Que dit le prophète sur le voile islamique ?

Introduction

La question du « voile islamique », souvent désigné par le terme « hijab », est un sujet de débat tant dans les pays musulmans qu'en Occident. Cette thématique complexe entrelace des notions de tradition, de modernité, de liberté, de corps féminin, d'identité et de vivre-ensemble dans des sociétés multiculturelles.

Les discussions autour du voile ont mis en lumière des problématiques contemporaines majeures. En Occident, elles révèlent la visibilité croissante des musulmans et la place de l'islam dans des sociétés en pleine restructuration identitaire. Dans les pays musulmans, elles confirment une profonde crise identitaire, où le voile est devenu un symbole central de l'identité musulmane.

Il est essentiel de revenir aux sources coraniques pour comprendre comment le texte sacré aborde ce sujet, en examinant la terminologie utilisée et son rapport à l'éthique vestimentaire des femmes.

Le terme « Hijab » dans le Coran

Il est important de noter que le terme « hijab », tel qu'il est couramment utilisé, ne correspond pas au foulard recouvrant les cheveux des femmes musulmanes. Dans le Coran, le mot « hijab » apparaît sept fois et signifie rideau, séparation ou cloison, c'est-à-dire tout ce qui cache ou dissimule. Il est synonyme de « Satr », qui désigne toute chose qui sépare, comme un mur ou un paravent.

On retrouve ce sens dans les versets coraniques suivants :

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  • « Quand tu récites le Coran, Nous plaçons un rideau invisible (Hijab) entre toi et ceux qui ne croient pas à la vie future » (Coran 17 ;45).
  • « Il n’est pas donné à un homme que Dieu lui parle directement, si ce n’est par inspiration ou derrière un voile (Hijab) ou par l’envoi d’un messager qui lui révèle, par Sa permission, ce qu’il veut. » (Coran 42 ; 51).

Le verset le plus souvent utilisé pour justifier l'obligation du voile est le suivant : « Ô croyants, n’entrez dans les demeures du prophète que si vous êtes invités… Quand vous demandez quelque chose aux épouses du Prophète, faites-le derrière un voile (Hijab)… » (Coran 33 ;53). Ce verset a été révélé lors du mariage du prophète avec Zeynab Bint Jahch, après un repas de fête où des invités sont restés tard dans la nuit, gênant le prophète.

Ce verset visait à éduquer les croyants à respecter l'intimité du prophète et des autres, et à prendre congé au moment opportun lors d'une invitation. Il a permis aux épouses du prophète d'accéder au statut de « Mères des Croyants » et d'être respectées par la communauté.

Le hijab, dans ce contexte, concernait uniquement les épouses du prophète et répondait à une nécessité conjoncturelle de l'époque, celle de préserver l'intimité du prophète. Il ne s'agissait pas d'un modèle vestimentaire particulier. Les épouses du prophète continuaient à sortir et à vaquer à leurs occupations, comme Aicha, qui voyageait, accomplissait le pèlerinage et recevait des savants chez elle.

Il est donc clair que le terme « hijab » ne correspond pas au foulard recouvrant la tête, et n'a rien à voir avec une tenue islamique spécifique pour les femmes. Il s'agit d'un symbole de séparation entre la vie publique et privée du temps du prophète, visant à consacrer les épouses du prophète en Mères des croyants.

Le foulard dont parle le Coran : le Khimar

Le terme qui correspond au foulard ou à l'écharpe est « khimar ». On le retrouve dans le verset suivant : « Dis également aux croyantes de ne laisser paraître de leurs beauté (zinatouhouna) que ce qui en paraît et de rabattre leurs écharpes (khoumourihina) sur leur poitrine (jouyoubihina) et à ne montrer leurs atours qu’à leurs époux, leurs pères, leurs beaux-pères, leurs fils, leurs frères, leurs neveux…. » (Coran 24 ;31).

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Le terme « khoumourihina », pluriel de « khimar », désigne le foulard ou l'écharpe que portaient les femmes à l'époque dans la péninsule arabique et dans d'autres civilisations. Le Coran invite les croyantes à rabattre les pans de leurs écharpes sur leur poitrine afin de dissimuler la partie haute de leur buste lorsqu'elles sortent dans l'espace public.

Les commentaires classiques expliquent que les femmes arabes de La Mecque avaient l'habitude de porter leurs foulards en laissant la gorge et le haut de la poitrine découverts, d'où l'injonction coranique de rabattre les pans du khimar sur les bustes. Le Coran précise également que les croyantes ne doivent laisser paraître de leurs « attraits » (zinatouhouna) que « ce qui en paraît ».

Ibn Abass interprète « ce qui en paraît » comme étant « le visage et les mains ». La majorité des exégètes et savants musulmans concluent que les croyantes doivent couvrir leurs cheveux avec un khimar et ne laisser paraître que leur visage et leurs mains. Le verset précise également que les femmes ne devraient montrer leurs atours qu'en présence d'hommes qui n'ont pas de lien de parenté direct avec elles.

