Les Trésors immergés du littoral : Guide de la plongée sur épaves au Grau-du-Roi et en Méditerranée

La plongée sous-marine sur épaves représente une expérience inoubliable, offrant une immersion à la fois dans la nature marine et dans les pages oubliées de l'histoire maritime. Que ce soit à travers les récits des "belles englouties" ou par l'exploration directe, chaque navire reposant par le fond porte en lui le poids de tragédies passées, de guerres oubliées ou d'aléas météorologiques.

L’histoire poignante du Schiaffino XXIV

C’est au travers de l’un des nombreux livres rédigés par le célèbre historien des épaves Jean Pierre Joncheray que Patrice Strazzera, spécialisé dans la photographie des “belles englouties”, découvre l’histoire du Schiaffino XXIV, une épave qui l’intrigue au plus haut point. Cargo de 75 mètres de long, 11 mètres de large et jaugeant 1200 tonneaux, le Schiaffino XXIV a été construit à Kiel en 1924.

Le 4 décembre 1934, le navire quitte Marseille pour se rendre à Port Saint-Louis en Camargue pour y charger 200 tonnes de matériel. Le 9 décembre au soir, il reprend la mer pour rallier Sète afin de compléter son chargement de marchandises qui doivent venir remplir la cale arrière laissée vide. Mais entre-temps, la météorologie s’aggrave et un vent du sud, sud-est se met à souffler fort. Une forte mer, combinée à une mauvaise répartition de la cargaison, sont sans nul doute à l’origine du naufrage. Trop chargé sur l’avant, le cargo a dû embarquer des paquets de mer, le rendant alors impossible à manœuvrer. Ont-ils lutté pour mettre les chaloupes à l’eau ? Personne ne le saura jamais !

C’est avec ces pensées que ce jour-là, Patrice Strazzera se met à l’eau à la verticale de l’épave en compagnie de son binôme qui comme à chaque fois, va lui assurer la sécurité et gérer l’éclairage. Depuis le temps qu’il plonge sur les épaves et qu’il saisit pour la postérité au travers de ses clichés en noir et blanc ces belles dames endormies, Patrice sait que tout naufrage est et sera toujours une tragédie. Il y a très souvent de nombreuses victimes, c’est terrible, mais il ne peut s’empêcher de se dire que pour le Schiaffino XXIV, ça a dû être encore pire que ça. Passé la profondeur de 30 mètres, l’atmosphère s’assombrit tout d’un coup, et toujours rien ne se profile au bout de cette corde qui semble décidément sans fin. On entre dans les ténèbres.

Dès le départ, il n’est pas insensible à la drôle d’atmosphère qui règne sur cette épave, une atmosphère inhabituelle, bien différente de celle qu’il a l’habitude de ressentir. Commence alors pour lui et son binôme qui le suit comme son ombre, la visite de ce navire piégé dans son immense linceul. Ici, la progression est totalement différente de celle qu’il a pu faire sur les nombreuses épaves qu’il a à son actif. Il est hors de question d’arpenter les coursives, de trop s’approcher du château ou de pénétrer dans la passerelle, trop de filets, trop de cordages qui forment de véritables murs presque impénétrables et autant de pièges dans lesquels il pourrait facilement tomber. Il est donc trop dangereux de s’approcher, Patrice et son compagnon vont se contenter de survoler les lieux avec prudence et humilité. Un lieu couvert d’un voile glauque, fantomatique, presque lugubre. Il vérifie alors sa profondeur, les deux manomètres de son bi 2 x 12, séparé par un manifold, tout va bien. Il se tourne vers son binôme de sécurité qui lui indique qu’il reste encore 12 minutes avant d’amorcer la remontée. Mais malgré sa concentration, il ne peut toujours pas se défaire de cette étrange perception. Il y a comme quelque chose qui rode… Il n’arrive toujours pas à définir ce que c’est exactement. C’est donc avec ces pensées qu’il poursuit la visite en multipliant les prises de vues, en prenant toujours garde de rester en pleine eau. Il est hors de question de prendre appui car l’espèce de gangue qui entoure le Schiaffino aurait vite fait de se saisir de lui.

