L'univers des petits soldats, riche et détaillé, a été marqué par l'empreinte indélébile de la marque Quiralu. Précurseur et figure de proue dans la fabrication de ces miniatures, Quiralu, active de 1933 jusqu'à 1961, a su insuffler une vie particulière à ses créations en aluminium, capturant avec une précision remarquable les contours de l'Histoire et les scènes du quotidien. Si les soldats de plomb régnaient en maîtres, l'audace d'Émile Quirin, le fondateur de la fonderie luxeuilloise, a révolutionné le marché en introduisant l'aluminium, un matériau qui allait définir l'identité et la renommée de sa marque. Dans cette vaste galerie de personnages, le soldat marin jetant la bouée de sauvetage, bien que figure spécifique, s'inscrit parfaitement dans la tradition de Quiralu de dépeindre avec réalisme les diverses facettes de la vie militaire et civile, y compris les actions de bravoure et de service propres aux forces navales. Ces figurines, qui ont traversé les générations, continuent de susciter l'admiration des collectionneurs, témoignant d'une époque où le jouet était un véritable reflet du monde.
La Genèse d'une Légende : Émile Quirin et l'Innovation de l'Aluminium
L'histoire de Quiralu est intrinsèquement liée à celle de son créateur, Émile Quirin. Industriel établi à Luxeuil et doté d'un talent certain pour le dessin, Émile Quirin cherchait dès 1932 à diversifier la production de sa fonderie. C'est dans ce contexte qu'il se tourna vers la fabrication de "petits soldats", un domaine alors dominé par les figurines en plomb. Le choix de l'aluminium fut une décision audacieuse et stratégique, qui marqua un tournant pour la marque. Le nom même de Quiralu est une contraction ingénieuse entre le patronyme de son fondateur, Émile Quirin, et le matériau qui fera sa gloire : l’aluminium. Tandis que le plomb, malgré son omniprésence, souffrait d'une certaine fragilité, l'aluminium offrait une robustesse inégalée, un atout majeur pour des jouets destinés à endurer les "duretés de la petite guerre" menée par les enfants. La solidité des jouets était un argument de vente fondamental pour un public enfantin, permettant même de les présenter debout, agrafées sur un carton.
Les premières réalisations de Quiralu se sont concentrées sur des sujets militaires populaires de l'époque, tels que les Chasseurs d'Afrique, les Spahis et les Méharistes. Ces figurines étaient initialement fabriquées en ronde bosse, respectant la taille standard des soldats de plomb, soit entre 58 et 65 mm. Le processus de fabrication, bien que mécanique, intégrait un savoir-faire artisanal précis. Il commençait par la réalisation d'un modèle en plâtre, à partir duquel était moulé un bronze. De ce bronze était tirée une série de pièces en régule, lesquelles, une fois réunies, formaient une plaque modèle fixée sur une machine à mouler. Cette mécanisation de la fonderie permit d'atteindre des cadences impressionnantes, produisant jusqu'à mille huit cents petits soldats à l'heure. Après la coulée, un coupe-jet séparait les pièces du jet de coulée. Suivait l'étape du grenaillage, essentielle pour enlever les dernières particules de sable de fonderie et pour donner du "mordant" à la peinture, assurant ainsi une meilleure adhérence. Le meulage du socle était ensuite effectué, et les pièces étaient enfin ébarbées par des artisans travaillant à domicile, un témoignage de l'implication de la communauté locale dans le processus de production. La phase finale, celle de la peinture, était rationalisée : la peinture au pistolet s'occupait des couches de base, tandis que la peinture à la main était confiée à des spécialistes. Des ouvrières étaient ainsi spécialisées dans la délicate tâche de peindre les yeux, tandis que d'autres excellaient dans l'application des détails des tenues, garantissant la finesse et la précision qui caractérisaient ces miniatures.
