"Ah oui, vraiment, tu es jolie dans ton lamba blanc." Ces mots, chantés par Henri Ratsimbazafy, marquent le premier grand succès de la musique malgache peu après l'indépendance. Son influence s'étend jusqu'à La Réunion, où il se produit dès 1962. La même année, il remporte le premier Grand Prix de la chanson française à Madagascar avec "Samba tyrolienne", réitérant son succès l'année suivante. Ce pionnier de la chanson malgache, influencé par Tino Rossi et Gilbert Bécaud, témoigne de l'impact culturel de la France et du monde occidental sur les musiciens locaux.
Parallèlement à cette émergence de talents individuels, un groupe familial allait conquérir les hit-parades internationaux. Six mois après les succès d'Henri Ratsimbazafy, six frères et sœurs montent sur la scène de l'Olympia en tant que "vedettes américaines". Ils sont alors connus sous le nom de Les Surfs.
Genèse et Premiers Pas des Surfs
Les Surfs, originaires d'Antananarivo, Madagascar, sont un groupe malgache formé de six enfants d'une famille de douze. Ils débutent leur carrière en 1959 sous le nom de Rabaraona Frères et Sœurs, puis deviennent Les Béryls, un nom inspiré d'une pierre précieuse de Madagascar. Les membres initiaux du groupe sont Monique, Coco, Pat, Dave, Rocky et Nicole Rabaraona. Leurs premières influences musicales sont les Platters.
Les Béryls, combinant des éléments de chœur de gospel et de chanteurs de jazz, voient leur carrière décoller avec l'indépendance de Madagascar en 1960. Ils participent à une grande tournée aux côtés d'autres vedettes locales, comme Henry Ratsimbazafy, lors des célébrations de l'autonomie de l'île. Leur image de jeunes gens mignons, bien éduqués et souriants séduit le public malgache, car ils incarnent la nouvelle génération et les espoirs d'un pays décolonisé.
En 1962, ils participent à la tournée « Disco Club » avec Henri Ratsimbazafy et Les CCC Guitares, confirmant leur succès à travers le pays et à la Réunion. Le 26 août 1962, les Béryls signent leur premier contrat avec Discomad, la principale maison de disques malgache. Le 18 septembre, ils lancent un super 45 tours comprenant "Marin", "Les trois cloches", "Tom Dooley" et "Petite fleur".
Lire aussi: Les similitudes surprenantes entre le ski et le surf
L'Ascension Internationale des Surfs
En 1963, Les Béryls remportent un concours de chanson organisé par une radio locale grâce à leurs reprises des tubes des Platters, "Only You" et "The Great Pretender". Ils représentent ainsi Madagascar au concert d'inauguration de la deuxième chaîne de l'ORTF à Paris en septembre de la même année. Leur prestation est très bien accueillie par le public français.
Jocelyn Rafidinarivo, alias Jean-Louis Rafidy, animateur de la Radio nationale malgache (RNM), les présente à Roger Marouani, directeur artistique du label Festival, qui leur fait signer un contrat le 26 septembre 1963. Marouani les rebaptise Les Surfs.
Le premier tube des Surfs, "Reviens vite et oublie", une reprise de "Be My Baby" des Ronettes, connaît un grand succès en France et en Europe. Coachés par Marouani, ils font une tournée en première partie de Sheila, puis à travers l'Europe. Ils sont également bien accueillis en Amérique du Nord, où ils font des duos avec des artistes comme Stevie Wonder, Tom Jones et les Rolling Stones. En France, ils se produisent aux côtés d'Enrico Macias et Jacques Brel.
Leur popularité est telle qu'ils apparaissent dans les films "Cherchez l'idole" (1963) et "Le Dernier Tiercé" (1964), interprétant leurs propres rôles.
Le Style Musical et les Reprises
Conscient de la courte durée de vie d'un groupe d'adolescents, Roger Marouani encourage Les Surfs à reprendre les grands standards du moment. Ainsi, leur répertoire est constitué principalement de reprises de succès de l'époque, comme "Si j'avais un marteau" de Claude François et "À présent, tu peux t'en aller" de Richard Anthony, ainsi que des adaptations de standards du gospel ("O When The Saints").
