Le Ponton de la Bordelaise : Immersion dans la Biodiversité Insolite d'un Trésor Caché de l'Étang de Thau

L'Étang de Thau, cette lagune d’eau salée unique, séparée de la mer Méditerranée par un cordon dunaire, abrite une vie sous-marine exceptionnelle et atypique. C’est l’un des trésors cachés du snorkeling dans le sud de la France, et pour le découvrir pleinement, le spot du Ponton de la Bordelaise est une destination de choix. Réputé pour sa faune sous-marine, ce site est en particulier connu pour abriter une population d'hippocampes, constituant une attraction majeure pour les amateurs de vie marine.

Accès et Préparation à l'Exploration d'un Site Singulier

Le Ponton de la Bordelaise est situé à l’extrémité Est de l’Étang de Thau, niché entre les villes de Sète et Balaruc-les-Bains. Pour s'y rendre, si l'on part de Sète, il convient d'emprunter la D2 en direction de Balaruc, puis de sortir juste après le pont qui enjambe le canal du Rhône à Sète. Au stop, il faut tourner à droite, et après une centaine de mètres, un chemin de terre longeant le canal devient visible. Pour ceux qui arrivent d’une autre direction, il est fortement conseillé de s'aider d’une application de géolocalisation afin de trouver ce chemin. Une fois parvenu sur le parking, il faut longer à pied le canal sur environ 500 mètres jusqu’à atteindre le petit phare rouge et blanc construit au bout de la digue. C'est à cet endroit que se trouve le point de mise à l'eau.

Pour profiter au mieux de l'exploration de ce site, il est de fait conseillé de s’y rendre au printemps, idéalement en avril-mai, lorsque l’eau est encore suffisamment fraîche. Ces conditions offrent les meilleures chances de pouvoir explorer le spot avec une visibilité acceptable. En plein été, la visibilité peut être nulle, ce qui pourrait contraindre les plongeurs à renoncer à se mettre à l’eau, gâchant ainsi l'opportunité de découvrir ses richesses. Il est important de noter que le ponton de la Bordelaise est situé dans une zone industrielle, ce qui confère au lieu une atmosphère particulière, mais signifie également qu'aucune possibilité de restauration ou d’hébergement ne se trouve à proximité immédiate.

La mise à l’eau s'effectue au pied du phare, directement face au ponton. Des paliers en béton spécialement aménagés permettent de s’asseoir confortablement et de s’équiper en toute tranquillité, avant une entrée progressive et aisée dans l’eau. La zone de snorkeling couvre l'espace situé entre la digue du canal, où se trouve le point de mise à l’eau, et le ponton lui-même, ces deux points étant distants d’une centaine de mètres. Les fonds marins sont principalement rocheux, mais se transforment par endroits, se couvrant d’algues, de branchages, et même de restes d’épaves de bateaux, ce qui ajoute à la diversité des habitats. Une précaution essentielle est à observer : des bateaux peuvent circuler dans la zone. Il est impératif de ne pas dépasser le bout de la digue ou du ponton et de toujours se signaler pour garantir la sécurité de tous. Ce spot est d'ailleurs très fréquenté par les plongeurs bouteille, témoignant de sa richesse sous-marine.

Conditions d'Immersion et Premières Impressions : Une Entrée en Matière Contrastée

Les conditions météorologiques peuvent parfois se montrer capricieuses, influençant grandement l'expérience de plongée. Ainsi, les conditions de plongée n'évoluent pas toujours favorablement, avec un vent de nord-ouest qui peut rester soutenu, une houle intense et une mer malheureusement peu transparente. Le spot du ponton de la Bordelaise peut ne pas sembler très engageant au premier abord, surtout lorsque les éléments se déchaînent. Le coin, en surface, ressemble parfois à une friche abandonnée, dégageant une impression un peu glauque, avec des détritus posés par-ci par-là et de vieux bateaux qui semblent amarrés là depuis des lustres, contribuant à cette atmosphère singulière.