Quiralu, Miroir Fidèle de l'Histoire et de l'Actualité
Une des forces majeures de Quiralu, qui a contribué à sa pérennité et à son succès jusqu'en 1961, était sa capacité à "coller à l'Histoire". Cette fidélité ne se limitait pas à la représentation statique d'uniformes d'époque, mais s'étendait à la mise en scène d'événements marquants et de figures emblématiques. L'entreprise ne dédaignait pas pour autant les autres fabricants de jouets militaires comme LR, Mignalu, Aludo ou Ninin, qui ont également laissé de belles réalisations. Cependant, l'approche de Quiralu était celle d'une immersion quasi documentaire dans les grandes pages de l'histoire militaire et politique.
Les séries militaires de Quiralu offraient un panorama complet des forces armées. Parmi les premières réalisations emblématiques, les jeeps US se distinguaient, symboles de la Libération, présentes dans toutes les vitrines de jouets, bien qu'elles fussent alors assez chères. Elles étaient représentées en version US et aussi sous les couleurs des Spahis de la 2e DB. La Garde Républicaine était également mise à l'honneur, avec des figurines à cheval et à pied, capturant l'élégance et la prestance de cette institution. La dimension logistique et le courage des troupes de montagne étaient illustrés par une remarquable collection de mulets, surnommée "La Royale Brèle Force" par les anciens du Garigliano. Cette série comprenait des pièces spécifiques telles que l'araba charrette de servitude, le porte-canon de montagne, le porte-munitions, et le porte-sacs, avec un chapeau, dont la figurine est très rare.
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Quiralu ne se contentait pas de représenter les soldats anonymes ; la marque immortalisa également les grandes figures politiques et militaires de son temps, formant un véritable "Grand État-major". On y trouvait des personnalités comme Daladier, président du conseil, le Général Gamelin, commandant en chef, Neville Chamberlain, premier ministre britannique, le Général Gort, commandant du corps expéditionnaire britannique, le Général De Gaulle saluant en 1945 ou en marche, ainsi que le Général Leclerc.
Les grandes écoles militaires n'étaient pas en reste, avec des représentations détaillées des élèves de Saint-Cyr, à cheval, en garde du drapeau ou au défilé. L'École Polytechnique était également présente, avec son porte-drapeau et ses élèves au défilé. L'école de cavalerie de Saumur, avec ses Cadres Noirs, était magnifiée par des scènes de pas espagnol et d'autres mises en scène équestres.
L'engagement de Quiralu avec l'histoire s'étendait au-delà des figures françaises, embrassant des conflits internationaux. Des séries dédiées à la guerre Russo-Finlandaise incluaient des Bolcheviks fusil à la main ou gardant une mine, ainsi que des Finlandais skieurs, patrouilleurs et des soldats embusqués dans la forêt. La guerre d'Abyssinie entre Italiens et Éthiopiens était également représentée avec des figurines du Négus Ailé Sélassié, de son porte-ombrelle, de guerriers Éthiopiens fusil sur l'épaule, et de fantassins ainsi qu'officiers italiens en marche.
Non content de "coller à l'Histoire", Quiralu collait aussi à l'actualité cinématographique. La marque a émis des séries de figurines inspirées de films à succès, comme "Michel Strogoff" avec Kurt Jurgens, présentant la série complète avec Michel Strogoff saluant, des Hussards Russes, des Tartares, des Cavaliers Tartares, et même une scène du camp des Tartares. Des séries furent également créées pour le film "Sous le plus grand chapiteau du Monde", démontrant la réactivité de la marque aux phénomènes culturels de l'époque.
L'Immersion Maritime : Les Figurines de la Marine Quiralu
Au cœur de la production de Quiralu, la Marine a occupé une place prépondérante, illustrant la diversité des uniformes, des rôles et des actions au sein de cette force armée. Les figurines dédiées aux marins français traversaient les époques et les tenues, offrant une collection riche et variée. Elles témoignaient de l'évolution des uniformes et des corps au fil des décennies, des années 1930 jusqu'après-guerre.
