L'innovation marine au service de la petite pêche : L'ascension du chantier Rider Marine

La construction navale française connaît une mutation silencieuse mais profonde, portée par des artisans passionnés qui redéfinissent les standards de la navigation professionnelle. Au cœur de cette dynamique, le chantier Rider Marine, situé à Quimperlé dans le Finistère, s'est imposé comme une référence incontournable pour les petits métiers de la mer. Fondé en 2004 par Stéphane Thomas, ce chantier incarne une approche pragmatique et innovante, privilégiant l'écoute des professionnels et une conception sur mesure, loin des sentiers battus de la grande industrie navale.

Une genèse atypique entre montagne et océan

Le parcours de Stéphane Thomas est singulier. Natif de Pont-l’Abbé et issu d'une lignée de marins - arrière-grand-père dans la Marine Nationale, grand-père marin de commerce, oncle marin pêcheur et charpentier de marine - le constructeur a pourtant passé une dizaine d’années dans les Pyrénées. C’est sur les hauteurs, loin du littoral, qu’il a exercé des activités de travaux acrobatiques, avant de ressentir l'appel de l'eau. Pour lui, le choix de s'installer à Quimperlé, plutôt que les pieds dans l’eau, est une décision purement stratégique : le foncier y est plus accessible et la proximité avec la voie express facilite une logistique efficace, un atout bien plus précieux que la vue sur mer.

L'autodidacte qu'est Stéphane Thomas a su transformer une intuition familiale en une réalité industrielle. Sans formation académique en architecture navale, il a bâti son expertise sur l'observation constante, la comparaison technique et une compréhension intuitive des besoins des gens de mer. En 2004, saisissant une opportunité de partenariat avec un chantier de Perpignan, il a plongé dans l'univers du composite. Aujourd'hui, bien qu'il ait initialement nourri une passion pour la construction en bois, c'est le polyester et les matériaux composites qui constituent le cœur de son activité, une transition rendue nécessaire par les exigences du marché.

Le virage stratégique vers le catamaran de pêche

La crise du nautisme de 2008-2009 a agi comme un catalyseur pour Rider Marine. Face à l'effondrement de la demande pour les petits monocoques de plaisance, Stéphane Thomas a dû choisir entre l'attente passive et une réorientation radicale de son entreprise. Son idée de concevoir un petit catamaran, initialement destinée aux plaisanciers, a trouvé une résonance inattendue auprès des professionnels de la pêche. Lorsqu'un pêcheur marseillais a sollicité une version plus robuste et dimensionnée pour la pêche professionnelle, le succès a été immédiat.

Le succès du modèle CS 31, dont plusieurs unités ont été livrées en Méditerranée, illustre parfaitement cet engouement. Le catamaran offre des avantages structurels majeurs : une stabilité accrue, une surface de plancher supérieure et une sécurité renforcée par la motorisation double, permettant de regagner le port même en cas de panne d’un moteur. Pour les pêcheurs, ces caractéristiques ne sont pas seulement un confort, mais un outil de performance. La vitesse, capable d'atteindre 40 nœuds en pointe, permet aux armateurs de diversifier leurs zones de pêche, d'optimiser leurs temps de trajet entre deux secteurs, comme entre les Glénans et Groix, et de réagir rapidement face aux aléas météorologiques.

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Performance technique et ingénierie de pointe

La supériorité des catamarans Rider Marine repose sur une étude hydrodynamique rigoureuse. La collaboration avec le Bureau Mauric a permis d'utiliser des supercalculateurs et des logiciels de simulation numérique CFD pour optimiser la résistance à l’avancement des carènes. L'intégration de technologies telles que le T-foil rétractable ou des foils fixes en inox sous la coque permet de canaliser l'air, d'augmenter la portance et de réduire la consommation de carburant de l’ordre de 30 % par rapport aux standards habituels.

La construction même des navires, réalisée sous la surveillance du Bureau Véritas, privilégie des composants de haute qualité, comme les raccords hydrauliques en inox plutôt qu'en acier, garantissant une durabilité accrue en milieu salin. Cette approche technique permet une charge utile pouvant aller jusqu'à quatre tonnes, soit le double de la capacité d’un monocoque conventionnel, tout en conservant une sobriété énergétique exemplaire. Que ce soit pour la pêche à la palangre, la senne tournante ou l'assistance aux parcs éoliens, le catamaran se révèle être une plateforme polyvalente et robuste.

L’accessibilité comme moteur d’inclusion

Au-delà de la performance pure, Rider Marine s’est illustré par une démarche citoyenne forte : l'adaptation de ses navires aux personnes à mobilité réduite. Le chantier a relevé le défi de concevoir des bateaux dont l'agencement permet à une personne en fauteuil roulant, y compris tétraplégique, de naviguer en autonomie totale. Loin de créer un navire « médicalisé » aux artifices complexes, Stéphane Thomas a privilégié des solutions simples : plancher rectangulaire parfaitement plat, accès par rampes arrière, postes de pilotage accessibles et points d’ancrage intégrés.

Le témoignage des clients, notamment celui d'un pêcheur tétraplégique ayant pu naviguer en toute autonomie et sortir son premier bar, souligne l'impact humain de ces réalisations. Ces bateaux, qui permettent de réaliser des sorties de 8 heures en mer, ne sont pas seulement des outils de travail, mais de véritables vecteurs de liberté. Cette philosophie de conception simple, fonctionnelle et personnalisable s'applique désormais à toute la gamme du chantier, s'échelonnant de 6,20 m à 9,50 m.

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