Port-la-Forêt: Histoire d'un haut lieu de la voile en Bretagne

Introduction

Situé dans le Finistère sud, à La Forêt-Fouesnant, Port-la-Forêt est aujourd'hui bien plus qu'un simple port de plaisance. Surnommé la "vallée des fous" par Olivier de Kersauson, il est devenu un centre d'entraînement de renom pour la course au large, un berceau de champions et un pôle d'innovation pour l'industrie nautique. Son histoire, riche en rebondissements, témoigne d'une ambition locale transformée par des enjeux nationaux et des contestations citoyennes. Cet article retrace l'évolution de Port-la-Forêt, de ses origines modestes à son statut actuel de référence mondiale.

Genèse d'un projet ambitieux (années 1950-1972)

Le contexte socio-économique

Dans les années 1950, la campagne bretonne est confrontée à un exode rural. Henri Le Rest, élu de La Forêt-Fouesnant et maire de 1965 à 1989, cherche des solutions pour retenir les jeunes dans sa commune. Il envisage notamment la création d'une école de voile.

L'impulsion d'Henri Desjoyeaux

La dynamique locale est lancée par l'installation d'Henri Desjoyeaux, père du célèbre skipper Michel Desjoyeaux et co-fondateur des Glénans. En 1956, il quitte l'école des Glénans et fonde à La Forêt-Fouesnant un chantier d'hivernage et de réparation de bateaux, qui connaît une croissance rapide. Auparavant, l’anse de la Forêt-Fouesnant n’était caractérisée que par une activité conchylicole.

Le projet initial

En 1965, le projet d'école de voile est sur les rails. Au fil des rencontres, il évolue vers un projet plus vaste : la construction de « Port-La-Forêt », un port de plaisance de 700 places associé à un complexe touristique comprenant 900 logements, des commerces, des terrains de tennis, une piscine et des parkings.

La contestation du projet immobilier

L'aménagement portuaire se fait avec l'adhésion de la population, en revanche, le projet de construire une marina sur un terrain gagné sur la mer suscite l'opposition du Comité de défense des sites de la Forêt-Fouesnant. Plusieurs recours sont déposés, aboutissant finalement au renoncement des autorités locales et des promoteurs. Cette opposition illustre une prise de conscience environnementale et une volonté de préserver le littoral breton. La Loi Littoral, votée en 1986, permettra par la suite de mieux encadrer les aménagements immobiliers en bord de mer.

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Inauguration et premiers développements

Les travaux de dragage débutent en 1970 et Port-La-Forêt est inauguré officiellement le 7 juillet 1972. Le port compte alors 150 places disponibles sur pontons flottants. Jean-Michel Robert, capitaine de marine marchande, devient le premier Capitaine de Port-La-Forêt.

L'essor de la plaisance en Bretagne (jusqu'en 1972)

Dès le milieu du XIXe siècle, on dénombre déjà 126 embarcations de plaisance en Bretagne, principalement autour de Roscoff et Saint-Malo. Le sport nautique se développe ensuite dans toute la région. Jusqu'aux années 1960, des amateurs peu fortunés pêchent et se promènent avec des bateaux économiques dérivés de petits voiliers de travail locaux. D'autres, plus aisés, s'offrent des voiliers capables d'affronter la mer et suffisamment habitables pour régater de port en port sur tout le littoral. Le développement du tourisme balnéaire et de la voile prépare la Bretagne à accueillir les infrastructures de la plaisance moderne. C'est dans ce contexte qu'est construit Port-la-Forêt.

Port-la-Forêt, "Vallée des fous" et pôle d'excellence (1972-Aujourd'hui)

Un développement progressif

Le port prend progressivement de l’ampleur et compte dès 1985, 700 places d’amarrage. Des agrandissements rendus possibles en partie par les lois de décentralisation de 1983. Elles redistribuent aux régions, départements et communes de nouvelles compétences, jusque-là, exclusive à l’État.

L'émergence d'un écosystème nautique

L’aménagement du port commence. Grâce à ce nouvel élan, le secteur de l’industrie s’installe à Port-la-Forêt. En première ligne, le constructeur de voilier, CDK composite. Ses créateurs, de jeunes régatiers locaux, sont devenus des références dans le monde de la voile : Jean Le Cam, Gaëtan Gouérou, Hubert et Bertrand Desjoyeaux. Aujourd’hui, les bateaux de CDK sont souvent considérés comme les plus performants de son secteur. « Un vrai écosystème naît. Port-la-Forêt devient pionnier de l’innovation technologique, du développement économique et juridique de la filière. Ils sont partis d’une page blanche. Pour les 20 ans du port, la solitaire du Figaro y fait sa première escale. Une édition couronnée de succès pour les enfants du pays. Michel Desjoyeux remporte l’édition, suivi de Jean Le Cam. Tous deux vivent et s’exercent à Port-la-Forêt.

