Plongée dans les Profondeurs Historiques : Guide Pratique des Épaves de Terre-Neuve

La plongée sur épave représente une immersion fascinante dans l'histoire, offrant l'opportunité d'explorer les trésors engloutis des océans. Parmi les multiples trésors à découvrir en plongée, les épaves font certainement partie des plus mystérieux et des plus plébiscités aux yeux des plongeurs. Elles constituent des havres de paix et des terres d’accueil où prospèrent une faune et une flore sous-marine d’une grande diversité. Requins, mérous, hippocampes, murènes, tortues, raies manta et bien d’autres profitent de ce vaste terrain de jeux. Les épaves fascinent les plongeurs de par leurs histoires toutes aussi étonnantes qu’uniques les unes des autres. On ne compte d’ailleurs pas moins de 3 millions d’épaves reposant sur les fonds marins à travers le monde. Des Caraïbes à la mer Rouge en passant par la Méditerranée ou l’Asie, chacune de ces mers ou océans regorgent de silhouettes fantomatiques, tantôt victimes de guerre, de tragédies maritimes ou de la force des océans. Ces fenêtres ne sont pas toujours enfouies à des centaines de mètres sous la surface ; certaines carcasses se trouvent en effet à des profondeurs tout à fait accessibles aux plongeurs et constituent de remarquables sites sous-marins à explorer.

Les Particularités Environnementales et Techniques de la Plongée sur Épave

Plonger sur une épave demande une préparation et une compréhension approfondies des défis spécifiques qu'elle présente. Les épaves sont très souvent situées dans des zones à fort courant ou exposées au vent avec parfois des roches à proximité. Ces particularités environnementales peuvent expliquer leur naufrage ou des facteurs qui l’ont favorisé. Il est donc nécessaire de bien s’informer des particularités de la zone de plongée : courant, houle, vagues, visibilité. Par exemple, pour plonger sur l’épave du paquebot français « Antilles » située à proximité de l’île Moustique dans l’archipel des Grenadines (Sud Antilles) et à une profondeur entre 10 et 15 mètres, il est impératif de choisir l’heure de plongée en fonction de la marée car le courant peut y être très violent.

Tout d’abord pour optimiser le temps de la plongée à une découverte des endroits les plus intéressants de l’épave surtout si celle-ci est de grande taille et se trouve à une profondeur importante (+ de 25 mètres). Par exemple, l’épave du Donator (-35m) située à l’est de l’île de Porquerolles (face à Hyères) nécessite 2 à 3 plongées pour la découvrir complètement. En plongeant avec un « habitué » de l’épave, il vous montrera sûrement les plus beaux recoins et si les conditions de plongée sont favorables, une immersion mémorable.

Plonger sur une épave amène très souvent à réaliser une plongée avec un profil dit « carré » c’est à dire que vous descendez assez verticalement sur l’épave (le long de la ligne de mouillage du bateau ou d’une bouée de signalisation) pour y rester une durée plus ou moins importante en fonction de votre autonomie en air pour ensuite remonter à nouveau verticalement. Le profil n’est donc pas celui d’une remontée lente (type plongée sur des tombants ou des hauts fonds) qui permet de dé-saturer lentement en azote et de ne pas avoir un temps de plongée important à la plus grande profondeur atteinte durant l’immersion. Le stock d’air est primordial lorsque l’accès vertical n’est pas à tout moment possible. Prenons l’exemple de l’épave le Rubis, ce sous-marin français coulé volontairement au large du Cap Camarat près de Cavalaire et de St Tropez. Il se trouve à la profondeur de 40 mètres et n’est pas très haut même si il est posé bien vertical sur le sable. Sur l’épave, il n’est pas possible de varier la profondeur d’une manière importante durant la plongée, soulignant l'importance d'une gestion rigoureuse de l'air.

Les Dangers Potentiels et la Prévention Indispensable

Les épaves, bien que captivantes, recèlent des dangers qu'il est crucial de reconnaître et de gérer. On y trouve des objets qui peuvent être coupants ou pointus, qu’il s’agisse de tôles rouillées et tranchantes, d’échardes de bois acérées ou de concrétions calcaires abrasives. Chaque mouvement constitue un danger potentiel et doit être fait avec circonspection afin de toucher le moins de choses possibles. Une paire de gants épais est un outil fort utile pour l’explorateur qui ne sait pas « toucher avec les yeux ». Être vacciné contre le tétanos s’avère également une sage précaution.

