédagogique parce qu’ils donnent un repère extérieur à l’enfant, une indication qui lui permet de se situer en tant que : débutant, débrouillé, confirmé, etc. Pour l’école, il est proposé d’expérimenter trois repères scolaires de natation correspondant à trois étapes didactiques importantes. Un premier niveau serait obtenu vers 5-6 ans, de type « aisance aquatique », un deuxième niveau en fin de cycle 3, équivalent à l'ASSN actuel ou un test du même type, et un troisième niveau obtenu en fin de troisième, se référant aux programmes collège de 2008.

L’aisance aquatique est définie comme une « expérience positive de l’eau qui établit la capacité d’agir de manière appropriée dans une variété de situations rencontrées dans le milieu aquatique ». Ce sont les premiers apprentissages des enfants. L’aisance aquatique en tant que première expérience positive de l’eau s’inscrit dans le parcours de formation de l’enfant nageur et s’inscrit pleinement dans la lutte contre les noyades. C’est une étape décisive pour la poursuite des apprentissages qui se finalise par le fait de pouvoir entrer dans l’eau, se laisser flotter, aller sous l’eau, se déplacer et en sortir. L’enfant qui peut choisir d’aller dans l’eau et d’y évoluer, parce qu’il peut s’en extraire, dispose d'un espace d’action disponible, plus que de redoubler. Il gagne en confiance en lui-même. Cette confiance qu’il obtient est incommensurable. De ce fait, sa personnalité s’épanouit visiblement et sans cesse. Mais l’aspect le plus important de l’acquisition de l’aisance aquatique est le fait qu’à partir de ce moment, il contribue à augmenter le niveau de sécurité globale de la société. Il ne se met pas en risque et il sera, de plus, en capacité d’aider les autres. La fonction de l’aisance aquatique prend son sens alors, dans sa contribution à l’évolution de l’homme et, à travers lui, à l’évolution de la société.

Le dispositif ministériel de l’aisance aquatique est destiné aux enfants âgés de 4 à 6 ans et il repose sur trois préceptes. Premièrement, un apprentissage massé : soit une semaine à raison de deux fois par jour, soit deux semaines à raison d’une fois par jour. Deuxièmement, cet apprentissage se fait sans matériel flottant et sans aménagement du milieu. Enfin, il est réalisé en grande profondeur, c'est-à-dire une profondeur correspondant à la taille de l’enfant plus un bras levé. L’aisance aquatique est un programme d’apprentissage qui propose aux enfants 8 à 10 séances de 40 minutes chacune, avec une progression sur trois paliers.

Les paliers d’acquisitions de l’aisance aquatique définissent des objectifs clairs et des repères pour l'intervenant. Le palier 1 consiste à entrer seul dans l’eau, se déplacer en immersion complète et sortir seul de l’eau. L'objectif est de s’engager dans le milieu aquatique et de découvrir une nouvelle locomotion. Les observations clés sont l'entrée et la sortie autonome de l'eau, et le passage de l'appui à la suspension, avec l'élève se déplaçant avec les épaules immergées. L'enfant doit aussi s'immerger complètement la tête pendant plusieurs secondes, avec un accent sur une immersion de plus en plus longue. Le palier 2 nécessite de sauter ou chuter dans l’eau, de se laisser remonter, de flotter de différentes manières, de regagner le bord et de sortir seul. La réussite au test Pass-nautique, antérieurement désigné « aisance aquatique », permet l’accès aux activités nautiques et aquatiques dans le cadre des accueils collectifs de mineurs conformément aux dispositions des articles A. 322-3-1 et A.

