Naviguer sur un dériveur comme le 470 offre des sensations uniques, mais il arrive que le comportement du bateau ne corresponde pas aux attentes, notamment lorsqu'il se montre "ardent". Ce phénomène, souvent rencontré, peut transformer une sortie en mer agréable en une session fatigante et moins performante. Comprendre ce qu'est l'ardeur, pourquoi elle se manifeste et comment y remédier par des réglages précis est essentiel pour tout navigateur soucieux d'optimiser l'équilibre et la vitesse de son 470. Certains voiliers ont tendance à rapidement gîter et devenir ardent. Parfois, c’est une question de caractère du bateau et dans d’autres cas, il s’agit plus d’une question de réglage. Cette situation nous est tous arrivée : le vent monte, le bateau gîte bien et on sent la barre. C’est plaisant, nous sommes au près et le plaisir est là. Mais voilà, le vent continue de monter, et le bateau à tendance à trop remonter au vent et la barre devient dure, pourtant les conditions ne sont pas, non plus, exceptionnelles.
Le but de cet article est d'explorer en profondeur les causes de l'ardeur sur un 470 et de détailler les divers ajustements possibles pour y remédier, en se basant sur des expériences concrètes et des conseils de marins. Il est important de noter que rendre un voilier moins ardent nécessite une combinaison de réglages de voiles, d’ajustements du gréement et une attention particulière à la répartition des poids. En suivant ces conseils, il est possible d'améliorer l’équilibre de votre bateau et de rendre vos sorties en mer plus agréables et moins fatigantes.
Comprendre l'Ardeur d'un Voilier
Un voilier ardent est un bateau qui, en raison de la position de son centre de voilure par rapport à son centre de dérive, a tendance à se rapprocher de l’axe du vent. Ce déséquilibre fondamental est la cause première de ce comportement. Concrètement, cela signifie que le voilier tend naturellement à lofer, c’est-à-dire à orienter son étrave vers le vent, sans intervention active du barreur. Ce phénomène peut rendre la barre dure et nécessiter des efforts constants pour maintenir le cap souhaité, ce qui est particulièrement épuisant sur de longues périodes ou dans des conditions difficiles.
Comme je le disais plus haut, un voilier est qualifié d’ardent lorsque son centre de voilure est situé trop en arrière par rapport à son centre de dérive. Le centre de voilure représente le point d'application de toutes les forces aérodynamiques exercées par les voiles, tandis que le centre de dérive est le point d'application de toutes les forces hydrodynamiques exercées par la carène et les appendices (dérive, safran). Lorsque le centre de voilure est positionné trop en arrière par rapport au centre de dérive, il crée un couple qui pousse l'arrière du bateau sous le vent et l'avant vers le vent, provoquant ainsi la tendance à lofer. Ce déséquilibre crée un couple de lof, qui, s'il est excessif, se traduit par une barre difficile à tenir et une perte de contrôle progressive.
Ce phénomène est souvent accentué par une gîte importante ou un vent fort. Lorsque le bateau gîte, la surface mouillée de la carène change, déplaçant le centre de dérive. Simultanément, la forme effective des voiles et leur projection latérale peuvent également être modifiées, affectant le centre de voilure. Dans ces conditions, l'ardeur peut devenir incontrôlable, le bateau ayant une tendance excessive à lofer, même avec un équipage pesant lourd. Par exemple, des équipages de 160 kg ont constaté que leur bateau était beaucoup trop ardent, avec une tendance à gîter de manière excessive et incontrôlable, malgré leur poids important. Un bateau trop ardent est non seulement plus difficile à diriger, mais il perd également de sa performance, car une grande partie de l'énergie est utilisée pour contrer ce couple de lof plutôt que pour avancer efficacement.
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Les Principes Fondamentaux de l'Équilibre du Gréement
Maintenant que nous savons pourquoi un voilier est ardent, nous allons pouvoir effectuer les réglages qui vont l’équilibrer. Pour équilibrer un voilier et réduire son ardeur, il est crucial de comprendre comment les différentes forces agissent sur le bateau et comment les manipuler via les réglages du gréement.
