Le Rythme des Vagues et des Voix : L'Écho du Surf de Biarritz aux Scènes Françaises

L'histoire du surf en France est profondément ancrée dans les sables et les vagues de Biarritz, une ville qui a vu naître une véritable culture autour de cette pratique venue des lointaines îles du Pacifique. Ce qui fut jadis une activité de contre-culture s'est transformé en un phénomène mondial, jusqu'à faire son entrée aux Jeux Olympiques de Tokyo en 2020. Bien au-delà des exploits sportifs, cette passion pour la glisse a imprégné l'art de vivre local et a même inspiré des courants musicaux, donnant naissance à des expressions artistiques uniques qui résonnent encore aujourd'hui. L'influence de Biarritz, berceau du surf français, s'étend ainsi bien au-delà de ses plages, touchant la musique et la culture dans son ensemble.

Les Racines Océaniques du Surf en France : Biarritz, Berceau d'une Révolution

Pour comprendre l'impact du surf sur la Côte Basque, il faut d'abord se pencher sur ses origines lointaines et son arrivée inattendue sur les rivages français. C’est au XVIe siècle que le surf vit le jour en Polynésie, où défier l’océan sur de lourdes et longues planches en bois était un moyen pour les chefs de tribus de montrer leur puissance au 15ème siècle, à Hawaii. On retrouve des traces de la pratique du surf avec le marin James Cook qui aurait vu un surfeur aux Iles Sandwich. Après sa mort, on doit à James King, son lieutenant, la première mention de surfeur dans son journal de bord. Par la suite, la pratique fut adoptée par les Américains au début du XXe siècle, après avoir été interdite lors des colonisations. Le champion olympique de natation Duke Kahanamoku contribua à diffuser la pratique en dehors de Hawaii lors de démonstrations en Amérique, en Australie et en Nouvelle-Zélande. Le surf trouvera même en Jack London, écrivain d’aventure à qui l’on doit entre autres Croc-Blanc ou L’Appel de la forêt, un formidable ambassadeur avec la publication de nombreux articles sur le sujet.

L'arrivée du surf en France est apparue un peu par hasard, marquant un tournant décisif. En septembre 1956, le surf débarque sur la côte basque et plus particulièrement à Biarritz, et ce à l'occasion du tournage du film « Le soleil se lève aussi », l'adaptation d'un roman d'Hemingway. Deux californiens, Dick Zanuck et Peter Viertel, se retrouvent alors à Biarritz. Dick étant surfeur et les rouleaux n'ayant rien à envier à ceux de Malibu où il surfe depuis un bout de temps déjà, il se fait envoyer une planche de surf comme les Français n'en ont jamais vu. Contraint de repartir avant de goûter aux vagues françaises, c’est son scénariste Peter Viertel, surfeur novice, qui s’essaye au « sport des rois hawaïens » sans trop de succès… Mais la graine est semée ! L'année suivante, en 1957, l’Américain - mari de l’actrice Deborah Kerr - revient à Biarritz avec plusieurs planches. Il rencontre un futur pionnier, Joël de Rosnay, qui pratiquait déjà une activité semblable au bodyboard. C’est ainsi qu’il rencontra Peter prenant ses premières vagues en France. Viertel, en route vers l’Espagne pour son tournage, donna quelques leçons de surf à Joël de Rosnay et lui confia sa board pendant 3 mois.

À la fin de l’été 1957, la Côte des Basques compte déjà quatre surfeurs initiés : Peter Viertel, Georges Hennebutte (plus tard, créateur du leash), Jacky Rott et Joël de Rosnay. Ces pionniers allaient changer à jamais le visage de Biarritz. Les plus jeunes commencent à s’y intéresser, récupèrent des vieilles planches délabrées et se jettent à l’eau. Durant l’hiver 1957-1958, Michel Barland et ses amis se renseignent pour fabriquer les meilleures planches possibles. Ingénieur et débrouillard, Michel Barland cherche le bois le plus léger et se tourne vers le balsa, une matière presque introuvable en France à l’époque. Il se rapproche de Jacky Rott et d’Henri Hennebutte pour ce projet original de fabrication de planches. À partir d’une simple photo de planche de surf dans un magazine de National Geographic de 1935, ils confectionnent leur premier modèle. En janvier 1958, le balsa arrive à l’atelier de Barland, le travail commence ! Leur premier succès fut la fabrication de deux planches, l’une couleur aluminium et l’autre d’un gris pâle, dont les rails étaient droits et non arrondis. En juillet 1958, Peter Viertel fait son retour à Biarritz avec trois planches en balsa venant d’Amérique, et il excelle sur l’eau. Il prête l’une de ses planches à Barland qui à son tour surfe bien mieux qu’avec sa première réalisation. À la fin de l’été, il réussit à vendre sa troisième création en contreplaqué. Jusqu’en 1958, ces boards étaient uniquement réalisées en bois, mais l’arrivée du plastique changea les choses. Faisant face aux mêmes problèmes et questionnements, les deux hommes prirent la décision d’unir leurs forces à travers la marque Barland-Rott. La première entreprise de fabrication de planches voit ainsi le jour en France. La qualité de leurs produits ainsi que leur monopole les conduisent rapidement au succès. Aujourd’hui encore, la marque Barland produit les meilleurs longboards français pour de nombreux amateurs.

