La marque Kanabeach, avec ses racines profondément ancrées dans la culture surf et l'identité bretonne, a traversé des décennies d'évolution, de succès fulgurants à des périodes de turbulences, pour finalement connaître une résurgence remarquée. Au-delà de ses collections de prêt-à-porter et d’accessoires distinctives, l'histoire de Kanabeach est également intimement liée, par intermittence, au monde des planches de surf, un segment qui continue de susciter l'intérêt et la discussion parmi ses aficionados. Cette exploration détaillée de la marque mettra en lumière son parcours, son essence, et la place particulière qu'occupent les planches de surf dans son univers en constante réinvention.
L'Émergence d'une Icône Bretonne : Kanabeach et son Esprit Original
Née en 1987, la marque Kanabeach a vu le jour à la pointe du Finistère, façonnée par un groupe d'amis surfeurs. Parmi eux, Frédéric Alégoët se distinguait comme une figure clé, un passionné de sport nautique visionnaire doté d'une imagination débordante. L'entreprise, fondée à Locmaria-Plouzané, portait déjà en son nom l'essence de son identité : Kanabeach est inspiré de l'association des mots "cannabis" et "beach" (plage en anglais), ainsi que du breton "kan ar beaj", qui signifie "chant du voyage". Cette double origine symbolique définissait le caractère insouciant et nomade de sa communauté, des attributs qui sont restés centraux à l'identité de la marque au fil des ans.
Tout a commencé au milieu des années 80, lorsque Fred Alegoët et quelques amis ont imaginé des sérigraphies originales et les ont apposées sur des T-shirts. Ces créations ont rencontré un succès immédiat avec leurs dessins humoristiques, marquant le début d'une aventure qui allait bien au-delà de la simple confection. Au vu de la demande grandissante, la bande d’amis s’est lancée pleinement dans l’aventure et a monté la marque de vêtements Kanabeach en 1987. Les collections, dès lors, se sont grandement inspirées des codes du surf, se voulant à la fois pratiques et casual, reflétant un style de vie décontracté et authentique. La marque à la comète, comme on la surnommait, a rapidement acquis une notoriété pour l’esprit volontairement décalé de ses collections mais aussi de ses campagnes de publicité audacieuses.
Avec une usine implantée à Locmaria-Plouzané, au cœur du Finistère, et une boutique à Brest, la marque a toujours revendiqué fièrement ses origines bretonnes. Cela lui a permis de s’insérer avec succès dans un univers traditionnellement connoté par des influences américano-hawaïennes, apportant une touche unique et authentique. Plus que des collections de prêt-à-porter et d’accessoires, Kanabeach est rapidement devenue une véritable communauté, forte d'une identité propre. Cette communauté partage les mêmes valeurs, le même "Esprit Kana", un credo qui prône la liberté et l’originalité dans un monde parfois jugé trop uniformisé. Cette recherche de différenciation s'est même concrétisée dans son slogan emblématique : "All different but all together", que l'on peut traduire par "Tous ensemble mais tous différents". Les amoureux de la marque Kanabeach sont des esprits libres qui veulent affirmer une personnalité singulière dans le respect de l'autre, se retrouvant dans un style "sans prise de tête" mais toujours en phase avec son temps.
De sa création jusqu'à l’année 2011, la marque à la comète n’a cessé de croître, et de nombreux magasins ont ouvert leurs portes un peu partout en France. Kanabeach s’est imposée comme une marque incontournable de surfwear, réussissant à créer une véritable communauté qui attendait avec impatience chaque nouvelle collection. Le photographe breton Ronan Gladu, collaborateur régulier de la marque, a souligné l'impact de Kanabeach bien au-delà des cercles de surfeurs, affirmant que "au-delà du milieu surf, Kanabeach à contribué à l’essor de la Bretagne". Il se souvient également de l’engagement de la marque dans des projets un peu fous, comme lorsque "Fred Alegoët, [leur] a permis de payer [leurs] billets d’avion avec Aurel Jacob et Ewen Le Goff pour Des Iles Usions," illustrant un soutien concret à la culture et à l'aventure. Les produits Kanabeach, caractérisés par des coupes modernes, des matières durables et des détails originaux, ont toujours été pensés en fonction des envies et besoins de la communauté, avec une volonté de placer le consommateur en son centre et de l'impliquer dans les étapes de création.
Lire aussi: Planches de surf en plastique : pour qui ?
Des Vagues de Difficultés : Le Redressement et la Liquidation Judiciaire
Malgré son succès initial et son ancrage culturel fort, Kanabeach n'a pas été épargnée par les difficultés économiques. La crise, bien présente, n'a malheureusement pas épargné la Bretagne, et la marque a dû faire face à des défis majeurs. Placée en redressement judiciaire en mars 2012, l’entreprise finistérienne a finalement appris sa liquidation par le tribunal de commerce de Brest, marquant un coup d'arrêt pour cette icône du surfwear. En redressement judiciaire depuis 2012, KanaBeach, la marque de surfwear bretonne, a ainsi été liquidée. Cette période difficile a été perçue avec regret par certains aficionados de la première heure qui ont pu déplorer les choix de la marque ces dernières années.
