Techniques Essentielles pour Remonter à Bord d'un Bateau avec un Gilet de Sauvetage

Naviguer en toute sécurité sur l’eau commence par des préparatifs appropriés, et le gilet de sauvetage est sans doute l'un des éléments les plus essentiels pour chaque plaisancier. Que vous soyez un marin expérimenté ou un amateur de sports nautiques, le gilet de sauvetage vous protège d’imprévus en mer. En plus de répondre aux règles et impératifs de sécurité de la navigation, il protège chacun de vos passagers. Au-delà du choix et de l'entretien de cet équipement vital, savoir comment ajuster correctement un gilet, assurer son entretien régulier et sensibiliser les passagers aux bonnes pratiques de sécurité sont des étapes essentielles pour naviguer en toute confiance. Toutefois, la chute à l'eau, même avec un gilet de sauvetage, présente un défi majeur : la remontée à bord. Cette tâche, souvent sous-estimée, peut s’avérer particulièrement difficile, voire tragique, si les techniques et les équipements adéquats ne sont pas maîtrisés. Cet article explore les différentes facettes de cet équipement indispensable et détaille les techniques et dispositifs permettant une récupération efficace et sécurisée d'une personne tombée à la mer avec un gilet de sauvetage.

Le Gilet de Sauvetage : Un Pilier de la Sécurité Nautique

La sécurité nautique est primordiale lorsqu’il s’agit de naviguer ou de pratiquer des activités aquatiques. Au cœur de cet équipement de sécurité se trouve le gilet de sauvetage, un dispositif de flottaison essentiel qui sert à prévenir la noyade et à garantir la survie en mer. Le gilet de sauvetage est avant tout un équipement de sécurité non négligeable pour garantir la sécurité des plaisanciers lors des pratiques nautiques, assurant une flottabilité accrue et permettant à la personne qui le porte de maintenir sa tête plus haut au-dessus de l’eau, en l’inclinant sur le dos. Cela permet de garder le visage, y compris le nez et la bouche, à une distance plus éloignée de l’eau, même si l'utilisateur perd connaissance.

Normes et Réglementations Maritimes en France

Dans le cadre réglementaire maritime, chaque veste de flottaison doit répondre à des critères stricts de certification maritime, notamment la Norme sur les Équipements individuels de flottabilité NF EN ISO 12402. En Europe, il est essentiel de s’assurer que les gilets de sauvetage offrent la sécurité nécessaire en cas d’urgence. Pour garantir cela, il existe des obligations spécifiques à respecter. Les organismes compétents établissent des directives d’inspection « UE » qui doivent être suivies, ainsi que des règles de contrôle de la production par des organismes agréés. La conception technique des équipements de protection individuelle (EPI) doit être conforme aux exigences de ces directives et réglementations. Les normes européennes normalisées, comme la DIN EN ISO 12402 pour les dispositifs de flottabilité et les gilets de sauvetage, ainsi que la DIN EN ISO 12401 pour les lignes de vie et les longes de sécurité, régissent l’utilisation des équipements de flottabilité à bord. Le gilet de sauvetage est un équipement de sécurité obligatoire en France et applicable pour tous les bateaux de plaisance à usage personnel, ou de formation, d'une longueur inférieure à 24 mètres. La Division 240 de l'arrêté du 6 mai 2019 définit les conditions de sécurité et de prévention, et l'utilité d'un gilet de sauvetage à bord d'une embarcation afin de naviguer dans des circonstances réglementaires et adaptées. Le gilet de sauvetage doit être homologué et disposer d’une étiquette de conformité pour répondre à la norme, avec un marquage CE ou un logo « barre à roue » sur l’étiquette.

Bien qu'il n'y ait pas d'obligation légale de "porter" un gilet de sauvetage à bord en France, l'emport de gilets de sauvetage est bien obligatoire sur toute embarcation, à raison d'au moins un par personne à bord. Le gouvernement a publié une liste sur les obligations de sécurité à respecter pour la navigation de plaisance. Le chef de bord est le membre de l’équipage qui a la responsabilité d’embarquer du matériel de sécurité adapté à la navigation pratiquée. Il doit s’assurer que tous ces passagers portent un gilet de sauvetage homologué, en bon état et adapté à leur morphologie (taille, poids…). La SNSM préconise de porter un gilet 100 ou 150 N au minimum. Dès le premier pas sur un bateau, quelle que soit la distance du rivage, le port du gilet est une recommandation prioritaire des Sauveteurs en Mer, car les accidents ne se produisent pas qu'au large.

