Le monde du surf, souvent perçu comme un bastion d'aventure et de connexion avec la nature, est également le théâtre de récits humains extraordinaires et d'innovations surprenantes. Cette exploration nous emmène au cœur de la résilience incarnée par Sam Carton, une jeune surfeuse dont le parcours courageux face à la maladie et à l'amputation a culminé en une renaissance inspirante sur les vagues. Parallèlement, nous plongerons dans l'univers inattendu des planches de surf en carton, une initiative audacieuse visant à révolutionner l'industrie de la glisse par une approche plus écologique et accessible. Ces deux facettes du surf moderne, l'une profondément personnelle et l'autre axée sur la durabilité, illustrent la constante évolution de ce sport emblématique et la capacité de l'esprit humain à repousser les limites.
Sam Carton : Surmonter l'Adversité pour Conquérir les Vagues
L'histoire de Sam Carton est un témoignage poignant de persévérance et de détermination face à l'une des épreuves les plus redoutables. Sa connexion innée avec l'eau, présente depuis son plus jeune âge, a été mise à l'épreuve par une maladie rare et dévastatrice, la conduisant à une décision qui allait transformer sa vie et la propulser vers une liberté nouvelle sur l'océan.
Une Vie Marquée par la Douleur : La Bataille Contre le SDRC
Depuis toute petite, Sam est comme un poisson dans l'eau. « Apparemment, quand j’étais bébé, je rampais déjà tout le temps en direction de l’eau », raconte-t-elle, expliquant que cela la fascinait. À neuf ans, cette jeune sportive pratique la natation de compétition et la planche à voile, et elle rêve d’apprendre à surfer. C'est alors que survient un incident qui va bouleverser son existence. Sam se casse le gros orteil lors d’une chute, nécessitant un plâtre. Comble de malchance, quelqu’un tombe sur son plâtre, ce qui lui cause une fracture supplémentaire. « À l’hôpital, les médecins ont décidé de laisser le plâtre en place », se souvient-elle. « J’ai encore marché dessus pendant deux semaines, mais je n’en pouvais plus. »
Lorsque son plâtre est enfin retiré, la jambe de Sam est complètement enflée. Les médecins la rassurent, y compris lorsque Sam revient les voir tellement la douleur est insupportable. « Ils me renvoyaient chaque fois à la maison en me disant que tout finirait par s’arranger. Il fallait juste que je continue à marcher. » Une année passe avant qu’un énième médecin finisse par poser le bon diagnostic : SDRC, ou syndrome douloureux régional complexe, une maladie rare et peu connue qui peut survenir après une blessure au bras ou à la jambe, comme l’orteil cassé de Sam.
Le SDRC provoque de terribles douleurs. Sam décrit la « sensation de brûlure » en ces termes : « c’était comme si on déversait un seau d’eau bouillante sur ma jambe ». Elle ressentait aussi constamment des élancements, comme si on lui administrait des chocs électriques. Bien que la majorité des patients guérissent assez rapidement, une prise en charge tardive réduit les chances de rétablissement complet, et c’est malheureusement ce qui est arrivé à Sam, malgré les séances de rééducation régulières, surtout les premières années. Sam fait des allers-retours entre le CH de Leuven et le centre de rééducation Pulderbos. La rééducation est extrêmement pénible. On vous demande en permanence d’endurer la douleur : de poser le pied par terre, d’aller dans l’eau, de vous tenir debout ou de laisser quelqu’un vous redresser. Cette « thérapie de Bouddha » est censée vous réapprendre à vivre normalement, nous explique Sam. Elle n’était pas fan. Les médecins lui frottent la jambe avec de l’herbe et lui demandent de reconnaître la sensation les yeux fermés. Mais elle ne sentait pas l’herbe, juste la douleur. D’autres fois, elle devait dire si sa jambe était chaude ou froide.
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Sa vie est dominée par la douleur. Sam dort avec sa jambe hors du lit, car le simple contact du drap est insupportable. Elle ne porte plus que des shorts, car sa peau est trop sensible pour tolérer un pantalon long. Même le vent soufflant sur sa jambe est insoutenable. « Je ne sortais que lors des jours sans vent. Ou j’enveloppais ma jambe dans un sac et restais immobile », explique Sam. « À la fin, je ne pouvais presque plus rien faire avec cette jambe. Elle ne servait plus à rien puisque j’étais en fauteuil roulant. Au moindre mouvement, elle me faisait souffrir. » À certains moments, la douleur est si intense que les médecins lui donnent de la morphine pour la faire retomber à un niveau « normal ». La douleur était permanente en fait.