Retenez que la Grand-voile va pousser l’arrière du bateau sous le vent quand le génois va pousser l’avant du bateau sous le vent. Cette interaction fondamentale entre les deux voiles principales est la clé de la navigation au près et de l'équilibre sous voile. La grande-voile, étant généralement plus en arrière, a une influence significative sur l'arrière du bateau, tendant à le faire abattre (pousser sous le vent), ce qui en retour provoque un mouvement de lof de l'ensemble du bateau. Le foc ou le génois, situé à l'avant, agit de manière opposée, cherchant à faire abattre l'étrave du bateau. Un réglage fin de ces deux voiles permet de trouver un équilibre où les forces s'annulent presque, rendant la barre neutre et légère.
Un autre élément majeur dans cet équilibre est la quête du mât, c’est-à-dire son inclinaison vers l’arrière. La quête modifie directement la position longitudinale du centre de voilure. Un mât plus incliné vers l'arrière déplace le centre de voilure vers l'arrière, augmentant potentiellement l'ardeur. À l'inverse, un mât plus droit ou légèrement quêté vers l'avant peut réduire l'ardeur. Cet ajustement est donc l'un des leviers les plus puissants pour influencer le comportement du bateau face au vent.
Enfin, pour les dériveurs, la répartition des poids à bord joue un rôle non négligeable. Déplacer du poids au vent, voire vers l’avant du bateau, peut aider à équilibrer la répartition des forces et réduire l’ardeur. En déplaçant l'équipage ou le lest mobile vers l'avant, on augmente la résistance latérale de la carène à l'avant du centre de dérive, ou on recule légèrement le centre de dérive effectif, ce qui contribue à compenser le couple de lof généré par les voiles. Inversement, se déplacer vers l'arrière peut accentuer l'ardeur.
Réglages du Mât et de son Positionnement
Le mât est la colonne vertébrale du gréement, et ses réglages, qu'il s'agisse de sa quête, de sa position au pied ou de son cintrage, ont un impact direct et profond sur l'équilibre du 470.
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La Quête du Mât : Un Ajustement Crucial
La quête du mât est son inclinaison par rapport à la verticale. Elle joue un rôle important dans le déplacement longitudinal du centre de voilure. Une quête plus prononcée vers l'arrière (mât penché vers l'arrière) tend à augmenter l'ardeur du bateau, car elle recule le point d'application des forces véliques. À l'inverse, une quête plus faible ou un mât plus droit aura tendance à rendre le bateau moins ardent, voire mou (tendance à abattre).
Le réglage de la quête se fait principalement en agissant sur la tension de l'étai (drisse de foc) et des haubans. En relâchant la draille de foc pour faire reculer la tête de mât, on peut ajuster la quête. Ou à l'inverse, en la tendant, pour la faire avancer. Sur certains 470, le pied de mât est également réglable en longitudinal, offrant une latitude supplémentaire pour ajuster l'équilibre. Cependant, il est essentiel d'être méthodique. Des marins ont noté qu'avec une quête originelle de 6900 (une mesure spécifique à un type de 470), le bateau pouvait rester stable, ce qui peut paraître bizarre selon les attentes. Cette observation suggère que chaque 470, en fonction de son âge, de son état et de ses voiles, peut avoir des réactions différentes à des réglages de quête identiques. Un autre marin a souligné que si un bateau est déjà trop ardent avec une quête de 6900, cela indique la présence d'autres problèmes sous-jacents qui doivent être examinés. Cela met en évidence la nécessité d'une approche globale plutôt que de se concentrer sur un seul réglage.
Position du Pied de Mât et Étambrai
La position du pied de mât sur le pont, au niveau de l'étambrai, est un réglage fondamental qui interagit avec la quête. Un pied de mât avancé ou reculé modifie l'emplacement du mât sur la longueur du bateau, influençant ainsi la position longitudinale globale du centre de voilure. Il faut bien faire attention à placer son pied de mât correctement.
Sur les 470 plus anciens, des problèmes peuvent survenir, notamment un mât qui sort de l’étambrai au parking. Ce désagrément est souvent lié à un étai trop long. Certains propriétaires ont trouvé des solutions temporaires, comme l'utilisation de petites cales que l’on peut voir devant le mat, mais cela peut masquer le problème réel. La bonne approche consiste à résoudre le problème de l'étai, plutôt que de modifier l'emplacement du pied de mât pour compenser. En effet, il est déconseillé d'avancer le pied de mât pour rattraper un étai trop long, car cela perturberait l'équilibre général du gréement.
