Ragondin : Comportement aquatique, adaptation et impact environnemental

Le ragondin, ou Myocastor coypus, est un rongeur semi-aquatique originaire d'Amérique du Sud, qui s'est largement naturalisé dans de nombreuses régions du monde. Introduit en Europe au XIXe siècle pour l'exploitation de sa fourrure, il est devenu une espèce envahissante omniprésente, particulièrement dans les milieux aquatiques. Cet article explore en profondeur le comportement de nage du ragondin, son adaptation à la vie aquatique, son histoire évolutive, sa dispersion géographique, son régime alimentaire, son impact sur l'environnement et les mesures de gestion mises en place pour contrôler ses populations.

Histoire évolutive et répartition géographique

Le ragondin appartient à la famille des Echimyidae, qui regroupe divers rongeurs principalement sud-américains. Sa lignée a divergé d'autres rongeurs il y a plusieurs millions d'années, avec une adaptation clé à la vie aquatique. Cette adaptation a permis au ragondin de développer des caractéristiques spécifiques pour survivre et prospérer dans les milieux humides, ainsi qu'une résilience reproductive remarquable.

Originaire des régions tempérées et subtropicales d'Amérique du Sud, la dispersion géographique du ragondin était initialement limitée à ce continent. Cependant, au début du 20e siècle, l'homme l'a introduit en Amérique du Nord, en Europe, en Asie et en Afrique, principalement pour l'industrie de la fourrure. Suite à l'effondrement de cette industrie, de nombreux ragondins se sont échappés ou ont été relâchés dans la nature, conduisant à l'établissement de populations sauvages dans de nombreuses régions non natives. Dans ces régions, le ragondin est souvent devenu une espèce invasive, illustrant comment les activités humaines peuvent profondément modifier la répartition des animaux sauvages et entraîner des conséquences écologiques importantes.

Morphologie et adaptations à la nage

Le ragondin est un rongeur de grande taille, à la silhouette trapue et bossue, pesant en moyenne 6 kg et mesurant une soixantaine de centimètres, auxquels s'ajoute une queue cylindrique et écailleuse de 25 à 45 cm. Sa tête est massive et anguleuse, avec un museau court portant de grosses moustaches blanches. Ses incisives, oranges, sont facilement visibles et constituent un trait distinctif de l'espèce.

Le ragondin est parfaitement adapté à la vie aquatique, avec plusieurs adaptations morphologiques et physiologiques :

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  • Pelage imperméable : Son pelage brun jaunâtre à brun sombre est composé d'une épaisse couche de poils de bourre ras et très denses (de 8000 à 13000 poils par cm2) qui ne se mouille pas, même sous l'eau. Par-dessus, de longs poils de jarre raides et luisants lui donnent un aspect un peu hérissé. Ce pelage assure une excellente isolation thermique, essentielle pour survivre dans les milieux aquatiques. Des mues successives permettent au ragondin de s'adapter aux conditions climatiques. Cependant, originaire d'Amérique du Sud, il supporte mal le froid des hivers rigoureux, ce qui entraîne une mortalité relativement élevée des populations au Nord.

  • Pattes palmées : Ses larges pattes arrière sont palmées, ce qui lui permet de nager très bien et vite. La queue ronde et presque nue ne sert pratiquement pas à la propulsion, contrairement au rat musqué, qui possède une queue aplatie verticalement qu'il ondule latéralement pour se propulser.

  • Position des yeux, des narines et des oreilles : La disposition des yeux, des narines et des oreilles (petites par rapport au corps) est très haute placée sur le crâne, un peu à la manière des hippopotames. Cela lui permet de nager avec juste ces organes qui émergent. De plus, les narines peuvent se fermer par un jeu de valvules, notamment lors des plongées.

Comportement de nage et plongée

Le ragondin est un excellent nageur et plongeur, capable de rester en apnée près de dix minutes. Il nage en alternant des mouvements rapides des pattes antérieures avec des mouvements plus lents mais plus puissants de ses pattes postérieures. Sous l'eau, il peut fermer ses narines grâce à un système de valvules.

Pour nager, il utilise surtout ses larges pattes arrière palmées. La queue ronde et presque nue ne sert pratiquement pas à la propulsion. Ceci le distingue, entre autres, de son lointain cousin, le rat musqué, avec lequel on le confond souvent. Ce dernier a une queue aplatie verticalement qu’il ondule latéralement et qui le propulse en plus des pattes légèrement palmées.

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Habitat et terrier

Le ragondin est associé aux milieux aquatiques liés aux eaux stagnantes ou à faible courant : étangs, marais, rivières lentes, lagunes, canaux. Il affectionne particulièrement les marais, les lagunes et les bords de ruisseau dont le courant est faible. Il colonise également les fossés et les canaux des milieux dans lesquels il a été introduit.

Il creuse des terriers sous forme de galeries de plusieurs mètres de long (un record de 46 m a été cité) avec plusieurs larges entrées situées soit au ras de l'eau, soit même sous l'eau. Ces terriers peuvent être un simple conduit, mais aussi des ensembles complexes avec des entrées à plusieurs niveaux. Pour les creuser, il recherche des berges ayant une pente d'au moins 45° et de préférence pourvues de végétation au moins à leur sommet.