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Par ailleurs, une épave a par définition subi les épreuves du temps. Cela peut en affaiblir les structures. Attention donc à tout effondrement qui pourrait survenir après le passage d’un plongeur, d’un coup de palmes ou de bloc, voire simplement d’une accumulation de bulles d’air. Se retrouver coincé sous un morceau de tôle n’a rien d’amusant et représente une situation d'urgence majeure.

L'Exploration Intérieure : Un Domaine Réservé aux Spécialistes

L’intérieur d’une épave est par-dessus tout le royaume du mystère et le véritable cœur d’une épave. Rien d’étonnant donc à ce que la moindre ouverture attire immanquablement les plongeurs en manque d’aventure. Mais entrer dans une épave requiert une certaine expérience et des techniques particulières qui s’apparentent à celles de la spéléo. À l’intérieur d’une épave, on peut se perdre, en particulier à l’intérieur d’un grand navire dont certaines issues peuvent être obstruées. On se trouve dans un contexte de plongée sous plafond, sans pouvoir remonter directement en surface en cas de problème ou de panne d’air. Les passages à emprunter peuvent être étroits et l’on peut y rester bloqué.

Le dévidoir sert à retrouver son chemin. La pose d’un fil d’Ariane évite de se perdre dans les dédales d’une épave, fût-elle petite, en cas de soulèvement de la vase et baisse de la visibilité. Mais la technique du dévidoir est de celles qui ne s’improvisent pas. Le fil ne doit pas rompre, être coupé par une surface tranchante, tout en étant suffisamment tendu pour ne pas s’emmêler. On ne doit pas se déhaler dessus mais garder malgré tout un contact léger avec. La lumière, outre qu’elle rassure, permet aussi de localiser les objets tranchants et de retrouver son chemin. Encore faut-il que l’autonomie soit suffisante pour toute la durée de l’exploration. Il faut impérativement s’arrêter si l’on s’aperçoit que les bulles font tomber des sédiments accumulés en haut et que la visibilité diminue sérieusement.

La règle est de garder une bonne flottabilité à tout moment et de palmer bien horizontalement, avec éventuellement les palmes légèrement plus hautes que la tête, pour minimiser le contact avec le fond et la remise en suspension des sédiments. La configuration du scaphandre doit réduire au maximum les risques d’accrochage des tuyaux ou de perte d’air suite à un choc sur un détendeur. Toutes ces techniques s’apprennent au cours de formations qui n’ont rien d’inutiles. Entrer dans une épave (une grande) peut poser un certain nombre de problèmes sérieux au plongeur non expérimenté. L’auto-apprentissage est dans ce domaine source d’éventuels accidents. C’est donc bien l’affaire de spécialistes, équipés d’un matériel approprié. Il est parfois indispensable d’avoir un plan ou un schéma général ou tout au moins de prendre comme points de repère des éléments caractéristiques tels que grande cassure, mât ou cheminée. C’est là que l’on comprend l’utilité d’une ardoise pour suivre un plan ou le dessiner, d’autant que le compas est bien peu efficace, sur une épave métallique, pour suivre une direction avec précision !

Le courant rend difficile non seulement la progression mais aussi la descente ou la remontée. Dans tous les cas, les charmes de la plongée sur épave ne doivent pas faire oublier que cette activité oblige au respect de règles élémentaires de prudence.

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Réglementation et Éthique de la Plongée sur Épave

Les épaves sont soumises à une réglementation qui interdit d’en remonter tout objet de valeur historique. On le sait pour les amphores et d’autres objets antiques du même registre ! mais c’est également vrai pour d’autres objets qui semblent à première vue plus récents. Pour le DRASSM, toute épave présentant un caractère artistique, historique ou archéologique entre de plein droit dans les biens culturels maritimes et est par conséquent protégée. C’est généralement le cas de tout navire, en bois et à voile, et pour tout engin datant de l’apparition des navires métalliques et de la propulsion à vapeur. Pour les épaves métalliques, généralement plus récentes, les choses sont plus confuses. Celles coulées pendant la guerre appartiennent au pays dont elles battaient pavillon et peuvent être considérées comme cimetière ou épave historique. Pour les navires civils, le propriétaire privé est le plus souvent une compagnie d’assurance. Cela relève alors du cadre de la propriété privée, ce qui empêche tout prélèvement sans autorisation. On ne peut donc pas impunément remonter n’importe quoi d’une épave. D’abord parce que cela diminue l’intérêt de l’épave pour les plongeurs qui l’exploreront ensuite, mais aussi parce que cela retire une part de son intégrité historique et de son témoignage du passé.