La "vallée des fous"

Port-La-Forêt est un endroit absolument unique au monde. Olivier de Kersauzon l’a surnommé la « Vallée des fous ». Des fous de voile, d’océan et de challenge. C’est ici que se sont formés les meilleurs skippers de la course au large.Avant, tout le monde s’entraînait séparément. Puis les skippers se sont réunis, à Port-la-Forêt, pour apprendre et performer ensemble. Jean Le Cam arrive premier à Port-la-Forêt en 1992 pour l’une des étapes de la solitaire du Figaro. Son avance sera insuffisante pour contrer Michel Desjoyeaux.

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Le Pôle Finistère Course au Large

C’est à Port-la-Forêt que se trouve le Pôle Finistère course au large. Le port de Port-la-Forêt offre des infrastructures de premier ordre spécialement conçues pour répondre aux besoins des skippers solitaires. Port-la-Forêt est connu pour avoir vu naître et former certains des plus grands skippeurs de la course au large. Parmi eux se trouvent des légendes telles que Michel Desjoyeaux, qui a remporté le Vendée Globe à deux reprises (2000-2001 et 2008-2009. Jean Le Cam, quant à lui, est un marin emblématique qui a participé à plusieurs éditions du Vendée Globe et a remporté Transat Jacques-Vabre en 2013.

Le Pôle France Finistère Course au Large, qui a pour vocation l’entraînement et le suivi des sportifs de haut niveau dans le domaine de la course au large est créé dans les années 1990. Il a formé les plus grands coureurs, tels que Desjoyeaux, Gabart, Le Cleac’h.

L'accueil des bateaux du Vendée Globe

S’ensuit une petite révolution. Port-la-Forêt décide d’accueillir des bateaux du Vendée Globe. Un bassin spécifique, d’une profondeur de 5 mètres, voit le jour. Après tout, certains de ces bateaux sont fabriqués chez CDK, à quelques dizaines de mètres seulement.

Un port "propre actif en Biodiversité"

Le port de La Forêt-Fouesnant, l’un des plus grands de Bretagne est certifié depuis 2020 « Port propre actif en Biodiversité ».

Port-la-Forêt aujourd'hui

Aujourd’hui, le port compte 1 130 places au ponton et une douzaine pour les Imoca, la norme des bateaux du Vendée Globe. Une capacité qui en fait le deuxième port de plaisance du Finistère, après Brest.

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Le Vieux-Port et ses transformations

À l’origine, La Forêt-Fouesnant était un petit port de pêche, qu’on appelait « Le Vieux-Port ». Jusque dans les années 1945-1950, il a accueilli ligneurs et sardiniers (bateaux de pêche). Les sardiniers pêchaient dans la baie de La Forêt-Fouesnant, aux alentours de l’archipel des Glénan. La pêche était vendue sur les quais. Les mareyeurs venaient acheter le poisson au port. Puis les bolincheurs ont supplanté les sardiniers, imposant la pêche au filet tournant dans la baie de Concarneau, la baie de la Forêt-Fouesnant n’étant pas assez profonde. Actuellement, il ne reste plus que cinq bateaux côtiers. Le Vieux-Port servait aussi de transport de maërl, appelé aussi grosil, (dépôt de sable, algues et débris) entreposé en tas au lieu-dit la Cale Neuve. Les paysans venaient remplir leur charrette pour fertiliser leurs champs. Cette pratique a disparu dans les années 1955-1960. Une conserverie de sardines est construite en 1953 au vieux port. Elle devient ensuite une usine de plats préparés et s’installe ensuite sur Fouesnant sous l’enseigne Tipiak.

Controverses et témoignages

Face à la demande croissante de bateaux de plaisance à la fin des années 1960, un projet de construction d’un nouveau port est mené par la municipalité. « Ce projet a été controversé car il masquait une grosse construction immobilière, des tours de plusieurs étages. Il y a eu une levée de boucliers et ça a même fait l’objet d’une émission dans « La France Défigurée ». Finalement, seul le projet du port a été finalisé ». Daniel Goyat et Alain Girault ont assisté à l’émergence du port. « Je me souviens du bar Chez Fredo qui était abrité au départ dans une baraque préfabriquée. Tout le monde se réunissait là-bas. Il avait des portes de saloon et faisait office de bar, crêperie et épicerie » se souvient Alain Girault.

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