Le Pot-au-Noir : Définition, Origine et Défis pour les Navigateurs

Le Pot-au-Noir est une zone météorologique redoutée et fascinante, située dans l'océan Atlantique, près de l'équateur. Cet article explore en profondeur sa définition, son origine, les défis qu'elle pose aux navigateurs, et son évolution à travers l'histoire, notamment dans le contexte des courses à la voile comme le Vendée Globe et des vols transatlantiques.

Définition et Localisation

Le Pot-au-Noir, également connu sous le nom de Zone de Convergence Intertropicale (ZCIT), est une bande météorologique instable qui ceinture la terre, agissant comme un équateur météorologique. On peut le positionner dans l’océan Atlantique aux alentours de l’équateur, principalement entre les latitudes 5° nord et 5° sud. Cette zone s'étend du continent américain au continent africain. Les navigateurs peuvent l'apercevoir de très loin, à 100 milles, grâce à ses gros nuages.

La position exacte du Pot-au-Noir varie en fonction des saisons, suivant ainsi le mouvement du soleil sur les zones océaniques, avec un retard d’environ deux mois. Cette zone se déplace autour de l'équateur entre l'hémisphère nord et sud selon la déclinaison du soleil. En général le Pot au noir se trouve entre le 8° N et le 3° N, pour sa partie Atlantique, de la pointe du Brésil aux côtes africaines, sur quelques centaines de kilomètres du nord au sud.

Caractéristiques Météorologiques

Dans cette large bande, les alizés du nord soufflant du nord-est rencontrent les alizés du sud d’orientation sud-est. La rencontre de ces alizés crée une zone de calme relatif, ou de vent très faible. Cette absence de vent, souvent appelée “les calmes équatoriaux”, est l’une des particularités les plus frustrantes pour les skippers en course.

Les navigateurs font face à une très forte humidité avec des températures extrêmement élevées (entre 35° et 40°C), ainsi qu'une température de l'eau comprise entre 27° et 29°C, favorisant ainsi une évaporation intense. Ce phénomène génère alors une couverture nuageuse impressionnante et très dense, avec de nombreux cumulonimbus qui peuvent atteindre plus de 12 000 mètres d’altitude.

Lire aussi: Installer des poteaux en bois pour voile d'ombrage

Sous un ciel noir chargé de très sombres cumulonimbus, les skippeurs peuvent très bien filer sous de très violents grains soufflant dans toutes les directions ou prendre leur mal en patience sur une mer désespérément calme et sans un souffle à l’horizon. Les vents erratiques ne cessant d’évoluer, les marins en quête du moindre souffle doivent sans cesse changer de voile.

Dans cette zone, à bord d'un bateau on peut rencontrer du brouillard, des pluies diluviennes, du tonnerre, des éclairs, des rafales de vent violents ou encore des trombes (colonne qui part de la mer et qui mélange eau et air en rotation pour rejoindre le ciel) ou des feux de Saint-Elme (décharge électrique plus ou moins continue d'intensité modérée). C'est souvent dans cette zone que se forment les cyclones avant de se déplacer.

Origine du Nom et Apparition du Terme

L’origine du nom Pot-au-Noir est entourée de mystère. L’expression Pot-au-Noir apparaît dans le dictionnaire au XVIIe siècle, mais elle n’a absolument rien à voir avec le monde maritime.

Hypothèses Historiques

Plusieurs hypothèses tentent d'expliquer l'origine de cette appellation :

  1. Objet Capverdien : Une seconde piste mène sur un objet d’origine cap-verdienne, l’État insulaire de l’Afrique de l’Ouest. Là-bas, le Pot au noir était un pot dans lequel étaient jetés les détritus des foyers capverdiens.
  2. Traite des Noirs : Une troisième hypothèse rappelle un épisode sombre de l’Histoire avec la traite des noirs. Les négriers auraient profité du calme régnant dans la région et où les navires ralentissaient pour jeter par-dessus bord ce qu’ils considéraient comme de la marchandise contaminée, des hommes malades pouvant transmettre les microbes au reste des occupants du navire. Bien que cette hypothèse soit débattue par les historiens, elle est appuyée par des témoignages anglais.
  3. Horse Latitudes : Les Anglo-Saxons parlent eux des horse latitudes (les latitudes des chevaux) pour évoquer le Pot-au-Noir. À l’époque de la marine à voile et du transport de chevaux vers les Antilles notamment, les navires pouvaient rester englués dans cette zone durant plusieurs semaines. Les britanniques faisaient de même avec les chevaux qui devenaient fous à force de rester coincés dans cette zone où il faisait très chaud. Ils l'appellent la zone de "Horse Lattitude". De plus, les animaux consommaient beaucoup d'eau douce, alors les britanniques les jetaient par dessus-bord.

