L'exploration des profondeurs marines a toujours fasciné l'humanité, un domaine où les records sont constamment repoussés, témoignant de l'ingéniosité, de la détermination et du courage des plongeurs. Cet article explore quelques-uns des records du monde de plongée profonde les plus impressionnants, allant de l'apnée à la plongée technique avec recycleur, en passant par les plongées extrêmes en milieu souterrain et les plongées simulées en caisson hyperbare.
L'apnée: une discipline extrême
L'apnée, ou plongée en apnée, est une discipline qui met à l'épreuve les limites physiologiques et mentales de l'être humain. Les apnéistes repoussent sans cesse les frontières de la profondeur, de la durée et de la distance sous l'eau, en retenant leur souffle.
Arnaud Jerald et ses records en bi-palmes
Le Français Arnaud Jerald est une figure emblématique de l'apnée moderne. Le 6 juillet 2025, aux Bahamas, lors de la compétition internationale Vertical Blue organisée au Dean’s Blue Hole, Arnaud Jerald a établi un nouveau record du monde d’apnée en bi-palmes, atteignant une profondeur de 126 mètres en 3 minutes et 45 secondes. La discipline qu’il pratique impose une descente et une remontée à la seule force des jambes, sans variation de lest. Considérée comme plus physique que la version en monopalme, elle exige à la fois technique, endurance et gestion du stress en profondeur. Sur son compte Instagram, l’athlète a déclaré : « Nouveau record du monde - 126 mètres en bi-palmes… J’ai atteint mon 10e record du monde », confirmant ainsi l’ampleur de cette nouvelle étape dans sa carrière. En 2023, il avait déjà atteint 122 mètres dans cette spécialité, confirmant ainsi son statut de référence mondiale.
Plongée technique: l'assistance technologique au service de la profondeur
La plongée technique utilise des équipements et des techniques spécifiques pour permettre aux plongeurs d'explorer des profondeurs inaccessibles en plongée conventionnelle. Cela inclut l'utilisation de mélanges de gaz complexes, de recycleurs et de procédures de décompression méticuleuses.
Gaëlle Giesen et son record féminin en recycleur
Gaëlle Giesen, une Toulousaine, a marqué l'histoire de la plongée en établissant un nouveau record du monde de plongée féminin. Elle a plongé ce lundi 30 septembre à 222 mètres de profondeur en recycleur, au large de Cassis, battant ainsi la tenante du titre : l’Américaine Kimberly Inge, qui avait plongé jusqu’à 198 mètres. La plongée en circuit fermé permet plus de confort de respiration, mais aussi plus d’autonomie : environ six heures. Ce lundi, la plongée de Gaëlle Giesen a duré 4 h 30. "Nous sommes partis vers 6 h 30 du matin du port de l’Estaque à Marseille, raconte-t-elle. On a navigué, puis on s’est mis à l’eau vers 10 h. "La descente a duré 14 minutes, mais ce sont les paliers qui prennent du temps", explique-t-elle. En remontant, elle s’est arrêtée une première fois à 81 mètres de profondeur. "Le premier palier dure une minute. Puis, on s’arrête tous les trois mètres, et progressivement, de plus en plus longtemps. Le dernier palier, à 6 mètres de profondeur, dure 1 h 40."
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Pour relever ce défi, Gaëlle Giesen a procédé à une préparation en plusieurs étapes. "Il y a eu beaucoup de travail de configuration : savoir exactement comment on va plonger, en respectant quel palier, explique-t-elle. Le but étant que ça soit le plus confortable possible, puisque ça va durer plusieurs heures." La plongeuse s’est ensuite rendue au Mexique pour travailler sur la flottabilité. "Pour réussir à flotter sans bouger", détaille-t-elle. Le but : minimiser ses efforts dans l’eau, et ne pas perdre d’énergie pour rester fixe à un endroit, lors des paliers de décompression. Physicienne de formation, elle travaille au Cnes depuis 2017, sur des projets d’astrophysique et d’astrobiologie. "Je suis intéressée par tout ce qui touche à l’exploration, que ça soit vers le haut ou vers le bas. On a l’impression que ce sont des milieux différents mais non : on cherche à aller là où l’humain ne peut pas aller sans outils technologiques, à aller au-delà de ses limites théoriques."
Il est important de noter que la plongée en recycleur se fait en circuit fermé, où l'air expiré est recyclé, offrant plus de confort respiratoire et d'autonomie. En revanche, la plongée en circuit ouvert se fait avec une bouteille d’oxygène classique. Une autre femme, la Sud-africaine Karen Van Den Oever, a plongé à 246 mètres de profondeur en 2021, mais dans une grotte, et en circuit ouvert.
