Ce jeudi 29 août, le nageur Ugo Didier a marqué l'histoire aux Jeux paralympiques de Paris 2024 en remportant la médaille d'or sur 400 m nage libre. Surnommé par les médias le « nouveau Léon Marchand », il enchaîne les médailles et se distingue par son aisance aquatique. Son parcours est une source d'inspiration pour tous, athlètes ou non, en situation de handicap ou non.
Un parcours atypique
Né en 2001, Ugo Didier est venu au monde avec des particularités physiques : absence de mollets, pieds bots, genoux en hyperextension et muscles inférieurs atrophiés. Malgré ces défis, il découvre la natation à l'âge de sept ans. Ce sport devient rapidement une passion, lui offrant une liberté de mouvement qu'il ne trouve pas sur terre.
Celui qui connait des difficultés de marche et tient péniblement debout va découvrir le plaisir de nager.
L'ascension d'un champion
À 16 ans, Ugo Didier obtient son premier titre de champion du monde sur 100 m dos dans sa catégorie (S9). Il devient ensuite triple champion d’Europe à 19 ans, et décroche l’argent sur 400 m nage libre et le bronze sur 200 m 4 nages aux Jeux paralympiques, à Tokyo, en 2021.
Son parcours est fulgurant, comme en témoigne sa médaille d'or aux championnats du monde de para-natation.
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Un modèle de persévérance
La télévision locale a consacré plusieurs portraits à Ugo Didier, soulignant son statut de sportif accompli malgré son handicap. Élève de terminale, il est champion du monde de natation dans la catégorie handisport et participe aux championnats de France.
Dans sa chambre, l’adolescent de 16 ans est fier de montrer ses premières médailles gagnées huit ans plus tôt et précieusement conservées dans une boîte à chaussure. « J'avais nagé un 50 mètres dos en 1'06, maintenant, je le nage en 31 secondes », plaisante-t-il.
Au lycée, il est considéré comme une star, mais reste un élève discret et travailleur. Sa proviseure ne tarie pas d'éloges sur ce jeune homme capable de concilier sport de haut niveau et études.
Filmé dans sa classe de terminale scientifique, rien ne le distingue des autres élèves. S'il parvient à jongler entre le lycée et les compétitions, c'est grâce au soutien de ses professeurs et de ses camarades qui lui passent les cours.
À la maison, toute la famille vit « au rythme d'Ugo ». Après le goûter, il est déjà à la piscine pour plusieurs heures d'entraînement. Son entraîneur souligne sa ténacité et sa régularité, six jours sur sept, qui lui permettent de surmonter tous les obstacles. Ugo, lui, ne parle que du « plaisir d'être dans l'eau », de la sensation de légèreté et d'apesanteur qui lui font oublier son handicap. À l'époque, il prépare les JO de Tokyo 2020. Sa ténacité sera récompensée comme le montre l'archive du 25 août 2021.
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Un étudiant engagé
La Fondation Panthéon-Assas a eu l’honneur d’accueillir Ugo Didier, nageur paralympique de haut niveau et étudiant ingénieur à l’INSA Toulouse en génie civil, lors d’une conférence exceptionnelle.
Ugo Didier s’est imposé comme l’un des grands champions de la natation paralympique française. Des pieds bots et des genoux recurvatum, il a su transformer ce défi en force pour exceller dans son sport. Ugo Didier a pu témoigner de son engagement dans le sport, ses entraînements rigoureux et les valeurs qu’il défend : dépassement de soi, inclusion et persévérance.
Il partage volontiers son expérience avec les étudiants, les encourageant à croire en leurs rêves et à ne jamais abandonner face aux obstacles.
Paris 2024 : le sacre
Le 29 août, Ugo Didier a fait chavirer Paris La Défense Arena en devenant champion paralympique sur 400 m nage libre S9.
« Je n’ai jamais vécu un événement, une ambiance pareille », poursuit-il, évoquant une « communion sans précédent avec le public ». » En championnats de France, on a des piscines sans gradins. Aux Mondiaux, on nage devant 100, 200, 300 personnes. Là, il y avait 15 000 personnes dans Paris La Défense Arena. Quand on lève les yeux, ce sont des sensations merveilleuses ». Un contexte dopant - parfaitement légal lui - qui a contribué à la réalisation de son rêve. « Certains aiment faire le show quand la foule les porte. Mais cette fois, le public était pour moi et j’en ai bien profité », admet-il, ravi.
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Sur le plot de départ, il a concentré ses forces. Redoublé d’attention, se rappelant les consignes maintes fois répétées de son entraîneur : « pas de folie, pas d’emballement ». « J’ai fait une course maîtrisée, une de mes courses les plus abouties. J’ai respecté le plan », analyse-t-il avec beaucoup de calme, au lendemain de son sacre.
Cette victoire a été une source d'émotion pour ses grands-parents, Mireille et Robert, qui habitent à Chaumont. Ils ont suivi la course avec attention et fierté.
Un modèle pour la jeunesse
Ugo Didier est un exemple de détermination et de courage pour les jeunes, en particulier ceux qui sont en situation de handicap. Il prouve que les obstacles peuvent être surmontés avec de la persévérance et de la passion.
