La navigation maritime est un domaine où la compréhension et le respect des règles sont essentiels pour assurer la sécurité de tous les usagers. Au cœur de cette réglementation se trouve le Règlement International Pour Prévenir les Abordages en Mer (RIPAM), un code universel qui établit les principes de conduite que tous les navires doivent suivre. Loin d'être une simple formalité, le RIPAM est la pierre angulaire qui permet d'éviter les situations critiques, souvent résumées par l'expression "risque d'abordage". Il est impératif pour tout navigateur, qu'il soit à la voile ou au moteur, de maîtriser ces préceptes.
Comprendre le Risque d'Abordage et le RIPAM
La première étape pour prévenir un abordage est de savoir identifier un risque de collision. La règle est incroyablement simple : si la distance entre deux bateaux diminue et que l’angle de relèvement reste constant, il s’agit simplement d’une question de temps avant que les navires ne soient sur une trajectoire de collision. À ce stade, la question cruciale est de savoir qui doit manœuvrer pour éviter ce qu’on appelle un abordage en mer. Pour évaluer ce risque, il est courant d'utiliser un compas de relèvement. Si l'on ne dispose pas de cet instrument, il suffit de prendre un point sur son propre bateau, comme un taquet ou un hauban, puis de viser un autre point sur le navire qui approche, comme son étrave ou sa cabine. Si ce point de repère sur l’autre bateau ne change pas à intervalles réguliers, alors il y a effectivement une route de collision. Il faut cependant rester vigilant, car de petites variations de l’alignement peuvent indiquer une route de collision si le navire en question est très gros ou très proche.
Le RIPAM, également connu sous l'acronyme COLREG pour nos amis outre-Manche, est le document qui régit ces règles. Il ne s'agit pas de "priorités" au sens strict du terme, comme on pourrait l'entendre sur la route, mais plutôt de "privilèges". Un navire est dit privilégié par rapport à un autre. Ce règlement octroie des droits et confère des obligations auxquels chacun est tenu de se conformer. Toutefois, il est essentiel de rappeler que le RIPAM ne s’applique qu’à partir du moment où il y a un risque de collision. L'un des meilleurs moyens d'éviter d'utiliser ces règles est donc d'éviter de se mettre dans des situations où il est nécessaire de les appliquer.
Une idée fausse courante est qu'être "privilégié" dispense de toute action. Au contraire, sachant qu'au moment où une situation devient critique, quand bien même vous êtes privilégié, les règles de barre imposent que vous manœuvriez afin d'éviter la collision. Le navire prioritaire doit tout mettre en œuvre pour empêcher la collision si l'autre bateau ne le fait pas. Ainsi, même si vous êtes privilégié sur un autre bateau, il faut rester attentif et se préparer à faire une manœuvre, car l’autre navire pourrait ne pas vous avoir vu ou ne pas avoir compris vos intentions.
Afin d’éviter une route de collision, plusieurs actions peuvent être entreprises : manœuvrer de manière claire et compréhensible pour l’autre navire, manœuvrer largement à l’avance, réduire sa vitesse, ou même faire marche arrière. La clarté et l'anticipation sont les maîtres-mots.
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Les Fondamentaux de la Prévention en Mer
Assurer une veille constante est une obligation fondamentale pour tout skipper. Cette veille doit être à la fois auditive et visuelle, permettant de détecter les autres navires, les obstacles, les dangers pour la navigation et les personnes à la mer. C'est la première ligne de défense contre le risque d'abordage.
Les signaux sonores et lumineux jouent un rôle crucial dans la communication entre navires, particulièrement dans des situations de manœuvre ou de visibilité réduite. Ils permettent d’expliciter clairement la manœuvre à un autre bateau. Ils sont divisés en deux catégories.
La première catégorie correspond aux signaux sonores de manœuvre et d’avertissement. Ces signaux doivent être utilisés uniquement dans le cas de la propulsion mécanique, ce qui inclut les voiliers naviguant au moteur. Il est impératif d’utiliser ces signaux en dehors des périodes de brume. Ils peuvent être doublés de signaux lumineux blancs, où chaque éclat dure 1 seconde et est séparé du suivant par 1 seconde. Les signaux lumineux doivent être synchronisés sur les signaux sonores et doivent être visibles sur tout l’horizon jusqu’à cinq milles. Parmi ces signaux, on trouve des indications pour signifier que l'on vient sur tribord, sur bâbord, que l'on recule, ou que l'on compte rattraper un navire par son tribord ou bâbord. Une réponse affirmative du navire rattrapé, des doutes sur les intentions d’un autre navire, ou l'approche d'un virage sans visibilité ont également leurs signaux spécifiques.
La deuxième catégorie concerne les signaux sonores utilisés par visibilité réduite, comme en cas de brume intense ou de brouillard. Leur but est de permettre aux autres bateaux d’identifier le type de navire et son activité. La fréquence de ces signaux varie selon le type de navire : un navire à moteur ayant de l’erre émettra un signal toutes les 2 minutes, tout comme un navire à moteur faisant route sans erre ou stoppé, ou un navire non-maître de sa manœuvre, handicapé par son tirant d’eau, un navire en train de pêcher, un voilier ou un navire au mouillage. Un navire remorqué émettra également un signal toutes les 2 minutes. Pour les navires mouillés, le signal sonore porte plus, et un coup de gong est ajouté chaque minute si le navire dépasse 100 mètres. Pour un navire échoué, les signaux d’un navire mouillé sont utilisés, avec l’ajout de deux feux rouges superposés la nuit. Enfin, un navire pilote attirant l’attention d’un navire émettra un signal chaque minute.
Priorité entre Voiliers et Navires à Propulsion Mécanique
La règle générale est claire : entre un voilier et un bateau à moteur, le voilier a toujours le privilège. Selon le règlement, un voilier a la priorité sur tout bateau à propulsion mécanique. Cela signifie qu'un voilier de 7 mètres croisant un pétrolier de 15 000 tonnes a théoriquement le privilège. Cependant, ici, le bon sens doit prévaloir. Bien qu'un voilier naviguant uniquement à la voile soit privilégié face à un bateau à propulsion mécanique, il est de la responsabilité du navigateur de prendre rapidement la barre et les écoutes pour changer de cap si une situation critique se présente, indépendamment de son statut de privilégié.
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Cependant, il existe des exceptions significatives à cette règle. Le voilier doit céder le privilège si le bateau à moteur rencontre des difficultés de manœuvre, est limité par son tirant d’eau (par exemple, s’il risque de s’échouer s’il cède le privilège), est en train de pêcher ou est incapable de gouverner. Ces situations exceptionnelles s'appliquent si le voilier navigue uniquement à la voile. Il est important de noter que le voilier est prioritaire sur les navires à moteur de moins de 50 mètres qui font route, mais doit s'écarter des autres navires plus grands (plus de 50 mètres), en pêche, au mouillage, handicapés par une avarie ou par leur tirant d'eau, entre autres.
Un point crucial à retenir est qu'un voilier utilisant une propulsion mécanique est considéré comme un bateau à moteur. Dans ce cas, les règles de privilège entre bateaux à moteur s’appliquent. Pour indiquer qu'il est sous moteur, un voilier naviguant au moteur doit alors montrer un cône pointe en bas dans sa mâture. Il doit également ajouter le feu de tête de mât aux feux de côté et de poupe normalement affichés.
La Dynamique entre Deux Voiliers : Règle des Amures et du Vent
Lorsque deux voiliers croisent leurs routes, les règles de privilège deviennent plus spécifiques et sont directement liées à la position du bateau par rapport au vent. En mer, lorsque deux bateaux à voile se croisent, il n'existe pas de priorité à droite mais une priorité de l'amure. L'amure, c'est le coin de la grand-voile qui est en bas du côté du mât. Tribord, c'est le côté droit du bateau lorsqu'on regarde vers l'avant. Donc, être "tribord amure" signifie que le vent gonfle la voile en venant de la droite du bateau (toujours en regardant vers l'avant du bateau).
