L'année 2019 marque un tournant majeur dans l'univers de la course au large monotype avec l'introduction du Figaro Bénéteau III. Conçu comme un voilier de course révolutionnaire doté de foils, ce nouveau monocoque incarne une avancée significative pour la Classe Figaro Bénéteau, fruit de l'ingéniosité de Bénéteau Racing Division. Son apparition sur les flots constitue une véritable petite révolution, promettant de redéfinir les standards de performance et de technique dans cette discipline exigeante. Il est le premier monocoque monotype à foils de série au monde, positionnant BENETEAU comme un pionnier dans l'intégration de cette technologie de pointe dans des bateaux de course de série destinés au large.
Le projet du Figaro Bénéteau III est le résultat d'un engagement profond du Groupe Bénéteau dans la voile de haute performance et de compétition. Cette entreprise d'envergure a rassemblé les meilleurs experts au sein de ses marques et métiers pour concevoir et construire cette nouvelle génération de voilier. Le savoir-faire accumulé par ces équipes a été déterminant dans la conception du monotype par le cabinet d’architectes VPLP (Van Peteghem-Lauriot Prévost), une référence ayant notamment remporté les deux derniers Vendée Globe. La collaboration étroite entre le Groupe Bénéteau, la Classe Figaro Beneteau, OC Sport Pen Duick (l’organisateur de la Solitaire du Figaro) et le groupe Le Figaro a été essentielle pour donner vie à ce projet ambitieux. L'objectif était de créer un support enthousiasmant et plus moderne, capable de s'aligner sur l'état actuel de la science nautique après quinze ans de course au large sur le même bateau, le Figaro Bénéteau 2.
Genèse et Développement d'une Nouvelle Génération
Le planning de développement du Figaro Bénéteau III, un voilier de course monotype révolutionnaire, a été suivi avec une rigueur toute particulière au sein des chantiers français Bénéteau, et plus spécifiquement par Bénéteau Racing Division. Marc Vaillier, le responsable du programme au sein du Groupe Bénéteau, a souligné sur ActuNautique.com la bonne progression du projet, affirmant : "Nous sommes presque dans les temps. Nous avons à peine deux semaines de retard. Il y a toujours de petites mises au point supplémentaires qui nécessitent un peu de temps, mais nous tenons notre planning". Cette déclaration témoigne de la complexité inhérente à la création d'un navire intégrant des technologies novatrices, mais aussi de l'efficacité des équipes de développement à gérer ces défis.
La conception du Figaro Beneteau de troisième génération a été confiée à VPLP à l'issue d'un appel d'offres rigoureux. Les architectes de VPLP ont abordé le défi avec une vision claire : dessiner "une porte d’entrée dans la course au large". Vincent Lauriot-Prévost, l’un des architectes navals du cabinet, a précisé l'approche adoptée : "Le défi qui nous était proposé était de faire un bateau performant et aussi fiable que l’a été le Figaro BENETEAU 2. Nous avons fourni un gros travail avec les spécialistes du Groupe BENETEAU afin de concevoir un bateau high-tech, en termes de matériaux et de process de fabrication". Cette synergie entre l'expertise architecturale et les capacités industrielles de Beneteau a permis de concevoir un bateau à la fois à la pointe de la technologie et fidèle aux exigences de fiabilité et de robustesse de la Classe Figaro.
Un Processus de Fabrication Précis et Échelonné
Le processus de construction du premier prototype du Figaro Bénéteau III a été méticuleusement orchestré, avec des étapes clés se déroulant sur plusieurs mois. La coque, élément fondamental du bateau, a été soumise à un processus d'infusion avant d'être entièrement cloisonnée. Dès cette phase avancée, la ligne d'arbre du moteur a été posée, et les cloisonnements de renfort de quille ont été précisément mis en place, garantissant ainsi l'intégrité structurelle de l'ensemble.
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Parallèlement, la fabrication du pont a progressé, lui aussi bénéficiant de la technique d'infusion. Une fois terminé, le pont a été démoulé en début de semaine, ouvrant la voie à l'installation de l'accastillage dans le courant de la semaine suivante. Durant cette même période, un pontage à blanc a été effectué, une étape cruciale pour vérifier la conformité de tous les éléments et des pièces annexes en polyester, telles que la caisse de moteur et la descente, assurant leur parfaite intégration.
Le mois de juin a été désigné comme le "mois de l’assemblage", une période intensive pour l'intégration de tous les composants du Figaro Bénéteau III. Marc Vaillier a confirmé l'avancement des travaux : "Le mois de juin sera le mois de l’assemblage, mais on a déjà bien démarré". L'objectif principal était le pontage définitif entre le 19 et le 24 juin, un jalon majeur dans la construction. Les éléments périphériques des foils, composants essentiels de cette nouvelle génération, devaient être reçus la semaine précédant ce pontage. Le monocoque de 10,85 mètres hors-tout a été lesté tout début juillet, une étape préparatoire à l'installation des foils eux-mêmes, prévue la semaine suivante. Cependant, le système de guidage et les rotules des foils étaient déjà en place, assurant une intégration fluide de ces appendices novateurs.
