L'histoire maritime est jalonnée de voiliers qui, par leurs innovations et leurs performances, ont marqué leur époque. Le trimaran de 27 mètres connu sous le nom de Charal, lancé en 1992 et indissociable du parcours d'Olivier de Kersauson, est l'un de ces navires emblématiques. Son existence est une chronique d'ambition, de défis techniques, de records et de rebondissements, reflétant l'évolution constante de la course au large et de l'architecture navale. Ce multicoque, dont le destin se croise également avec celui de Francis Joyon, incarne une période charnière où la recherche de la vitesse et de la fiabilité repoussait sans cesse les limites du possible.
Les Origines du Trimaran "Charal" (27 mètres, 1992) : Une Héritage Mouvementé
La naissance du trimaran d'Olivier de Kersauson, qui deviendra plus tard Charal, ne débuta pas sous les meilleurs auspices, malgré une histoire longue et riche pour son skipper, succédant à des légendes comme Kriter IV et Jacques Ribourel. Les premiers pas furent semés d'embûches techniques et de revers. La poutre avant du navire s'avéra initialement trop lourde et manquant de rigidité, nécessitant une reconstruction complète avant même sa première mise à l'eau compétitive.
Pour sa première course majeure, la mythique Route du Rhum, Olivier de Kersauson fut contraint de rentrer au port après avoir rencontré des problèmes de gréement. L'arrivée à Brest, dans des conditions météorologiques difficiles, se solda par un incident malheureux : un remorquage qui se passa mal, entraînant un trou dans la coque du trimaran et une dérive cassée. Ce n'étaient là que les prémices d'une série de défis. Lors du deuxième départ de la course, Olivier de Kersauson fut confronté à de nouveaux problèmes, cette fois-ci avec sa grand-voile, le contraignant à l'abandon et à un retour au chantier naval de Port la Forêt. Le bateau fut ensuite configuré pour un tour du monde, avec l'installation d'un mât plus petit, mais cette modification ne put empêcher un démâtage.
Malgré ces difficultés initiales, la persévérance finit par payer. C'est sous le nom d'Un Autre Regard qu'Olivier de Kersauson s'élança pour son Tour du Monde en Solitaire, une tentative qui fut couronnée de succès avec l'établissement d'un nouveau record en 125 jours. Ce fut enfin une satisfaction pour le skipper et son équipe, démontrant le potentiel intrinsèque du bateau malgré ses débuts tumultueux.
En 1992, une nouvelle ère commença pour le multicoque avec la signature d'un partenariat avec Charal, marquant une étape importante dans l'évolution du bateau, qui fut largement modifié à cette occasion. L'équipage, sous les couleurs de Charal, s'élança pour une première tentative de record autour du Monde, mais l'aventure s'interrompit prématurément au large de l'Afrique du Sud, après avoir heurté un OFNI (Objet Flottant Non Identifié). Cet incident soulignait la fragilité inhérente aux défis de la course au large, où l'imprévu peut ruiner des années de préparation en un instant.
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L'année 1995 fut celle d'une nouvelle optimisation pour le trimaran. Le bateau fut de nouveau amélioré, bénéficiant notamment d'un nouveau mât en carbone et d'un tout nouveau jeu de voiles, des investissements cruciaux pour améliorer sa performance et sa fiabilité. De plus, il fut équipé de capteurs destinés à relever le plus grand nombre possible de paramètres, dans la perspective ambitieuse de la construction d'un nouveau maxi trimaran, le célèbre Geronimo. Ces données techniques collectées en conditions réelles de navigation se révéleraient inestimables pour les futurs projets. La fin de l'année 1997 marqua un tournant : le trimaran fut mis en vente, visible sur un quai au port de commerce de Brest, clôturant ainsi son chapitre avec Olivier de Kersauson.
Le Trimaran "Charal" sous l'Égide de Francis Joyon et IDEC : Une Nouvelle Vocation pour les Records
C'est en 2002 que le trimaran connut une seconde vie significative. Francis Joyon, skipper d'IB Express et des premiers Banque Populaire en ORMA, et son sponsor IDEC, firent l'acquisition du navire avec l'objectif de l'utiliser pour établir des records en solitaire. Le bateau n'avait pourtant pas la réputation d'être facile à mener en équipage, mais cela n'importait guère à Francis Joyon. Il adapta simplement le plan de pont du multicoque afin de le rendre plus propice à la navigation en solo, démontrant une approche pragmatique et un engagement total envers la performance en solitaire.
