L'odyssée sous-marine en terres polaires : Guide complet de la plongée en milieu extrême

La plongée dans les régions polaires représente l'un des défis les plus exigeants, mais aussi l'une des expériences les plus transcendantes pour un explorateur sous-marin. Entre l'Arctique et l'Antarctique, ce milieu inhospitalier impose ses propres règles, où la nature dicte le rythme des expéditions et où chaque immersion demande une préparation minutieuse, loin des standards habituels de la plongée de loisir.

La réalité physique de l'immersion polaire

Sous l’eau, les ordinateurs de plongée marquent -2°C, mais en réalité, c'est -1,8°C. De toutes façons, c'est froid, très froid. Lors de ces plongées, nous sommes descendus à 19.5m et nous sommes restés dans l’eau entre 15 et 20 minutes à chaque fois. Au bout de 15 minutes, on ne sent plus le bout des doigts, et on travaille à la paume des mains. Cela veut dire qu'il est grand temps de sortir de là. Le froid nous mord. Nous sommes handicapés par les épaisseurs de matériel et de vêtements que nous portons et qui ne permettent pas des mouvements précis, ni rapides. On a du mal à atteindre nos instruments de plongée, on n'arrive pas à être précis avec nos gros doigts dans nos gros gants. Au niveau du corps, la température est tout à fait supportable, au niveau de la tête ça commence à faire un peu froid, et le contour des lèvres est complètement anesthésié. On tient le détendeur avec les dents.

La mise à l'eau est une phase critique. Lors de notre mise à l’eau, les manchots adélies s’empressent d’en sortir, comme montés sur des ressorts ils sautent en grappe à pieds joints sur la glace. Une fois à la surface, les doigts gourds et 40 kilos de matériel au dos, on a besoin d'assistance pour remonter sur la banquise. Nous avons eu des grosses frayeurs à deux reprises lors de la mise à l'eau car la banquette de la banquise s'est brisée et détachée sous nos pieds. La banquise, sous l’action de l’eau de mer, s’érode et fond par dessous, laissant quelques centimètres d’épaisseur de glace au dessus de l’eau. Le craquement sinistre qui accompagne notre chute dans l’eau déclenche une sorte de panique réflexe.

Structure et composition des fonds marins

L'écosystème polaire se révèle à travers des strates visuelles singulières. La première couche d'eau est très trouble à cause de toutes les micro-algues qui se sont développées à la surface. Suit une seconde couche d'eau différente : un mélange très trouble d'eau salée et d'eau douce. Puis, tout d’un coup, c'est la clarté et le calme total. Après le brouhaha des préparatifs et l’effervescence de la logistique en surface, c’est un pur bonheur d'eau claire et très froide.

Le fond est tapissé de matière organique en décomposition et constitué de gros blocs qui servent de substrat aux organismes. Les blocs sont recouverts d’une épaisse couche limoneuse, verdâtre qui pourrait être constituée des algues épontiques (qui vivent à l’interface entre la banquise et la mer) qui sédimentent peu à peu depuis la banquise. La faune n'est ni très diversifiée ni très abondante, mais elle est fascinante : des étoiles de mer rouges Diplasterias sp. et Odontaster validus, des oursins réguliers mauves Sterechinus neumayeri, des némertes vermiformes couleur chair Parborlasia corrugatus, et d'autres formes de vie comme des ophiures ou des polychètes Flabelligera qui grouillent ici et là.

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La rigueur de l'équipement technique

La plongée polaire est une activité à forte intensité d'équipement. Les détendeurs normaux ne fonctionneront pas là où nous plongeons, car le premier et le deuxième étage risquent de geler. Deux détendeurs protégés contre le gel sont la seule protection adéquate dans les eaux qui peuvent être froides jusqu'à -1°C. Si le détendeur principal gèle et provoque un écoulement libre, il faut passer au secours et fermer le robinet principal.

Le type de combinaison n'a pas d'importance, à condition qu'elle vous aille bien et soit étanche. Les combinaisons étanches en néoprène offrent une isolation supplémentaire, tandis que les combinaisons à coque, plus légères, nécessitent des couches épaisses de sous-vêtements (polypropylène pour l'humidité, puis laine polaire ou Thinsulate). Pour éviter de serrer les gants, de courts morceaux de tubes chirurgicaux ou des pailles peuvent être insérés sous les joints de poignet pour permettre l'échange d'air entre la combinaison et les gants.

Protocoles de sécurité et autonomie des plongeurs

Nos voyages de plongée polaire ne sont pas destinés aux débutants. Ils s'adressent à des plongeurs expérimentés, familiarisés avec la plongée en eau froide et en combinaison étanche. La première plongée est toujours une "plongée de contrôle" pour vérifier l'équipement et l'aisance. Les guides de plongée restent à la surface pour assurer la sécurité des plongeurs, qui sont censés être suffisamment expérimentés pour lire leur boussole et leur profondimètre et veiller les uns sur les autres.

Il faut se rappeler que la nature décide dans les régions polaires. Il n'y a pas de caisson de décompression, les soins médicaux sont quasiment inexistants et il n'y a pratiquement pas d'infrastructure. La profondeur maximale est fixée à 20 mètres. Si la banquise s'approche alors que les plongeurs sont sous l'eau, il peut être difficile de les voir s'ils font surface au milieu de la banquise, c'est pourquoi il est important de ne plonger qu'autour d'icebergs échoués ou flottant dans des eaux exemptes de brash.

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