Les Trésors Historiques Submergés de Terre-Neuve

Les épaves de quatre navires torpillés pendant la Seconde Guerre mondiale gisent toujours au fond de la baie de la Conception, à Terre-Neuve-et-Labrador. Ce sont des vestiges d'une série d'attaques de sous-marins allemands en 1942 qui attirent encore de nombreux plongeurs des quatre coins du monde. Ces plongées sur épaves de Bell Island sont aujourd’hui visitées par des plongeurs de partout à travers le monde.

Pendant la guerre, une mine de l’île Bell, à Terre-Neuve, était un centre névralgique de l'approvisionnement en fer pour les alliés. C'est la raison pour laquelle quatre navires marchands canadiens transportant du fer ont été la cible de U-Boot allemands près de Lance Cove. Environ 65 marins qui étaient à bord du Saganaga, du Lord Strathcona, du Rose Castle et du P. L. M. 27 ont perdu la vie lors de deux attaques menées à la fin de 1942. Les épaves reposent sur les fonds marins de la baie à une profondeur de 15 à 50 mètres. Les dommages importants causés aux navires par les torpilles allemandes sont cependant toujours visibles et affligeants. Les grandes quantités de minerai de fer dans les cales à cargaison rappellent aux plongeurs le rôle vital que ces navires et leur équipage ont joué durant la Deuxième Guerre mondiale.

Neil Burgess, président de la Shipwreck Preservation Society of Newfoundland and Labrador, note que les épaves les plus connues de la Seconde Guerre mondiale se trouvent dans cette baie. Les quatre navires marchands ne sont d'ailleurs pas les seuls à avoir été coulés dans cette région en 1942. Le Caribou, un traversier qui transportait des civils entre North Sydney et Port aux Basques, a coulé après avoir été touché par une torpille tirée d’un sous-marin allemand le 14 octobre 1942. Des 237 passagers qui se trouvaient à bord du traversier, 136 ont péri. Une torpille est même visible sur le fond marin de la baie de la Conception.

Avant le début de la guerre en 1939, l’Allemagne était l’un des plus grands clients du minerai de fer extrait sur l’île Bell. Les nazis connaissaient donc, quelques années plus tard, sa valeur stratégique. Les nombreuses attaques de sous-marins de l’Allemagne cette année-là visaient à affaiblir le ravitaillement de l’Amérique du Nord à la Grande-Bretagne. Les résidents des communautés côtières comme Lance Cove ont donc été aux premières loges des horreurs causées par l’offensive allemande en eaux canadiennes, en 1942. David Kennedy, maintenant décédé, est l’un de ceux qui ont risqué sa vie pour sauver des marins lors des attaques sous-marines. Il a aussi récupéré les cadavres. Sa femme, Alice Lahey Kennedy, également décédée, n’a jamais réussi à oublier les horreurs. Teresita McCarthy, leur fille qui réside sur l’île Bell, raconte que sa mère disait : "Teresita, tout ce que j’entendais, c’était des cris et des hurlements et des aidez-moi, sauvez-moi, je me noie! Aidez-moi, aidez-moi". Des noms de famille comme Rees, Bickford, Hammond, Bennett, Kent et Kennedy ont joué un rôle important dans les efforts de sauvetage et de récupération, note Teresita McCarthy. Par exemple, la famille Rees a utilisé sa maison pour en faire un poste de secours et une morgue temporaire, lors des événements. La maison existe toujours à Lance Cove. Les événements de 1942 sont impossibles à oublier. Teresita McCarthy aide maintenant au fonctionnement du musée de l’île Bell afin de préserver l’histoire minière de la région et des naufrages.

