Le relais 4x100m nage libre masculin est une épreuve emblématique de la natation, auréolée de moments de gloire et de déceptions poignantes. L'équipe de France a marqué l'histoire de cette discipline, gravant son nom au palmarès olympique et mondial. Cet article retrace l'évolution de ce relais tricolore, des années de disette aux consécrations les plus éclatantes.
Les années de vaches maigres : Atlanta 1996, le point de départ
L'histoire récente et finalement glorieuse du relais masculin français avait débuté en plein marasme, en juillet 1996. Lors des Jeux Olympiques d'Atlanta en 1996, la natation française essuie un échec cuisant : aucun titre, aucun podium, seulement quatre finalistes et une anonyme onzième place pour le relais 4x100m. La dernière médaille d'or olympique d'un nageur tricolore remontait alors à Jean Boiteux, victorieux sur 400 m nage libre à Helsinki en 1952.
Richard Diot, commentateur sur le service public, débutait la semaine de retransmission comme une lettre d'excuse, pour deviner l'œil distant du public tricolore : « Nous voilà au centre aquatique d'Atlanta bourré, vraiment, il y a du monde partout ! La natation est le sport le plus demandé par les Américains, avec l'athlétisme. Dans ce pays, c'est un sport majeur. Ce n'est évidemment pas le cas en France… ».
Peu après les Jeux d'Atlanta, la fédération décidera de prendre les nageurs par le calot de silicone et de rehausser drastiquement ses critères de sélection. L'homme du changement était déjà de la déroute, il s'appelle Claude Fauquet. Il venait d'être nommé directeur des équipes de France et reconnaît que l'idée de « ne pas rester » dans le milieu de la natation lui avait effleuré l'esprit en rentrant des Etats-Unis la tête basse. Il consacra finalement les années qui suivirent à effacer cet affront, convaincu par Jean-Paul Clémençon, à qui il succédera plus tard au poste de DTN.
Avec quelques fidèles, dont Marc Begotti, futur entraîneur du relais à Pékin, Claude Fauquet va redessiner les contours de son sport. Et il ne va pas attendre longtemps avant de se mettre au travail : « Atlanta, j'ai vécu ça comme un cauchemar ! Je rappelle juste que c'est la meilleure olympiade française de toute l'histoire. Pratiquement la moitié des 37 médailles sont en or… Et, nous, la natation, sport olympique historique, on ne fait que quatre finales, et, à part Franck Esposito, qui termine 4e (du 200 m papillon), à chaque fois, on finit derniers. Je vois bien que tout le monde nous considère avec beaucoup de ridicule… »
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Pékin 2008 : L'argent au goût amer
Lorsqu'ils s'avancent sous le plafond de verre du centre aquatique de Pékin, ce 11 août 2008 aux alentours de midi, acclamés par le public, Amaury Leveaux, Fabien Gilot, Frédérick Bousquet et Alain Bernard forment le quatuor le plus rapide de la planète. Pour la première fois de son histoire, un relais 4 x 100 m français s'engage dans une finale olympique avec le statut de favori pesant sur les épaules de ses nageurs.
Son ossature est à la fois jeune et expérimentée, avec deux de ses membres, Fabien Gilot et Frédérick Bousquet, médaillés de bronze aux Championnats du monde de Barcelone, en 2003, et de Melbourne, en 2007. Elle est complétée par Amaury Leveaux, qui dispose d'un départ extraordinaire, capable de placer ses partenaires sur orbite à l'issue des deux premières longueurs, et par Alain Bernard, auteur des deux meilleures performances mondiales de tous les temps sur 100 m aux Championnats d'Europe d'Eindhoven, quelques mois plus tôt… Si l'on ajoute que tous ont arraché leur qualification aux Jeux en nageant sous les 49 secondes en individuel et que « ni les Américains ni les Australiens ne font preuve d'une telle homogénéité chronométrique, […] on voit encore mieux combien ces grands Bleus ont des raisons de croire en eux », écrit alors L'Équipe.