La règle première à retenir est que le voilier qui navigue tribord amure (vent venant de tribord) a le privilège sur le bateau qui navigue bâbord amure (vent venant de bâbord). Le bateau bâbord amure doit alors modifier sa route ou sa vitesse pour éviter la collision. Sur une image, le bateau à droite qui a le vent venant de sa droite est tribord amure, il a donc le privilège sur le bateau avec la voile rouge qui est bâbord amure. Le bateau de gauche doit donc se dérouter ou ralentir afin de ne pas gêner celui de droite qui est privilégié. C’est exactement le même principe si les bateaux se font face. Un conseil pratique souvent donné est que lorsqu'on doit s'écarter, on abat (on tire la barre vers soi), ce qui permet d'éviter de se retrouver arrêté face au vent sur la route du bateau privilégié.
Lorsque les deux voiliers naviguent sous amure identique, c'est-à-dire que le vent vient du même côté pour les deux, une autre règle s’applique : celle du sous le vent / au vent. Le voilier qui est sous le vent a le privilège sur le bateau qui est au vent. Pour deux bateaux bâbord amure aussi, celui qui est sous le vent est privilégié sur celui qui est à son vent. De même, si le bateau vert est sous le vent du bateau rouge, le bateau rouge doit modifier sa route ou sa vitesse pour éviter la collision.
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En pratique, quand on est tribord amure et au près serré, on est privilégié sur tous les autres voiliers. Quand on est bâbord amure et au près serré, on est privilégié sur les bateaux sur la même amure, mais on doit s'écarter de tous les bateaux qui sont sur l'autre amure. Et moins on serre le vent, moins on est privilégié. Même prioritaire, un voilier doit à tout moment se maintenir prêt à manœuvrer pour éviter une collision.
Scénarios Spécifiques de Rencontre en Mer
Au-delà des règles d'amure et de vent, d'autres situations spécifiques régissent les interactions entre navires.
Rattrapement d'un Navire
Le cas du rattrapement est fondamental en navigation. Un bateau est considéré comme rattrapant lorsqu'il se rapproche de l’arrière d’un second bateau, dans un secteur de 135° depuis la poupe du navire rattrapé, c'est-à-dire que la règle du rattrapant s'applique si le rattrapant a un angle de plus de 22,5 degrés avec le tableau arrière du rattrapé. Cette règle ne s’applique que si les routes des deux bateaux forment un angle inférieur à 22,5° avec le tableau arrière du rattrapé. Dans le cas contraire, c’est la règle du bateau rattrapant qui s’applique. La règle du navire rattrapant s’applique entre deux bateaux de même type (bateaux à moteur ou voiliers) ou deux types différents (bateau à voile/bateau à moteur).
Le principe est simple : le bateau rattrapant doit s’écarter du bateau rattrapé. Il peut passer à tribord ou à bâbord, mais c'est sa responsabilité de manœuvrer pour éviter toute collision. Le bateau rattrapé, quant à lui, ne doit pas gêner la manœuvre du bateau rattrapant. Par exemple, si un voilier souhaite doubler un bateau de pêche, il est soumis à la même règle du navire rattrapant et doit tout mettre en œuvre pour ne pas le gêner. Lorsque deux voiliers se suivent et sont sur la même amure, la règle veut que le voilier le plus rapide doit contourner celui qui est moins rapide. Le rattrapant adapte donc sa route au voilier qui est devant. Il existe deux cas de figure : soit le bateau de derrière n'est pas engagé, c'est-à-dire que sa proue ne dépasse pas, et dans ce premier cas, le voilier de devant est privilégié et libre dans ses manœuvres. Soit le voilier de derrière est engagé, et dans ce cas, le voilier le plus proche du vent devient privilégié.
Croisement entre Navires à Moteur
Lorsque deux navires à moteur se croisent, la règle de privilège à tribord s'applique, équivalente à une priorité à droite élargie comme dans le code de la route. En cas de croisement, c’est le bateau qui voit l’autre arriver par sa droite qui doit manœuvrer, en virant à tribord et en ralentissant. Si deux bateaux à propulsion mécanique arrivent l’un en face de l’autre, chacun doit partir sur son tribord pour s'éviter mutuellement.