Le 16 septembre 1959, le premier surf club français voit le jour : le Waïkiki Surf Club. Il fut créé par les protagonistes de l’époque : Peter Viertel, Jacques Rott, Georges Hennebutte, Joël de Rosnay, Michel Barland et Carlos Dogny, rejoints par les surfeurs vedettes du moment Lamarque, Plumcocq et Etchepare. Il était installé dans les établissements des Bains de la Côte des Basques. Ici, tout a commencé. On pouvait y croiser de nombreuses nationalités : Australiens, Américains, etc. René Bégué, surfeur des années 60, se souvient que « l’époque était unique, car nous commencions tous le surf en même temps et nous étions au même niveau. Il n’y avait ni frimeurs ni exclus. » Le surf est né à Biarritz et a changé complètement l’image de la ville considérée comme bourgeoise. La Côte des Basques, berceau du surf en France, est devenue leur « spot » ! Ils commencent à faire des émules auprès de la jeunesse locale. Le surf devient alors une activité sportive et de loisirs, ouverte à tous et la compétition se développe sur Biarritz et toute la Côte basque. Le surf s’est peu à peu démocratisé sur la Côte Basque puis en France grâce à une variété de spots convenant à tous les niveaux. Le nombre de surfeurs français est passé de quelques dizaines en 1960 à environ 1 million aujourd’hui, dont 80 000 licenciés à la FFS. Et selon l’International Surfing Association, on ne compte pas moins de 25 millions de surfers dans le monde.

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Cette passion de la glisse a même franchi l'Adour à partir des années 1965/1970, pour coloniser les plages du sud des Landes. Charley Puyo, originaire de Dax, est l'un des premiers à avoir pratiqué le surf, sur les vagues aujourd'hui mythique de Seignosse, Hossegor et Capbreton. Ancien membre de l'équipe de France, il a participé, en 1984, aux premiers championnats du monde de kneeboard à Los Angeles, en Californie, avant de devenir entraîneur de l'équipe de France. Charley Puyo incarne véritablement la mémoire du surf landais.

L'Esprit "Barjes" des Années 80 : Quand le Surf Biarrot Conquérait l'Europe

L'effervescence des débuts du surf à Biarritz a donné naissance à des figures emblématiques et à une contre-culture unique, notamment incarnée par le "Biarritz Surf Gang" dans les années 1980. Cette "bande de barjes", comme ils se qualifient eux-mêmes, était composée de six potes passionnés sur la grande plage de Biarritz. Au début des années 1980, quand ils montent sur tous les podiums, ils étaient parmi tous les meilleurs Européens. C'est l'époque où le surf est un petit sport, marqué par l'absence de spectateurs et d'argent. On campe quand on va en compétition. Et les jeunes Français aux cheveux longs qui traînent sur la plage ne sont pas forcément bien perçus, cette bande étant totalement ingérable.

Michel Laronde, cuisinier, en fait partie. Pionnier du surf de gros, il est le premier Européen à avoir surfé la désormais célébrissime vague des Jaws à Hawaï. Il se souvient de cette période avec un mélange d'anecdotes et de lucidité : « On allait en compétition pour faire la fête. On mettait la remise des prix à l'envers. On foutait le bordel. » Michel Laronde explique l'influence culturelle de l'époque : « Il y avait à l'époque un peu anglo-saxonne américaine qui est venu sur la côte basque. Du coup, tout ce qui était super bon faisait rêver. Il y avait des Volkswagen, des shorts et des tee-shirts à la mode cheveux longs. Ils passaient l'hiver au Maroc qui ramenait des produits. Et quand on commençait à introduire un peu tout ça dans le mode de vie à Biarritz duquel on irait, et après, il y a eu une évolution au niveau des produits dans lesquels pas mal sont tombés. Mais voilà, cela a été une période un peu critique. » En effet, le film qui retrace leur parcours évoque avec honnêteté ces dérives : l'alcool, la drogue, les vies abîmées, et les dangers des addictions.