L'équipe de France, composée d'Amaury Leveaux, Fabien Gilot, Frédérick Bousquet et Alain Bernard, aborde la finale avec le statut de favori. Après trois relais, la France est en tête, mais l'Américain Jason Lezak réalise une dernière longueur exceptionnelle et devance Alain Bernard sur le fil. La France décroche la médaille d'argent, une déception immense au regard des espoirs placés en cette équipe.
Ce jour-là, le 4 x 100 m français vire en tête après le troisième relais, avant que l’équipe américaine ne le précipite dans la cruelle légende des Jeux. L’image du golgoth californien, Jason Lezak, revenant irrésistiblement sur lui dans la dernière longueur, pour le battre à la touche, hantera toujours Alain Bernard. « Pour moi, ce n’est pas une course qu’on a perdue, c’est une course qu’on n’a pas gagnée », dit-il encore aujourd’hui. « Après ça, j’ai pleuré… j’ai cru que peut-être je ne m’en remettrais jamais », ajoute entre tendresse et amertume Claude Fauquet, qui vivait à Pékin ses derniers grands moments de directeur technique national, avant de passer la main : « J’échangerais n’importe quel titre individuel contre un sacre en 4 x 100 m nage libre aux Jeux », poursuit-il.
Londres 2012 : La consécration olympique
La revanche interviendra quatre ans plus tard, à Londres, où le relais français, porté par son orgueil, coiffera à son tour son rival américain dans les derniers mètres.
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La France a réussi hier soir, à Londres, l’un des plus beaux exploits de l’histoire de la natation tricolore en obtenant la médaille d’or dans le relais 4x100 m nage libre pour la première fois en s’imposant en 3’ 09”93. Amaury Leveaux, Fabien Gilot, Clément Lefert et Yannick Agnel ont devancé les États-Unis (2e en 3’10“38), prenant au passage leur revanche des Jeux à Pékin, et la Russie (3 e en 3’11“41).
L'équipe de France, composée d'Amaury Leveaux, Fabien Gilot, Clément Lefert et Yannick Agnel, remporte la médaille d'or devant les États-Unis et la Russie. Yannick Agnel réalise une dernière longueur époustouflante, remontant sur l'Américain Ryan Lochte et offrant la victoire à la France. Cette victoire marque l'apogée du relais 4x100m nage libre masculin français.
"Ça change d’il y a quatre ans, pouvait souffler Amaury Leveaux à sa sortie de la piscine, c’est pas la même course, on est dedans tout le temps. Yannick termine très bien, le relais était bien lancé, ça se bagarre au milieu. C’était un beau duel. On a vu que les Américains avaient la mine blanche à les croiser tous les jours. Parti une demi-longueur environ derrière le dernier nageur Américain Ryan Lochte, parfaitement mis sur orbite par Phelps, le Gardois est revenu au train, avec en prime 25 derniers mètres époustouflants. Agnel a couvert le dernier relais en 46’’47, soit une seconde plus vite que Lochte. "J’ai fait le maximum, j’ai tout donné le dernier 50 m, jusqu’à ce qu’il craque. J’ai vu Fabien (Gilot), Amaury (Leveaux), Clément (Lefert) crier, exulter. La France n’est que la quatrième nation à mettre son nom au palmarès olympique sur cette épreuve : les Américains avaient en effet remporté huit des dix médailles décernées aux JO dans cette épreuve avant Londres. À Pékin, notamment, l’Américain Jason Lezak avait surgi dans la dernière longueur pour devancer Alain Bernard alors que les Français étaient favoris. Hier soir, les États-Unis ont perdu leur pari d’introduire Ryan Lochte comme dernier relayeur en finale.