Concernant la propulsion vélique, les voiles ont été dessinées et les points de finition étaient en cours de définition entre le voilier North Sails et Yoann Richomme, vainqueur de la Solitaire Bompard le Figaro en 2016. Ce dernier a joué un rôle crucial en tant que skipper référent sur le prototype et responsable de la commission jauge et sécurité de la Classe Figaro, apportant ainsi une expertise pratique inestimable au projet. L'installation du mât était programmée durant la troisième semaine de juillet, avec une livraison directe au port - un port vendéen encore à choisir - où le Figaro Bénéteau 3 devait être mis à l'eau, marquant ainsi le passage à la phase de tests nautiques.
Deux Mois Cruciaux de Tests en Mer
Après l'assemblage et la mise à l'eau, deux mois intensifs de tests en mer, prévus pour août et septembre, ont été alloués aux premières navigations du prototype. Ces essais sur l'eau sont d'une importance capitale pour un voilier intégrant des innovations aussi significatives que les foils. L'objectif était de tout tester minutieusement, en particulier la position de la quille par rapport au mât, afin d'entériner la structure de la coque.
Un autre point crucial requérant un temps long de test était la validation de la position de l’accastillage. Les décisions concernant ces ajustements se jouant en centimètres, elles sont déterminantes pour le positionnement des renforts posés dans la mousse du pont. Par ailleurs, il était impératif de faire les bons choix pour la position de la quille, afin de déterminer de manière définitive l'exacte configuration du puits de quille. Tous ces réglages, effectués au millimètre, étaient essentiels pour garantir les performances, la robustesse et la sécurité du voilier. Ces premiers tests de navigation et les équilibrages étaient prévus avant le lancement de la production en série de ce monocoque monotype à foils, assurant ainsi que le modèle de production bénéficierait de toutes les optimisations découvertes lors de cette phase d'expérimentation.
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Caractéristiques Techniques et Philosophie de Conception
Le Figaro Bénéteau III se distingue par des caractéristiques techniques optimisées pour la performance en course au large. Ses dimensions sont les suivantes : une longueur hors tout de 10,85 mètres, une longueur de coque de 9,75 mètres, et une largeur maximale de coque de 3,47 mètres. Le poids lège du bateau est de 2900 kg. Il bénéficie de la certification A ISO/World Sailing, attestant de sa conformité aux standards internationaux de sécurité et de construction.
La philosophie de conception de VPLP visait à créer "une porte d'entrée dans la course au large" accessible et performante. Pour ce faire, les architectes ont choisi de dessiner une carène puissante, caractérisée par des bouchains vifs et une étrave volumineuse. Cette conception vise à compenser l'absence des ballasts, qui équipaient les Figaro 1 et 2, une petite révolution en soi. Cette approche permet une meilleure performance de la carène et une plus grande stabilité sans le lest supplémentaire des ballasts. Le Figaro BENETEAU 3, modernité, fiabilité et performance, tire ainsi parti d'une architecture navale audacieuse, conçue pour durer et offrir des sensations de navigation grisantes.
L'Innovation des Foils : Un Changement de Paradigme
Les foils constituent l'innovation la plus emblématique du Figaro Bénéteau III. Contrairement aux voiliers Imoca 60, les foils du Figaro BENETEAU 3 possèdent un profil tourné vers l'intérieur, ce qui les rend uniques. Leur objectif est également différent : il ne s'agit pas de faire "voler" le bateau hors de l'eau, mais plutôt d'agir comme des appendices polyvalents. Ces foils génèrent de l'antidérive, améliorant ainsi le moment de redressement (RM dynamique) du bateau sans augmenter son déplacement total. Ce faisant, les performances du bateau s'en trouvent considérablement améliorées, notamment en termes de vitesse et de stabilité.
L'apport des foils est tangible et mesurable : à une vitesse de 14 nœuds, un foil génère une poussée d'environ 500 kg, ce qui se traduit par un gain de performance pouvant atteindre 15%. Ces appendices contribuent également à un bateau plus stable et allégé d'environ 30% par rapport au Figaro BENETEAU 2, en partie grâce à la suppression des ballasts. Construits chez Multiplast, les foils du Figaro BENETEAU 3 pèsent chacun 38 kilos pour une longueur développée de 3,30 mètres. Leur forme particulière, dite en « chistera », participe à l’effet anti-dérive du monotype au près, un rôle complémentaire à celui de la quille dont la largeur de voile est restreinte. Le résultat est l'atteinte de vitesses moyennes supérieures, ce qui promet de transformer les stratégies de course. Nicolas Lunven, double vainqueur de la Solitaire (2009 et 2017), imagine volontiers le potentiel de ces "tapis volants à voile" pour les futures générations de skippers.