Niveaux de Flottabilité et Types de Gilets de Sauvetage

La flottabilité d'un gilet est exprimée en Newton (N), ces valeurs mesurent la force de flottabilité fournie. Les gilets de sauvetage sont classés selon différents niveaux de flottabilité, adaptés à divers environnements aquatiques, de la navigation côtière à la haute mer. Selon le type de navigation ou d’activité pratiquée, il faut choisir un niveau de flottabilité allant de 50N à 275N.

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  • 50N : Aide à la Flottabilité. Utilisés dans divers contextes, tels que la navigation de plaisance, la pêche, le canoë-kayak, ils sont appropriés pour une navigation jusqu’à 2 milles d’un abri et peuvent être souvent utilisés pour des régates en dériveur. Ces gilets ne garantissent pas le retournement automatique de la personne tombée à l’eau sur le dos. Le vêtement de flottaison individuel (VFI) est spécialement conçu pour offrir confort et praticité lorsqu’il est porté en permanence. La plupart des modèles de VFI fournissent une flottabilité réduite et ne sont pas conçus pour retourner automatiquement le visage de l’utilisateur vers le haut ou pour l’incliner sur le dos. L’utilisateur conserve une liberté de mouvement des bras et des jambes afin d’éviter de se retourner vers l’avant.
  • 100N : Gilet de Sauvetage. Nécessaire entre 2 et 6 milles d’un abri, et pour les enfants jusqu'à 30 kg, quelle que soit la distance d'éloignement d'un abri. Ces gilets assurent le retournement de la personne, même inconsciente, pour maintenir les voies respiratoires hors de l'eau.
  • 150N : Gilet de Sauvetage. Obligatoire au-delà de 6 milles d’un abri, ainsi qu'en navigation hauturière où il est indispensable de compléter le gilet d’un harnais et d’une longe. Ils offrent une flottabilité supérieure et un retournement garanti.
  • 275N : Gilet de Sauvetage. Recommandé en cas de longue traversée, de gros temps, ou en hiver lorsque l'on est lourdement équipé (polaire, imperméable, chaussures). Il permet une plus longue flottabilité et de garder la tête hors de l’eau plus facilement dans les vagues. Les gilets homologués SOLAS (Safety of Life at Sea) sont utilisés à bord des navires commerciaux ou à passagers (inclus bateaux de plaisance de plus de 25 m) et correspondent souvent à ce niveau de flottabilité.

Deux grandes catégories de gilets de sauvetage existent :

  • Gilets à Flottabilité Inhérente (mousse) : Offrent une flottabilité grâce à des matériaux qui flottent par eux-mêmes, tels que la mousse de polyéthylène ou mousse PVC. Ils ne nécessitent pas d’être gonflés, ce qui les rend très sûrs car ils n’ont pas de composants mécaniques ou de cartouches de CO2 qui pourraient faillir. Disponibles en 50, 100 et 150 N, ils présentent l'avantage d'une flottabilité permanente et offrent une protection contre les chocs et le vent. Faciles d'entretien et moins chers, ils sont bien adaptés à la voile légère, aux catamarans de sport ou à la planche. Toutefois, les modèles de flottabilité supérieure peuvent offrir une moindre liberté de mouvement et prendre plus de place.
  • Gilets Gonflables : Représentent une innovation majeure, combinant confort et haute performance en flottabilité. Tous les gilets gonflables sont au minimum homologués à 100 newtons et assurent le retournement. Légers et peu encombrants, ils offrent une liberté de mouvement inégalée. Ils se distinguent par leur système de gonflage automatique, manuel ou hydrostatique.
    • Gonflage Manuel : L'utilisateur tire sur le cordon de percussion. Utile pour les plans d'eau intérieurs, kayak, rivière, ou pour éviter les gonflages intempestifs en mer lors de pratiques sportives en dériveur.
    • Gonflage Automatique : Se déclenche seul au contact de l’eau, particulièrement utile si la personne tombe à l’eau inconsciente. Il existe deux technologies différentes : pastille de cellulose ou de sel qui se désintègre à l'eau, ou détecteur de pression de l'eau (système Hammar).
    • Gonflage Hydrostatique : Lorsque le déclencheur est immergé, la soupape hydrostatique s'ouvre, idéal pour les activités où le gilet risque d'être soumis à des projections d'eau importantes ou fréquentes (régate, navigation dans des conditions difficiles). Une fenêtre sur la housse permet de vérifier l'état opérationnel du système rapidement.

