Sauter dans une vasque encaissée, glisser sur une roche polie par l’eau, descendre une cascade en rappel : le canyoning attire chaque année de plus en plus d’amateurs de sensations fortes en pleine nature et d'une expérience inoubliable. Spectaculaire sans être réservé aux experts, ce sport d’eau vive se pratique dans des gorges parfois inaccessibles autrement. Derrière les images impressionnantes se cache pourtant une activité très encadrée, qui répond à des règles précises. De la différence avec le rafting aux plus beaux spots dans le monde dans des paysages variés, plongée dans une discipline aussi physique que fascinante. Parfait mélange entre sport de montagne et sport d’eau vive, le canyoning est une activité de plein air dont le succès ne se dément pas. Il attire un public toujours plus large et varié, et pour cause ! En France, la discipline s’est popularisée dans les années 1990 et ce sont désormais des centaines de canyons qui sont équipés pour la pratique touristique du canyoning, principalement dans les régions montagneuses du pays.
Les fondamentaux : qu'est-ce que le canyoning ?
Le canyoning, appelé aussi canyonisme ou descente de canyon, est une activité qui consiste à descendre à pied le lit d’un ruisseau ou d’une rivière, dans les portions où le cours d’eau traverse des gorges ou des ravins étroits, en empruntant des techniques à différentes disciplines telles que la spéléologie, l’escalade, la randonnée et la nage en eau vive. Un canyon, ou gorge ou encore défilé, est un passage plus ou moins étroit entre deux hautes parois rocheuses. De nombreux canyons, par exemple les gorges du Verdon, se sont formés dans des terrains calcaires, car cette roche est particulièrement friable. Sans trop se mouiller, on peut affirmer que le canyoning est vieux comme le monde, ou du moins comme l’humanité. Cependant, on considère que l’« invention » du canyoning date de 1905, avec la descente du Verdon par Édouard-Alfred Martel et son équipe. La Sierra de Guara, berceau du canyoning « loisir », fut découverte peu après par Lucien Briet, entre 1907-1908.
Le canyoning est une des activités eaux-vives praticables en montagne. L'activité s'inscrit dans la tribu des sports à sensations. Il exige une progression et des franchissements pouvant faire appel indifféremment à la marche en terrain varié, la nage en eaux calmes ou vives, les sauts, les glissades, la désescalade, la descente en rappel et autres techniques d’évolution sur corde. Cette discipline technique est exigeante en équipement, elle impose de posséder un matériel adapté et nécessite la maîtrise de techniques spécifiques liées à la variabilité du milieu naturel. Ces éléments sont des facteurs importants de sécurité. Cette activité, si elle reste certes accessible à tous, ne doit pas faire oublier qu'elle fait évoluer ses pratiquants dans un environnement de montagne où certaines consignes de sécurité ne doivent en aucun cas être négligées.
Distinction entre rafting et canyoning
Le canyoning est souvent confondu avec le rafting. Et pour cause : les deux activités se déroulent en rivière et impliquent des rapides. Mais leur philosophie diffère profondément. Le rafting, popularisé en France dans les années 1980, se pratique à bord d’un bateau pneumatique collectif en PVC. Les participants pagaient ensemble pour franchir des rapides plus ou moins puissants, sous la direction de guides professionnels. L’embarcation constitue le cœur de l’expérience : on navigue sur l’eau. En canyoning, il n’y a pas de bateau. En compagnie d'un moniteur diplômé, le pratiquant progresse directement dans le lit du cours d’eau, en marchant - telle une randonnée aquatique -, en nageant, en sautant, en escaladant des blocs ou en descendant en rappel le long de cascades. L’itinéraire suit un canyon encaissé, parfois inaccessible sans équipement spécifique.
Là où le rafting privilégie la dynamique de groupe et la lecture du courant, le canyoning exige une adaptation constante au terrain. Il mobilise des techniques issues de l’escalade, de la spéléologie et de l’alpinisme, tout en conservant une dimension ludique. Le Rafting se pratique en général sur des cours d’eau allant de 3 mètres cubes/seconde à plusieurs centaines de m3/s. Les obstacles à franchir sont des rapides avec vagues, rochers, rouleaux ou petites chutes d’eau. Le canyoning se pratique dans de plus petits cours d’eau ne dépassant généralement pas 1m3/seconde. Habituellement les débits sont seulement de quelques centaines de litres par seconde ou moins. En rafting, comme en canoë-kayak, vous naviguez sur un bateau en rivière dans le courant et les principales sensations que vous allez pouvoir découvrir sont des sensations de glisse sur l’eau et de vitesse dans les rapides. L’on pourrait facilement comparer les sensations de glisse du rafting à celles du ski. En canyoning, c’est une forme d’exploration car vous accédez au cœur d’un canyon souvent accessible uniquement par cette voie-là.