L'engagement de Joyon porta ses fruits. Alors que Francis Joyon venait de battre le record de la Traversée de l'Atlantique Nord en solitaire, un exploit qui força l'admiration, un événement malheureux vint ternir cette réussite. Mort de fatigue après son record, il s'endormit et fut réveillé par les fracassements du carbone sur les rochers des côtes Bretonnes, un rappel brutal des dangers inhérents à la navigation en solitaire extrême et de l'importance cruciale de la vigilance.
L'Évolution des Trimarans de Course et de Croisière : Contexte et Innovations
L'histoire du trimaran Charal de 1992 s'inscrit dans un courant plus large d'évolution et de popularité croissante des multicoques. Au tournant des années maritimes contemporaines, les experts nautiques font état d'une demande croissante pour des unités qui mêlent harmonieusement confort et performance, capables de permettre des navigations en solitaire, en famille ou de participer à des régates de haut niveau. Cette tendance met en lumière la polyvalence inhérente au concept du trimaran.
Par rapport à un monocoque, voire à un catamaran, le trimaran se distingue comme un bateau offrant une plateforme rapide sous voile, tout en parvenant à conserver un comportement marin avenant. Cette combinaison unique en fait un choix privilégié pour de nombreux navigateurs. Le Neel 52 est, à cet égard, devenu un symbole de l'évolution du trimaran de croisière moderne. Avec une longueur hors tout de près de 16 mètres, il confère un espace de vie imposant à bord, accompagné d'un gréement et de voiles dimensionnés pour des performances réelles. Ce bateau trimaran est l'expression d'une conception équilibrée entre les impératifs de la croisière confortable et ceux de la performance en mer. Sa coque centrale, richement dessinée, améliore de manière significative la maniabilité sans sacrifier pour autant l'espace intérieur ni la stabilité intrinsèque du navire. À l'intérieur, la conception ouverte procure une luminosité impressionnante et une ergonomie pensée spécifiquement pour les longues navigations, garantissant un bien-être optimal à l'équipage.
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Le Dragonfly 40, quant à lui, prend la suite des succès remarquables de la gamme danoise, confirmant l'attrait pour des trimarans à la fois rapides et bien construits. Autre modèle issu du chantier Neel, le 47 constitue une solution idéale pour les familles ou les couples qui recherchent un compromis optimal entre confort et robustesse, sans pour autant s'orienter vers la très grande taille. Il représente l'archétype du trimaran à voile moderne, conçu pour naviguer vite sans les contraintes logistiques et financières souvent associées à un grand navire.
Le chantier Naval TRICAT, fondé par Antoine Houdet, dont l'expérience est issue de la course au large et de la régate, a également joué un rôle essentiel dans la démocratisation et l'évolution du trimaran. En 2024, François-Xavier Tillier a repris la direction du chantier Tricat, perpétuant la philosophie du fondateur tout en apportant une nouvelle dynamique commerciale et de développement. Passionné de voile et de multicoques, il s'investit pleinement dans la continuité et l'évolution de la marque. Sous sa direction, la gamme s'est enrichie avec le Tricat 8.50, lancé en 2024. Ce trimaran de croisière sportif offre un nouveau rapport confort/performance, et a été largement salué par la presse spécialisée, notamment par des publications reconnues comme Multicoques Mag, Voiles & Voiliers, et Voile & Moteur.
L'origine de Tricat remonte à la fin des années 90. En 1998, Antoine Houdet, alors adepte de raids en catamarans de sport, devenait papa pour la deuxième fois. Souhaitant poursuivre ses envies de bivouac en multicoque rapide, il chercha une solution plus sécurisante pour ses jeunes enfants. Il décida alors de fabriquer lui-même un trimaran, en utilisant les flotteurs de son Alado 18. Cette démarche artisanale et personnelle fut le point de départ d'une entreprise prospère. En 2002, afin de mieux s'adapter aux exigences du marché, Antoine décida de fabriquer également les flotteurs de son propre trimaran, qu'il dessina avec l'aide précieuse de son ami Jack Michal, architecte au bureau d'étude de Multiplast.
Dès ses débuts, le Tricat 22, construit en interne, connut un succès immédiat. Il parvenait à allier parfaitement performances, sensations de navigation, simplicité d'utilisation et sécurité, des qualités très recherchées par les plaisanciers. En 2006, pour répondre à une demande croissante du marché et proposer un bateau encore plus confortable et déjà repliable, permettant d'embarquer davantage de personnes, le Tricat 25 vit le jour. Ce modèle, qui standardisa le procédé d'infusion chez Tricat et est toujours considéré comme une véritable référence dans sa catégorie, a su conquérir les amoureux de multicoques, avec plus de 80 unités construites. Il témoigne de la volonté constante de Tricat d'améliorer en permanence ses trimarans, avec une multitude d'évolutions depuis sa création.
