L'Évolution Fulgurante du 100m Nage Libre Masculin : Histoire d'un Record

Introduction

L'histoire du 100m nage libre masculin est une chronique de quête incessante de vitesse et de performance. Des techniques rudimentaires aux prouesses technologiques modernes, cette discipline a connu des transformations remarquables. Cet article explore l'évolution de cette course emblématique, marquée par des innovations techniques, des records brisés et l'émergence de figures légendaires.

Les Origines et l'Ère de la Brasse

Aux origines de la natation de compétition, la brasse régnait en maître. Née de l'instinct de survie et de la nécessité de garder la tête hors de l'eau, cette nage était la seule technique réellement pratiquée à la fin du XIXe siècle. Le capitaine anglais Matthew Webb contribua largement à la réputation de la brasse comme nage d’endurance en traversant le premier le chenal de la Manche à la nage, en 21 heures et 45 minutes, le 25 août 1875.

La brasse « anglaise », nagée sur le côté avec des mouvements de bras alternés, fut rapidement contestée en raison de sa lenteur. La brasse allemande à trois temps, plus efficace, la remplaça. Vers 1935, la Française Cartonnet chercha à limiter les résistances en ramenant les mains hors de l'eau, une technique qui évolua au point où les nageurs ne plongeaient plus la tête.

Les Jeux olympiques de Rome virent l'émergence d'une nouvelle technique avec l'Américaine Jastremski, qui utilisait des coudes hauts et des genoux serrés, transformant le coup de pied en un véritable ciseau avec les jambes en « W ». En 1972, les nageurs de l'ex-URSS introduisirent un style ondulé, une technique qui fut finalement autorisée en 1986 avec l'immersion totale de la tête.

L'Ascension du Crawl et de la Nage Libre

La FINA ne réglemente pas le Crawl mais la nage libre. Au XIXe siècle, les marins rapportèrent des Antilles, de Somalie et des îles du Pacifique de nouvelles techniques de nage, inspirées des populations indigènes. La respiration latérale facilita la vitesse, mais la poussée des jambes en brasse devint incompatible avec l'inclinaison du corps, se transformant en ciseaux de jambes, donnant naissance à « l’english side stroke » vers 1840.

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Initialement, le retour des bras se faisait sous l'eau, mais on réalisa rapidement que cela créait une résistance importante. Vers 1880, Trudgen observa les Amérindiens et repositionna le nageur en position ventrale, permettant un retour alternatif des bras hors de l'eau. Le « trudgeon » fut adopté pour sa rapidité. En Australie, la greffe des ciseaux de jambes de brasse sur cette technique donna naissance au « double over arm stroke ».

En 1893, les frères Wickham s'inspirèrent des habitants de l'île Salomon et transformèrent l'action des jambes en battements. Les frères Cavill popularisèrent cette technique et, en 1902, Richard Cavill battit le record du monde du 100 yards en crawl. En 1906, Tartakover impressionna en France avec cette technique, qui fut d'abord nommée « Tartakover » avant de devenir le « crawl » actuel.

Dès 1900, trois épreuves furent proposées en compétition : la brasse, le dos et la nage libre. En 1922, Johnny Weissmuller, futur Tarzan, confirma la suprématie du crawl. En 1926, Gertrude Ederle devint la première femme à traverser la Manche en utilisant le crawl. Dans son livre Swimming the American Crawl, Johnny Weissmuller explique l'importance de ne pas retenir sa respiration pour nager efficacement.

En France, les nageurs excellèrent également en crawl, avec une Française détentrice du record du monde du 400m nage libre en 1931 et Alex Jany détenant les records du monde du 100m nage libre en 1946 et 1947. En 1952, Jean Boiteux devint champion olympique du 400m nage libre à Helsinki, le premier champion olympique de natation français.

Dans les années 1960, les coordinations se différencièrent entre le sprint (battements 6 temps) et le demi-fond (battements 2 ou 4 temps). En 1956, les Australiens dominèrent les épreuves de crawl aux JO de Melbourne, avec un battement 2 temps. En 1963, la fin de l'obligation de toucher le mur avec la main entraîna une chute des records, et l'Américaine Schollender fut la première femme sous la barrière des 2 minutes au 200m nage libre. En sprint, en 1976 à Montréal, Mongoméry devint le premier homme sous la barre des 50 secondes en crawl.