Situations Particulières : Voiliers en Manœuvre
Lorsqu’un voilier effectue une manœuvre comme un virement de bord ou un empannage, il se doit de se tenir à une distance respectable d’un bateau qui navigue sur son cap. Cela permet d’éviter toute manœuvre d’urgence de l’un des deux voiliers. La cinquième règle cruciale, après celles concernant les amures, le vent et le rattrapement, est de manœuvrer de manière claire et compréhensible pour l’autre voilier et de faire sa manœuvre largement à l’avance. Ces cinq règles de privilège à la voile ne sont qu’un résumé du RIPAM, mais si elles sont bien respectées, les navigations seront beaucoup plus sereines.
La Hiérarchie des Privilèges : Les Navires Spéciaux
Le RIPAM établit une hiérarchie claire des privilèges, où certains navires sont considérés comme plus privilégiés que d'autres en raison de leurs capacités de manœuvre restreintes ou de leur activité. Cette hiérarchie est cruciale et doit être connue de tous les marins. L'ordre de privilège, du navire le plus privilégié au navire le moins privilégié, est le suivant :
- Navire non-maître de sa manœuvre : Ce sont les bateaux les plus privilégiés, incapables de manœuvrer en raison d'une avarie, par exemple.
- Navire à capacité de manœuvre restreinte : Cela inclut des navires comme les dragueurs, les baliseurs, ou ceux engagés dans des opérations nécessitant une liberté de manœuvre limitée.
- Navire handicapé par son tirant d'eau : Tous les gros navires qui, en raison de leur grand tirant d’eau, ne peuvent naviguer qu'au milieu d'un chenal par exemple.
- Navire en train de pêcher : Un navire en train de pêcher et faisant route.
- Navire à voile : Les voiliers, lorsqu'ils naviguent uniquement à la voile.
- Navire à propulsion mécanique : Les bateaux à moteurs, qui sont les moins privilégiés.
Chacune de ces catégories de navires doit afficher des signaux spécifiques, de jour comme de nuit, pour informer les autres usagers de leur statut.
- Navire non-maître de sa manœuvre : De jour, deux boules noires superposées ; de nuit, deux feux rouges superposés, et feux de côté et de poupe s'il a de l'erre.
- Navire à capacité de manœuvre restreinte : De jour, une boule, un cône pointe en haut et une boule superposés verticalement ; de nuit, trois feux superposés rouge-blanc-rouge, et feux de côté, feu de tête de mât et feu de poupe s’il a de l’erre.
- Navire handicapé par son tirant d'eau : De jour, un cylindre noir ; de nuit, trois feux rouges superposés.
- Navire en train de pêcher (de moins de 20 mètres) : De jour, un panier ; la nuit, il existe plusieurs combinaisons de feux selon si les filets sont retenus au fond, s’ils pêchent en couple, etc. Il faut se reporter aux livres spécialisés.
- Navire en train de pêcher (de plus de 20 mètres) : De jour, des marques spécifiques ; la nuit, des combinaisons de feux plus complexes.
- Navire à voile : Pas de signe particulier de jour ; de nuit, feux de côté et feu de poupe. Au moteur, ajouter le feu de tête de mât.
- Navire à propulsion mécanique (hors les quatre premiers cas) : Pas de signe particulier de jour ; de nuit, feux de côté, feu de poupe et feu de tête de mât. Pour les navires de plus de 50 mètres, un deuxième feu de tête de mât est ajouté.
Il existe également des signaux pour indiquer les bateaux stoppés. Un navire au mouillage de moins de 50 mètres affichera un feu blanc en tête de mât la nuit. Un navire échoué utilisera les feux d’un navire mouillé, complétés par deux feux superposés rouges.
Navigation dans les Chenaux Étroits
Dans les chenaux étroits, les règles de privilèges vues précédemment comportent quelques exceptions. Ainsi, une grosse embarcation qui, en raison de son grand tirant d’eau, ne peut naviguer qu’au milieu du chenal, est privilégiée sur le petit bateau qu’il rattrape. Cela souligne l'importance d'adapter les règles générales aux réalités physiques de la navigation et aux contraintes des grands navires.