Par la suite, Tricat a développé d'autres modèles remarquables. Le Tricat 23.5, sorti en 2009, offrait un vaste cockpit et une cabine suffisamment spacieuse pour des cabotages confortables. C'est d'ailleurs dans les moules de ce Tricat que Gwalaz fut fabriqué en 2013, en collaboration avec Kaïros, l'entreprise de Roland Jourdin. Gwalaz fut le support des surfeurs de la série "Lost in The Swell" pour leurs surf trips mémorables en Bretagne et aux Iles Salomon. Fait marquant, Gwalaz est le premier trimaran au monde construit en fibre de lin, une innovation qui soulignait l'engagement du chantier pour des matériaux plus écologiques et performants.
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En 2011, dans une volonté d'élargir l'accessibilité des trimarans au plus grand nombre, Tricat imagina l'Access 6, un trimaran très facile d'utilisation, parfaitement adapté à un programme de "Day Boat", tout en proposant une petite cabine permettant de camper quelques jours à deux. En 2016, Tricat entra dans une nouvelle dimension avec la sortie de son croiseur rapide, le Tricat 30, illustrant l'ambition du chantier à répondre aux attentes des navigateurs les plus exigeants. Le Tricat 20, remplaçant de l'Access 6, vit le jour en 2018. Il répond à un programme de navigation à la journée, tout en proposant une cabine plus logeable avec tout le nécessaire pour dormir le temps d'un week-end. En 2021, le Tricat 6.90 a fait la fierté du chantier, résultant de 20 ans d'expériences accumulées dans la conception et la construction de trimarans transportables, une expertise qui garantit un produit abouti et performant. Le Tricat 20, un petit trimaran transportable, est adapté à la navigation en famille tout en offrant beaucoup de plaisirs sur l'eau, soulignant le potentiel de ces multicoques. Le chantier breton Tricat continue ainsi de renouveler sa gamme de multicoques, confirmant l'effervescence et l'innovation constante dans ce segment du marché nautique.
L'acquisition d'un bateau à trois coques implique un budget conséquent, se chiffrant en centaines de milliers d'euros. Il est conseillé, outre le prix d'achat initial, d'intégrer dans le calcul les frais de port, d'entretien, d'assurance et les options techniques. Le choix d'un trimaran à vendre doit s'appuyer sur l'architecture de ses bateaux à balancier et sur la rigueur de sa construction, des critères essentiels pour garantir la sécurité et la pérennité de l'investissement. Désormais populaire, le trimaran s'impose comme une catégorie autonome de voiliers, proposant une palette complète de solutions techniques et financières, loin d'être destiné uniquement aux plaisanciers sportifs. Ces multicoques s'adaptent parfaitement à la croisière en famille. Quand on pense voilier de croisière, on pense généralement monocoque et catamaran. Pourtant, le trimaran vient beaucoup moins rapidement à l'esprit, mais ces multicoques ont leurs passionnés, et le marché confirme un engouement croissant.
Records et Performances Légendaires des Multicoques : Le Trophée Jules Verne et Au-Delà
L'histoire du trimaran Charal de 1992 et son passage dans les mains de Francis Joyon rappellent l'importance des records dans l'imaginaire de la course au large. Le Trophée Jules Verne demeure l'étalon absolu pour ce type de multicoque, symbolisant la quête ultime de vitesse et d'endurance. Le tour du monde à la voile en équipe le plus rapidement effectué, sur une distance de 21 760 milles marins - sans escale ni assistance - fut réalisé en un temps exceptionnel de 40 jours, 23 heures, 30 minutes et 30 secondes. Cet exploit fut l'œuvre de Francis Joyon à bord du maxi trimaran Idec Sport en 2017. Cette performance illustre la capacité des trimarans à atteindre des vitesses moyennes stupéfiantes sur de très longues distances, fruit de décennies de recherche et de développement en architecture navale.
