L'épave du sous-marin Rubis, un site de plongée incontournable en Méditerranée, figure parmi les 100 plus belles plongées du monde. Coulé volontairement par la Marine Nationale en 1958, ce sous-marin mouilleur de mines de la série Saphir a connu une histoire riche et mouvementée durant la Seconde Guerre mondiale. Aujourd'hui, il repose par 40 mètres de fond au sud du cap Camarat (Ramatuelle), attirant les plongeurs du monde entier.
Histoire du Rubis
Construction et Caractéristiques Techniques
Le Rubis fut mis sur cale à Toulon en janvier 1928, lancé le 30 septembre 1931 et admis au service actif en avril 1933. Il était le quatrième d'une série de six sous-marins, après le Saphir (prototype), le Turquoise, le Nautilus, le Diamant et la Perle. Conçu pour mouiller des mines sans faire surface, le Rubis pouvait également lancer des torpilles.
Voici les caractéristiques techniques du Rubis:
- Type: Sous-marin mouilleur de mines de la série Saphir
- Construction: Chantiers de Toulon
- Date de lancement: 30 septembre 1931
- Déplacement: 762 tonnes en surface, 923 tonnes en plongée
- Dimensions: 66 m de long, 7,12 m de large, 4,13 m de tirant d'eau, 8 m de haut
- Profondeur maximale: 50 m
- Immersion périscopique: jusqu'à 15 m
- Motorisation: Deux moteurs diesel de six cylindres en surface, deux moteurs électriques de 500 cv chacun en plongée, moteur Vickers-Armstrong de 3900 CV
- Vitesse: 12 nœuds en surface, 8 nœuds en plongée
- Armement: 32 mines de 220 kg de charge explosive (Sauter-Harlé), un canon de 75 mm, deux mitrailleuses de 13 mm, cinq torpilles (3 torpilles de 550 mm et 2 torpilles de 400 mm)
- Équipage: Composé de quatre officiers, neuf sous-officiers et 32 marins (45 hommes au total).
Les 32 mines étaient fixées à l'extérieur de la coque, sous un revêtement hydrodynamique. Huit puits situés de chaque côté du sous-marin contenaient chacun deux mines disposées l'une au-dessus de l'autre. Un système à air comprimé permettait de larguer les mines, et un rééquilibrage rapide de la pesée était nécessaire pour éviter une remontée en surface imprudente. Ce système réduisait considérablement les risques par rapport aux sous-marins qui déposaient leurs mines à travers un rideau métallique.
Service et faits d'armes durant la Seconde Guerre mondiale
Initialement basé à Toulon, le Rubis fut affecté à Cherbourg en 1936 pour l'entraînement de l'équipage au largage de mines. En 1939, il fut rappelé en Méditerranée, à Bizerte, avant d'être incorporé à la 9e flotte sous-marine basée à Dundee, en Écosse.
Lire aussi: Marques d'équipement de plongée sous-marine
En 1940, suite à l'invasion du Danemark et de la Norvège, le Rubis participa à des opérations de minage des eaux norvégiennes pour bloquer le transport de fer et d'autres métaux essentiels à l'industrie de guerre nazie.
Après l'armistice du 22 juin 1940, le Rubis fut saisi par la Royal Navy dans le cadre de l'opération Catapult. Le commandant Georges Cabanier et la quasi-totalité de l'équipage choisirent de s'engager dans les Forces navales françaises libres (FNFL). Le 15 juillet 1940, le Rubis rallia officiellement les FNFL et devint l'un des premiers sous-marins de la France libre. Le général de Gaulle lui remit la Croix de la Libération en 1941.
De septembre à décembre 1940, le Rubis fut utilisé comme bâtiment d'attaque, mais se révéla peu efficace en raison de sa lenteur et de son poids. Il fut ensuite modifié pour utiliser des mines anglaises. Jusqu'en décembre 1944, le sous-marin effectua une vingtaine d'opérations de guerre, souvent dans des conditions difficiles. Le 21 mai 1941, lors d'un mouillage de mines au large de la Norvège, le Rubis torpilla le navire de commerce finlandais Hogland. Endommagé par la déflagration, il regagna Dundee en surface, protégé par la Royal Air Force.