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«Je prends immédiatement conscience de la situation, raconte Patrice, je mets tout de suite en pratique les nombreux exercices d’entraînements de type AAD (Accrochage, Analyse, Découpage) que nous avons instauré avec les gars du Groupe SDE pour faire face à ce type de problème. Après l’accrochage, j’analyse et me rend compte que c’est la robinetterie de mon bloc de déco situé à droite mais également la poignée de la platine de mon NIKONOS RS qui se sont coincés dans un filet récent. Tout en gardant ma flottabilité, je me mets en tension avec le filet, je me saisis de ma paire de ciseaux et je procède au découpage. Mon binôme de sécurité a pris immédiatement conscience de la situation, le temps qu’il arrive sur moi, je me suis déjà dégagé. Pendant l’incident qui n’a duré que quelques secondes, j’ai eu le sentiment que l’épave s’adressait à moi en me disant : je te garde ou je ne te garde pas ? Pas une seule partie de l’épave ne semble avoir échappé à cette immense toile d’araignée. Tout en poursuivant sa visite, Patrice ne parvient décidément pas à se défaire de cette étrange sensation qui le tenaille, elle commence même à l’inquiéter. Il finit par être convaincu que tout ce ressenti n’est autre que celui des âmes des 21 marins et de deux épouses qui ont péri pendant ce naufrage. Cette mauvaise impression est peut-être due à un autre fait troublant : le 11 novembre 1984, un plongeur de la région, âgé de 55 ans, a plongé sur l’épave avec deux autres membres d’un club local. Il n’est jamais remonté. Il fallut attendre quatre ans pour le retrouver, lorsqu’en 1988, une palanquée descendant sur l’épave, aperçut un corps qui se balançait en pleine eau, à moitié pris dans les filets et les cordages qui flottaient autour de l’épave. Le cadavre portait encore tout son équipement de plongée.

Panorama des épaves du Languedoc-Roussillon

Le Languedoc-Roussillon regorge de sites sous-marins à imaginer ou à explorer. La liste, forcément, n’est pas exhaustive.