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Les techniques et coordinations du crawl se sont multipliées. Ian Thorpe fut le précurseur d’une coordination en semi-rattrapé avec un battement 6 temps sur les distances de demi-fond, tandis que Laure Manaudou nageait en superposition avec un battement 2 temps. Michael Phelps utilisait une coordination appelée « crawl boiteux », avec un battement 4 temps, sur le 200m nage libre.

L'oscillation du corps autour de l'axe horizontal permet d'augmenter la longueur des trajets et l'amplitude de nage, avec une distance parcourue par cycle de nage d'environ 3 mètres à pleine vitesse pour les meilleurs nageurs. Cependant, certains nageurs préfèrent maintenir leur corps à plat sur l'eau. Récemment, le traditionnel « S » du trajet du bras sous-marin a été parfois abandonné.

L'Émergence du Dos

L'origine du dos est probablement lointaine, son principal atout étant de maintenir le visage hors de l'eau. En 1907, la première épreuve de dos apparut aux championnats de France, utilisant la technique du « Dos brassé ». Aux Jeux olympiques de Stockholm en 1912, Hebner utilisa une technique dorsale inspirée du « Trudgen », le « Dos trudgen ».

Le battement de jambes arriva dans les années 1920, sous l'influence des nageurs japonais, donnant naissance au « Dos crawlé ». Les évolutions suivantes concernèrent les oscillations et les virages. Avant 1920, les nageurs réalisaient un retournement simple après avoir touché le mur à la main. Dans les années 1930, trois techniques coexistèrent : le virage japonais, le virage hollandais et le virage Kiefer.

En 1991, on autorisa le toucher du mur avec n’importe quelle partie du corps et, en 1994, le passage sur le ventre avant la rotation. La culbute actuelle fut inventée : « le roll over turn ». À Séoul en 1988, Berkoff et Suzuki réalisèrent d’excellentes performances grâce aux ondulations sous-marines.

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L'Avènement du Papillon

Le papillon est la dernière des quatre nages à avoir été reconnue par la FINA. Il apparut en raison du manque de précision du règlement de la brasse. Certains nageurs s’inspirèrent du « trudgeon » pour inventer l’ancêtre du papillon : faire passer les bras simultanément au-dessus de l’eau.

En 1926, l’Allemand Erich Rademacher termina une course de brasse en ramenant ses bras au-dessus de l’eau pour toucher le mur plus rapidement. Myers systématisa le retour aérien des bras comme la technique de « Brasse-Papillon ». Elle fut de plus en plus utilisée dans les années 1930 car elle était plus rapide que la brasse, bien que plus éprouvante.

En 1946, on imposa l’obligation de conserver le même style de nage pendant toute la course. En 1952, aux Jeux olympiques d’Helsinki, les huit finalistes du 100 mètres brasse nageaient en « Brasse Papillon ». En 1953, la brasse et le papillon furent séparés. En brasse, le retour de bras se fait obligatoirement sous la surface de l’eau. Aux JO de Rome en 1960, Counsilman nagea en papillon avec deux ondulations par mouvement de bras. Le Russe Pankratov réalisa des coulées de 40m au départ des épreuves de papillon aux JO d’Atlanta en 1996.

Pan Zhanle : Une Nouvelle Ère de Vitesse

Dans cette riche histoire, un nouveau nom est venu bouleverser les standards : Pan Zhanle. À seulement 19 ans, il a créé la sensation en battant le record du monde du 100m nage libre lors des Championnats du monde de natation à Doha. Il a retranché six centièmes au précédent record détenu par le Roumain David Popovici.