Choisir et Entretenir son Gilet

Choisir le bon gilet de sauvetage est essentiel. La taille est un facteur déterminant : un gilet doit s’adapter parfaitement au corps de l’utilisateur. Des gilets trop grands peuvent remonter autour du visage, tandis que ceux trop serrés peuvent être inconfortables. La plupart des gilets sont disponibles en plusieurs tailles et offrent des ajustements tels que des sangles et des boucles. Le confort, souvent négligé, est essentiel. L’essayage est une étape critique : enfilez le gilet, attachez et ajustez toutes les sangles jusqu’à ce qu’il soit bien ajusté mais confortable. Il ne devrait pas remonter au-dessus de votre menton ou de votre visage lorsque vous levez les bras.

La sangle d'entrejambe est d'une importance capitale, car elle maintient votre gilet de sauvetage dans la bonne position quand vous tombez à l'eau. Elle permet également d'éviter que le gilet de sauvetage ne remonte le long du corps en cas d’immersion brusque dans l'eau. Porter correctement son gilet de sauvetage peut vous sauver la vie, car sans cette sangle, le gilet, une fois gonflé, peut se déplacer vers le haut, par-dessus la tête de la personne, ne la maintenant plus en sécurité à flot.

L’entretien régulier des gilets de sauvetage est crucial. Avant et après chaque utilisation, vérifiez l’absence de déchirures, de coupures, de moisissures, de coutures défaillantes ou de matériel corrodé. Assurez-vous que les sangles et les boucles fonctionnent correctement. Après chaque utilisation en mer, un nettoyage à l’eau douce est préconisé. Laissez le gilet sécher complètement à l’air libre, mais évitez l’exposition directe au soleil. Le stockage doit se faire dans un endroit sec, aéré et à l’abri du soleil, en évitant de placer des objets lourds dessus. La durée de vie d’un gilet de sauvetage dépend de son utilisation, mais un remplacement tous les cinq à dix ans est une bonne règle générale.

Les gilets gonflables nécessitent une attention particulière. Les mêmes vérifications que pour un gilet en mousse doivent être faites, de façon encore plus minutieuse du fait de l’utilisation de cartouches de CO2 et de matériaux gonflables. Un kit de réarmement, comprenant une bouteille de Co2 et une capsule automatique, doit être vérifié. Ce système offre un point d’indication d’état pour confirmer que l’unité a été activée et détecte si la bouteille de Co2 a été percée. La capsule automatique contient un puissant ressort qui, lorsque l'élément en papier est mouillé, libère un piston perçant le cylindre de gaz Co2. Avant de mettre le gilet, il est recommandé de vérifier le percuteur (kit d'armement) et de s'assurer que la bouteille de CO2 n'est pas percée et que la cartouche contenant la pastille de cellulose n'est pas périmée et est correctement vissée.

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Remonter à Bord : Un Défi Majeur Malgré le Gilet de Sauvetage

Alerter rapidement l'équipage et localiser la personne tombée à l'eau est une chose, la ramener sur le bateau puis sur le pont en est une autre. L'expérience montre que même les grands équipages échouent parfois dans cette tâche, souvent avec une issue tragique. Le gilet de sauvetage, bien qu'essentiel pour maintenir la personne à flot et ses voies respiratoires dégagées, ne résout pas à lui seul le problème de la remontée. La personne à l'eau peut être blessée, épuisée par l'hypothermie (l’espérance de vie après une chute à la mer est d’une heure dans une eau de 10°C à 16°C), ou inconsciente. Dans la mer agitée, des forces considérables peuvent être exercées lors de la remontée, rendant la tâche encore plus ardue.

Techniques Traditionnelles de Récupération

Une fois la manœuvre de l'homme à la mer (MOB) réussie, il s'agit d'établir un lien entre le bateau et la victime. Pour ce faire, une corde est lancée.