La Décision Courageuse : L'Amputation comme Libération
Après neuf ans de souffrance, l’idée d’une amputation commence à la tarauder, renforcée par la lecture de témoignages d’autres malades soulagés par cette opération. Mais aucun médecin ne veut prendre le risque, car une amputation ne garantit pas la disparition de la douleur. Au contraire, dans certains cas, elle ne fait qu’empirer la situation. « La thérapie ne me soulageait pas et je ne progressais plus depuis un certain temps. Il me semblait donc dommage de ne pas envisager cette option », explique Sam. « De toute façon, cela ne pouvait pas être pire. » Sam n’a pas besoin de convaincre ses proches, qui voient bien à quel point elle souffre. Elle finit par trouver un médecin qui la suit dans son raisonnement.
Après une longue bataille contre le SDRC, une maladie rare qui la fait atrocement souffrir, Sam Carton est amputée de la jambe droite au printemps 2020. « Après mon amputation, je n’ai ressenti aucune douleur pendant un moment et cela m’a fait tout drôle. Je ne comprenais pas très bien ce qui se passait. Cela faisait tellement longtemps que je n’avais pas eu mal. Un pur bonheur. » Sam rayonne de joie. Elle sourit tout le temps et a soif d’avenir, curieuse de découvrir ce qui l’attend. Elle a du temps à rattraper. Depuis l’opération, elle n’a pas arrêté. Elle se plie aux séances de renforcement musculaire. Le lendemain de la pose de sa prothèse, elle se tient déjà debout. Elle doit s’y habituer un peu au début, mais elle est de plus en plus à l’aise. « Mes progrès ont été rapides, car j’avais un objectif que j’attendais de réaliser depuis si longtemps : aller dans l’eau. » Les médecins lui ont conseillé d’apprendre à marcher d’abord.
Renaissance sur les Vagues : Le Surf avec une Prothèse
Malgré les épreuves, Sam tient bon en pensant au jour où elle sera dans l’eau. Elle reste convaincue qu’un jour sa jambe guérira et qu’elle pourra aller à la rencontre des vagues. Neuf ans durant, cette planche de surf occupe son esprit, surtout pendant les nombreux moments où la douleur la terrorise. « C’est ce qui m’a permis de tenir », dit-elle. « La perspective du jour où je prendrais ma planche et entrerais dans l’eau. » Lorsque la colère menace de lui faire perdre courage, un accompagnateur lui remonte le moral en lui apportant un coquillage ramassé sur la plage. « Ces petites choses me rappelaient que ma place était près de la mer et que j’y arriverais. »
Quelques mois après son amputation, Sam prend sa première vague. Sur une jambe, mais avec deux fois plus de joie de vivre ! Quatre mois après l’amputation, Sam est sur sa planche. Tout l’été, elle se rend régulièrement à Wenduine. Elle loge quelques jours chez ses grands-parents, qui vivent à la Côte. Elle s’entraîne à tenir sur sa planche, ses cheveux blonds couverts de sel. Peu de temps après, elle prend sa première vague. « Je te l’avais bien dit », lui écrit par SMS l’accompagnateur qui lui avait offert le coquillage.
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Alors que les derniers rayons de soleil tombent sur la plage de Wenduine, les surfeurs profitent des derniers instants d’une énième journée d’été étouffante. Le ressac est exceptionnellement favorable, à croire que nous sommes à Hawaï, et non à la mer du Nord. L’un de ces surfeurs, Sam Carton, 19 ans, se laisse porter par une vague. Elle rame comme si sa vie en dépendait, se redresse d’un bond et tente de rester en équilibre sur sa planche. Ce n'est pas évident, car Sam est unijambiste ; elle surfe avec une prothèse. Elle a pratiqué ce mouvement une centaine, non, un millier de fois. D’abord sur la terre ferme, encore et encore. Au début, c’était la catastrophe, car cette fichue prothèse bougeait en tous sens. Et puis soudain, après de nombreuses tentatives infructueuses, elle parvient à le réaliser, aussi sur l’eau. Sam est en équilibre sur sa planche de surf, debout et fière sur la vague qui la propulse vers un magnifique coucher de soleil. Sur la plage, le photographe de surf Maarten Van de Velde appuie sur le déclencheur à la milliseconde près. Mille pensées fusent dans la tête de Sam. Elle repense aux neuf années de souffrance qui ont précédé ce moment, à son martyre, aux incessants allers-retours entre les cabinets médicaux, les centres de rééducation et les hôpitaux. Elle repense à l’amputation de sa jambe droite, quatre mois plus tôt. Sam se sent comme un poisson dans l’eau parmi les autres surfeurs, qui la soutiennent et lui viennent en aide.
