Le monde de la course au large, et en particulier celui des monocoques Imoca, est en constante évolution, repoussant sans cesse les limites de l'ingénierie navale pour atteindre des vitesses et des performances inédites. Au cœur de cette révolution technologique se trouvent les foils, ces appendices profilés qui permettent aux bateaux de "voler" au-dessus de l'eau, réduisant la traînée et augmentant considérablement la vélocité. Le projet Maître CoQ, avec son skipper Yannick Bestaven, s'est inscrit pleinement dans cette dynamique, en adoptant et en perfectionnant des systèmes de foils sophistiqués, soutenus par des outils d'analyse et de simulation de pointe. Comprendre le fonctionnement de ces foils sur les bateaux Maître CoQ, c'est plonger au cœur d'une symbiose entre physique, modélisation numérique et expérience pratique.
La Technologie des Foils sur les Monocoques Imoca Maître CoQ
Les foils, ou « moustaches » comme certains les surnomment, sont des éléments cruciaux pour les performances des monocoques Imoca modernes, à l'image des bateaux Maître CoQ. Leur fonction première est de soulever la coque aux allures portantes, un processus essentiel pour réduire la traînée hydrodynamique et, par conséquent, augmenter la vitesse du voilier. Maître CoQ IV, par exemple, était déjà doté de foils qui permettaient d'atteindre cet objectif. L'acquisition de Yannick Bestaven d'un nouvel Imoca 60 pieds équipé de foils marquait une étape significative. Ce monocoque, ex-Safran II de Roland Jourdain, avait été dessiné par le cabinet d’architecture VPLP et Guillaume Verdier et mis à l'eau en mars 2015. Initialement construit pour le skipper Morgan Lagravière et sa participation au Vendée Globe 2016, cette bête de course a déjà un beau palmarès. Conçu sur les mêmes plans de carène que le vainqueur du dernier Vendée Globe, Maître CoQ IV est aussi doté de foils. Ces appendices, intégrés à la coque, sont conçus pour générer une portance lorsque le bateau prend de la vitesse, imitant ainsi le principe d'une aile d'avion.
L'évolution est constante dans ce domaine. Le design de Maître CoQ V est l’héritage du bateau vainqueur, mais il intègre des améliorations notables. Ce monocoque est plus technique et plus performant. Yannick Bestaven lui-même, bien qu'expérimenté dans la course au large, a reconnu une courbe d'apprentissage spécifique avec ces innovations : « C’est important pour moi, car je n’ai aucune expérience des grands foils. » Sur son bateau précédent, les foils étaient plus petits et il n’avait pas le réglage de l'angle, appelé le "rake". En gros, le foil était tout sorti ou tout rentré, offrant moins de flexibilité et d'optimisation. L'arrivée de foils plus imposants et réglables, offrant une complexité accrue, nécessite une compréhension approfondie de leur interaction avec le bateau et les éléments marins.
L'architecte de « Maître Coq V », Guillaume Verdier, a joué un rôle prépondérant dans cette intégration technologique, ayant déjà travaillé avec des outils de simulation en amont, notamment sur les prédictions de vitesse et les gammes de voile. Cela a permis d'optimiser le dessin des foils dès les premières étapes de conception. La capacité à affiner les réglages des foils en fonction des conditions de vent et de mer est devenue un facteur déterminant pour la performance. Yannick Bestaven a, par exemple, acquis une idée précise du bon angle de gîte pour optimiser le rendement des foils. Cette précision est le fruit d'une combinaison de l'ingénierie avancée et des retours d'expérience en navigation.
Le Simulateur Gomboc : Un Outil Indispensable pour la Maîtrise des Foils
La complexité croissante des bateaux à foils a rendu les outils de simulation numériques absolument essentiels pour les équipes de course. Le simulateur Gomboc se distingue comme une innovation majeure dans ce domaine. Il a été créé initialement par Emirates Team New Zealand pour la 36e Coupe de l’America, une compétition disputée sur des monocoques volants, les AC75. Comme l'explique Philippe Presti, coach de l'équipe américaine Oracle, il s’est depuis étendu à d’autres supports, dont les Imocas, les bateaux emblématiques du Vendée Globe.