Au cours de ses 28 missions, le Rubis largua 683 mines, qui coulèrent 15 navires de servitude, 7 dragueurs, un cargo de 4 360 tonnes et endommagèrent un autre sous-marin. D'autres sources indiquent qu'il coula 14 navires (totalisant 21 410 tonnes) et 7 dragueurs, endommagea un U-Boot et coula un navire de 4 360 tonnes avec des torpilles. En 1942, il coula trois dragueurs de mines allemands, un chalutier armé et un remorqueur français dans le golfe de Gascogne, puis un quatrième dragueur de mines allemand en 1943. En septembre 1944, ses mines touchèrent deux chasseurs de sous-marins et deux navires de commerce au large de Stavanger.
Fin de carrière
Dès janvier 1945, le Rubis ne participa plus à des opérations de guerre. Il rentra en France le 23 juin et, après une refonte, servit de base-école pour la formation des jeunes sous-mariniers, principalement en Méditerranée, jusqu'en 1949. En 1950, il fut transformé en base sous-marine.
Lire aussi: Choisir sa montre de plongée
Le 31 janvier 1958, il fut remorqué au large du cap Camarat et coulé volontairement grâce à une charge de 9 kg placée à l'arrière. L'épave devait servir de but pour des exercices au sonar.
La plongée sur l'épave du Rubis
Accès et conditions
L'épave du Rubis se trouve à environ 1,4 mille nautique du rivage, au sud du cap Camarat, aux coordonnées 43°11'37" N, 6°42'10" E (ou 43° 11,25 N, 6° 42,12 E). Elle repose à une profondeur maximale de 41 mètres, le sommet de l'épave se situant à environ 34 mètres. L'accès se fait généralement depuis Saint-Tropez, Cavalaire ou le mouillage de l'Escalet.
La plongée sur le Rubis est considérée comme l'une des plus belles de Provence. L'eau y est souvent limpide, mais le courant peut être fort, parfois jusqu'à 3 nœuds, et sévir en surface comme au fond. Il est donc important de bien se préparer et de respecter les règles de sécurité. La plongée est exposée à tous les vents.
Pour localiser l'épave, il est possible d'utiliser les alignements suivants:
- Alignement A: L'extrémité de la végétation du cap Camarat est au 1/4 gauche du rocher des Portes. Un pin sur le cap cache une des rares maisons de l'arrière-pays.
- Alignement B: Le cap Lardier est juste caché par le cap Taillat (et pas derrière l'îlot qui le prolonge).
Description de l'épave
Le Rubis repose bien droit sur un fond de sable, en bon état de conservation. Il semble en embuscade, prêt à bondir. La quille est légèrement soulevée à l'avant, permettant aux plongeurs de passer dessous.
Lire aussi: Exploration sous-marine
Bien que l'épave soit globalement bien conservée, certaines parties ont été endommagées:
- La poupe a été pétardée, et les deux hélices ont disparu.
- Le plancher du pont a disparu par endroits, laissant entrevoir les bouteilles d'air comprimé, les tubulures et les vannes.
- Le kiosque a perdu son compas et ses périscopes.
- Le coupe-câbles reste visible à la poupe.
- La partie située entre le kiosque et la baignoire s'est légèrement affaissée à bâbord.
Il est possible d'observer l'intérieur de l'épave à travers les ouvertures, mais il est formellement interdit d'y pénétrer en raison des risques liés à l'étroitesse des passages et à la sédimentation.
Faune et flore
La vie marine s'est bien développée autour de l'épave. On y trouve des gorgones, des éponges, des congres, des murènes, des homards, des dentis, des anthias, des castagnoles et des chapons. Les poissons semblent être de plus en plus abondants depuis quelques années.
Recommandations pour la plongée
- Niveau minimum requis: Niveau 3
- Faire attention au courant, qui peut être fort. Descendre et remonter le long du mouillage est recommandé.
- Ne pas pénétrer à l'intérieur de l'épave.
- Préparer attentivement la plongée en raison de la profondeur et de l'éloignement du site.
- Utiliser un bon phare pour explorer l'intérieur de l'épave à travers les ouvertures.
Centres de plongée
Plusieurs centres de plongée proposent des excursions sur l'épave du Rubis:
- Ketos Plongée (Sainte-Maxime)
- Mio Palmo (Cogolin)
- Port Fréjus Plongée (Fréjus, Saint-Raphaël)
- Eau Bleue (Cavalaire)
- Eperlan (Cavalaire)