L’attrait pour l’eau, le canoë et l’aventure a toujours été un moteur puissant pour les passionnés de navigation. Que ce soit sur les côtes corses ou lors d’expéditions de longue haleine entre Ajaccio et Calvi, la recherche constante d’optimisation a poussé les navigateurs vers des concepts toujours plus audacieux. Dès le début du 20ème siècle, des pionniers passionnés d’aviation, comme Bell en 1913, ont cherché à faire décoller les bateaux. En 1920, les frères Mc Intyre déposaient un brevet de trimaran dont les flotteurs étaient substitués par des plans porteurs. Cette quête, qui symbolise les forces de la nature, a abouti à une révolution technologique : le foiler.
Fondements et Typologie des Engins à Hydrofoils
Sur ces engins, souvent appelés hydroptères en France, les foils ont pour but de faire décoller entièrement le bateau afin qu’il ne soit plus en contact avec l’élément liquide que par ses plans porteurs. Il est essentiel de différencier les hydrofoils des foilers par le nombre de foils. Les foilers et trimarans à foils d’appoint sont le plus souvent équipés de deux hydrofoils sur les flotteurs, tandis que les hydroptères en possèdent trois.
Les foilers, au sens strict, n’ont pas pour fonction de naviguer entièrement décollés. L’utilisation de foils permet de conserver la stabilité tout en diminuant la surface mouillée par une réduction de la taille des flotteurs. Entre les deux, les trimarans à foils d’appoint tirent parti de la portance des foils pour modifier l’assiette du bateau et améliorer leurs performances globales. Le terme « foiler » aurait été inventé par Gerald Holtom dans les années 70, mais les premiers modèles ont éclos dès le milieu des années 50, comme le canoë modifié par Edmond Bruce et Sam Catt en 1954, équipé de foils en T à incidence réglable manuellement.
L’Innovation du Bruce Foil et les Premiers Pas
Le principe du Bruce Foil est révolutionnaire pour les praos et trimarans. En décalant le plan antidérive sous le vent, la perpendiculaire au centre de dérive passe par le centre vélique, limitant fortement la composante de gîte. Lorsque le flotteur se trouve sous le vent, le flux génère une portance positive qui soulage la structure ; inversement, au vent, il génère une portance négative, « collant » le flotteur à la surface. En 1955, monsieur Bruneau proposait déjà d’utiliser des plans porteurs pour soulager les flotteurs des trimarans de croisière. Plus tard, en 1973, le trimaran Outtriger de R.R. Gilruth marquait une étape décisive, suivi par des projets emblématiques comme Paul Ricard en 1979 ou Gérard Lambert, le premier bateau du tandem VPLP.
La Quête de la Performance : Le Cas du Trimaran T680 et l’Optimisation
Lorsqu’on s’intéresse à des projets comme le trimaran Flaneur de 27,5 pieds, on comprend que la performance naît de l’alliage entre une construction rigoureuse et une ingénierie de pointe. L’intégration de grands foils dans les flotteurs permet, dès 10 nœuds, une augmentation significative de la vitesse. Au vent, les foils déployés à moitié permettent de gagner 3 à 5 degrés de cap, tandis que par 4 Beaufort, il est possible d’atteindre 20 nœuds. La proue de la coque sous le vent sort presque entièrement de l’eau, ce qui réduit le risque de « prise » et accroît la sécurité.
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L’optimisation poussée, comme celle réalisée par André Bätz, inclut la création de flotteurs en fibre de carbone ne pesant que 52 kilos chacun, soit 23 kilos de moins que les modèles de série. L’adoption de formes d’étrave « wave piercer » et l’installation d’un mât rotatif en carbone permettent au bateau de se comporter comme un engin de compétition, capable de rivaliser lors de régates exigeantes comme le Silverrudder ou la Midsummersail.
La Révolution des Multicoques de Haute Mer : De Groupama à l’IDEC Sport
Si les petits trimarans de plaisance explorent les limites du vol, les géants des mers, tels que l’ancien Groupama 3, devenu IDEC SPORT, ont redéfini les standards de la course au large. Conçu par VPLP, ce trimaran de 31,50 mètres a été pensé comme le « plus petit » trimaran capable de rivaliser avec les plus grands, misant sur la largeur pour la puissance et la rationalisation de l’équipement pour la légèreté. Sa polyvalence lui a permis de remporter le Trophée Jules Verne et la Route du Rhum à plusieurs reprises, prouvant que la fiabilité et la haute performance peuvent coexister durablement.
Vers une Démocratisation du Foil : Le TF10
Aujourd'hui, l'évolution se tourne vers la démocratisation du vol. Le TF10, trimaran monotype de 11 mètres conçu par Morrelli & Melvin, en est l'exemple parfait. Grâce à une construction en fibre de carbone pré-imprégnée avec un noyau en nid d'abeille Nomex, il offre robustesse et légèreté. Son système de foils en T et de safrans permet de minimiser les mouvements de tangage et de roulis. Le réglage de l'angle de tous les foils par des actionneurs électriques permet à l'équipage de manœuvrer sans avoir à manipuler les dérives. Ce bateau a été conçu pour permettre à tout marin, quel que soit son âge ou sa condition physique, de goûter aux joies du vol au-dessus de l'eau, atteignant facilement 30 nœuds.
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