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L'Attestation du Savoir-Nager en Sécurité (ASNS) : Une Compétence Essentielle

L’Arrêté du 28 février 2022 relatif à l’attestation du « savoir-nager » en sécurité définit les conditions de délivrance de cette attestation. Il est à noter que l’attestation du savoir-nager en sécurité (ASNS) était antérieurement nommée « attestation scolaire du savoir nager ». Le « savoir-nager » en sécurité correspond à une maîtrise du milieu aquatique. Il reconnaît la compétence d’un jeune à nager en sécurité, dans un établissement de bains ou un espace surveillé (piscine, parc aquatique, plan d’eau calme à pente douce). Il doit être distingué des activités proprement dites de natation fixées par les programmes d’enseignement. Son acquisition doit être envisagée dès que possible au cycle 3, c’est-à-dire dans les classes de CM1, CM2 et sixième. Le cas échéant, l’attestation du « savoir-nager » en sécurité pourra être délivrée ultérieurement au cours du cycle 4 de collège ou durant la scolarité au lycée. Sa maîtrise permet d’accéder à toute activité aquatique ou nautique susceptible d’être programmée dans le cadre des enseignements obligatoires ou d’activités optionnelles en EPS, ou à l’extérieur de l’école, notamment pour la pratique des activités sportives mentionnées aux articles A. 322-42 et A.

Les capacités requises pour l'obtention de l'ASNS sont précises et leur évaluation est rigoureuse. À partir du bord de la piscine, l'élève doit entrer dans l’eau en chute arrière. Pour cela, l’élève, à partir d’une position accroupie, entre par les fesses, ou le dos orienté vers la surface de l’eau, et reste dans l’axe de la chute. Ensuite, il doit se déplacer sur une distance de 3,5 mètres en direction d’un obstacle. Ce déplacement est libre. L'étape suivante consiste à franchir en immersion complète l’obstacle sur une distance de 1,5 mètre. L’immersion du corps doit être complète, et aucune partie du corps du nageur ne doit toucher l’obstacle. L'élève doit ensuite se déplacer sur le ventre sur une distance de 15 mètres, avec un déplacement libre sans contrainte temporelle. Au cours de ce déplacement, au signal sonore, il doit réaliser un surplace vertical pendant 15 secondes, puis reprendre le déplacement pour terminer la distance totale des 20 mètres. Pendant le surplace, la position verticale peut être statique ou dynamique, mais le visage et les voies respiratoires doivent rester émergées. Il faut également faire demi-tour sans reprise d’appuis et passer d’une position ventrale à une position dorsale, sans toucher le fond ou le mur et sans reprise d’appui solide (fond du bassin, bord, ligne d’eau ou objet flottant). L'élève doit se déplacer sur le dos sur une distance de 20 mètres, là encore avec un déplacement libre sans contrainte temporelle. Au cours de ce déplacement, au signal sonore, il doit réaliser un surplace en position horizontale dorsale pendant 15 secondes, puis reprendre le déplacement pour terminer la distance des 20 mètres. Durant ce surplace, la position horizontale dorsale doit être statique avec ou sans action de stabilisation, et les voies respiratoires doivent être émergées. Enfin, il faut se retourner sur le ventre pour franchir à nouveau l’obstacle en immersion complète, nécessitant que l’immersion du corps soit complète.

Cette note de service a pour objet de définir les conditions de l’acquisition par les élèves, dès leur plus jeune âge, d’une aisance suffisante pour évoluer en sécurité dans le milieu aquatique et de définir l’enseignement de la natation dans le cadre scolaire, dans le respect de la réglementation en vigueur.

Selon l’Article L312-1 du code de l’éducation, l’État est responsable de l’enseignement de l’éducation physique et sportive, placé sous l’autorité du ministre chargé de l’éducation. L’Article L312-2 dispose qu'après les concertations nécessaires, le ministre chargé de l’éducation définit les programmes scolaires de l’éducation physique et sportive. Cet enseignement est sanctionné par des examens et concours compte tenu des indications médicales. Les programmes scolaires comportent l’enseignement de l’aisance aquatique. Dans les écoles maternelles et élémentaires, cet enseignement est dispensé par les enseignants du premier degré, réunis en équipe pédagogique. Ceux-ci acquièrent une qualification pouvant être dominante en éducation physique et sportive pendant leur formation initiale ou continue. Selon l’article D 312-47-2, une attestation du « savoir-nager » en sécurité est délivrée aux élèves qui ont subi avec succès un contrôle des compétences en matière de sécurité en milieu aquatique.

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