Inspirations et Missions : De Fleur à Salty Road
Fleur, son âme sœur, est aussi une source de motivation pour Sam. Les deux jeunes filles partagent l’amour, le chagrin et une chambre à Pulderbos pendant six mois. « Elle souffrait d’une maladie inconnue, mais restait positive », raconte Sam. « Elle riait et essayait toujours de voir le bon côté des choses. » Ensemble, elles font les quatre cents coups. Par exemple, s’échapper par la fenêtre pour aller contempler les étoiles depuis le toit. « Nous savions à quelle heure l’infirmière de nuit passait et nous arrangions pour être de retour dans notre lit à temps. Sauf une nuit où elle a fait sa ronde plus tôt. Elle s’est mise à notre recherche et nous nous sommes rapidement glissées à l’intérieur comme si de rien n’était. » Fleur est un véritable rayon de soleil, mais secrètement, elle est à bout. Elle met fin à ses jours en 2017. Fleur restera à jamais un modèle pour Sam.
Et Sam veut faire la même chose pour d’autres : elle rêve de fonder un club de surf pour les personnes amputées, qui souffrent de douleurs chroniques ou de dépression. Elle a déjà trouvé un nom : Salty Road. Bethany Hamilton, son modèle, a aussi fondé une telle association. Cette surfeuse hawaïenne a perdu un bras lors d’une attaque par un requin-tigre de quatre mètres de long. « J’ai toujours trouvé son histoire inspirante », nous confie Sam. « J’espère pouvoir à mon tour transmettre à d’autres le sentiment que j’éprouve lorsque je surfe. » C’est pour la même raison - aider les autres - que Sam veut étudier l’orthopédagogie.
Une Philosophie de Vie : Aventure, Résilience et Petits Bonheurs
Pour l’instant, Sam veut profiter de tout ce qu’elle n’a pas pu faire avant. « Je pense l’avoir mérité », dit-elle en riant. Par exemple, une randonnée dans les montagnes suisses. « Ça a été physiquement éprouvant, mais cela m’a fait un bien fou. J’aime le calme de la nature et l’expérience m’a apporté une immense satisfaction. » Ou accompagner Anthony des Flying Doctors, qui sauve des bébés chimpanzés et l’a invitée au Congo. « Des occasions comme celles-là, il faut savoir les saisir. Parfois, je me dis que c’est la raison pour laquelle j’ai été si malade. » Sam rêve également de voyager à bord d’un combi VW. La Nouvelle-Zélande, le Canada, le Mexique et l’Indonésie figurent tous sur sa liste. « Je veux avant tout surfer et explorer le monde », dit-elle. « J’aime l’aventure. Plus il y en a, mieux c’est ! »
La douleur n’a pas totalement disparu, mais cela ne l’empêche plus d’être active. Sam veut tirer le meilleur parti de la vie en toutes circonstances. C’est la principale leçon qu’elle a tirée de sa maladie. Toute cette souffrance n’a donc pas été vaine. Mais comment se fait-il qu’elle soit restée si positive pendant son long calvaire ? Est-elle une éternelle optimiste ? « Je suis surtout têtue », sourit-elle. « Je n’ai pas voulu me laisser faire par la maladie. Je veux tirer le meilleur parti de la vie en toutes circonstances, profiter des petites choses. C’est la principale leçon que j’ai tirée de ma maladie. Quand vous êtes malade, vous êtes déjà heureux quand le soleil brille à la fenêtre de votre chambre d’hôpital. »
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Sam est vraiment dans son élément quand elle est dans l’eau. Elle y passerait toute sa vie si elle le pouvait. Malheureusement, elle doit affronter une autre réalité : une prothèse de jambe étanche coûte 85 000 euros et nécessite d’être remplacée tous les 6 ans. Pour parvenir à vivre une vie « normale », Sam a donc besoin d’un petit coup de pouce. Saviez-vous que le surf est un sport idéal pour les enfants atteints d’autisme et du syndrome de Down ? Si, comme Sam, vous passez énormément de temps à la plage, mieux vaut vous munir d’une bonne protection solaire.