Lire aussi: Guide complet rafting Verdon
Pratiques connexes : randonnée aquatique et coasteering
Comme le canyoning, la randonnée aquatique - appelée aussi aqua-rando - se déroule dans le lit d’un cours d’eau. La principale différence réside dans le caractère très peu vertical du parcours. Sauts, nage, randonnée sont au programme de la descente, mais tous les obstacles sont suffisamment faciles pour être franchis sans l’aide de cordes, baudriers, mousquetons et autre matériel d’escalade. Les randonnées aquatiques sont particulièrement indiquées pour les familles avec de jeunes enfants, car la plupart du temps ce type d’activité est accessible dès l’âge de 5 ou 6 ans.
Le coasteering (ou coastering), appelé aussi canyoning côtier, est une discipline apparue dans les années 1990 au pays de Galles. Après s’être répandue dans l’ensemble du Royaume-Uni, elle a traversé la Manche et se développe en France depuis quelques années. Cette cousine du canyoning se pratique donc en bord de mer et consiste en l’exploration de la côte en alternant les sauts, la nage, l’escalade, le rappel.
Conditions de pratique et sécurité
Une sortie sur un site de canyoning débute par un briefing précis : lecture du parcours, vérification du matériel, rappel des consignes de sécurité. L’équipement est standardisé, selon le niveau de difficulté, et le climat où vous pratiquerez. En Canyoning votre équipement de base se compose d’une combinaison néoprène avec chaussettes mais plus épaisses (généralement 5mm d’épaisseur) en deux pièces (une veste et un longjohn). Celle-ci permet de vous protéger de l’eau fraîche mais aussi du contact avec le rocher lors de la progression dans le canyon. Vous serez équipé d’un casque normé pour les activités de montagne et d’escalade, un baudrier de canyoning muni d’une longe double avec deux mousquetons, d’un descendeur en rappel (généralement un 8 d’escalade).
Des chaussures à semelles adhérentes complètent l’ensemble afin d’évoluer sur des roches souvent glissantes. En France, pour encadrer une activité de canyoning dans un cadre professionnel - par opposition à un encadrement bénévole -, il faut être titulaire d’un diplôme délivré par le ministère de la Jeunesse et des Sports, en l’occurrence un Diplôme d’État JEPS Canyonisme, à recycler tous les 6 ans. La pratique du canyoning s’adresse aux personnes qui ont envie de jouer avec l’eau et se frotter à la verticalité. Il faut aimer les sensations fortes, savoir nager et ne pas avoir peur de l’eau. Avant toute chose, il est obligatoire de savoir nager et d’être à l’aise dans et sous l’eau. Une bonne condition physique s’impose également. En général, il est possible de faire du canyoning à partir de 10 ans dans le cadre de parcours dits de découverte. Cela tient à différentes raisons : même s’ils débordent souvent d’énergie, les enfants peuvent se fatiguer assez vite ; ensuite, ils sont moins résistants au froid, et l’eau qui coule au fond des gorges est en général assez fraîche ; enfin, une taille minimum est parfois requise.
La technique du saut en canyoning
Le saut dans une vasque est souvent l’image emblématique du canyoning. Pourtant, il n’est jamais obligatoire. Chaque obstacle peut être contourné ou descendu autrement. Avant tout saut, le guide vérifie la profondeur et l’absence d’obstacle immergé. La réception s’effectue pieds joints, jambes serrées et légèrement fléchies, corps gainé, bras plaqués contre le buste afin de conserver un axe vertical stable à l’impact. La hauteur varie de quelques mètres à plus de dix mètres dans certains canyons réputés. La tentation de l’élan spectaculaire doit être maîtrisée, pour garantir la sécurité. Une fois dans l’eau, il faut s’écarter rapidement de la zone de chute pour libérer l’espace au pratiquant suivant. En cas de perforation du tympan, de chirurgie ORL récente ou de pathologie de l’oreille en cours, les sauts sont déconseillés sans avis médical. Les personnes sujettes à des fragilités auditives doivent en informer l’encadrant afin d’adapter les obstacles.
Lire aussi: Expérience de rafting inoubliable
Évaluation des difficultés et typologie des parcours
Le niveau de difficulté d’un canyon est évalué selon plusieurs critères : la verticalité du canyon, son caractère aquatique, ainsi que l’engagement et l’envergure du parcours. De façon générale, dans les canyons faciles, les sauts n’excèdent pas 3 m, les descentes en rappel ne dépassent pas les 10 m et les sections d’escalade ou de désescalade sont faciles. Les parcours de difficulté intermédiaire proposent des sauts entre 3 et 5 m et des descentes en rappel qui emmènent les canyonistes dans des vasques d’eau calme situées maximum 30 m plus bas. À partir du profil du canyon et de son degré de difficulté, le guide de canyoning peut proposer différentes expériences de canyoning. Par exemple un parcours axé sur le rappel, une descente qui donne la part belle aux sensations ou encore une aventure purement aquatique.