La liquidation judiciaire de l'entreprise de Locmaria-Plouzané, qui avait pourtant employé jusqu'à 150 personnes à son apogée, est intervenue en 2013. Cet événement a marqué la fin d'un chapitre pour Kanabeach dans sa forme originale. Suite à cette liquidation, la marque, et uniquement la marque, a été rachetée par l'entreprise rennaise Oberthur, spécialisée dans les fournitures scolaires notamment. Cette acquisition a permis de préserver le nom de Kanabeach, ouvrant la voie à une potentielle renaissance, même si, depuis sa liquidation en 2013, la marque a peiné à relancer des collections de prêt-à-porter. Cependant, elle a toujours pu compter sur le soutien indéfectible de ses aficionados, prêts à la soutenir.
Le Retour de la Comète : La Renaissance de Kanabeach
Après une période d'incertitude, des bruits de couloir puis une confirmation ont fait monter le buzz sur les réseaux sociaux : Kanabeach est de retour. La nouvelle collection a été dévoilée en ligne le 1er juin, signalant une renaissance attendue par beaucoup. Cette résurrection s'est toutefois opérée loin du berceau historique de la marque. C'est en effet à Bidart, dans le Pays Basque, que le Québécois Jean-François Plathier, ex-président Amérique du Nord de la marque et désormais président tout court, a choisi d'implanter le siège de la nouvelle SAS. L'ouverture mi-juin de la première boutique physique à Bidart a concrétisé cette nouvelle étape.
Jean-François Plathier a expliqué ce choix stratégique, soulignant que "C'était déjà là que se trouvait le pôle création de Kanabeach et puis nous allons produire au Portugal, c'était plus logique." Cependant, malgré ce déplacement géographique, l'attachement aux origines bretonnes de la marque reste une pierre angulaire de sa nouvelle identité. Le dirigeant l'a d'ailleurs affirmé avec conviction : "Mais pour moi, Kanabeach est et restera une marque bretonne." Pour renforcer cette identité renouvelée mais fidèle à ses racines, le nouveau site internet de la marque arbore fièrement une extension en ".bzh".
La relance de Kanabeach par Jean-François Plathier a été rendue possible grâce à un accord avec l'entreprise rennaise Oberthur, qui lui a concédé l'usage de la marque. "Sauf pour les cahiers d'école," a précisé le Québécois, "Mais nous, on se concentre surtout sur le textile." La nouvelle équipe de Kanabeach, composée de cinq personnes, s'appuie sur d'anciens modèles emblématiques de la marque pour ses premières collections, tout en prévoyant de développer ses propres créations au rythme des saisons, avec une nouvelle collection tous les trois mois.
Lire aussi: Tout savoir sur le planning en planche à voile technique
La stratégie de distribution a également évolué. Jean-François Plathier parcourt la France (et au-delà) pour rencontrer des professionnels ou des particuliers souhaitant ouvrir un magasin en concession. Il cherche des "gens motivés" et explique qu'il existe "un concept, un cahier des charges, mais on veut aussi qu'ils s'adaptent aux spécificités de leur ville ou leur région." La marque délaisse ainsi les magasins multimarques au profit d'un réseau de boutiques en propre, visant les grandes villes comme Paris, Lille, Bordeaux, mais aussi Brest. Les ambitions sont claires : une expansion en France, en Europe "et à l'international." Jean-François Plathier, fort de son expérience, insiste sur le "fort potentiel de développement" notamment en Amérique du Nord, dont il s'occupait à l'époque.
Les objectifs financiers sont ambitieux, le président ayant déclaré : "Pour moi, un business, ça doit faire des bénéfices." Il vise un chiffre d'affaires de 100 000 euros en année un, et 1,5 million d'euros pour la deuxième année. Ses prévisions s'élèvent à "environ 10 millions d'euros de CA d'ici quatre ans, uniquement sur la France," avec le textile représentant alors 70 % du chiffre d'affaires. La marque Kanabeach, qui est fière de ses racines bretonnes faisant entièrement partie de son identité, envisage également un retour aux sources dans la Cité du Ponant. Travailler avec le Brestois Cerid, l’imprimerie qui a repris l’atelier sérigraphie de Kanabeach, n'est pas exclu par le nouveau patron. "Pour l'instant, nous le faisons au Portugal pour une question de prix. Mais ce qu'on veut, c'est faire travailler les entreprises au plus près, en développant des circuits courts," a-t-il expliqué, illustrant une volonté de concilier efficacité économique et ancrage local.
Lire aussi: Prix des planches de surf custom : l'analyse détaillée