Plongée souterraine: explorer les entrailles de la terre
La plongée souterraine est une discipline particulièrement risquée qui consiste à explorer des grottes et des réseaux souterrains inondés. Elle exige une maîtrise technique parfaite, une excellente gestion du stress et une connaissance approfondie de l'environnement.
Frédéric Swierczynski et son exploration de la Font Estramar
Le plongeur de l’extrême Frédéric Swierczynski a battu le 3 novembre le record mondial de plongée souterraine en atteignant -308 mètres sous l’eau dans la résurgence Font Estramar à Salses (Pyrénées-Orientales), au pied du massif des Corbières. Si une trentaine de minutes aura suffi au plongeur marseillais pour atteindre une telle profondeur, la remontée s’est effectuée quant à elle très progressivement pour s’achever 6h30 plus tard.
Plus que la performance sportive, « explorer des zones où l’homme n’a jamais mis les pieds », voilà ce qui anime le spéléonaute aguerri âgé de 50 ans. « J’aime évoluer dans cet environnement minéral », ajoute ce passionné qui a commencé à plonger à l’âge de 18 ans. Animé par le caractère exploratoire de ces plongées, le spéléonaute collabore très souvent avec des chercheurs. Sa prochaine destination ? « Le Cap vert pour réaliser un photo-échantillonnage d’espèces endémiques en vue de leur protection ».
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Xavier Méniscus et ses plongées à hauts risques
Quelques mois plus tard, Xavier Méniscus a battu un nouveau record du monde de plongée souterraine avec une exploration à -312 mètres. Pour son jubilé à de telles profondeurs, le scaphandrier professionnel a puisé dans « ses derniers retranchements », confie-t-il à Actu Perpignan. Lors de sa remontée, ce dernier a même frôlé la catastrophe, victime d’un accident de décompression.
Déjà détenteur du record du monde de plongée en cavité souterraine, depuis 2019, sur ce même site de Font Estramar, avec -286 mètres, Xavier Méniscus a été détrôné en novembre dernier par son confrère Frédéric Swierczynski, descendu à -308 mètres. En réalité, ce dernier préparait cette ultime plongée depuis longtemps. Jusqu'à la profondeur de -312 mètres, il fallait surtout parcourir une galerie plutôt horizontale, longue de vingt mètres. Entouré de dix spécialistes, le plongeur de 55 ans est parvenu à son objectif, en un peu moins de douze heures, 11h45 pour être tout à fait précis.
Lors de sa remontée, autour des -70 mètres, le plongeur a été victime d’un accident de décompression de l’oreille interne, entraînant un « très long moment de solitude qui a duré 1h15 ». Désorienté, et seul au moment de cet accident, Xavier Méniscus raconte : « On se demande ce qu’on fait là. Mais j’ai su prendre les bonnes décisions, garder ma lucidité et ma concentration ».
De retour chez lui, à Valence, Xavier Méniscus savoure aujourd’hui les avancées scientifiques permises par sa sixième exploration à Font Estramar. « Nous avons pu retracer le cheminement de la source, réaliser des mesures de qualité d’eau. On sait que Font Estramar est une source saumâtre, polluée par le sel. Mais ce n’est pas énorme », explique Méniscus. Pour Xavier Méniscus, en revanche, l’heure est venue de tirer sa révérence : « J’avais promis à mes proches que ça serait ma dernière plongée aussi profonde. J’ai réalisé mon rêve. Je ne poursuivrai plus l’exploration de Font Estramar et d’autres cavités qui vont à de telles profondeurs. Mais je vais continuer de travailler sur d’autres sites ».
Plongée profonde simulée: Hydra X et Théo Mavrostomos
Dans le domaine de la plongée profonde, il est impossible de ne pas évoquer l'exploit de Théo Mavrostomos et le projet Hydra X de la Comex.
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Le projet Hydra X
Seize millions de francs, dix-sept laboratoires mobilisés… le projet "Hydra X" est l'aboutissement du génie et de l'audace d'Henri Germain Delauze, le fondateur en 1962 à Marseille de la Comex (Compagnie d'expertise maritime) qui a tout inventé ou presque des plongées dans les plus grandes profondeurs au service, entre autres, de l'industrie pétrolière. Dans son centre d'essais hyperbares de Marseille, "Hydra X" veut effacer 683 mètres, le record des Américains, grâce à un mélange révolutionnaire d'hydrogène, d'hélium et d'oxygène.