Le canyoning en France : des sites de référence
Des Alpes du Nord à la Méditerranée et jusqu’à la Corse, en passant par l’Ardèche, les Pyrénées et le Pays Basque, le Vercors ou encore le Massif Central, l’Hexagone est truffé de gorges. En France, les Gorges du Verdon restent une référence. Le canyon du Riou, par exemple, propose une succession de rappels arrosés et de vasques encaissées dans un calcaire clair typique de la région. Entre Castellane et le lac de Sainte-Croix, la rivière a creusé son lit des millénaires durant et y coule entre de magnifiques parois calcaires de 250 à 700 m de haut. En fonction de l’itinéraire choisi, votre parcours de canyoning dans les gorges du Verdon peut vous faire passer par le Styx, le chaos de l’Imbut ou encore le couloir des Marmites Géantes.
En Corse, le canyon de la Purcaraccia, dans le massif de Bavella, est réputé pour ses vasques turquoise et ses enchaînements ludiques de glissades naturelles. Autre classique insulaire, le canyon du Tavignano offre une ambiance plus sauvage, avec de longues sections de nage et des parois granitiques imposantes. L’Ardèche est également une destination très courue. Le canyon de la Besorgues, dans le massif du Vivarais, offre dans ses parties haute et basse d’excellents terrains de jeu. Dans les Pyrénées, le canyon d’Ossoue séduit les pratiquants expérimentés avec ses rappels soutenus et son eau froide issue des sommets. Le Llech est considéré comme le canyon le plus ludique d’Europe. Au cœur de gorges creusées dans le gneiss du massif du Canigou, ce parcours de canyoning voit les obstacles s’enchaîner tout au long des 660 m de la descente. Le canyon de Thuès a quant à lui une particularité qui le distingue de tous les autres canyons en Europe : son eau est chaude. Très chaude même, avec certains passages à plus de 70 °C ! C’est donc une destination incontournable des vacanciers qui souhaitent tenter le canyoning dans les Pyrénées en hiver.
Dans le Vercors, le canyon des Écouges est la destination la plus réputée. Situé dans le département de l’Isère, il se forme juste après l’ancienne chartreuse des Écouges, où le torrent de la Devrenne se jette au bas d’un plateau sous la forme de la vertigineuse et célèbre cascade des Écouges. À seulement 15 minutes de Grenoble, le canyon du Furon est la parfaite destination pour les amateurs de sensations qui veulent vivre une expérience de canyoning dans le Vercors, à la fois ludique et esthétique et au cœur d’une nature verdoyante. Dans les Alpes-Maritimes, on trouve aussi la clue du Riolan et la clue de la Maglia, deux jolis canyons calcaires pleins de surprises. En Occitanie, la région offre de nombreuses possibilités, notamment dans les Pyrénées-Orientales, l’Ariège, les Hautes-Pyrénées et la Haute-Garonne. Le canyon du Canceigt et sa descente en rappel sous cascade dans un encaissement profond et étroit, l’ambiance y est unique. Le canyon du Bitet attire les canyonistes de toute la France de par son aspect à la fois ludique et technique.
Destinations internationales : des terrains d'aventure mondiaux
La Sierra de Guara en Aragon et ses plus de 60 canyons est un lieu mythique du canyoning en Espagne et en Europe. On considère que c’est là que le canyoning est né dans les années 1970, et plus précisément dans le río Vero. Pendant plusieurs kilomètres, les eaux cristallines du río Vero serpentent dans un superbe environnement minéral et historique, et le passage dans les gorges des Oscuros ou dans des grottes préhistoriques parfois ornées de peintures rupestres laisse des souvenirs impérissables. Le barranco del Mascún est également une destination phare du canyoning en Espagne. Pour les plus expérimentés, Gorg Blau y Sa Fosca est un incontournable situé sur l’île de Majorque. Cette gorge très technique se caractérise notamment par une évolution dans l’obscurité et à la lampe de poche pendant les quelques 2 heures de progression dans la portion de Sa Fosca.
Lire aussi: Découverte des Pyrénées en Rafting
Aux États-Unis, dans l’Utah, le canyon de Pine Creek, près de Zion National Park, est célèbre pour ses couloirs étroits creusés dans le grès rouge. La progression y combine descentes en rappel dans des puits sombres et traversées de vasques profondes. Toujours dans la région de Zion, des itinéraires comme Mystery Canyon ou Behunin Canyon sont réputés pour leurs rappels verticaux et leurs passages encaissés, réservés à des pratiquants expérimentés maîtrisant parfaitement les techniques de corde. En Océanie, la région de Queenstown, en Nouvelle-Zélande, concentre plusieurs canyons techniques au cœur de paysages alpins spectaculaires. Les descentes y alternent rappels arrosés, bassins profonds et sections étroites creusées dans la roche. Au Maroc, les gorges d’Akhourbach, dans le Haut Atlas, attirent pour leurs descentes longues et variées, entre rappels, désescalades et sections de marche dans une eau claire bordée de falaises ocre.