Lire aussi: Plongez au cœur de la technologie des foils IDEC SPORT
Contrairement à un simulateur de F1 qui vise principalement l'entraînement au pilotage, l'objectif du Gomboc est tout autre. Il s'agit d'un entraînement à la compréhension du bateau, comme le souligne Yannick Bestaven : « Ce n’est pas un entraînement au pilotage comme un simulateur de F1, explique Bestaven, mais un entraînement à la compréhension du bateau. » Cet outil permet aux skippers et à leurs équipes de visualiser et d'analyser en profondeur les forces qui s'exercent sur le monocoque. Il restitue les vecteurs de force des foils, de la carène, du gréement, et ce, selon les différentes vitesses et angles de vent, ainsi que les réglages appliqués. Le simulateur permet également de voir les efforts sur le mât et sur les structures, afin de tenir compte des limites à ne pas dépasser. « Tu peux choquer ou border les voiles, régler l’assiette du bateau, les foils, et le simulateur restitue instantanément les conséquences sur le comportement et la vitesse du bateau, les efforts sur les structures et sur le mât, pour tenir compte des limites à ne pas dépasser », poursuit Presti. Le but est de trouver les meilleurs compromis de réglages en tenant compte des contraintes de charge. Un mât, par exemple, ne peut pas supporter des efforts sans limites, et le simulateur aide à identifier ces seuils critiques.
L'interface du simulateur est conçue pour être immersive et informative. Bestaven décrit son "jouet" : un clavier, un écran, et un volant de jeu vidéo « qui vibre quand le bateau décroche ». Il ajoute en riant qu'il va devenir un "geek", tout en reconnaissant que Philippe Presti est bien plus expert et l'utilise depuis des années, l'ayant beaucoup aidé à le prendre en main. Cette facilité d'accès à des données complexes est cruciale pour une adoption rapide et efficace.
La fiabilité du simulateur est d'autant plus grande que les architectes l'utilisent dès la phase de conception du bateau. Cela permet de définir un modèle d'une précision remarquable. Philippe Presti souligne un point fondamental : « Le simulateur n’est pas programmé à partir des polaires du bateau (NDLR : ensemble des vitesses selon les conditions de vent, choix de voiles et réglages du bateau), c’est tout l’inverse, il permet de les définir. » Cette capacité à générer des données de performance prédictives plutôt qu'à simplement les reproduire est une avancée majeure. L'objectif est d’apprendre par la physique, de trouver les meilleurs compromis de réglages en tenant compte des contraintes de charge.
Les équipes navales utilisent cet outil de manière intensive. Oracle, par exemple, l’a utilisé dès la partie essentielle de la Coupe, le design du bateau. Son usage a été particulièrement pertinent en réseau pendant le confinement, car les membres de l'équipe étaient répartis sur plusieurs continents. Le simulateur sert également à l'intégration des nouveaux membres : « Dès qu’un nouveau arrive dans l’équipe, je le mets devant le simulateur, il voit sur l’écran les petites flèches qui montrent les efforts sur le bateau. C’est très enrichissant de faire le lien entre les sensations et la physique derrière l’activité du bateau. » Pour Yannick Bestaven, l'utilisation du simulateur dans son hangar rochelais lui a permis de gagner un temps précieux : « Tu sais déjà que dans telle configuration de voile, tels réglages de foils, ton bateau aura ce comportement. » Le fait que l'architecte de Maître CoQ V, Guillaume Verdier, ait déjà travaillé avec le simulateur en amont renforce la fiabilité des prédictions de vitesse et des gammes de voile. Le skipper a pu ainsi affiner sa compréhension de l'angle de gîte idéal pour optimiser le rendement des foils.