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Les représentations des marins en défilé sont particulièrement éloquentes, offrant un aperçu chronologique des tenues. On retrouvait ainsi des marins en blanc datant de 1933, puis des versions de 1938, avec le garde du drapeau en tenue bleue et d'autres au défilé également en bleu. L'année 1938 était également illustrée par des marins en blanc et en tenue panachée, montrant la richesse des uniformes de l'époque. Les années de guerre et d'après-guerre étaient aussi documentées, avec des figurines en tenue kaki de 1945. L'année 1950 voyait l'apparition de nouvelles représentations, incluant des gardes du drapeau, des musiciens et d'autres marins au défilé.
L'élite des forces navales n'était pas oubliée, avec des séries dédiées aux Commandos Marine de 1950. Ces figurines capturaient l'esprit de ces unités d'élite, avec des commandos au défilé, des sous-officiers équipés de pistolets-mitrailleurs (PM) et des commandos portant le bachi, coiffe emblématique des marins français.
C'est dans ce contexte de représentation exhaustive et détaillée des forces navales que l'on peut situer une figurine spécifique comme celle du "soldat marin jetant la bouée de sauvetage". Cette pièce particulière, bien qu'elle ne soit pas explicitement décrite dans les chroniques d'un collectionneur, incarne parfaitement l'esprit de Quiralu à dépeindre non seulement les scènes de parade ou de combat, mais aussi les gestes du quotidien et les actions héroïques. Elle illustre la capacité de la marque à sculpter l'action et le dévouement, des qualités essentielles dans le métier de marin. La diversité des poses, des tenues et des situations, des défilés officiels aux missions opérationnelles et de sauvetage, montre la volonté de Quiralu de capturer la complexité de la vie maritime, offrant aux enfants et aux collectionneurs des jouets qui étaient à la fois des représentations fidèles et des supports à l'imagination.
Au-delà du Champ de Bataille : La Diversité Thématique de Quiralu
L'inventaire des productions Quiralu révèle une richesse thématique bien au-delà des seuls sujets militaires, démontrant l'ambition d'Émile Quirin de couvrir un large éventail d'aspects de la vie et de la culture. L'entreprise ne se limitait pas aux figures en uniforme mais s'aventurait dans des domaines aussi variés que le sport, la vie quotidienne, les contes et légendes, et même la religion.
Parmi les thèmes abordés figuraient le Tour de France, le football et les courses hippiques, reflétant l'engouement du public pour ces disciplines. L'univers du cirque et du zoo était également recréé avec une multitude de personnages et d'animaux, permettant de reconstituer des scènes animées. Des séries sur les colonies, le Far West et la ferme invitaient au voyage et à l'aventure, tandis que "l'année Sainte" proposait au moins trente sujets religieux, témoignant d'une volonté d'offrir des figurines pour tous les âges et toutes les sensibilités. La cour du roi du Maroc et sa suite illustraient l'intérêt pour les cultures lointaines.
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Quiralu ne négligeait pas non plus les différentes armées du monde. Au-delà des forces françaises (l'Empire, 14/18, 39/45, la marine, la guerre d'Algérie, les troupes sahariennes montées et à pied, la campagne d'Italie, la Libération), la marque représentait également les troupes anglaises, allemandes, suisses, américaines, finlandaises, italiennes et éthiopiennes. Cette ouverture illustrait une vision globale de l'histoire militaire.
Le quotidien et les services publics étaient aussi à l'honneur avec la Garde Républicaine (à pied et à cheval) et les pompiers, qu'il s'agisse de ceux de Paris ou de Nanterre. Des scènes de village dépeignaient la vie rurale, comme le couronnement de la rosière, avec divers personnages. Les scouts étaient également représentés, prônant des valeurs d'aventure et de civisme.