Ces galeries lui servent pour se reposer, se nourrir de plantes aquatiques, se réfugier à la moindre alerte et se protéger des intempéries. Dans certains marais, il est possible de trouver une vingtaine de ragondins par hectare.

Régime alimentaire

Le ragondin est un herbivore strict, se nourrissant de tiges, de feuilles et de racines. Un adulte en consomme 0,8 à 1,5 kg par jour, soit ¼ de son propre poids. En captivité, un adulte de 5 kg peut manger jusqu'à 3 kg de carottes par jour. En hiver, surtout par temps froid ou en période d'inondation, ce sont les racines qui sont recherchées.

Des études conduites en Europe ont montré une prédominance des végétaux aquatiques, qui peuvent représenter jusqu'à 80% de son régime. Il mange en priorité les bases tendres des tiges des plantes, mais peut aussi creuser la vase pour accéder aux racines et rhizomes enfouis, mettant alors à profit sa dextérité à se servir de ses « mains » à la manière d'un écureuil. Une des particularités des ragondins est de raser entièrement des plages de végétation, créant ainsi des clairières dans la végétation naturelle.

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Le ragondin adapte son régime alimentaire à la saison : en hiver, il consomme des rhizomes et des tubercules ; à la belle saison, il apprécie les pousses de carex, de roseaux et de potamots. Il mange les fruits et les récoltes à la fin de l'été. Il peut se déplacer loin de son habitat pour s'alimenter avec du maïs, du blé et d'autres poacées et céréales issues des cultures avoisinantes. La majeure partie de son régime alimentaire est constituée de plantes monocotylédones. Le ragondin pratique la caecotrophie, c'est-à-dire qu'il ingère à nouveau ses excréments.

Comportement social et reproduction

Le ragondin a un comportement grégaire et polygame. Les individus vivent en clans dont les domaines se recouvrent partiellement. Les domaines des mâles dominants sont proches de ceux des femelles, alors que les mâles dominés vivent en périphérie.

Le ragondin est une espèce très prolifique. La femelle peut engendrer plusieurs portées par an (1,2) et ce, peu de temps après avoir mis bas. La gestation dure 130 jours et il naît à chaque portée cinq à six petits dont le poids à la naissance avoisine 150 g. Ceux-ci sont sevrés dès l'âge de six à dix semaines, mais nagent déjà depuis longtemps. Néanmoins, la puberté n'est atteinte que vers l'âge de trois mois. La femelle allaite ses petits grâce à ses mamelles disposées latéralement sur son corps. Elle peut alors nager flanquée de ses petits accrochés à ses tétines.

Les ragondins atteignent leur maturité sexuelle au bout de six mois et vivent en couple, parfois en colonies importantes.

Impact environnemental et gestion des populations

Le ragondin est considéré comme un animal nuisible dans de nombreuses régions où il a été introduit. Son activité de terrassier entraîne de sérieux dégâts aux digues et berges, qui se retrouvent perforées et peuvent ainsi perdre leur étanchéité. La terre exportée pour le creusement s'accumule dans les canaux et s'ajoute ainsi au comblement naturel par la vase. Les sédiments qu'ils remanient lors du creusement des galeries sont évacués dans les cours d'eau et provoquent leur envasement. Ce surplus de sédiments occasionne des surcoûts de gestion hydraulique liés à la nécessité de curer les cours d'eau. Les galeries de ragondin déstabilisent également les routes et les voies ferrées.

De plus, le ragondin exerce une forte pression sur les végétaux qui peuplent les abords des plans d'eau. Il crée des plages d'abroutissement en consommant la végétation. Il a tendance à s'attaquer aux parcelles cultivées situées à proximité des milieux aquatiques, affectionnant particulièrement les céréales (maïs, blé, orge, avoine…) et en particulier les jeunes pousses de maïs riches en matières nutritives. Le ragondin est également connu pour avoir un impact sur les peupleraies. Il ronge les troncs des peupliers à environ 1 m de hauteur et entame les parties externes du bois.

Le ragondin est également vecteur de maladies telles que la leptospirose et la douve du foie. Les bactéries responsables de la leptospirose sont disséminées dans le milieu par les urines. La transmission aux autres mammifères s'effectue par contact avec les muqueuses (bouches, yeux…). La douve du foie est un petit ver plat qui se développe dans le foie des mammifères et peut être transmis au bétail via les excréments du ragondin.

En raison de son statut d'espèce envahissante et des dégâts qu'il cause, le ragondin fait l'objet de nombreuses campagnes de contrôle destinées à limiter les effectifs de sa population. Ce sont les Fédérations départementales de chasseurs qui mènent ces campagnes de contrôle. Elles coordonnent les actions de piégeage des ragondins par des associations de piégeurs agréées. Chaque membre d'une association de piégeurs dispose des cages-pièges en des points stratégiques (lieu de passage des ragondins). Les pièges sont quotidiennement relevés et l'animal est euthanasié sur place. La destruction à tir des ragondins est également autorisée pendant certaines périodes de l'année, variables suivant le département. Dans les régions limitrophes, l'empoisonnement est également pratiqué.

Cependant, il est reconnu que la présence du ragondin, lorsque sa densité est raisonnable, joue un rôle positif dans l'entretien des marais. Il contribue notamment à réguler le développement des lentilles d'eau et des roseaux.

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