Cependant, le simulateur ne remplace pas entièrement l'expérience du réel. « Il est fort sur mer plate (Ndlr : les conditions en Coupe de l’America), seule la réalité permet de bien appréhender le comportement du bateau dans une mer formée », nuance Bestaven. Il a d'ailleurs hâte de commencer les vraies navigations, ressentant des « fourmis dans les jambes ». La mer agitée introduit des dynamiques complexes que même les modèles les plus avancés peinent à reproduire fidèlement, rendant l'expérience en mer irremplaçable pour la validation finale des réglages et la maîtrise du bateau.
Lire aussi: Le choix crucial entre foils et voiles dans Virtual Regatta
Tests en Mer et Réalités de la Navigation avec Foils : L'Expérience Maître CoQ
Les essais en mer sont une étape cruciale pour valider les données issues des simulateurs et pour éprouver le comportement réel du bateau, en particulier avec ses foils. Les navigations d'entraînement offrent l'opportunité de tester les configurations dans des conditions variées, permettant ainsi d'affiner les réglages et de confirmer la robustesse structurelle du monocoque. Jérémie Beyou et son équipage ont pu tester leur nouvelle configuration de foils à bord de Maître CoQ lors d'un convoyage de deux semaines parti de Lorient. Arrivé à Newport, cet équipage a bénéficié d'une série de conditions météorologiques diverses : « Nous avons eu du portant, de la molle, du reaching fort, de gros passages de front au près », explique Jérémie Beyou. Ces conditions ont permis à l'équipe de se conforter pleinement sur la structure du bateau et du mât, démontrant la capacité de l'embarcation à endurer des efforts intenses.
Au-delà de la validation structurelle, ces navigations au long cours ont révélé des points d'amélioration plus subtils : « Nous avons aussi pu noter plein de petites choses, en termes d’accastillage, d’électronique et d’ergonomie, que l’on ne décèle qu’au large sur de longues navigations. » Si tout n'est pas parfait, la base est jugée saine, ce qui est un indicateur positif pour la suite du projet.
La satisfaction de l'équipage est palpable concernant les performances des foils : « L’idée a été de naviguer avec les foils dans l’eau pour bien les mettre en charge et être sûr que tout tenait bien, poursuit le skipper. Nous avons fait quelques longues phases pendant lesquelles nous avons poussé le bateau, nous avons atteint les chiffres cibles attendus, c’est très encourageant. » Atteindre les vitesses cibles prévues par le simulateur et les architectes confirme l'efficacité du design et des choix technologiques.
Cependant, la navigation en haute mer présente aussi son lot d'imprévus. Lors de ce même convoyage, Maître CoQ a subi une avarie de foil suite à une collision avec une baleine, à un peu plus de 600 milles de Newport. Jérémie Beyou raconte : « Nous naviguions au reaching, bâbord amure, à 15-16 nœuds sous voilure plutôt réduite et avec le foil dans l’eau. Tout d’un coup, nous avons entendu un gros « clac » et le bateau s’est arrêté net. Nous avons vu que le safran était relevé, ce qui signifie que le système de fusible a bien fonctionné, mais quand nous nous sommes retournés, nous avons aperçu une baleine dans le tableau arrière. Nous avons alors roulé les voiles d’avant et constaté que le foil était abîmé. »
L'inspection en mer a permis de poser un premier diagnostic précis des dégâts sur le foil tribord : « Le petit tip (*) en dessous est quasiment arraché, le grand tip est abîmé sur le bord d’attaque. Dans le puits de foil, l’attaque du shaft et l’attaque du tip ont également été endommagées par les cales du puits. » Malgré l'ampleur de l'impact, un élément crucial a été confirmé : « La bonne nouvelle, c’est que le puits et la structure du bateau ont bien tenu et que le fond de coque n’a rien. » Cette résistance de la structure est un témoignage de la robustesse de la conception et de la construction du bateau, même face à des chocs violents. Le fait que le bateau ait pu supporter des conditions difficiles par la suite (« Ces dernières heures, nous avons navigué dans du près avec 30-35 nœuds de vent et une mer très forte, le bateau a vraiment tapé, mais rien n’a bougé ») souligne la solidité inhérente de l'ensemble. Ces incidents, bien que coûteux, sont aussi des tests grandeur nature qui apportent des enseignements précieux pour l'évolution et la sécurisation des systèmes de foils.