L'intégration des foils dans le Figaro Bénéteau III s'inscrit dans une histoire plus large de cette technologie en course au large. Les premières tentatives remontent aux années 1970 avec des figures emblématiques comme Éric Tabarly et son trimaran Paul-Ricard. Le concept a ensuite été développé sur les Formule 40, équipés de foils droits inclinés à 45 degrés. Un tournant majeur a été marqué en 1994 par la mise à l'eau de l'Hydroptère, capable de "voler" sur trois appuis grâce à ses foils à 45 degrés et son safran en T. L'essai a été définitivement transformé lors de la Coupe de l'America en 2010 avec USA 17, doté de foils en J, puis en 2013, où les AC72 volaient en course à plus de 40 nœuds avec des foils en L. BENETEAU innove en étant le premier chantier à installer des foils sur un bateau de course de série destiné au large, démocratisant ainsi cette technologie d'avant-garde.
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Autres Évolutions Majeures de la Conception
Au-delà des foils, le Figaro Bénéteau III intègre plusieurs autres évolutions significatives qui le distinguent radicalement de ses prédécesseurs. La carène, fabriquée en sandwich de mousse, fibre de verre et résine polyester infusée, correspond aux dessins actuels de performance. Comme mentionné précédemment, la suppression des ballasts, présents sur les Figaro 1 et 2, est une des caractéristiques clés de cette nouvelle carène, dont la puissance et l'étrave volumineuse compensent cette absence.
La quille du Figaro Bénéteau III est également le fruit d'une réflexion approfondie. Profonde et dotée d'un voile étroit, elle est conçue pour générer une traînée minimale. Les foils, agissant comme un complément, apportent l'antidérive nécessaire, permettant à la quille de se concentrer sur son rôle hydrodynamique optimal.
Le mât et le plan de voilure ont été repensés pour maximiser la performance. À l'instar des voiliers de course Imoca 60, le mât est reculé, une configuration qui garantit un meilleur équilibre sous voile et permet d'adopter des voiles plus performantes. Un bout-dehors est également adjoint, ouvrant la voie à l'utilisation d'un spi asymétrique. Ce dernier point représente un changement notable par rapport aux générations précédentes du Figaro, qui utilisaient des spis symétriques. Ce passage à l'asymétrique offre des avantages en termes de facilité de manœuvre et de performance au portant, notamment en éliminant les "empannages scabreux dans le vent fort" liés à la nécessité de passer le tangon sur la plage avant. Bien que l'empannage d'un spi asymétrique puisse paraître plus simple au premier abord, il requiert néanmoins l'acquisition de nouvelles techniques spécifiques selon les conditions, notamment sur l'ordre des manœuvres (empanner le spi ou la grand-voile en premier) et la gestion de la grande longueur d'écoute à embraquer.
Impact sur la Course et les Skippers
L'arrivée du Figaro Bénéteau III marque la fin d'une ère pour le Figaro Bénéteau 2, qui, après quinze années de bons et loyaux services, cède sa place. Le voilier de nouvelle génération a tiré ses premiers bords sur le Championnat de France Élite de Course au Large, au printemps 2019, lors de la Sardinha Cup. Ce changement de monture va inévitablement bouleverser les habitudes des solitaires et des duos en course. Yoann Richomme, un skipper expérimenté, a bien perçu les implications : "Après quinze ans de course au large sur le même bateau, on se lasse un peu. C’était aussi le moment opportun pour le faire, pour se mettre en rapport avec l’état de la science. Il s’agissait non pas de faire un millésime du Figaro BENETEAU 2, mais d’apporter quelque chose de novateur et visible. Les foils sont clairement l’avenir, surtout quand on parle de compétition".
L'introduction du Figaro 3, avec ses foils et son bout-dehors, va créer un véritable "feuille blanche" pour tous les compétiteurs. Les années d'expérience accumulées sur le Figaro 2 seront, dans une certaine mesure, gommées, remettant tous les skippers sur un pied d'égalité et exigeant de chacun l'apprentissage de nouvelles techniques de navigation et de réglage. Les foils, en particulier, apporteront un bouleversement dans la manière de mener le bateau, d'un point de vue de la performance pure. Ils se comportent "plus comme des dérives au près et des foils dès que ça débride et que le bateau accélère". Ils contribuent également au couple de redressement, permettant de se passer des ballasts, et offrant aux skippers la possibilité d'apprivoiser ces outils essentiels pour l'avenir de la course au large. Le cahier des charges a veillé à ce que le FB3 soit "un monotype aussi fiable que son prédécesseur, le FB2", garantissant ainsi une plateforme solide pour l'apprentissage et la compétition. Les sensations à bord promettent d'être "grisantes, planant au travers à plus de 15 nœuds et affolant les compteurs sous spi", selon les attentes des amateurs éclairés.
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