En complément des figurines, Quiralu produisait des décors en bois sous la marque Boilux, tels que des corps de ferme, des fortins, des abris, et divers arbres et buissons, enrichissant ainsi les possibilités de jeu et de mise en scène. L'entreprise collaborait même avec le chantier naval Chamare, à Redon, pour la création de divers canots et d'une pièce maîtresse, l'Arche de Noé, accompagnée d'animaux par couples. Des canons, camions, petites voitures au 1/43ème, et des gendarmes à la même échelle complétaient l'offre, offrant un monde miniature cohérent et immersif. Des personnalités marquantes, telles que Léon Blum, Daladier, Chamberlain, et les Généraux Gort, Gamelin, Gruisant, Leclerc et De Gaulle, étaient également reproduites, ajoutant une dimension historique et politique à la collection. On mentionne un Mussolini Quiralu, jugé rare, et, en petite entorse à la marque, un sinistre maître AH de Starlux, encore plus rare. Il est précisé qu'un Mussolini à cheval n'est pas de la marque Quiralu. Une variante anglaise, produite sous la marque Wendhall, proposait bien sûr la Reine et son cortège.
Ces thèmes variés attestent de la capacité de Quiralu à toucher un public large, bien au-delà des passionnés d'histoire militaire, en offrant des jouets qui résonnaient avec les intérêts et les événements de l'époque.
L'Art de la Distinction : Identifier les Figurines Quiralu et leurs Contemporains
Pour les collectionneurs, l'identification précise des figurines Quiralu est une compétence essentielle, permettant de distinguer ces pièces authentiques de celles produites par d'autres fabricants contemporains. La marque Quiralu a développé des caractéristiques spécifiques qui lui sont propres, facilitant cette reconnaissance.
Dans leur grande majorité, les "QUIRALU" ont un socle d'un bel ovale. Cette forme de socle est souvent un indicateur fiable de l'origine de la figurine. Cependant, le paysage du jouet militaire en aluminium et en métal était peuplé d'autres acteurs importants, et il est crucial de savoir les différencier. Parmi les marques notables qui ont partagé cette période, on retrouve LR (Louis Roussy), Mignalu, Aludo et Ninin, toutes ayant produit de belles réalisations.
Des distinctions claires peuvent être faites concernant les figurines qui ne sont pas de marque Quiralu. Par exemple, l'officier de Marine en marche, identifiable par son socle rectangulaire, était une production de Louis Roussy, connu également pour ses chemins de fer. Le pilote d'avions et la figurine "présenter arme" étaient également des créations de LR. L'officier en calot, en marche, est aussi souvent attribué à LR.
D'autres fabricants ont enrichi le marché avec leurs propres styles. Le brancardier esseulé en casque US était une figurine d'Aludo. Le blessé de gauche était également une production d'Aludo, et il existe même une version en plastique de cette figurine sous la marque Acedo, ainsi qu'une en plomb plein. Le blessé de droite, caractérisé par un dos assez courbé, était de la marque DC (Dommage & Cie), initialement en plomb, puis en aluminium sous le nom d'Aludo, et finalement en plastique sous Acedo. Il est important de noter que LR a produit des figurines en plomb, puis en aluminium, et enfin en composition sous la marque "Résistex", mais jamais en plastique. Ces précisions sont vitales pour les collectionneurs qui cherchent à s'assurer de l'authenticité et de l'origine de leurs acquisitions. Un cheval mentionné dans les collections, s'il est en plomb creux, pourrait être attribué à des marques comme BF ou JF. Richelieu souligne également que le Mussolini à cheval n'est pas un Quiralu, et que la deuxième roulante, une pièce de ravitaillement, est de Henri Roger, en plomb creux, et non une Quiralu.
Ces subtilités d'identification, basées sur le socle, le matériau, le style et la marque d'origine, sont le fruit d'une connaissance approfondie du marché et de l'histoire du jouet. Elles permettent aux collectionneurs de construire des ensembles cohérents et authentiques, tout en appréciant la diversité et la richesse des productions de l'époque.