Ce documentaire a vu le jour car les deux réalisateurs, Nathan Curren, le fils du champion du monde Tom Curren, et Pierre Denoyelle, le neveu de Michel Laronde, ont un jour découvert deux heures d'images inédites tournées en super 8 dans les années 1980. Ces images montraient ces surfeurs de la grande plage de Biarritz partout dans le monde. Alors, ils ont décidé de révéler ces parcours méconnus au grand public et pour le plus grand plaisir des protagonistes. Michel Laronde nous dévoile quelques scènes de la fin du documentaire, offrant un témoignage touchant de l'impact du projet : « On était tous plus ou moins séparés les uns des autres. Et grâce au film, on s'est rapprochés. Et on s'est remis à faire du surf ensemble. Donc à la fin du film, on se retrouve à faire une petite session avec nos 50 ans et plus… C'était chouette. » Ce projet a permis de renouer des liens, montrant la force de la communauté surf et de cet héritage.

Quand la Vague Inspire le Son : L'Histoire de la Surf Music et ses Échos Français

L'influence du surf ne se limite pas aux performances sportives ou à un art de vivre ; elle s'étend également au monde de la musique, donnant naissance à un genre unique : la surf music. Pour comprendre la surf music, il faut remonter le temps, vers la fin des années 1950, sous le soleil de Californie. À cette époque, les adolescents se retrouvent après les cours pour siroter des milkshakes et aller surfer sur la côte. Cheveux au vent dans leurs décapotables, ils écoutent Chuck Berry et Elvis Presley. Los Angeles commence à s’imposer comme le nouveau centre pour la musique pop, surpassant les studios new-yorkais. Au même moment, la marque d’instruments Fender commercialise ses propres gadgets, qui permettent d’amplifier et de réverbérer le son de ses guitares électriques. Voilà, en quelques mots, la genèse de la surf music, dont les mélodies simples et entraînantes s’apprêtent à déferler sur l’industrie musicale.

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Dès ses débuts, la surf music célèbre la plage, la glisse, les vacances, racontant les loisirs d’une jeunesse nourrie par l’abondance américaine. Des images idylliques sont cristallisées par une série de teen movies, de Gidget (1959) à Beach Party (1963). Ambivalente, la sous-culture du surf peut tout autant être réclamée par des individus rebelles fuyant le travail et les conventions, que se voir utilisée comme une publicité pour l’hédonisme consumériste des jeunes blancs. Selon le chercheur américain Ryan Moore, le son spécifique de la surf music a quant à lui été mis au point par des groupes tels que The Ventures et Dick Dale. Les textes, dont les sujets de prédilection sont les filles, les voitures et les amours de vacances, sont quant à eux peaufinés entre 1961 et 1965 par les Beach Boys et Jan and Dean. C'est aux Beach Boys, et surtout à Brian Wilson, le génie derrière leurs mélodies, que l'on doit la popularisation du vocal surf, un sous-genre marqué par les harmonies vocales qui font des chansons du groupe quelques-uns des plus grandes tubes de l'histoire des États-Unis, à l'heure de la suprématie des Beatles. Il est important de noter que si les femmes sont présentes dans l'histoire, elles sont souvent invisibilisées, comme souvent.

L'écho de cette surf music californienne a traversé l'Atlantique pour résonner sur les côtes françaises, notamment à Biarritz, la ville qui a vu naître le surf dans l'Hexagone. C'est dans ce contexte que le groupe français La Femme a émergé, incarnant une nouvelle vague de cette esthétique musicale. Si Marlon Magnée n’était pas encore né lorsque l'histoire du surf déferlait sur Biarritz, il sait raconter cette histoire, originaire, comme son acolyte Sacha Got, de la célèbre station balnéaire. À eux deux ils fondent La Femme à l’aube des années 2010 et s’installent dans le paysage musical français. Leur secret ? Des guitares distordues et des paroles infusées des images qui les entourent, comme dans leur tout premier tube : “Sur la planche”. Marlon Magnée explique l'origine de ce morceau emblématique : « On a écrit ce morceau pour une copine surfeuse, Pandora Decoster, qui voulait une musique originale pour accompagner une de ses vidéos. Le projet a été avorté, mais la chanson est restée. » Ce titre est devenu une référence, liant indissolublement La Femme à l'imaginaire du surf.

La question se pose : la surf music surfe-t-elle encore ? Même si La Femme est le seul groupe français à s’être extirpé de la scène underground pour séduire le grand public, Marlon Magnée peut nous en citer des dizaines, toujours aussi fasciné par ce sous-genre du rock, proche du punk. Il déclare : « Je pense aux Cavaliers, signés chez le très réputé label Born Bad. Pour l’anecdote, quand Sacha [Got] s’était cassé le bras, c’est Alexis Lumière, leur guitariste, qui l’a remplacé au pied levé pour notre tournée ! » Cette scène musicale reste vivante et dynamique. Notons également le festival italien The Surfer Joe Summer, qui se tient chaque année à Livorno en Toscane. Sa dernière édition, en 2023, accueillait un jeune groupe, originaire de Rennes : Les Agamemnonz, témoignant de la persistance de ce courant musical bien au-delà de ses frontières originelles.

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