Lire aussi: Améliorez votre surf : règles et conseils
En novembre 1963, Les Surfs sortent un disque comprenant "T'en vas pas comme ça", "Si j'avais un marteau", "Écoute cet air-là" et "Uh Uh". Ils entament ensuite une longue tournée à travers la France avec Sheila. Le 12 décembre, ils sont à l'affiche de l'Olympia de Paris lors de la première représentation du spectacle "Les Idoles des jeunes", aux côtés de vedettes américaines, anglaises, espagnoles et italiennes. Leur tour de chant est composé de six titres : "Reviens vite et oublie", "Si j'avais un marteau", "À présent tu peux t'en aller", "Gotta lotta love" et "When the saints go marchin'in". Ils sont consacrés "découvertes de l'année".
Encouragés par ce succès, Les Surfs continuent d'enregistrer de nombreux morceaux. En 1964, ils sortent "Shoop shoop va l'embrasser" et "Adieu chagrin". En 1965, ils interprètent "Le printemps sur la colline" et "Scandale dans la famille". En 1967, ils chantent "Aime-moi comme je t'aime". Ils effectuent de nombreuses tournées et se produisent de nouveau à l'Olympia en 1965, 1966 et 1967.
La Fin d'une Ère
Vers la fin des années 1960, la maison de disques Festival multiplie les tournées et les enregistrements d'EP à un rythme effréné, afin de profiter au maximum de la popularité du groupe avant que l'âge ne rattrape les membres. Cependant, les chanteurs se lassent de rester éternellement le groupe de gamins des débuts et de leur répertoire.
Leur discographie française s'achève en 1967. De 1963 à cette année, ils enregistrent quatorze super 45 tours et cinq 33 tours.
Succès Internationaux et Adaptations Linguistiques
La carrière des Surfs s'étend rapidement à d'autres pays, notamment l'Espagne, l'Italie et le Canada (Québec). Les mêmes techniques de promotion sont utilisées : participation à des émissions de télévision et de radio, festivals, etc.
Lire aussi: Pourquoi les nageurs choisissent l'épilation
Dès janvier 1964, quatre chansons sont réenregistrées en espagnol : "Reviens vite et oublie" ("Tu seras mi baby, be my baby"), "T'en vas pas comme ça" ("No, no te vayas"), "Gotta lotta love" ("Ciribiribin") et "Écoute cet air-là" ("El crossfire"). "Tu seras mi baby, be my baby" est un succès majeur, se classant en tête des ventes en Espagne et en deuxième position au Mexique. En avril, Les Surfs réenregistrent "À présent tu peux t'en aller" ("Ahora te puedes marchar"), qui devient également un succès.
1968 marque la fin de leur discographie espagnole.
Les Surfs entament leur carrière en Italie en même temps qu'en Espagne. Leurs chansons françaises sont traduites en italien. Le 25 mars 1964, ils sont les invités de l'émission télévisée "Studio Uno" à Milan. La version italienne "Adesso te ne poi andare" de la chanson "À présent tu peux t'en aller" est un succès, atteignant la 2e place des ventes. Les Surfs participent chaque année de 1965 à 1967 au Festival international de la chanson italienne de San Remo, présentant leur nouvelle chanson en duo avec un interprète italien. Lors de l'édition de 1966, ils présentent deux chansons : "Cosi come viene" avec Remo Germani et "In un Fiore" avec Wilma Goich. La première se classe 3e, la seconde 11e du festival. Lors de l'édition suivante, ils interprètent "Quando dico che ti amo" en duo avec Annarita Spinacci. Le titre obtient la 2e place et reçoit le Prix du jury international.
1968 marque la fin de leur carrière en Italie.
Au Québec, leur discographie française est distribuée. Ils demeurent peu connus, mais des interprètes québécois reprennent certains de leurs titres. Avant d'entamer une tournée dans toute la province en 1969, le groupe participe à des émissions de télévision comme "Jeunesse d'aujourd'hui".