Les fonds marins de la Méditerranée française abritent de nombreux vestiges de l’histoire maritime, mais peu possèdent une aura aussi puissante que celle du sous-marin Rubis. Ce bâtiment, bien plus qu’une simple épave, est un monument de la Résistance française, dont la silhouette se découpe aujourd’hui sur le sable, à environ 40 mètres de profondeur, au large du Cap Camarat.
Genèse et caractéristiques techniques du sous-marin Rubis
Le Rubis était un sous-marin mouilleur de mines de 750 tonnes, appartenant à la série Saphir. Mis sur cale à Toulon en 1928, il fut lancé en 1931 et mis en service l’année suivante. Ses dimensions témoignent d’une époque où la discrétion sous-marine devenait une priorité stratégique : il mesurait 66 mètres de long, 7,12 mètres de large, avec un tirant d’eau de 4,13 mètres.
Ses capacités de propulsion étaient assurées par deux moteurs diesel de six cylindres en surface et par deux moteurs électriques de 500 cv chacun en plongée. Le navire atteignait une profondeur opérationnelle de 80 mètres. Son armement était redoutable pour sa mission spécifique : il était constitué de 32 mines, de 220 kg de charge explosive chacune, d’un canon de 75 mm, de deux mitrailleuses de 13 mm et de cinq torpilles. La conception du navire permettait de mouiller des mines sans faire surface, un atout tactique majeur.
Le Rubis dans la tourmente de la Seconde Guerre mondiale
En 1940, après l’invasion du Danemark et de la Norvège, le Rubis fut affecté à Dundee en Écosse, à la demande des Britanniques. Lors de la capitulation française, le commandant Cabanier refusa de se rallier à l’armistice. Il mit la décision au vote de ses 52 hommes d’équipage, qui refusèrent unanimement de se saborder. Le 15 juillet 1940, le Rubis rallia officiellement les Forces Françaises Libres (FNFL).
Le fanion pirate du Rubis portait les marques de toutes ses victoires : 11 navires de commerce coulés (bandes blanches), 9 navires de guerre (bandes rouges), 3 navires coulés à la torpille, 22 missions de mouillage et une dague pour une mission d’agent de renseignement. Le Rubis coula 18 bâtiments ennemis et en endommagea deux, dont un U-boot allemand, un exploit unique pour un sous-marin français. En 1941, le général de Gaulle lui remit la Croix de la Libération.
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Le sabordage volontaire et la fin d’une carrière
Après la guerre, le Rubis servit de base-école pour la formation des sous-mariniers jusqu’en 1949. Condamné et destiné à la ferraille, il évita ce sort grâce à l’intervention de l’amiral Cabanier. Il fut décidé de le couler au large du Cap Camarat. Le 31 janvier 1958, le navire fut remorqué à 2 600 mètres du Cap. Un fort vent d’est se leva, rompant le câble de remorquage, et une charge de 9 kg placée à l’arrière acheva de le faire sombrer. Ses deux commandants, devenus amiraux, et son cuisinier ont leurs cendres répandues au-dessus de lui.
L’épave du Rubis : un site de plongée d’exception
Aujourd’hui, le Rubis est considéré comme l’un des trois plus beaux sites de plongée de Méditerranée, sa renommée s’étendant jusqu’aux États-Unis. L’épave gît sur un fond de sable blanc, entre 38 et 41 mètres de profondeur. Le sous-marin est posé bien droit, encore sur sa quille, donnant l’impression d’être en embuscade.
Bien que la poupe ait été pétardée et que ses deux hélices aient disparu, l’épave demeure en excellent état de conservation. La quille est soulevée à l’avant, permettant aux plongeurs de passer au-dessous. Le coupe-câbles reste bien visible à la poupe, et le plancher du pont a disparu par endroits, révélant les bouteilles d’air comprimé, les tubulures et les vannes. Les plongeurs attentifs peuvent identifier les 16 puits de mines (huit de chaque côté, pouvant contenir deux mines superposées), les tubes lance-torpilles avant et arrière, ainsi que le massif avec ses deux périscopes (veille et attaque).
Conseils de sécurité pour l’exploration des épaves
Plonger sur une épave demande le respect de règles élémentaires de prudence. Les épaves sont soumises à une réglementation stricte : tout objet présentant un caractère artistique, historique ou archéologique est protégé. Il est interdit d’en remonter quoi que ce soit.
La plongée sur le Rubis s’apparente souvent à un profil « carré » : on descend verticalement sur l’épave et on y reste une durée déterminée par son autonomie en air, avant de remonter. L’utilisation d’une lampe est recommandée pour explorer les détails internes et distinguer les éléments structurels dans les zones d’ombre. Il est conseillé de porter des gants épais, car les tôles rouillées, les échardes de bois et les concrétions calcaires peuvent être tranchantes.
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L’intérieur d’une épave, véritable cœur du navire, comporte des risques de plongée sous plafond. Il est impératif de ne pas s’aventurer dans les parties étroites sans une formation spécifique, telle que les cursus techniques (TEK REC PADI). La règle d’or reste de maintenir une flottabilité parfaite et de palmer horizontalement pour éviter de soulever des sédiments qui pourraient réduire la visibilité.
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