Le surf de grosses vagues représente l'apogée de la performance athlétique dans le milieu aquatique. Toutefois, la recherche constante de limites toujours plus reculées expose les pratiquants à des dangers extrêmes, où la frontière entre l'exploit sportif et la tragédie est ténue. Suite à la noyade de stade 4 de Jacob Trette et à la noyade mortelle de Sion Milosky, le débat sur la sécurité à Mavericks, et plus généralement dans les très grosses vagues, est relancé. Le décès de Sion Milosky a causé un profond émoi dans la communauté des big wave riders. Même si les frayeurs sont monnaie courante dans les grosses vagues, les noyades sont relativement rares.
La nature des accidents révèle une disparité technique importante. On remarque que les noyades de surfeurs de grosses vagues (Mark Foo, Todd Chesser, Donnie Solomon…) surviennent surtout en surf à la rame, et jamais pour le moment en surf tracté. Cette distinction souligne une vulnérabilité accrue du surfeur isolé face à la puissance de l'océan, dépourvu de l'assistance immédiate d'un véhicule motorisé.
L'intégration du jet-ski comme vecteur de secours
Pour sécuriser le surf à la rame, l’utilisation de jet-ski d’assistance permettrait de réduire le risque de noyade, ou plus exactement des jet-skis pilotés par des sauveteurs entraînés diminueraient les risques. Il est impératif de souligner qu'un jet-ski piloté par une personne sans expérience suffisante conduirait facilement à un suraccident. L'efficacité du sauvetage repose sur une synergie parfaite entre le pilote et l'environnement chaotique d'un spot comme Mavericks.
Plutôt que d’essayer de faire changer la loi d’interdiction des jet-ski à Mavericks, Frank Quirarte, sauveteur et vétéran de Mavericks, a une autre idée : « J’étais là [le jour de la noyade de Sion Milosky] et j’ai fait deux sauvetages. Nathan Fletcher, Curt Myers et moi sommes sortis de l’eau à 6 heures du soir. Vingt minutes plus tard il était trop tard… nous aurions pu effectuer ce sauvetage les yeux bandés si nous étions restés là. Nous aurions démarré la réanimation cardio-pulmonaire immédiatement et nous aurions pu passer l’alerte par radio de façon à avoir les secours déjà sur la plage à notre sortie de l’eau. C’était vraiment pas de chance. »
Cette approche pragmatique propose d'aborder directement l’industrie du surf, car l’état de Californie est fauché. Nous avons déjà deux jet-skis et tout le matériel nécessaire. Nous avons un groupe de pilotes qualifiés, expérimentés (Tim West, Vince Broglio, Adam Replogle, Jeff Kafka, Jeff Clark et moi-même) prêts à intervenir sur toutes les houles. Nous gérerions cette surveillance comme nous le faisons déjà pour assurer la sécurité en compétition. Les sauveteurs percevraient une petite indemnité pour compenser leur journée sans travailler, etc. Vous voyez l’idée.
Lire aussi: Sécurité en surf à Biarritz
Responsabilisation de l'industrie et logistique de secours
Frank Quirarte propose donc de responsabiliser les marques qui se contentent pour le moment d’envoyer leurs surfeurs au casse-pipe pour prendre des vagues toujours plus grosses. Nous avions ouvert un débat sur le sujet dans un article sur la prise de risques inconsidérés dans les sports extrêmes. Avec ce nouveau système, les marques pourraient au contraire s’investir activement dans la sécurité en sponsorisant les équipes de sauvetage par exemple.
Les surfeurs concernés sont d’accord avec cela. La surfeuse Maya Gabeira a déclaré : « Si le surf de grosses vagues doit continuer à se développer et à repousser les limites encore plus loin, alors les sponsors doivent accompagner ce développement. Ils doivent mettre des personnes dans l’eau pour veiller sur nous. »
L’idée de Quirarte paraît séduisante en théorie mais elle risque d’être difficile à mettre en pratique. Si chaque rider paie son sauveteur attitré, cela va faire beaucoup de jet-skis dans l’eau et leur présence risque d’augmenter les risques d’accident (cf. Jason Polakow qui évite un jet-ski à Jaws). S’il n’y a qu’une seule équipe de sauvetage, celle-ci pourrait être dépassée par les événements dès que plusieurs surfeurs partent successivement sur les vagues ou se retrouvent en difficultés simultanément.
Ceci étant dit, une équipe de sauvetage paraît être le minimum syndical pour une session de très grosses vagues, où qu’elle se déroule dans le monde. Avoir des sauveteurs c’est bien mais cela ne suffit pas. Surf Prevention avait proposé dès 2009 d’organiser un véritable poste médical avancé sur les sessions à Belharra. Avec les prévisions, on sait maintenant exactement quand les énormes houles arrivent et cela laisse donc le temps d’organiser une logistique de secours. La chaîne de secours qui mène à une prise en charge médicale rapide doit être en place le Jour J. Il ne sert à rien d’avoir un sauveteur entraîné pour faire un massage cardiaque si le noyé ne peut pas être pris en charge par un médecin urgentiste dans les plus brefs délais.
Certains vont bondir en lisant cela : « Comment ? Un jet-ski, des sauveteurs, un médecin… pour une session de surf dans les grosses vagues ??? ». Je leur répondrais que « l’industrie du surf » doit maintenant prendre des décisions, car les petits jeux « XXL » ont assez duré. Soit on décide d’accompagner ces surfeurs dans leurs exploits, soit on les laisse se débrouiller… mais il faudra en assumer les conséquences au prochain décès qui ne manquera pas de survenir au rythme où vont les choses. Les « R.I.P. » et les collectes de dons pour la famille du surfeur décédé après l’accident ne suffisent pas.
Lire aussi: Guide complet de l'équipement de sauvetage en milieu marin.
Lire aussi: Choisir son gilet d'aviron