Le monde de la construction navale, et en particulier celui des catamarans, est en constante évolution, naviguant entre les impératifs de l'innovation technique, la quête d'une écoresponsabilité accrue et la persistance d'une culture de la construction amateur. Des conceptions révolutionnaires aux processus de fabrication repensés, en passant par les défis et opportunités du marché pour les passionnés, cet univers foisonne de solutions pour répondre aux attentes diverses des marins et des constructeurs. L'architecture navale moderne explore des voies inédites pour optimiser les performances, la sécurité et l'impact environnemental des catamarans, tout en maintenant un lien fort avec la tradition et l'accessibilité de la construction pour tous.
L'ÉcoCat : Une Démarche Écoresponsable Radicale dans la Conception de Catamaran
Dans ce paysage dynamique, certains architectes navals se distinguent par leur engagement à repenser fondamentalement la manière de construire un bateau. Alexandre Fortabat, architecte naval, est de ceux qui ont été poussés par leurs différents chantiers à vouloir « construire propre ». Sa vision dépasse le simple "Green Washing" pour avancer une solution de construction la plus écoresponsable possible. Au cœur de cette philosophie se trouve l'EcoCat, un catamaran de 42 pieds, soit 12,80 mètres, dont toutes les phases de vie du produit ont été réfléchies dans ce sens.
La méthode traditionnelle de construction, qui consiste à « construire un moule puis venir infuser des pièces dedans », est remise en question par cette approche. Alexandre Fortabat souligne que cette technique « demande beaucoup de matériaux non recyclables : le moule, mais aussi les bâches en plastique utilisées pour l'infusion sont autant de produits que l'on jette ensuite ». Cette observation met en lumière la quantité significative de déchets générés par les pratiques conventionnelles, poussant à la recherche de alternatives plus vertueuses.
En réponse à ces enjeux, Alexandre Fortabat propose un catamaran avec des formes développables, construit à partir de panneaux plats. Cette approche ingénieuse simplifie non seulement la construction, mais elle ouvre également la porte à l'utilisation de matériaux plus durables et à des processus de fabrication moins consommateurs de ressources. Ainsi, ce bateau pourra être proposé en contreplaqué ou bien avec des panneaux en sandwich réalisés sur des marbres. L'avantage crucial de cette méthode réside dans la réutilisabilité des équipements : « le marbre tout comme le silicone qui renferme le sandwich sont réutilisables », réduisant drastiquement l'empreinte écologique du processus de construction. L'EcoCat incarne une avancée significative vers une construction navale plus respectueuse de l'environnement, offrant une alternative concrète aux méthodes traditionnelles gourmandes en ressources non recyclables.
Le Marché de la Construction Amateur et du Kit : Un Paysage en Mutation
La construction navale, et en particulier celle des multicoques, a connu une transformation notable au fil des décennies. « Le multicoque n’a pas échappé, il y a quelques décennies, à la mode de la construction amateur ». Cette période, où les rêveurs dessinaient eux-mêmes leur bateau, semble toutefois révolue. Aujourd’hui, c'est la « fin de partie pour les rêveurs qui dessinaient eux-mêmes leur bateau : tous les constructeurs ou presque commandent des plans à un architecte qui a pignon sur rue ». Cette évolution reflète une professionnalisation et une complexification croissante des techniques de conception et de construction.
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Le « nombre de réalisations, il faut bien le reconnaître, a fondu comme neige au soleil ». Bernard Lelièvre, architecte des Galileo, se souvient d'une époque où « on achetait un camion entier de winches et une trentaine de mâts de 17 m d’un coup ». Cependant, il s’agissait alors « surtout de lourds monocoques ». Actuellement, « les multis construits en amateur ne courent plus les jardins… ». Ce déclin s'explique par plusieurs facteurs. D'une part, un « besoin de confort plus pressant », auquel les chantiers conventionnels ont répondu avec justesse en offrant « volume maximum, capacité de charge, équipement pléthorique ». D'autre part, un « changement de mentalité » est à l'œuvre : le pratiquant de multicoque, « plus jouisseur encore de belles traversées à bonne allure et de mouillages de rêve que l’accro au mono, veut profiter le plus souvent de son joujou… tout de suite ! » Cette impatience limite l'attrait pour les projets de construction longue haleine.