  1. L'Échelle de Bain : Dans le cas le plus simple, si la personne a encore des forces, elle peut être guidée vers la poupe à l'aide de la corde et s'y évader seule par l'échelle de bain. Cependant, si la mer est trop agitée et que la poupe tangue, ou si la personne est trop affaiblie, cette méthode devient inefficace. Sur les modèles de yachts actuels avec une large poupe et une grande plateforme de bain, l'échelle de bain n'est souvent pas accessible depuis l'eau.
  2. Le Treuillage à la Drisse : Si la personne est trop faible ou blessée, le treuillage est souvent envisagé. Une fois que la drisse est accrochée à la boucle du gilet de sauvetage de la victime, il faut la remonter. C'est extrêmement fatigant. Les winchs de drisse sont généralement plus petits que ceux utilisés pour les génoises. De plus, la drisse peut se coincer entre la poulie de renvoi sur l'arrêt de mât et le caisson de poulie, car elle est tirée très loin sur le côté.Pour éviter cela et faciliter le winch lui-même, une poulie et une ligne d'amarrage ou une écoute d'avant peuvent être utiles. La poulie est fixée à la drisse et l'écoute de génois ou l'amarre y est enfilée. L'une des extrémités est placée sur le winch et l'autre est utilisée pour l'amarrage de la personne. Si une amarre est utilisée, elle doit également être tondue à travers le point de drisse afin que l'angle de traction par rapport au winch soit correct. De cette manière, le winch de génois peut être utilisé pour le rattrapage, offrant une plus grande puissance.Un point crucial est que la personne doit être treuillée vers le haut de manière à passer par-dessus le bastingage. Cependant, elle risque alors de se balancer fortement lors des mouvements du bateau et de heurter les haubans, le mât ou la bôme. Cela pose d'autant plus problème si la personne est récupérée à l'horizontale. Dans ce cas, les co-navigateurs sur le pont roulant sont d'une aide précieuse pour guider la victime alors qu'elle est encore en suspension dans l'air. Le sauvetage d'une personne hors de l'eau est également possible à une main, mais demande beaucoup d'entraînement. Un winch électrique simplifie énormément la procédure, surtout s'il peut être utilisé depuis la barre.

Systèmes de Récupération Spécialisés

Pour améliorer les chances de récupération, des systèmes spécifiques ont été développés. Tous les bateaux ne sont pas équipés de ces moyens de sauvetage ; sur les bateaux de location, par exemple, on ne trouve généralement que l'équipement de sécurité obligatoire comme le gilet de sauvetage et la ligne de vie.

  1. Lignes de Jet et Boucles de Sauvetage : Ces dispositifs sont remorqués sur une ligne d'environ 30 à 40 mètres. En tournant autour de la personne dans l'eau, la boucle décrit un rayon plus étroit que le yacht, ce qui permet à la victime d'attraper tôt ou tard la ligne ou la boucle. Une fois qu'une ligne est établie, il faut la ramener vers le bateau, souvent main par main, une tâche rendue difficile par la mer agitée et la dérive du bateau. Les cordages durs, lisses et trop fins posent problème car ils risquent de s'accrocher dans le self-tailer du winch.
  2. Le Système "Catch and Lift" : Développé par Martin Schührer de MS-Safety, ce système mise sur un parachute de freinage spécial et sur la puissance de la machine. En cas d'urgence, une ligne de vie est reliée à la victime par une corde de lancer et une boucle de sauvetage. Elle passe par un bloc de renvoi fixé sur le hauban supérieur. Son extrémité est reliée au parachute de secours. Si la connexion est réussie, le parachute agit comme une ancre flottante, générant une résistance telle que la personne est tirée vers le yacht et hissée hors de l'eau - sans que le sauveteur doive quitter la barre. Ce système a convaincu par sa simplicité d'utilisation et son taux de réussite de 100 % lors de tests. Il suffit de tourner autour de la personne tombée à l'eau et de ne pas la viser directement, évitant qu'elle ne passe par-dessus bord quand il y a beaucoup de vagues. La récupération est rapide, réduisant le risque d'hypothermie.
  3. Le "POB-Net" (Person Over Board Net) : Ce filet de sauvetage offre les meilleures chances de sauvetage horizontal. Il doit être rapidement opérationnel et permettre de sortir de l'eau une personne totalement immobilisée, à l'horizontale, même par un seul membre d'équipage. Le filet est rangé dans un sac rond, accroché au bastingage, et se déploie de manière autonome. Dès que la victime se trouve dans le POB-Net, il est sécurisé à la drisse de grand-voile et au bastingage pour éviter le balancement. La personne est ensuite tirée vers l'intérieur par-dessus le pont de roulement. Le POB-Net est immédiatement opérationnel et se laisse plus facilement glisser sous la victime comparé aux filets de sauvetage classiques.
  4. Échelles de Secours et Filets Spéciaux : Des échelles de corde spéciales, emballées dans un sac et arrimées au bastingage, promettent une solution. Elles doivent pouvoir être déclenchées en cas d'urgence depuis l'eau par une traction sur une poignée. C'est mieux que rien, mais elles ne peuvent pas rivaliser avec une échelle de bain classique montée à demeure. D'autres filets de sauvetage peuvent avoir un temps de préparation plus long mais peuvent aussi faire office d'échelle.

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