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Aujourd'hui, ces épaves font le bonheur de plongeurs qui viennent les explorer. Neil Burgess et Ysabelle Hubert sont du nombre. Le nom de leur bateau, Wreckfinder, (chercheur d’épaves), reflète bien leur passion. Le couple dit être fasciné par les paysages marins qu'il découvre lors de ses expéditions. Neil Burgess se souvient que la vue d'un soulier lui a glacé le sang. Il se demandait si quelqu’un le portait lorsque le navire a coulé, imaginant ce pauvre gars terrorisé par l’explosion du bateau par une torpille tentant de sauver sa peau. Les plongeurs qui explorent les épaves de la Seconde Guerre au large de l'île Bell peuvent découvrir des objets tels que des assiettes. Les éviers, les toilettes, les baignoires, et parfois les chaussures, que l’on peut apercevoir en nageant à travers les cabines des navires, amènent à se remémorer les membres d’équipage qui vivaient à bord, ainsi que les 65 hommes morts lorsque les navires ont été torpillés et coulés en 1942. Ces sont des artefacts que les gens ont utilisés, touchés, et qui ont compté pour quelqu’un, jadis.

Le photographe et plongeur Chris Power fait aussi sa part pour préserver l’histoire de la région. En juillet, il a publié plusieurs de ses photographies dans le livre World War II Shipwrecks of Newfoundland : In Pictures. Il visite les épaves de l’île Bell de cinq à dix fois par année. Puisque les navires se détériorent avec le temps, chaque plongée révèle de nouveaux trésors. Il a récemment découvert une collection de vinyles. Heureusement, de nombreux artefacts ont été récupérés des épaves et placés dans des musées locaux, de sorte que toutes les personnes intéressées peuvent en apprendre davantage sur ces événements tragiques sans avoir à plonger dans la mer. Plonger sur les épaves de Bell Island, c’est s’immerger dans l’histoire de guerre d’impressionnantes épaves de plus de 125 mètres de long, c’est découvrir l’incroyable beauté de la vie marine, et c’est aussi relever le défi de nager dans les eaux froides et claires de Terre-Neuve, réchauffés par les histoires des Terre-Neuviens. Chaque navire a sa propre histoire à raconter et recèle de merveilles à découvrir.

Guide Pratique pour la Plongée en Eaux Froides à Terre-Neuve

Vivez l'expérience de la plongée en eaux froides à Terre-Neuve, au Canada. Plongez au cœur d'épaves historiques, de forêts de varech luxuriantes et de falaises sous-marines spectaculaires regorgeant de vie marine comme des méduses, des loups de mer et des morues. Les épaves, maintenant recouvertes par une vie marine d’une grande beauté, sont devenues des sites de plongée exceptionnellement magnifiques. Terre-Neuve offre une exploration sous-marine palpitante dans un environnement sauvage et préservé.

La meilleure période pour plonger à Terre-Neuve s'étend de juin à octobre, lorsque la température de l'eau varie de 5 °C à 15 °C (41 °F à 59 °F) et que la visibilité est optimale. Cette période offre une mer calme et des conditions propices à l'exploration des épaves de la Seconde Guerre mondiale coulées par les sous-marins allemands, notamment celles du SS Saganaga et du SS Lord Strathcona. Pour les plongeurs du rivage, la plongée au cimetière des baleines offre une expérience unique, idéale en été, lorsque les conditions sont plus stables. En plongeant à Terre-Neuve, au Canada, vous rencontrerez une vie marine variée, notamment des baleines à bosse, des phoques communs, des homards, des morues et des étoiles de mer aux couleurs vives. Explorez des épaves fascinantes et observez des écosystèmes sous-marins uniques. L'île Bell est considérée comme l'un des meilleurs sites de plongée en eaux froides d'Amérique du Nord, grâce à ses eaux cristallines et ses espèces arctiques et atlantiques uniques qui rendent chaque plongée inoubliable.

Pour vous rendre à Conception Bay South, à Terre-Neuve, commencez par atterrir à l'aéroport international de St. John's (YYT), situé à environ 30 minutes en voiture. De là, louez une voiture ou utilisez les transports locaux pour rouler vers le sud en empruntant la pittoresque Transcanadienne jusqu'à Conception Bay South. Il est recommandé d'organiser vos sorties plongée à l'avance auprès des centres de plongée locaux qui proposent des visites guidées et fournissent le matériel de plongée essentiel. Si vous venez de l'extérieur de Terre-Neuve, envisagez une correspondance via l'aéroport international Pearson de Toronto (YYZ) ou l'aéroport international Stanfield d'Halifax (YHZ). Idéale pour les plongeurs certifiés en combinaison étanche, cette destination est également accessible pour les plongeurs de tous niveaux. La fin de l'été offre la meilleure visibilité, ce qui en fait la période idéale pour les plongeurs souhaitant s'essayer à la plongée sur épave et depuis le rivage.

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