L'Innovation Écologique : Les Planches de Surf en Carton
Au-delà des récits de résilience individuelle, le surf est également un domaine d'innovation constante, notamment en ce qui concerne la fabrication des équipements. Face aux défis environnementaux croissants, une idée qui pourrait sembler loufoque au premier abord gagne du terrain : l'utilisation du carton pour créer des planches de surf.
Le Défi Environnemental du Surf Traditionnel
Pour rappel, la fabrication classique d’une planche de surf est réalisée à partir d’un noyau en mousse polyuréthane ou polystyrène, stratifié avec de la fibre de verre puis recouvert de résine pour permettre à la planche d’être à la fois solide et étanche. On y évoque les étapes de fabrication, les matériaux utilisés habituellement ainsi que leur impact environnemental. Le monde du surf contribue malheureusement à alimenter une industrie polluante. Pensez aux composants plastiques utilisés pour la fabrication des planches : les pains de mousse en polyuréthane ou polystyrène, le gaspillage des matériaux, les combinaisons en néoprène, les crèmes solaires chimiques, etc.
Le Concept Révolutionnaire : L'Histoire des Planches en Carton
À première vue, l'addition : eau + carton = idée douteuse. Pourtant, c’est le pari que se sont lancés plusieurs ambitieux du monde du surf pour tenter de répondre aux problèmes écologiques que pose la fabrication des planches de surf traditionnelles. De fait, la planche de surf en carton se place comme une alternative écologique aux boards conventionnelles. Le concept n’est pas nouveau, puisque le magazine BeachBrother abordait déjà le sujet en 2010 dans un court article, tout comme Surfer et bien d’autres magazines la même année. En réalité, on pourrait même remonter dans les années 1960 avec Tom Morey, l’inventeur du bodyboard, et sa « paper surfboard » créée à l’aide de résine et de carton, qui fit l’objet d’une publicité TV.
L’histoire continue avec Mike Sheldrake, surfeur et informaticien californien, et son prototype étonnant, celui de la planche de surf en carton conçue informatiquement, par modélisation 3D. Même si au départ Sheldrake n’avait aucune connaissance particulière dans le shaping, l’américain a réussi à mettre à profit ses compétences informatiques pour créer une planche en carton à l’aide d’une scie laser contrôlée par ordinateur. Il a alors utilisé plusieurs pièces de carton qu’il a ensuite assemblées et collées comme un puzzle. Après quoi, il a procédé au glaçage. Bon apparemment, la première planche de Sheldrake n’était pas au top niveau esthétique, mais il a continué à réfléchir sur le projet pour aboutir à un objet plus design.
À l’origine, l’américain souhaitait mettre au point un procédé simple de fabrication à partir d’un matériau pas cher et courant, pour permettre à « Monsieur tout le monde » de confectionner sa propre planche à partir de kits prêts à être assemblés. Interviewé par le magazine Make en 2010, Mike Sheldrake expliquait son projet de manière simple. Et voici un extrait de l’article pour comprendre l’idée : « Why go cardboard ? It makes lighter longboards, he says […]. Best of all, instead of buying $900 boards, he can now make them for about 150 bucks. » Si vous êtes autant bilingue en surf qu’en anglais, vous avez certainement compris l’intérêt du carton en termes pratique et monétaire. Et si vous ne maîtrisez pas la langue de Shakespeare, on peut résumer le tout en avançant que, selon Sheldrake, le carton permet la confection de longboards (normalement) plus légers et à moindre coût.
Créateurs et Prototypes : L'Avant-Garde du Surf en Carton
Concrètement aujourd’hui, comment se présente la fabrication d’une planche de surf en carton ? Il est difficile d’imaginer que tous ces bouts de carton peuvent constituer votre future planche de surf. Pourtant, depuis les prototypes de Mike Sheldrake, l’idée a fait son chemin auprès de plusieurs aficionados de la glisse. À côté de la compagnie néerlandaise, on retrouve plusieurs Français qui agissent en solo, dans leur coin et qui font tout de même parler d’eux pour leur imagination débordante.