Lire aussi: navigation maritime avancée
L'Évolution des Bateaux Maître CoQ et l'Ambition Sportive
L'engagement de Maître CoQ dans la course au large est jalonné par l'évolution constante de ses bateaux, chacun intégrant les avancées technologiques les plus récentes, notamment en matière de foils. Maître CoQ IV, l'Imoca de 60 pieds ex-Safran II, fut une étape marquante. Acquis par Yannick Bestaven, il avait été mis à l'eau en mars 2015, conçu par VPLP et Guillaume Verdier. Ce bateau, initialement destiné à Morgan Lagravière, a permis à l'équipe Maître CoQ de se positionner sur les grandes courses avec une monture performante et déjà dotée de foils. Sorti du chantier KAIROS à Concarneau, il revêtait les couleurs anniversaire des 50 ans de Maître CoQ, avec une mise à l’eau qui lançait une série d’essais intensifs avant un convoyage vers Cascais.
La victoire de Yannick Bestaven lors du Vendée Globe 2020 avec Maître CoQ IV a consolidé l'ambition de l'entreprise. En juin 2021, Maître CoQ renouvelait sa confiance à Yannick Bestaven et décidait de repartir sur une nouvelle campagne Vendée Globe, avec un objectif clair : remporter une nouvelle fois cette course en solitaire et sans escale. Pour se donner les moyens de cet objectif, et pour la première fois de son histoire dans la voile, le volailler vendéen lançait en 2021 la construction d’un bateau neuf. Ce bateau, Maître CoQ V, représente l'apogée de l'ingénierie moderne en matière d'Imoca.
Le design de Maître CoQ V est présenté comme l’héritage du bateau vainqueur, mais avec une volonté d'en renforcer les marqueurs. Roland Tonarelli, directeur général de Maître CoQ, précise : « Sur l’étrave, nous retrouvons la célèbre crête rouge qui est doublée d’une crête verte. Quant à notre emblématique coq, il arbore, dans les voiles d’avant, une allure encore plus fière et plus conquérante. » Au-delà de l'esthétique, le véritable changement réside dans la performance : « Avec un monocoque plus technique et plus performant, nous nous donnons les moyens d’être compétitifs afin de répondre à nos objectifs. » Ces objectifs incluent la capacité à s'adapter aux évolutions des foils et à en tirer le meilleur parti.
Yannick Bestaven, 51 ans et basé à La Rochelle, est au cœur de cette ambition. Double vainqueur de la Transat Jacques-Vabre, il est un homme de conviction et d’engagement. Sa première participation au Vendée Globe en 2008 à bord d’un bateau axé sur les énergies renouvelables, sa cofondation en 2009 de l’entreprise durable WATT&SEA (spécialisée dans les hydrogénérateurs pour fabriquer de l’énergie douce embarquée), et ses victoires en Class40 témoignent de son esprit d'innovation. L'acquisition de l'Imoca en 2017 a marqué un tournant, scellant un partenariat durable avec Maître CoQ, partageant un esprit d’innovation et d’entreprise ainsi qu’un attachement profond pour le dépassement de soi et l’envie de réussir. Ces histoires d’hommes, de rencontres et d’aventures hors normes ont façonné la saga Voile de Maître CoQ jusqu’à la victoire tant espérée de Yannick Bestaven sur le dernier Vendée Globe. La marque et le skipper s’inscrivent dans une démarche globale fondée sur la conviction que la diffusion des valeurs sportives auprès de ses salariés rejaillit sur les performances et l’attractivité du Volailler vendéen. La nouvelle campagne sur le Vendée Globe vise également à partager avec le plus grand nombre le futur Tour du Monde. Le départ de la prochaine édition est prévu le 10 novembre 2024.