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Une fois immergé, la visibilité peut être assez mauvaise, avec une eau verdâtre et chargée, rendant l'observation difficile. Pour couronner le tout, le vent a parfois tendance à pousser vers le rivage des milliers de méduses aurélies (Aurelia aurita), qui s’amassent tout au long de la côte en formant des nuées denses, créant un spectacle à la fois fascinant et parfois déroutant. Sur la côte exposée au large, la houle peut être vraiment gênante, réduisant considérablement la capacité d'observation. Dans ces circonstances, il est préférable de ne pas s'attarder en zone découverte et d'aller directement vers les colonnes du ponton, qui offrent un abri relatif contre les éléments.

L'Écosystème Fascinant des Piliers du Ponton : Un "Paradis du Plongeur Bio"

En se faufilant entre les cordages des bateaux amarrés aux piliers du ponton, on découvre un monde insoupçonné. Les cordages sont littéralement recouverts d'ascidies de bonnes tailles, de bryozoaires et d'une multitude d'autres organismes, faisant de cet endroit un véritable paradis pour le plongeur "bio". Ces formes de vie partagent le mince espace disponible, créant une densité de biodiversité remarquable. On y trouve notamment une autre espèce de grandes ascidies, les ascidies plissées (Styela plicata), qui se distinguent par leur apparence striée et leur capacité à prospérer dans des environnements riches en nutriments.

Certaines moules, nombreuses dans cette zone, sont elles-mêmes couvertes d'ascidies coloniales. Par exemple, il est possible d'observer des moules drapées d'un élégant botrylle étoilé (Botryllus schlosseri). Cette colonie apparaît comme un ensemble de petites structures en forme d'étoiles, toutes réunies dans une tunique commune appelée cormus, offrant un spectacle visuel saisissant. Le festival des ascidies ne s'arrête pas là, avec la présence d'une cione robuste (Ciona robusta), une ascidie tubulaire blanche et translucide qui se dresse fièrement dans l'eau. Ces ascidies, par leur diversité de formes et de couleurs, contribuent grandement à la richesse de l'écosystème du ponton.

Les grandes colonnes ombragées du ponton sont assez largement colonisées par les moules, qui s'accrochent en grand nombre, créant des agrégats impressionnants. Ici aussi, il y a énormément d'invertébrés, mais également quelques poissons, comme cette blennie paon (Salaria pavo) habilement cachée parmi les coquilles des bivalves, observant discrètement les allées et venues. Une fraise de mer (Aplidium elegans) a réussi à trouver un petit espace libre pour développer son "coussinet" rose orangé, ajoutant une touche de couleur vive à l'ensemble. La quête de certaines espèces peut être un défi ; malgré les efforts pour ausculter les piliers du ponton dans l'espoir de trouver des limaces de mer, le succès n'est pas toujours au rendez-vous. En revanche, en ce qui concerne les ascidies, le plongeur est amplement servi, avec une concentration rarement vue auparavant. Il est même possible de rencontrer ce qui ressemble à un aplidium ocellé (Aplidium ocellatum), présentant parfois une couleur assez inhabituelle, car cette ascidie est généralement plutôt rosée. Cette abondance d'ascidies témoigne de la richesse et de la capacité d'adaptation de ces organismes filtreurs à un environnement dynamique.

Une coquille de moule, posée ou accrochée, peut attirer l'attention par son contenu inattendu. Elle peut abriter une bugule brune (Bugula neritina), ce petit bryozoaire qui se dresse sur l'intérieur lisse de la coquille tel un arbre au milieu de la plaine, ressemblant à une véritable sculpture miniature. Cette observation illustre la complexité et la beauté des micro-écosystèmes qui se développent sur les substrats disponibles. La zone du ponton héberge également une grande population de spirographes (Sabella spallanzanii), ces vers tubicoles dont les panaches branchiaux, véritables œuvres d'art vivantes, filtrent l'eau avec grâce.