Interrogé sur le message qu'il souhaite transmettre aux jeunes athlètes en situation de handicap, il répond : « Il ne faut pas hésiter à se lancer dans le handisport. Personnellement, j’avais quelques réserves avant de me lancer, car je ne connaissais pas bien le monde du handicap. J’avais des interrogations sur la façon dont je devais interagir avec les personnes en situation de handicap, comment je pouvais pratiquer mon sport avec elles, et j’éprouvais beaucoup d’appréhension. Mon message principal serait de ne pas laisser ces appréhensions vous retenir, car un sportif en situation de handicap est avant tout un sportif, avant d’être une personne en situation de handicap. Malgré mes propres doutes, j’ai eu la chance de rencontrer des personnes extraordinaires, de vivre des moments forts, de voyager et de participer à des compétitions internationales. Il ne faut pas hésiter à se lancer, car le handisport offre de nombreuses opportunités enrichissantes. »
Un sportif accompli
Ugo Didier s'entraîne dans deux clubs : le Cercle des nageurs de Cugnaux, au sud-ouest de Toulouse et les Dauphins du TOEC, le club de Léon Marchand, sur les bords de la Garonne.
Spécialiste du dos, Ugo Didier s’aligne également sur les 400 et 200 mètres. Né avec des pieds bots et une atrophie des membres inférieurs, le nageur de 23 ans a débuté la natation "car c’est le seul sport que pouvais faire. Je ne peux ni courir ni sauter, et puis, je voulais apprendre à nager". Les premières années, Ugo Didier s’entraîne avec ses copains valides au Cercle des nageurs de Cugnaux. "C’était très motivant de nager avec des gens qui allaient plus vite que moi". Il dispute même des compétitions régionales et nationales. Avant de découvrir par hasard en 2015 qu’il pouvait s’aligner sur des courses handisports. Cet apprentissage a forgé son caractère et son physique qui lui permettent aujourd’hui d’afficher un joli palmarès : de son premier titre de champion du monde du 100 m en 2017 à ses trois médailles olympiques à Paris en 2024, Ugo Didier a largement rempli son armoire à trophées. En avant pour Paris 2024 !
Double projet : sport et études
En parallèle de sa carrière sportive, Ugo Didier poursuit des études d'ingénieur à l'INSA de Toulouse. Il est soutenu par Knauf Insulation à travers le dispositif Pacte de Performance de la Fondation du Sport Français.
« Je suis actuellement étudiant et je vais entamer ma quatrième année d’études. Je fréquente l’INSA à Toulouse, une école qui propose un double cursus adapté aux étudiants sportifs de haut niveau. Concrètement, cela signifie que nous bénéficions d’une certaine flexibilité dans notre emploi du temps pour pouvoir concilier nos cours, nos entraînements, nos compétitions et nos stages sportifs. Pour pouvoir jongler entre ces deux engagements, j’ai un aménagement spécifique qui me permettra de valider mon cursus en huit ans au lieu des cinq années habituelles. Si cela nécessite une organisation quotidienne rigoureuse, cela peut être parfois un défi, surtout lorsque mes cours chevauchent deux années scolaires, comme c’est le cas entre ma deuxième et ma troisième année. Généralement, lorsque je m’organise bien, les choses se déroulent sans trop de problèmes. Il est essentiel pour moi de maintenir cet équilibre entre mes études et ma carrière sportive, car j’ai besoin de cette diversité d’expériences et de l’interaction avec d’autres personnes. »
La Fondation du Sport Français, l'aide avec son dispositif Pacte de Performance. « J’ai signé avec la Fondation du Sport Français, il y a très peu de temps sur les derniers comités de sélection, cela me permet d’avoir un soutien financier important via un mécénat avec l’entreprise Knauf Insulation. Cette bourse va jouer un rôle essentiel en me permettant de concilier mes deux objectifs, à la fois sportif et académique, tout en assurant mon indépendance financière au quotidien. Ce mécénat me tient particulièrement à cœur, car l’entreprise en question est étroitement liée à mon projet professionnel. En plus de l’aide financière, il y a également l’aspect de la mise en relation avec une entreprise évoluant dans le même domaine d’activité, ce qui constitue un soutien professionnel significatif. »
Les ambitions futures
Après avoir obtenu une médaille d’argent pour ses premiers Jeux paralympiques et une médaille d’argent aux championnats du monde en août dernier, Ugo Didier affiche clairement ses ambitions : « Les titres dont je suis le plus fier sont ma médaille d’argent aux Jeux Paralympiques de Tokyo en 2020, remportée en 400 mètres nage libre, ainsi que la médaille de bronze en 200 mètres 4 nages. Tout récemment, j’ai obtenu six médailles aux Championnats du Monde, dont cinq en argent et une en bronze. Aujourd’hui, je vise la médaille d’or aux Jeux paralympiques de Paris 2024. Je n’ai pas eu l’or sur les trois dernières éditions des championnats du monde donc je commence à être un peu habitué à l’argent et j’ai envie d’aller chercher cette médaille d’or qui me fait défaut à Paris. Je compte bien donner le meilleur de moi-même pour représenter la France de la meilleure des manières. »