Une minorité de savants de l'école Hanbalite préconise que les femmes doivent se couvrir entièrement, y compris le visage et les mains, car ils considèrent que tout le corps des femmes est « illicite » à voir. C'est cette même école qui prescrit le niqab ou la burqa. Cependant, leur argumentaire est essentiellement culturel et relève des traditions de certaines régions de l'Arabie, et non du Coran.

Il est important de noter que couvrir le visage des femmes annulerait une prescription coranique, celle du « ghad el bassar » (éthique du regard). De plus, une tradition du prophète interdit le niqab lors du pèlerinage et dans l'enceinte de la Kaaba, ce qui confirme l'origine culturelle de ce vêtement et l'obligation de découvrir le visage dans le lieu le plus sacré de l'islam.

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Hijab vs. Khimar : un glissement sémantique

Il est important de comprendre pourquoi le terme « hijab » est utilisé pour désigner le foulard, alors que le terme correct est « khimar ». Cette confusion sémantique est généralisée et intériorisée dans les sociétés musulmanes, de l'élite savante au commun des mortels.

Bien que cette erreur ne soit pas intentionnelle dans la plupart des cas, il est crucial d'attirer l'attention sur cette problématique, car elle est à l'origine de débats stériles et d'une instrumentalisation religieuse du voile. Le glissement sémantique n'est pas fortuit et découle d'interprétations et de traductions incorrectes, influencées par des impératifs socioculturels visant à forger des concepts « sur mesure » en relation avec l'ordre politique établi.

Le concept de « hijab » a été utilisé dans un double sens pour justifier l'enfermement des femmes musulmanes. En imposant le « hijab » aux femmes dans son sens de « séparation », on a cherché à les cantonner dans la relégation et l'ombre, loin de la sphère sociopolitique. Remplacer le khimar par le hijab revient à intervertir des champs sémantiques opposés, cautionnant ainsi l'exclusion des femmes de l'espace sociopolitique.

Alors que le khimar est un signe de visibilité et de participation sociale active, le hijab est utilisé pour justifier l'enfermement des femmes.

Pourquoi le port du hijab est-il important en Islam ?

Le port du voile, ou hijab, est un sujet de controverse, mais pour les femmes qui le portent par conviction religieuse, il est une évidence. La pudeur a été la norme dans l'histoire et est une composante de plusieurs religions, dont le judaïsme, le christianisme et l'islam. Marie, la mère de Jésus, est souvent représentée avec un couvre-chef.

Le hijab représente la soumission d'une femme à son Créateur et son lien avec la foi. Le Coran et les hadiths indiquent clairement que le hijab est une obligation religieuse respectée par l'Oumma musulmane depuis plus de 14 siècles. En portant le hijab, une femme musulmane obéit à Allah.

Le hijab permet à la femme de se libérer du désir de montrer sa beauté et de rivaliser avec les autres femmes. Il la protège des abus et du harcèlement sexuel, qui sont plus répandus dans les sociétés où peu de femmes se couvrent.

Le verset 31 de la sourate An Nour (24) ordonne aux croyantes de baisser leurs regards, de préserver leurs sexes et de couvrir leurs « jouyoub » avec leurs « khoumour ». L'imam Ibn Kathir explique que le terme « khoumour » est le pluriel de « khimar », qui est utilisé pour cacher une autre chose. Ainsi, Allah ordonne aux femmes de porter un voile qui couvre leurs têtes et leurs poitrines.

Diversité des interprétations et des pratiques

Il est important de souligner que la loi islamique (chari’a) n’impose pas un vêtement particulier à la femme, mais un certain nombre de conditions pour que son vêtement soit conforme aux prescriptions divines. Le voile de la musulmane est une preuve de discrétion, mais il doit être accompagné d'un comportement pudique.

Le port du voile intégral (niqab ou burqa) fait l'objet de divergences parmi les savants contemporains. Certains, comme Cheikh Ibn Baz et Salih Al Fawzan, le considèrent comme obligatoire, tandis que d'autres, comme Al Albani, le recommandent sans l'imposer.

L'importance du voile en islam réside dans sa sagesse et son bienfait pour la communauté, hommes et femmes. La femme est considérée comme précieuse et noble, et sa beauté est préservée de la vue de tous.

Le voile à travers les Hadiths

Les hadiths fournissent des informations sur le port du voile à l'époque du prophète Muhammad. Certains hadiths mentionnent l'utilisation du voile (thûb) pour diverses fonctions, comme ramasser des sauterelles d'or, prier, ou se protéger du soleil. D'autres hadiths évoquent l'importance de la pudeur et de la modestie dans le comportement et l'habillement.

Certains hadiths suggèrent que la nudité n'était pas un tabou pour les hommes au début de l'islam, mais que la pudeur est devenue plus importante au fil du temps. D'autres hadiths mettent en évidence le rôle du voile comme protection de la dignité et comme symbole de la séparation entre le monde profane et le monde sacré.

Les hadiths révèlent également des aspects pratiques du port du voile, comme les difficultés qu'il pouvait poser pour les règles juridiques du témoignage. Ils mentionnent également l'utilisation du voile par les femmes du paradis, qui filtre la lumière éblouissante émanant de leur visage.

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