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Exploration de la Crique et de l'Épave Fantomatique : Nouvelles Découvertes

En quittant les piliers du ponton, notamment ceux qui portent l'appellation "Lafarge", pour retourner dans la petite crique, on peut constater une amélioration des conditions lorsque la houle s'est un peu calmée, rendant l'exploration de ce secteur un peu plus facile et agréable. En nageant en direction du quai du phare, on peut tomber sur une vieille épave de bateau qui apparaît fantomatiquement dans l'eau verdâtre de l'étang. Cette épave, bien qu'énigmatique, regorge de vie et constitue un habitat privilégié pour de nombreuses espèces.

L'épave, immergée depuis un bon bout de temps, est bien couverte d'épibiontes, ces organismes qui vivent fixés sur d'autres surfaces. On y retrouve notamment une nouvelle ascidie plissée (Styela plicata), confirmant que cette espèce fréquente essentiellement les lagunes et les zones portuaires. Mais parmi les plus belles trouvailles, figurent sans doute les clavelines (Clavelina lepadiformis). Quelques colonies de ces ascidies se sont fixées sur les cordages de l'épave, formant des "pompons" à l'aspect cristallin. Les clavelines sont des ascidies sociales, ce qui signifie qu'elles sont toutes issues d’un même individu mère et sont reliées à d'autres ascidies par une sorte de "tige", appelée stolon, créant ainsi des colonies interconnectées. Malgré la richesse de l'épave, la recherche d'hippocampes parmi ses nombreux câbles métalliques ou ses cordages peut se révéler infructueuse, même en explorant en apnée.

Les Abords du Quai du Phare et les Rencontres Éphémères de la Fin de Plongée

Lorsque le vent et la mer s'apaisent davantage, il est opportun de terminer la plongée en allant visiter les abords du quai du phare. Là, une blennie paon mâle (Salaria pavo) peut être observée, surveillant son territoire du coin de l'œil. Ce poisson est un résident permanent de l'Étang de Thau, ne le quittant jamais, même en hiver quand la température chute fortement. Cette caractéristique souligne sa remarquable capacité à s’adapter à d’importantes variations de température ou de salinité tout au long de l’année, une faculté essentielle dans un environnement lagunaire comme l'Étang de Thau.

Bien que de nombreuses belles choses soient vues durant la plongée, la déception peut persister si les hippocampes et les limaces de mer, des espèces très recherchées par les plongeurs, manquent à l'appel. Cependant, la chance peut parfois sourire en fin de parcours. Ainsi, il est possible de repérer une haminoé perdue parmi les touffes d'algues. L'haminoé est une limace de mer particulière, caractérisée par une coquille sur son dos, sans être pour autant un escargot, car il s'agit d'un céphalaspide. Plusieurs espèces d'haminoés vivent dans l'étang, et elles ne sont pas toujours faciles à distinguer les unes des autres. La couleur foncée de son disque céphalique et de ses parapodes, ainsi que les marques blanches visibles sur les bords de sa tête, peuvent indiquer qu'il s'agit d'une haminoé exiguë (Haminoea exigua).

L'exploration peut se prolonger au point que l'on ne se rend plus compte du temps passé, jusqu'à ce que la batterie de l'appareil photo, comme celle d'un Olympus TG4, clignote en rouge, signalant la fin de ses réserves d'énergie. Avant de mettre fin à la sortie, un dernier coup d'œil dans un trou peut révéler une petite astérie bossue (Asterina gibbosa), offrant une variation bienvenue après l'abondance d'ascidies. Cette étoile de mer vit généralement à l'abri de la lumière et est capable d’avaler une moule en déployant son estomac à l’intérieur de la coquille entrouverte du bivalve, illustrant une stratégie alimentaire fascinante.

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