On a nommé en premier lieu François Jaubert, architecte et passionné de surf. Ce Français a eu l’idée folle (non pas d’inventer l’école) mais de créer des planches en carton au cours de ses pérégrinations autour du monde. L’idée est de récupérer des déchets à base de carton et de les surfer, tout simplement. Son travail a été filmé et a gagné le prix du Surf Film Festival à Anglet en 2018. Il l’a intitulé « Trash Surf and Gold ». Relayée dans un article de Medium, la volonté de François Jaubert « c’est de transformer vos poubelles de carton en planche de surf en or ».
On se doit également de mentionner Jérémie Paillet, le shaper de Jam’in Surfboards, qui planche depuis peu sur un projet de surfboard 100% recyclable, composé de carton et de cellules de nid d’abeilles. Pour l’instant, Jérémie a déjà fabriqué une planche et travaille sur un second prototype. Son objectif est « d’avoir un cœur compostable à 100% afin d’éviter les déchets en fin de vie. Seuls la strate et les boîtiers de dérives produiront des déchets, soit environ 20% du volume de la planche ». Il compte également utiliser une résine époxy bio-sourcée pour sa future réalisation.
Et puis il y a l’idée de Marceau Pegon, qui consiste à réutiliser 600 rouleaux de papier toilette pour confectionner une planche de surf, constituée au maximum de matériaux de récupération (y compris les dérives). Marceau a réalisé trois prototypes pour finalement aboutir à un résultat concluant. Sa troisième planche reprend les acquis des premières avec évidemment des améliorations notables. Pour la réaliser, il a récupéré des rouleaux de papier toilette qu’il a ensuite collés un à un, et a confectionné une latte centrale en contreplaqué. Pour le moment, il reste concentré sur son prototype actuel à base de matériaux peu chers et recyclés.
Avantages et Inconvénients des Planches en Carton
Le carton serait-il le matériau miracle du 21e siècle ? Après les meubles, les maisons, les objets de décoration et les valises de Linda de Sousa, voici que le désormais tant prisé matériau est utilisé comme noyau dans la fabrication des planches de surf. Le carton utilisé vient principalement de chute.
Avantages :L’avantage numéro 1 de ce type de planche est sans contexte son côté écologique, qui contraste avec la fabrication traditionnelle des surfboards. Ici, le matériau de base se veut éco-friendly et se place donc en contre-courant de l’industrie polluante que le monde du surf contribue malheureusement à alimenter. En récupérant des chutes de carton par-ci par-là pour créer des boards, certains poussent le concept au plus proche d’une démarche éco-responsable.
L’avantage numéro 2 serait son design légèrement futuriste et atypique. On a vraiment sous les yeux un objet graphique et artistique qu’on est plutôt fier de trimbaler sur la plage. Faut dire que le shaper, le californien Mike Sheldrake, surfeur et informaticien, s’est servi d’une scie contrôlée par ordinateur pour découper les chutes de cartons et créer les formes géométriques du noyau de la planche. Le tout est recouvert de manière traditionnelle avec de la fibre de verre et de la résine (époxy). Dans les vagues, la planche semble fonctionner comme avait pu le démontrer Alex Knost qui en avait commandé une au shaper.
Inconvénients :Néanmoins, on émet une réserve quant à la conception. La structure en carton assemblé ne remplace que le pain de mousse PU ou EPS. Certes, monter sa planche c’est bien, la faire stratifier et glacer, c’est mieux. Mais cette ultime étape nécessite de se rendre chez un shaper ou bien d’acheter tout le matos nécessaire pour le faire, sachant que le process est assez technique. Lorsque l’on regarde les prix des kits proposés par Westkust, on est surpris du tarif attractif.