  • Le Remorqueur : au large de l’Espiguette, à douze milles de Carnon, repose le Remorqueur, quasiment intact, par 22 m de fond. Il s’agit d’un bateau en acier qui effectuait des travaux portuaires. Pourquoi a-t-il coulé ? Mystère ! Même si une hypothèse est avancée : voilà environ 25 ans, alors qu’il tractait un pont grue, le Remorqueur se serait trouvé en difficulté à cause du gros temps et aurait sombré.
  • Le Derna, l’Italien : voilà un des épisodes de la Seconde Guerre mondiale qui s’est joué à 18 km de La Grande-Motte. Le Derna, dit l’Italien, battait pavillon ennemi, représentant de l’Axe. Le 10 mars 1943, ce cargo mixte de 84 m de long, transportant du matériel et des passagers, qui servit lors de la Première Guerre mondiale au transport des militaires, part de Sète pour Marseille. Or, alors que l’armée allemande a envahi le sud de la France, Londres a prévenu qu’il tirerait en mer sans sommation : le sous-marin Taurus tire trois torpilles puis neuf coups de canon à la surface sur le Derna. L’équipage, une cinquantaine de personnes, s’en sort sain et sauf.
  • L’Embla, le Suédois : non loin de l’Italien, l’Embla garde sa part de mystère, reposant à 37 m de fond. Le 19 avril 1944, ce bateau suédois de la Croix-Rouge internationale, 70 m de long, 10 m de large, effectuait son 40e voyage entre Lisbonne et Marseille lorsque les avions de la Royal Air Force l’ont pilonné pendant douze longues minutes. Il acheminait des tonnes de colis de vivres et de vêtements pour les prisonniers, tant allemands que britanniques. Douze jours plutôt, il avait déjà été torpillé à Port-Vendres avant de repartir et de céder sous les assauts anglais. Un seul blessé léger a été à déplorer sur les 21 occupants. Mais pourquoi se sont-ils ainsi acharnés sur un bateau neutre ? Si la visibilité n’est pas souvent bonne, l’épave fait le bonheur des plongeurs (niveau 2 minimum).
  • Le Planier : l’épave, coupée en deux, se trouve à 300 m de la sortie du port de Sète, à 15 m de fond. Le Planier, vapeur de la compagnie Fraissinet (ex-Michelin), s’est échoué le 3 mars 1905, vers Beauduc, à cause du mistral. Remorqué sur plusieurs milles, il finit par couler.
  • Shigizan Maru, le Japonais : entre Port-la-Nouvelle et Leucate, le Shigizan Maru, cargo à vapeur d’un armateur japonais, est posé à 30 m sur un fond sablonneux. "Il a sauté sur une mine le 7 juillet 1917, l’équipage a été sauvé, précise le photographe sous-marin Patrice Strazzera.
  • L’Alice-Robert : aussi appelé le Banabier, c’est une épave mythique, au large de Port-Vendres : "La plus belle de Méditerranée !, tranche Patrice Strazzera. Elle repose à 48 m, c’est un cargo français de 83 m, réquisitionné par les Allemands pour transporter ses troupes et coulé par un sous-marin anglais en 1944. Il y a eu huit disparus… Elle défie les années en faisant face au temps." On peut y voir des grenades sous-marines, un canon double, une mitrailleuse et le superbe mât qui remonte à 20 m de la surface.
  • Le Pytheas : près de Port-Vendres, ce cargo à vapeur de 50 m, échoué en 1897 à cause de la brume, réjouit les plongeurs débutants (- 10 m).
  • L’Astrée : "Le château s’est abîmé récemment mais on peut descendre sur la partie arrière où l’on peut arriver sur le gouvernail et l’hélice. Et les coursives, là où passaient les passagers et l’équipage, sont un endroit magique", s’enthousiasme Patrice Strazzera. L’Astrée, cargo français réquisitionné par les Allemands, torpillé par les Anglais en 1944, se visite par - 45 m au large de Port-Vendres et Banyuls. "L’atmosphère est unique", indique le photographe.
  • Le Saumur : à 200 m de l’Astrée, les plongeurs expérimentés se régalent d’explorer le Saumur, cet autre cargo hexagonal de 107 m de long, confisqué par le régime du IIIe Reich et attaqué par un sous-marin british courant 1944. "C’est mon épave préférée, celle où il y a le plus à voir, notamment deux mitrailleuses avant et arrière. La partie arrière est particulièrement lugubre, avec un enchevêtrement de tôles… Mais aujourd’hui il a commencé sa lente agonie", indique Patrice Strazzera.
  • Le Saint-Lucien : encore un cargo dans cette riche zone au large du Cap Béar. En 1942, à peine sorti de Port-Vendres, il est visé, touché et coulé par un sous-marin anglais. Entre 30 et 40 m, "il offre beaucoup de reliefs, avec beaucoup de charme, même s’il est abîmé et qu’il faut faire attention aux tôles si vous y plongez", prévient le spécialiste de la photo d’épaves.

La sécurité maritime et l'intervention des secours

La réalité du milieu sous-marin impose une vigilance constante, même pour les professionnels de la mer. Les sauveteurs en mer de Port-Camargue (Gard) ont lutté neuf heures durant dans les eaux de Fos-sur-Mer avec le renfort de la Marine Nationale pour libérer un chalutier. Un sauvetage rare en Méditerranée. C’est une belle histoire de solidarité et de secours entre gens de mer dans le Gard : pêcheurs du Grau-du-Roi, sauveteurs en mer de Port-Camargue et militaires de la Marine Nationale. Une intervention rare et qui se termine sans avoir déplorer de pertes humaines…

Au large de Fos-sur-Mer, l’accident est intervenu dans la nuit de jeudi 3 mars 2022. En milieu d’après-midi, le chalutier Juliarth 1, basé au Grau-du-Roi prend, dans ses filets une épave gisant à soixante mètres de fond. Alors que le chalutier jumeau de l’armateur gardois Juliarth 2 effectue un rapide aller-retour pour décharger et revenir sur les lieux, le service de surveillance du Cross Méditerranée à Toulon met la Société nationale de secours en mer en alerte. La SNSM Port-Camargue dépêche alors la vedette légère Sainte-Sarah. Même si la mer est belle et le vent est faible, la situation reste délicate. Une première tentative de traction de l’ensemble constitué du chalutier, du chalut et de l’épave doit être rapidement interrompue. Le Cross Med décide alors de dérouter une frégate de la Marine Nationale qui patrouillait au large. Arrivés sur le site, les plongeurs militaires vont finalement décider de couper le chalut. Ce n’est que vers 2 heures du matin que le Juliarth 1 est libéré de son filet et retrouve son autonomie. Il peut alors regagner le port du Grau-du-Roi, toujours accompagné du Juliarth 2 et de la vedette Sainte-Sarah du SNSM Port Camargue.