Malgré ces tendances, le marché de la construction amateur et du kit persiste, bien que géographiquement circonscrit. « Inutile de se voiler la face, c’est en Australie et dans une moindre mesure dans les pays anglo-saxons que ça se passe ». Dans l’hémisphère sud, « construire soi-même son cata ou son tri est une affaire… courante ! ». Le chantier Fusion, par exemple, « vend 24 bateaux par an - le fameux Fusion 40 et des catas à moteur - dont les trois quarts sont livrés en kit ou à finir ».
D'autres constructeurs et architectes de renom contribuent à ce marché de niche. Spirited Design « propose son séduisant Spirited 380, toujours en CP époxy ». L’architecte australien bien connu Ian Farrier « lance son F-22 et le F-32 en kit, complété par un 44 pieds disponible à tous stades de finition ». En Lettonie, « une toute nouvelle structure, O Yachting, propose un 46 pieds livrable à tous stades de finition », et Dan Lévy « espère en livrer quatre par an ». Le chantier Ksenia, de son côté, « propose pas moins d’une vingtaine de plans Lerouge de 6,4 m à 19,5 m ». Ces catamarans sont « proposés coques nues en éléments modulaires pour faciliter le transport ».
Impossible dans cet inventaire à la Prévert de ne pas citer James Wharram, le « gourou architecte » qui a tout de même « vendu en cinquante ans pas moins de 10 000 jeux de plans ! Et des centaines de ses catamarans inspirés des embarcations polynésiennes naviguent ». Bien que la diffusion ait évolué, « Icaraï, son diffuseur en France, vend deux plans Wharram par mois - c’était dix fois plus il y a 20 ans - et un kit par an ». Des modèles comme le Tiki 21, le 30 et la pirogue Melanesia sont disponibles en « prêt à construire », et certains plus gros modèles, à l'instar du Tiki 38, sont à l'étude pour une livraison en kit.
En ce qui concerne les délais et les coûts, le Pdf expliquant les processus d'assemblage « décrit bien les différentes étapes et les temps consacrés à chaque phase ». Pour une estimation réaliste, on peut personnellement ajouter « 20% du temps pour arriver à la mise à l'eau, soit une grosse année de travail ». Ensuite, « il restera encore à installer accastillage, finitions intérieures, équipements, essais… soit 6 mois de plus au minimum. Pour un total de 18 à 24 mois ». Les prix des descriptifs « semblent réalistes », et un 47 pieds pour environ 180 000€, « coque bordée, pontée, motorisée, gréée, voilée et hublotée, c'est quand même très attractif ». L'ensemble de ces données suggère que, malgré les changements de paradigme, la construction amateur de catamarans, notamment via des kits, reste une option viable et attrayante pour ceux qui sont prêts à investir temps et effort.
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Architectes Influents dans la Conception de Catamarans de Croisière
Au-delà des initiatives de construction amateur et des démarches écoresponsables, l'architecture navale regorge de talents reconnus pour leurs contributions aux catamarans, en particulier ceux destinés à la croisière tranquille. Des noms comme Kurt Hughes, certains plans de Chris White, Schionning, Peter Snell, et Gary Lidgard sont fréquemment cités par les connaisseurs. Leurs conceptions sont plus volontiers destinées à la croisière tranquille, privilégiant le confort, la stabilité et la facilité de manœuvre pour des navigations sereines. Ces architectes, qu'ils soient français ou d'autres nationalités, sont des références incontournables pour quiconque s'intéresse aux plans de catamarans modernes. Le site "Icaraï", bien que diffuseur des plans Wharram, peut également être une source d'information pour explorer ces différentes pistes, offrant un aperçu des diverses philosophies de conception qui animent le secteur. La richesse de ces propositions ouvre des perspectives variées, que l'on souhaite acquérir un bateau sur plan ou envisager de jouer soi-même l'architecte, comme l'ont exprimé certains passionnés.
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