Cependant, l’étape inévitable de la stratification ajoute un poids considérable à la structure. En effet, l’application de la résine sur une planche alvéolée contribue à l’alourdir dans la mesure où la résine se propage dans les « trous » de la planche. Au final, il y a donc plus de résine sur une planche en carton que sur une planche traditionnelle. Si la board de Mike Sheldrake est plus lourde qu’une planche classique (au pain de mousse en polyuréthane ou polystyrène), le shaper travaille à améliorer ce défaut. Toutefois, il est possible de gérer la quantité de résine appliquée, et c’est ce sur quoi travaille Marceau Pegon. Pour ce dernier, l’objectif principal actuel est d’alléger le poids de sa planche fabriquée en papier toilette. Tandis que la board en carton de Jérémie Paillet pèse actuellement autant qu’une planche classique. On est donc sur de bonnes avancées. Mais dans tous les cas pour le moment, la planche en carton semble être soit plus lourde, soit d’un poids équivalent aux autres boards… cependant elle n’est pas plus légère.
De plus, l’objet n’est malheureusement pas encore 100% écologique, et ce pour plusieurs raisons : remplacer le pain de mousse par un noyau en carton n’est pas suffisant pour aboutir à une planche totalement éco-responsable. On en est même assez loin, puisque le pain de mousse ne représente que 20% de l’impact environnemental d’une planche. Quant à la stratification et au glaçage, ils nécessitent l’utilisation d’une résine époxy - et donc pétrochimique - moins nocive que la résine polyester, mais qui dégage tout autant de CO2 dans l’atmosphère et qui représente plus de 50% de l’impact environnemental d’une planche classique. De fait, les pros du carton se tournent de plus en plus vers une résine époxy bio-sourcée et une fibre naturelle.
Le dernier problème est également un petit peu embêtant, puisqu’en cas d’impact ou de choc, l’eau peut s’infiltrer à travers la planche et là c’est la catastrophe : la planche est définitivement morte. Et oui, si le carton prend la flotte, la board n’est plus étanche et devient inutilisable. De fait, la planche en carton ne répond pas au critère essentiel de réparabilité et de durabilité.
Perspectives d'Avenir et Développement Durable
Malgré les quasi dix années de réflexion qui ont suivi le premier prototype de planche en carton, aucune solution pérenne n’a pu aboutir et le projet est toujours en phase de développement. Pour le moment, Sheldrake demeure le leader de ce micro-marché. Si les dernières inventions ne sont pas encore commercialisées (tout comme celle de Signal Snowboard, pourtant prometteuse), elles ouvrent néanmoins la voie à une pratique écologique du surf, et ça c’est toujours bon à prendre ! Lorsqu’il sera en mesure de proposer une planche techniquement viable en termes de poids et de résistance, Jérémie Paillet compte proposer à la vente sa planche en carton et espère effectuer ses premiers tests d’ici le printemps 2020. Tandis que Marceau Pegon nous a confié qu’il réalisait des planches pour son plaisir, et surtout pour ne plus utiliser de pain de mousse classique. Pour mener à bien son projet, le shaper devra donc certainement lever des fonds relativement importants.
Le Carton comme Outil d'Entraînement au Surf
Au-delà de la fabrication de planches, le carton peut également servir d'outil d'entraînement innovant pour les surfeurs, permettant de simuler des mouvements clés et de développer une mémoire musculaire essentielle, même loin des vagues.
Simuler les Mouvements Essentiels à Domicile
Je suis toujours à la recherche de nouvelles techniques pour m’entraîner et améliorer mon surf, surtout pour combler les journées où je suis loin des spots. Je suis récemment tombé sur Clayton Nienaber et sa chaîne YouTube Ombe Surf. On voit très souvent des surfeurs qui sont « de côté » sur leur planche alors qu’ils devraient être orientés vers l’avant. Cela signifie que le torse est orienté vers le nez de la planche et non vers le côté. Vous pouvez comparer cela à une personne sur un vélo. Un surfeur qui se tient de côté sur sa planche va être complètement limité dans ses mouvements et ne pourra pas progresser. Il est par exemple incapable de plier les jambes et de se redresser rapidement car il se retrouve en position de squat qui est très inconfortable. Cette position de côté l’empêche également d’utiliser la mobilité du haut de son corps pour déclencher ses manœuvres. On sait que le regard, les mouvements de bras et de bassin sont par exemple très importants lors des virages.
En utilisant une feuille de carton, on va pouvoir simuler les bons mouvements de surf pour faire tourner et glisser ce carton sur le sol. En répétant ces mouvements encore et encore (c’est le gros avantage de s’entraîner à la maison), on va ainsi créer une mémoire musculaire, un apprentissage moteur.
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