Kazan 2015 : Le titre mondial
L'équipe de France de natation une nouvelle fois championne du monde du relais 4x100m nage libre en Russie. Le relais messieurs s'est imposé en 3 min 10 sec 74/100e en finale ce dimanche à Kazan (Russie). Les Français étaient attendus, et pour cause : ils sont champions d'Europe, champions olympiques et champions du monde en titre. La France est invaincue dans cette discipline depuis mai 2012. Les Français (Mehdy Metella, Florent Manaudou, Fabien Gilot, Jérémy Stravius) ont devancé la Russie, 2e en 3 min 11 sec 19, et l'Italie 3e en 3 min 12 sec 53.
Avec la victoire des Français Metella, Manaudou, Gilot et Stravius, la France conserve son titre de champion du monde du relais 4x100 mètres dimanche aux mondiaux de natation qui se déroule à Kazan.
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Tokyo 2021 : Un coup d'arrêt
Le relais 4x100 m de l’équipe de France de natation avait échoué à monter sur le podium (6e) lors des Jeux olympiques de Tokyo en 2021. Après trois olympiades conclues par une médaille, cela avait marqué un coup d’arrêt pour une course mythique de la natation tricolore.
Paris 2024 : Une nouvelle génération en quête de gloire
Ce dimanche marque la fin des épreuves de natation de ces Jeux de Paris 2024 et la France s'est offert une septième médaille dans la discipline. Yohann Ndoye-Brouard, Léon Marchand, Maxime Grousset et Florent Manaudou sont allés chercher la troisième place sur le relais 4x100 4 nages messieurs.
Les nageurs tricolores n’ont pas manqué ce dernier rendez-vous avec le bassin survolté de La Défense Arena, constamment logés dans le peloton de tête, au point d'espérer l'or, en vain. Portée par un dernier relais supersonique du champion olympique du 100 m nage libre Pan Zhanle, la Chine décroche l’or devant les Etats-Unis, armés d’un Caeleb Dressel tranchant en papillon.
La “dream team” française a éclaboussé le bassin francilien dimanche, pour la dernière représentation du roi de ces Jeux, Léon Marchand. Niché sur le plot numéro 4, le prodige des bassins a observé d’en haut le premier relais, en dos de Yohann Ndoye-Brouard. Spécialiste du 200 m, le Français a fait un départ moyen, immédiatement débordé par la Chine et les Etats-Unis. Pris en sandwich, Ndoye-Brouard a sonné la révolte au retour, avec un deuxième 50 tonitruant, qui lui permet de toucher au contact des premiers, troisième.
Vient l’heure de Marchand, de la star, du fils prodigue de la natation française. Sans doute usé de son marathon, le quadruple champion olympique n’a pas affiché la même aisance qu’à son habitude. Mais le Toulousain tenait à ce relais, et s’est dépassé pour conserver le podium provisoire avant de passer le relais à Maxime Grousset. Intenable, animé d’un fort sentiment de revanche après une campagne individuelle ratée, le Néo-Calédonien a produit un effort monstrueux en papillon, avalant la Chine, alors leader, et offrant à Florent Manaudou un départ en tête, malgré le retour pressant d’un Caeleb Dressel retrouvé.
Peu habitué ces dernières années à monter sur 100 m, Manaudou n’a pas failli. Le nageur d’Antibes, médaillé de bronze du 50 m nage libre, est ressorti du virage en tête. Mais la meute avait les crocs saillants, et très longs. Pan Zhanle le premier. Recordman du monde du 100 m, le Chinois a produit un nouvel effort titanesque, déboulant sur la gauche du Français dans le dernier 25 m. Invincible, Zhanle a offert l’or au relais chinois, titré devant les Etats-Unis.
Battu sur le fil par Hunter Armstrong, Manaudou a finalement touché en troisième position, offrant du bronze, et une septième médaille à la natation française dans ces Jeux de Paris 2024. Record de Londres égalé. Autre record égalé, celui du nombre de médailles tous sports confondus, avec 43 breloques, soit autant qu’à Pékin. Une performance hautement bâtie autour des exploits de Léon Marchand. Le Toulousain, sans se montrer sous son meilleur jour, n’a pas triché malgré des jambes fatiguées. Il décroche une 5e médaille dans ces Jeux, un record pour un nageur français lors d’une même édition.