Parfaitement lancé par Pan, les Chinois se sont logiquement imposés dans le relais 4x100 m nage libre en 3 min 11 sec 08. « Ouais, c’était un chrono incroyable. J’ai fait confiance à mes amis et on a fait de notre mieux », a réagi Pan. Il a ajouté : « C’est vraiment une nuit magique. »

Avant ces Mondiaux, Pan ne comptait qu’une seule médaille mondiale, l’argent du relais 4x100 m nage libre décroché à Fukuoka. Il s’était également offert trois titres aux Jeux asiatiques, dont celui du 100 m. « Battre le record du monde est un honneur pour moi. C’est une source de motivation à la fois pour les jeunes et pour les nageurs plus âgés. Je pense que je peux nager plus vite qu’aujourd’hui. C’est venu naturellement et maintenant mon but est de nager encore plus vite », a-t-il averti.

L’Italien Lorenzo Zazzeri a mesuré l’exploit de Pan : « L’équipe chinoise nous a vraiment surpris. Je ne m’attendais pas à voir un record du monde en février ! » Pan devrait désormais se présenter en grand favori aux Jeux olympiques de Paris.

Ces Mondiaux, placés en février en pleine période de travail avant les JO de Paris, ont été chamboulés par le Covid.

Analyse du Record de Pan Zhanle

Pan Zhanle a mis une claque au record du monde du 100 m nage libre détenu jusqu'ici par David Popovici (46"86). Aux Mondiaux de Doha, le Chinois de 19 ans a lancé son relais 4x100 m en 46"80, établissant donc un nouveau temps de référence. A six mois des Jeux Olympiques de Paris, il envoie un message très clair à la concurrence : il faudra compter avec lui sur la distance reine à l'été prochain.

L'onde de choc a déjà traversé le monde. Elle a dû secouer la Roumanie de David Popovici, les Etats-Unis de Jack Alexy et Caeleb Dressel, l'Australie de Kyle Chalmers et, bien sûr, la France de Maxime Grousset. Tous les gros bras de la distance reine ont sans doute pris une claque ce dimanche parce qu'une fusée chinoise nommée Pan Zhanle a envoyé un message limpide, lors des Mondiaux de Doha. Il existe désormais un grand favori pour le 100 m nage libre des JO de Paris 2024.

Les quatre dixièmes gagnés sur sa propre marque par le Chinois Pan Zhanle sont le plus important coup de rabot mis au record du monde du 100 m nage libre depuis 1976. La courbe de l'évolution récente du record du monde du 100 m nage libre laissait penser qu'il serait prochainement battu d'environ 5 centièmes. C'est ce qu'avait ôté David Popovici en 2022 à la marque de Cesar Cielo établie en 2009 (de 46''91 à 46''86), et Pan Zhanle avait fait un tout petit peu mieux en février dernier, enlevant 6 centièmes (46''80). Mais le Chinois a décidé d'aller plus vite. Beaucoup plus vite. À bientôt 20 ans (il les aura le 4 août), il a pulvérisé son propre record en finale des JO, pour le porter à 46''40. C'est exceptionnel. Pour voir un sprinteur améliorer le record du monde du 100 m d'au moins quatre dixièmes, il faut remonter à 1976. À l'époque, le Sud-Africain Jonty Skinner avait effacé des tablettes le chrono établi par l'Américain Jim Montgomery pour 55 centièmes (49''44 contre 49'99). Depuis, le plus gros coup de rabot avait été signé Pieter Van den Hoogenband, qui avait enlevé 0''34 à la marque de Michael Klim (47''84 contre 48''18). Mais la baisse moyenne des seize records enregistrées avant ce mercredi était plus faible : 16 centièmes. Dernier élément chiffré : sur cette période de 48 ans, du record de Jim Montgomery à celui de Pan Zhanle, le record du monde a été raboté de 3''59. À lui seul, entre février et aujourd'hui, le Chinois a contribué à 12,8 % de cette baisse. Dont 11,1 % sur le seul aller-retour de mercredi.

Il est important de noter que le record du monde du 100 mètres nage libre est détenu par le Brésilien César Cielo en 46 secondes et 91 centièmes. Cependant, l'Américain Jason Lezak a nagé en 46 secondes et 6 centièmes lors de la finale du relais 4x100 mètres nage libre aux Jeux olympiques de 2008, un temps plus rapide en raison du départ lancé.

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