Théo Mavrostomos: l'homme le plus profond du monde
Le 20 novembre 1992, un Marseillais, Théo Mavrostomos, a vécu une plongée historique, la plus profonde (701 mètres), battant le record des États-Unis. Enfermés dans la cabine hyperbare, trois hommes encaissent des pressions équivalentes à celles que l'on ressent dans les insondables profondeurs. Toujours plus de pression, toujours plus profond, pendant treize jours. La descente simulée met les corps à l'épreuve. L'expérimenté Théo est le capitaine du Nautilus provençal. À bord, avec lui, Serge Icart et Régis Peilho partagent l'aventure. À 675 mètres, les deux hommes craquent. Après moults discussions très animées entre Delauze, médecins, techniciens et Théo, la décision est prise : Théo repart seul pour tenter le record.
Le Marseillais, alors âgé de 39 ans, n'est pas soluble dans le renoncement. Le 20 novembre 1992, Théo absorbe 701 mètres. Durant le récit de son odyssée sous-marine, une seule fois, Théo hausse le ton : "Certains journalistes m'ont demandé si j'étais un cobaye ! Je n'ai jamais été un cobaye ! Je savais ce que je faisais. Je me souviens de chaque instant". Théo reste trois heures à cette profondeur inédite et se paye le luxe d'exécuter des exercices. En tout, descente et remontée comprises, le périple est inouï : 43 jours en caisson, quasiment un mois et demi, pour vivre ces trois petites heures au plus profond du monde ! Vingt-trois jours pour remonter à la pression de la surface terrestre.
Aujourd'hui, Théo forme des plongeurs, des scaphandriers du monde entier à l'Institut national de la plongée professionnelle au port de la Pointe Rouge à Marseille. Il inculque l'exigence du détail, sa science de la compression et de la décompression, et l'humilité sans laquelle l'accident fatal se profile. De sa voix de rocaille, Théo revendique son étoile sans gloriole.
Ahmed Gabr: la plongée en autonomie
Le nageur de combat égyptien Ahmed Gamal Gabr est devenu, avec 332,35 mètres, le premier plongeur a être jamais descendu aussi profond en combinaison avec bouteilles et sans assistance, a annoncé aujourd'hui le Guinness Book des records. Avec quelque 15 heures de remontée en paliers pour une descente de seulement 12 minutes, ce véritable exploit humain, médical et technologique a été réalisé hier en Mer rouge, à Dahab au large de l'Egypte.
Ahmed Gabr tentait d'atteindre 350 m de profondeur selon les organisateurs. Les risques étaient énormes pour cet homme de 41 ans, à une profondeur où l'eau exerce une pression sur le corps de 35 kg par centimètre carré, où les accidents de décompression et autres troubles du comportement (Narcose à l'azote ou l'ivresse des profondeurs, Syndrome Nerveux des Hautes pressions) ont déjà tué un précédent recordman du monde, l'Américain Sheck Exley, et failli emporter d'autres candidats. Selon les organisateurs, pour la remontée, le lieutenant-colonel Gamal Gabr, nageur de combat dans les forces spéciales égyptiennes et triathlète accompli, a dû utiliser plus de 60 bouteilles accrochées le long d'un "fil de vie", remplies de quatre mélanges de gaz tels que l'oxygène, l'azote, l'hélium et l'hydrogène, savamment dosés pour chaque palier selon quatre formules différentes par une équipe de médecins hyperbares français et égyptiens.
La durée totale de la plongée de Gabr a pris 13 heures et 50 minutes. Sa descente a duré quelque 14 minutes, le plongeur de sécurité le plus profond, Jim Browne était quant à lui posté à 110m pour assurer la sécurité de Gabr lors de sa remontée.
Les défis de la plongée profonde
Les records de plongée profonde ne sont pas seulement des exploits sportifs, ce sont aussi des défis scientifiques et technologiques. Ils nécessitent une connaissance approfondie de la physiologie humaine, de la physique des gaz et des matériaux, ainsi qu'une collaboration étroite entre plongeurs, médecins, ingénieurs et chercheurs.
Le syndrome nerveux des hautes pressions (SNHP)
Le SNHP est un trouble neurologique qui peut survenir lors de plongées profondes, en particulier lorsque des mélanges respiratoires à base d'hélium sont utilisés. Les symptômes peuvent inclure des tremblements, des nausées, des vertiges et des troubles de la coordination.
La narcose à l'azote
La narcose à l'azote, également connue sous le nom d'"ivresse des profondeurs", est un état altéré de la conscience qui peut survenir lors de plongées à l'air comprimé à des profondeurs importantes. L'azote dissous dans le sang a un effet narcotique sur le cerveau, entraînant une diminution de la vigilance, de la capacité de jugement et de la coordination.
Les accidents de décompression
Les accidents de décompression surviennent lorsque la pression ambiante diminue trop rapidement lors de la remontée, entraînant la formation de bulles de gaz dans les tissus et la circulation sanguine. Ces bulles peuvent provoquer des douleurs articulaires, des troubles neurologiques, des problèmes respiratoires et, dans les cas graves, la mort.