Évolution de l'Usage du Terme

  • XIXe Siècle : En 1820, Jean-Baptiste Willaumez ne proposait pas d'entrée Pot-au-Noir dans son Dictionnaire de marine. On ne trouve pas plus l’expression dans le Glossaire nautique d’Augustin Jal (1848 - 1850).
  • Émile Littré : C’est Émile Littré (1801-1881) qui est le premier à capter l’expression Pot-au-Noir appliquée au maritime. Dans son Dictionnaire de la langue française, rédigé entre 1846 et 1865, il définit : “Le pot au noir, nom donné par les marins à une région de brumes et de tempêtes, redoutée des navigateurs, entre 1° et 5° de latitude Nord”.
  • Fin du XIXe Siècle : Autour de 1900, les capitaines au long cours français l’appellent souvent “la zone incertaine”, mais certains commencent à utiliser le terme "Pot-au-Noir". En 1898, la Revue d’hygiène et de médecine préventive évoque le Pot-au-Noir d’un point de vue météorologique.
  • Années 1920-1930 : La véritable popularisation de l'expression Pot-au-Noir vient des airs et non de la mer. Les pionniers des vols transatlantiques et ceux de l'aéropostale utilisent la formule pour désigner cette marmite terrifiante qu'ils affrontent entre l'Afrique et le Brésil. Dieudonné Costes et Jean Mermoz le citent explicitement dans leurs récits.
  • Aujourd'hui : C’est bien la voile moderne et ses circumnavigations - à partir du Golden Globe 1968-1969, la première course autour du monde en solitaire -, qui ont popularisé le Pot-au-Noir auprès du grand public actuel.

Défis pour les Navigateurs

Le Pot-au-Noir est redouté des marins en raison de son imprévisibilité. Les conditions peuvent changer en un clin d’œil : on peut passer de vents soufflant à 30 nœuds à des heures de pétole.

Lire aussi: Tout savoir sur les poteaux télescopiques pour voiles d'ombrage

Imprévisibilité et Stratégie

Il est difficile de planifier son passage en bateau dans le Pot au noir. Néanmoins il s'avèrerait que la trajectoire entre le 27° degré et le 30° degré serait la meilleure car généralement elle correspond à la zone la plus étroite du Pot au noir. L'imprévisibilité du Pot au noir nécessite d'avoir un bateau parfaitement assuré pour être paré face à un éventuel souci technique.

Pour les navigateurs en course, un premier voilier peut passer en évitant le trop calme ou la trop mauvaise météo tandis que les autres bateaux juste derrière vont se retrouver bloqués dans le Pot au noir et ainsi prendre beaucoup de retard. Ou bien, tous les concurrents vont arriver dans la zone de convergence intertropicale et même temps et en ressortir en même temps. C'est donc une étape cruciale des courses en voilier, une "loterie" que les concurrents doivent affronter deux fois durant leur périple, à l'aller et au retour. Même si la zone est redoutée par les marins, elle n'est pas dangereuse, elle est juste imprévisible.

Impact sur les Courses à la Voile

Dans le Pot-au-Noir, on peut voir son avance acquise patiemment dans l’Atlantique Nord fondre comme neige au soleil et un navigateur peut y perdre le Vendée Globe… ou le gagner car une fois sorti du bourbier, c’est la délivrance.

Les skippers du Vendée Globe sont en approche du fameux Pot-au-noir. Partis des Sables-d'Olonne le 11 novembre dernier, les skippers de la 10ème édition du Vendée Globe approchent du « Pot-au-noir », une zone aussi fascinante qu’effrayante. Sur le Vendée Globe, cette variabilité peut créer des écarts imprévus entre navigateurs. Tandis qu’un voilier peut être paralysé par l’absence de vent, un autre, à quelques milles de distance, peut bénéficier d’un grain salvateur lui permettant de prendre une avance précieuse.

Conseils pour la Traversée

Voici un vieux conseil des Portugais du XVème siècle : tirer vers le Brésil à la toucher avant l‘équateur, puis en dessous repiquer vers le cap de Bonne-Espérance. Une compétition autour du monde peut se perdre ou se gagner dans la façon de dominer le “Pot au Noir”.

Lire aussi: Voile d'ombrage et poteau bois : le tutoriel complet

Les skippers doivent éviter de rester coincés dans les zones de calme, tout en profitant des zones où des vents plus soutenus soufflent. Cela nécessite une attention constante aux fluctuations météorologiques, et une capacité à manœuvrer dans des conditions instables, le tout sans avoir beaucoup dormi. En effet, les marins en quête du moindre souffle pour se dépatouiller de cet enfer doivent sans cesse changer de voile.

Anecdotes et Exemples

  • Jean-Pierre Dick (2012) : Lors du Vendée Globe, le 20 novembre 2012, en plein Pot-au-Noir, Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec 3) accélère dans une risée.
  • Charal (2019) : Lors de la transat Jacques Vabre en Novembre 2019, c'est le bateau Charal avec Jérémie Beyou et Christopher Pratt qui ont été piégés dans les tourbillons du Pot au noir. 3 jours d'enfer pour l'équipage.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *