Située dans l'Atlantique Ouest, la plongée aux Bermudes est réputée pour ses épaves exceptionnelles, ses récifs spectaculaires et ses eaux cristallines. L'archipel subtropical, composé d’un chapelet d’îles luxuriantes en forme d’hameçon, se trouve à près de 1 000 km au large de la côte nord-américaine. Contrairement à ce que beaucoup imaginent, les Bermudes ne font pas partie des Caraïbes, mais sont bien situées dans l’Atlantique au large de la côte Est américaine. L'île est entourée par l'un des plus grands systèmes récifaux au monde, garantissant des conditions calmes et une excellente visibilité, avec une eau dont la clarté se distingue par sa qualité exceptionnelle. Alors que l'archipel est souvent connu pour ses shorts bien taillés, ses prestigieux terrains de golf ainsi que le fameux et mystérieux triangle des Bermudes, son aspect le plus intrigant se cache sous ses eaux bleu azur. Il s'agit d'un immense musée sous-marin dédié aux mésaventures maritimes, où des épaves vieilles de plusieurs siècles reposent dans un silence inquiétant, chaque navire ayant ses secrets, ses histoires et ses trésors à révéler aux plongeurs curieux.
Le Sanctuaire des Épaves : Un Patrimoine Submergé Inestimable
Les récifs coralliens entourant les Bermudes abriteraient plus de 300 épaves, un chiffre qui témoigne de l'histoire tumultueuse de cet archipel. Ce vaste cimetière marin offre une diversité d'épaves inégalée, allant des galions anciens échoués ici, portés par le Gulf Stream en remontant des Caraïbes vers l’Europe, aux navires plus modernes. Depuis 1609, chaque génération bermudaise s’est adonnée à la chasse aux épaves, et pour cause : entre 1600 et aujourd’hui, il y en a eu beaucoup à trouver. Les baies aux eaux turquoise et les paysages parsemés de cèdres des Bermudes constituaient autrefois une escale de haute importance sur les routes commerciales reliant l’Europe et les Amériques, attirant des navires en provenance de presque chaque nation maritime majeure. Ce trafic, couplé aux eaux peu profondes et à la présence en grand nombre de récifs, s’est traduit par la perte d'au moins 300 navires dans le « casier de Davy Jones ».
La particularité des épaves des Bermudes réside dans leur accessibilité et leur diversité. La vaste majorité des 44 épaves maintenues à flot de l’archipel reposent dans les limites de la plongée récréative, bon nombre d’entre elles étant accessibles pour les apnéistes et les plongeurs avec masque et tuba, ce qui n’est pas le cas sur les autres sites de plongée renommés dans le monde. Cette accessibilité est un atout majeur, car elle permet d'explorer des épaves qu'il serait presque impossible d'atteindre dans d’autres régions du monde en raison de la météo ou de la profondeur. Certaines d’entre elles reposent à seulement cinq mètres de profondeur, d’autres dépassent même au-dessus de la surface.
Les épaves aux Bermudes sont différentes de celles qui sont célèbres et bien conservées ailleurs. Ici, elles ont connu une fin tragique. Un exemple frappant est celui du Pelinaion, un bateau à vapeur grec mesurant autrefois 117 mètres de long et dont l’épave n’est désormais plus qu’un amas de métal cassé et dentelé, même à seulement neuf mètres de profondeur. Le fond marin autour de ces épaves est parsemé de denses nodules d’oxyde de manganèse, des formations naturelles qui se sont accumulées sous l’effet de la cristallisation des minéraux sur les épaves, et qui ressemblent à des blocs noirs jonchant le fond de la mer, tel un damier d’ombres et de lumières.
Le Cristobal Colon, l’un des plus grands navires de croisière en service à l’époque avec ses 150 mètres de long, s’est échoué sur le récif de North Rock en 1936. Le capitaine avait confondu une tour de communication avec un phare alors qu'il ralliait Cardiff à Mexico avec un équipage de 160 hommes. Heureusement, il ne transportait à son bord aucun voyageur. L’énorme navire s’est arrêté presque verticalement au-dessus du récif, une aubaine pour les locaux. Le pillage des épaves était un passe-temps typiquement bermudais, et à la fin des années 1800, chaque épave s’apparentait à une épicerie ou une quincaillerie arrivant par la mer. Comme quasiment tout doit être importé aux Bermudes, un navire qui s’échoue sur le récif s’apparentait à un trésor. Plusieurs années après son échouage, le Cristobal Colon a été bombardé par les armées britannique et américaine dans le cadre d’un entraînement, l’envoyant sur le fond marin, ce qui permet aujourd'hui aux plongeurs de l'explorer à 15 mètres de profondeur. Bien que le Cristobal Colon ait été fortement pillé au fil du temps, des vestiges de son intérieur sont encore visibles pour ceux qui savent où regarder, et des rumeurs disent que des meubles, chandeliers et même un coffre en bronze auraient trouvé leur place dans des maisons de l’île.
Lire aussi: Marques d'équipement de plongée sous-marine
Le « Conservateur des épaves historiques », Philippe Rouja, surnommé « l’Indiana Jones des Bermudes » ou encore « le Gardien des mers » de l’île, est un expert incontournable sur ce sujet. Dans le cadre de ses fonctions, il est chargé de répertorier les navires coulés, de rédiger des propositions de loi concernant leur préservation et de sensibiliser le public à leur importance. Son rôle couvre des missions encore plus vastes, incluant des collaborations avec l’UC San Diego pour créer des cartes en 3D du fond marin, ainsi qu’avec l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) dans le but de protéger la mer des Sargasses. Il a également fondé la Sargasso Sea Alliance, travaillant aux côtés du gouvernement bermudien, et a contribué à l’élaboration du premier robot tueur de poissons-lions. Philippe Rouja observe qu’une série de navires est arrivée et a heurté le récif avant de couler dans le lagon, où ils sont probablement toujours. Le fait que plusieurs épaves connues d’une grande importance restent introuvables en dit long sur ce qui reste encore à découvrir. Il compare le fond marin des Bermudes à l’Everest, expliquant que passé le récif, le fond marin décroche brutalement pour atteindre jusqu’à 120 mètres de profondeur. Si un navire heurte les brisants et dérive de plus d’un kilomètre, il franchit cette limite et il devient impossible de le retrouver.
La Vie Marine et la Symbiose Naturelle Autour des Récifs
Au-delà des structures métalliques des épaves, les Bermudes offrent un spectacle de biodiversité marine. Épaves historiques, plateaux coralliens et chenaux sableux abritent tortues, poissons de récif, raies et espèces pélagiques saisonnières. La richesse de la vie marine que ces navires coulés attirent est une des raisons pour lesquelles les sites de plongée des Bermudes sont si séduisants. Une calicagère blanche aux reflets argentés, mastiquant des algues recouvrant une poutre en acier d'une épave, est un exemple agréable d’une symbiose nouvelle entre la nature et l’industrie.
Malgré des attentes parfois différentes pour les amateurs d'eaux tropicales, il est vrai que les eaux des Bermudes, bien que cristallines, peuvent sembler moins foisonnantes en poissons que certaines zones des Caraïbes. Cependant, les sites de plongée sont si peu visités que les poissons perroquets au museau marbré peuvent s’approcher à 10 cm du masque si l'on reste immobile quelques minutes. Tout autour des épaves, les coraux en forme de fougère, de cerveau et de branches prospèrent, créant des paysages sous-marins colorés. On y trouve également des coraux cerveaux, et patates, à foison, ainsi que des gorgones mousseuses, quelques petites gorgones blanches ou jaunes, de petites éponges et d’étranges structures bleues, semblables à des méduses fixées sur la roche.
La vie marine ne se limite pas aux petites espèces récifales. En rentrant de votre plongée, il est possible de voir défiler sur le fond sableux une bonne dizaine de tortues se nourrissant ici à l’année. Des dauphins peuvent aussi être aperçus, et les divemasters locaux affirment croiser des baleines chaque année, et en très grand nombre. Le site de NASA Point, avec ses beaux paysages sous-marins, un petit tombant, de petites arches et des grottes peu profondes, offre un aperçu de la diversité des formations naturelles de l'archipel. Dans de nombreux endroits, il est difficile de différencier l’épave du récif, les crabes flèches s’agrippant à la partie supérieure de conduites cylindriques, les poissons-perroquets faisant du surplace au-dessus de cloisons, les poissons-demoiselles fusant entre les turbines et les hélices, et de minuscules labres canari voltigeant dans les courants, affairés à nettoyer leurs écailles.
Lire aussi: Choisir sa montre de plongée
Lire aussi: Exploration sous-marine