Innovations et Caractéristiques Techniques des Voiliers de Course : Leçons du Passé et Avancées Contemporaines
Si le trimaran Charal de 1992 fut en son temps un concentré d'innovations, la recherche de performance en mer ne s'est jamais arrêtée. L'exemple de l'IMOCA Charal, le monocoque de Jérémie Beyou, bien que d'une conception différente (monocoque), illustre la continuité de cette quête technologique. En lançant en 2017 la conception puis la construction de l’IMOCA Charal, Jérémie Beyou et le Charal Sailing Team se sont lancés dans un défi technologique à la mesure de leurs ambitions sur le Vendée Globe. Jérémie Beyou confirmait : « Nous savions que nous pouvions faire un énorme pas en avant en termes de performances par rapport à la génération précédente. » Cela a poussé les architectes du cabinet VPLP et le bureau d’études du Charal Sailing Team à faire preuve d’audace. Le skipper soulignait : « Il était hors de question de mettre le pied sur le frein, ça représentait forcément une prise de risques, mais on a vite montré que le bateau pouvait voler au large en solitaire. »
Cette prouesse est rendue possible grâce à des foils de nouvelle génération et à une forme de carène tranchée. Le directeur technique Pierre-François Dargnies expliquait : « Nous avons essayé de dessiner le bateau un peu comme un multicoque, en allant chercher le maximum de puissance par la taille de nos foils et en minimisant la traînée de la coque. » Dès sa sortie de chantier en août 2018, le monocoque argenté a marqué les esprits par l’impression de puissance dégagée, étonnant même ses utilisateurs. Jérémie Beyou avouait : « J’avoue qu’on a quand même été surpris par l’attitude et l’altitude du bateau. Se retrouver avec l’étrave 5 mètres au-dessus de l’eau, c’était impressionnant de l’extérieur, mais aussi de l’intérieur. »
Ces innovations, même si elles concernent un monocoque, reflètent une philosophie de conception qui puise ses racines dans la recherche de vitesse et d'efficacité hydrodynamique, des principes fondamentaux qui animaient déjà la conception de trimarans comme le Charal de 1992. L'IMOCA Charal a, depuis, été sans cesse optimisé, notamment lors du chantier de début d’année 2020 : son étrave a été modifiée, une deuxième version de foils a été installée, le cockpit a été fermé et un jeu de voiles neuf a été adopté. Aucun détail n’a été négligé sur ce monocoque portant clairement la patte de son skipper. Jérémie Beyou reconnaît : « C’est clair qu’on ne peut pas le mettre entre toutes les mains, il n’y a peut-être que moi qui arrive à me dépatouiller avec ce bateau, mais il me convient bien. » Il estime désormais former un vrai couple avec son IMOCA Charal : « L’osmose est là, je ne suis ni effrayé ni dépassé par le bateau, il ne m’en fait pas voir de toutes les couleurs et répond bien à ce que je lui demande. Mais c’est aussi parce que j’ai pris le temps de faire du chemin vers lui : j’ai beaucoup navigué pour prendre le temps de le comprendre, c’est indispensable. »
Ces développements techniques se poursuivent avec des modèles encore plus récents. Charal 2, par exemple, le successeur du monocoque initial de Jérémie Beyou, possède un centre de gravité et une répartition des masses très reculés, un avant arrondi en forme de Scow, et des foils en V plus profonds que ceux de son précédent plan VPLP Charal 1. Ces choix sont l'illustration de parti pris novateurs, comme la carène la plus étroite des IMOCA existants, un contraste frappant avec la tendance architecturale des années 90-2000, où des cabinets comme Finot-Conq (architectes des quatre bateaux vainqueurs de la seconde à la cinquième édition du Vendée Globe) concevaient des « plats à barbe » très larges. Afin de favoriser l'aérodynamisme, qui sur ces IMOCA est de plus en plus soigné, le pont est très plat (quasiment flush deck), le rouf (la cabine extérieure) est minimaliste et profilé, et le redan est plus marqué.
La conception et la construction de tels navires représentent un travail colossal. Plus d'une quinzaine d'ingénieurs, dont cinq au sein du Charal Sailing Team, ont travaillé sur Charal 2. Ensuite, plus d'une centaine de spécialistes se sont affairés à la construction du bateau, à dessiner et usiner l'ensemble des pièces, quasiment toutes des prototypes. Cela représente un investissement colossal de 35 000 heures de conception et 40 000 heures de construction chez CDK, qui est le chantier ayant produit le plus d'IMOCA depuis plus de 30 ans. Jérémie Beyou, qui enchaîne les navigations au large de Lorient depuis la mise à l'eau du bateau, avec comme premier objectif la 12ème Route du Rhum avant de participer à son 5ème Vendée Globe en novembre 2024, se dit enchanté par son nouveau bateau. La saison 2024 a débuté avec la Transat CIC, où le bateau a été victime d'une avarie sur son étai de J2 et a été contraint à l'abandon, mais est parvenu tout de même à rejoindre les côtes new-yorkaises. Ces récits soulignent que, malgré les avancées technologiques, le facteur humain, la préparation méticuleuse et la capacité à faire face à l'imprévu restent centraux dans la course au large.