Le Grau-du-Roi : hub privilégié de la plongée en Occitanie

Le Grau-du-Roi, station balnéaire du Gard comptant 8762 habitants, s'impose comme un spot incontournable pour la plongée sous-marine en Occitanie. Située entre Aigues-Mortes et La Grande-Motte, cette destination offre un accès privilégié aux fonds méditerranéens depuis son port de pêche historique et Port-Camargue, le plus grand port de plaisance d'Europe.

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Les plongeurs découvrent une biodiversité exceptionnelle : herbiers de posidonie, bancs de barracudas, murènes, poulpes et mérous. Le Grau-du-Roi compte plusieurs clubs de plongée professionnels affiliés FFESSM et PADI, principalement installés à Port-Camargue. Parmi les références locales : Poséidon Plongée, Centre International de Plongée, et Camargue Plongée, tous équipés de bateaux semi-rigides ou vedettes pour des sorties confortables. Les départs s'effectuent généralement entre 8h30 et 14h depuis les pontons de Port-Camargue.

Les sites accessibles depuis Le Grau-du-Roi incluent le Tombant de la Tour Carbonnière (12-30m), l'épave du Faro (18m, idéale débutants), le Sec des Trépassés (20-35m), et l'épave du Canonnière (25m). Les tarifs varient de 45€ pour une plongée exploration simple à 60€ avec équipement complet. Les baptêmes sont proposés dès 60€, et les formations PADI Open Water débutent autour de 380€. La saison de plongée s'étend d'avril à novembre au Grau-du-Roi, avec des conditions optimales de juin à septembre. La température de l'eau oscille entre 13°C en mars et 24°C en août, permettant la plongée en combinaison 5mm l'été et 7mm le reste de l'année. La visibilité varie de 5 à 25 mètres selon les conditions météo et le mistral.

Les débutants sont les bienvenus avec des baptêmes dès 8 ans et sans expérience requise. Pour les plongeurs certifiés, la présentation de votre niveau (PADI, FFESSM, SSI) est obligatoire. L'équipement complet (combinaison, détendeur, gilet, palmes) est fourni par les clubs, mais apportez votre masque personnel pour plus de confort. La particularité locale réside dans la proximité des sites : 10 à 20 minutes de navigation seulement depuis Port-Camargue. Les tombants rocheux alternent avec des fonds sableux typiques du golfe d'Aigues-Mortes.

Conseils pratiques pour l'exploration

Pour la plupart des plongeurs, explorer une épave sous-marine est une expérience inoubliable. C’est à la fois une histoire qu’on raconte, c’est aussi souvent un pan de l’Histoire qui se raconte, parfois des drames dus à une guerre, ou une mauvaise météo, bref, la visite une épave sous-marine est toujours chargée d’émotion.

En haute saison (juillet-août), la réservation 48-72h à l'avance est fortement conseillée, les clubs affichant souvent complet. Le week-end et jours fériés nécessitent également une anticipation. En revanche, de mai à juin et septembre-octobre, vous pouvez souvent réserver la veille.

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Concernant les recommandations générales :

  • Ne perturbez pas la faune et la flore sous-marine.
  • Ne poursuivez pas les poissons et surtout ne les nourrissez pas et ne remontez rien à la surface !
  • Attention aux coups de palmes non maîtrisés, vérifiez votre flottabilité.
  • Pensez aussi à vérifier que votre détendeur de secours est bien fixé à votre gilet stabilisateur, en aucun cas ne laissez traîner vos instruments, au risque qu’ils s’accrochent à la faune et à la flore.
  • Les épaves peuvent représenter un danger pour les plongeurs. Présence de lignes ou de filets de pêche, de parties métalliques coupantes et de structures fragiles pouvant se briser sans préavis.
  • La pénétration à l’intérieur d’une épave requiert une compétence avancée nécessitant une formation et un équipement spécifique ainsi que le respect des règles de sécurité.
  • La loi protège les épaves et toutes traces humaines immergées.

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