Le Cintrage du Mât et les Barres de Flèche Poussantes
Le cintrage du mât (sa courbure longitudinale) est essentiel pour la bonne forme de la grand-voile et a un impact sur l'ardeur. Un mât plus cintré tend à aplatir la grand-voile, réduisant sa puissance et déplaçant son centre de voilure vers l'avant, ce qui diminue l'ardeur. Un cintrage insuffisant, comme cela a été observé avec un manque de serrage sur la drisse de foc, peut au contraire rendre le bateau plus puissant et plus ardent.
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Des kits de rétrofit avec des barres de flèche poussantes ont existé pour les 470. Pour savoir si le mât en est équipé, il est conseillé de mesurer la distance entre le hauban et la gorge du mât, des valeurs autour de 490 ou 495 pouvant être indicatives. Il est également important de vérifier si les barres de flèche poussantes ont un réglage avant/arrière, car cela influence l'angle de pousse des haubans sur le mât. Si tes barres de flèches sont fermées (barres de flèches poussantes), plus tes haubans seront tendus, plus ça poussera sur le mât vers l'avant, en faisant cintrer un peu le mât. C'est ce que certains appellent le précintrage, une courbure initiale du mât avant même l'établissement de la voile. Une tension énorme dans les haubans, en recherchant un cintrage parfait, pourrait cependant poser des problèmes de résistance, surtout sur des 470 anciens. Il est important de ne pas risquer la casse pour un cintrage excessif. L'équilibre entre la tension des haubans, le réglage des barres de flèche et l'étarquage du foc est donc délicat et doit être adapté aux spécificités de chaque bateau. Chercher à régler un vieux 470 avec les repères des 470 modernes n'est pas forcément tip top, car les matériaux et la fatigue des anciens bateaux doivent être pris en compte, surtout pour les forces de tension des haubans.
Optimisation des Voiles et des Points de Tire
Les voiles sont les moteurs du bateau, et leurs réglages, ainsi que ceux de leurs points de tire, sont primordiaux pour contrôler l'ardeur et maximiser la performance.
La Grand-Voile : Maîtrise de la Puissance
La grand-voile est la principale source de puissance et d'influence sur l'équilibre longitudinal. Son réglage doit être minutieux pour éviter l'ardeur excessive. Un problème courant, même avec une GV neuve, peut être l'apparition de plis le long de la bôme (ligne rouge sur un dessin). Ces plis peuvent suggérer un excédent de tissu ou une tension inégale. Il a été observé que ces plis disparaissent un peu avec une grosse traction sur le hale-bas, mais restent quand même présents. La question se pose alors : est-ce lié à la quête ou plutôt à une bôme proctor d'origine, reconnue pour être beaucoup plus rigide que les bômes actuelles ? Une bôme plus rigide pourrait en effet moins s'adapter à la chute de la voile, créant des plis. Un étarquage trop fort de la bordure peut également être en cause, même si la marque noire sur la bôme n'est pas atteinte en étarquage maximal, ce qui peut induire en erreur sur le niveau de tension réel appliqué.
Pour réduire l'ardeur générée par la grand-voile, il devrait suffire de choquer un peu la GV. Cela a pour effet de réduire la pression sur la voile, de la faire vriller et de déplacer son centre de voilure vers l'avant, diminuant ainsi le couple de lof. Le chariot de grand-voile, qui fait la largeur de la descente sur certains 470, permet un réglage latéral précis. En le sous-ventilant ou en le sur-ventilant, on peut modifier l'angle d'attaque de la grand-voile et sa puissance, influençant directement l'ardeur.
Le Foc : Influence sur l'Avant du Bateau
Le foc ou génois, en complément de la grand-voile, agit sur l'avant du bateau pour contrer l'ardeur. Son étarquage et le réglage de ses points de tire sont essentiels.
Concernant le système d'étarquage de foc, certains ont trouvé le système de simple crochet "nul" et non réglable, une lacune qui limite la capacité à ajuster finement la tension de la drisse de foc. Un crochet suivi d'un palan est ce qui se fait normalement et offre une bien meilleure capacité de réglage. De même, la partie textile de la drisse de foc étant toronnée, bien que plus simple à épisser, est moins performante que du pré-étiré qui est normalement utilisé, car ce dernier se déforme moins sous tension. Une drisse de foc adéquate permet d'ajuster le cintrage du mât et la tension de l'étai, et par extension, la quête.
Les rails de point de tire de foc jouent un rôle crucial dans la forme du foc et son angle d'incidence. Des rails de point de tire de foc longitudinaux sont considérés comme "pas géniaux" car ils limitent la capacité à régler la forme de la voile en fonction des conditions de vent. Des rails de point de tire de foc horizontaux sont ce qui se fait actuellement. Ces rails, souvent positionnés sur l'extérieur, dans le prolongement de la cadène de haubans, offrent une meilleure latitude pour régler le point de tire, permettant ainsi de mieux contrôler le creux et le vrillage du foc. Un point de tire trop reculé ou trop rentré peut augmenter l'ardeur, tandis qu'un point de tire avancé ou plus ouvert peut la réduire.
Les Autres Composants du Gréement
Au-delà des voiles principales, d'autres éléments du gréement contribuent significativement à l'équilibre et peuvent être ajustés pour contrer l'ardeur.
L'Étai : Longueur et Tension
L'étai, qui tient le mât vers l'avant, est un composant souvent sous-estimé mais essentiel. Un étai trop long peut être source de nombreux problèmes, comme le mât qui sort de l'étambrai au parking. Un étai trop long et qui présente un mou trop important une fois la draille de foc établie nuit à la rigidité du gréement et à la tenue du mât.
La solution recommandée est de virer l'étai trop long, de remettre un étai plus court, et de le prolonger avec un bout. Ensuite, un sandow peut être rajouté pour raccourcir le bout de prolongement de l'étai et assurer une tension adéquate, notamment quand le foc est établi et que l'étai peut être un peu relâché. L'idée est de pouvoir ajuster précisément la longueur de l'étai, ce qui a une incidence directe sur la quête et le cintrage du mât.
Le Hale-Bas : Un Contrôle Essentiel
Le hale-bas (ou retenue de bôme) est un levier puissant pour contrôler la forme de la grand-voile, en particulier son vrillage et son creux, influençant ainsi l'ardeur. Un hale-bas plus tendu aplatit la grand-voile et la rend moins puissante, ce qui réduit l'ardeur.
Les systèmes de hale-bas ont évolué. Un marin a mentionné qu'il avait un crochet avec en bas une sorte de "tambour" (grosse réa noire en pied de mât) qui lui convenait pour l'instant. Cependant, il envisageait de le changer pour un hale-bas en cascade, beaucoup plus puissant. Les systèmes en cascade offrent une démultiplication supérieure, permettant d'appliquer une tension bien plus importante et fine, ce qui est crucial pour le réglage précis de la grand-voile, surtout dans des conditions de vent fort où l'ardeur est accentuée.
La Répartition des Poids et l'Action du Safran
Au-delà des réglages du gréement, des actions directes sur le bateau, comme la répartition des poids et l'ajustement du safran, peuvent significativement influencer l'ardeur.
L'Impact des Poids Embarqués
La répartition des poids à bord, en particulier sur un dériveur léger comme le 470, est un facteur déterminant pour l'équilibre dynamique du bateau. Déplacer du poids au vent, voire vers l’avant du bateau, peut aider à équilibrer la répartition des forces et réduire l’ardeur. Lorsque le bateau gîte sous la pression du vent, le fait de déplacer l'équipage au vent (au rappel ou en trapèze) permet de contrer la gîte. Si, en plus, l'équipage se déplace légèrement vers l'avant, cela déplace le centre de gravité et, par conséquent, le centre de dérive effectif vers l'avant. Ce déplacement compense le couple de lof et rend le bateau plus neutre. C'est pourquoi, même avec 160 kg d'équipage, certains bateaux peuvent rester excessivement ardents si les réglages de gréement ne sont pas optimaux ou si la répartition longitudinale n'est pas adéquate.
L'Efficacité du Safran
Le safran est l'organe de direction du bateau, et son efficacité est primordiale pour un contrôle précis. Un safran bien positionné est essentiel. Assurez-vous qu’il est complètement descendu et bien aligné pour une meilleure efficacité. Un safran qui n'est pas complètement immergé, ou qui présente du jeu ou un mauvais alignement, perd de son efficacité hydrodynamique. Dans le cas d'un bateau ardent, une barre dure est souvent le signe d'un safran qui travaille de manière excessive pour contrer la tendance à lofer. Une surface de safran optimale et une bonne géométrie sont donc indispensables pour réduire les efforts à la barre et améliorer la maniabilité. Si le safran n'est pas efficace, le barreur doit appliquer plus d'angle de barre pour maintenir le cap, ce qui augmente la traînée et réduit la vitesse.