La vérité sur la baignade après le repas : démêler le vrai du faux

En été, après un pique-nique à la plage, la tentation de faire trempette pour se rafraîchir est grande. Mais on vous a maintes et maintes fois répété qu'il est plus sage d'attendre 3 heures avant la baignade, le temps que la digestion s'opère, afin d'éviter tout risque d'hydrocution. Cette consigne, transmise de génération en génération, résonne encore dans les oreilles de nombreux vacanciers. Pourtant, pour faire la lumière sur cette théorie - croyance? - populaire, il convient d'analyser les mécanismes physiologiques réels et de confronter les recommandations aux données médicales actuelles.

La digestion est-elle un facteur de risque ?

Bon nombre de nageurs en sont encore convaincus, piquer une tête après un repas serait extrêmement dangereux. Deux raisons principales sont mises en avant : la première raison de cette inquiétude est que, lors de la digestion, la température corporelle augmente, ce qui pourrait accroître le risque d’hydrocution en entrant dans une eau fraîche. Deuxièmement, lors de la digestion, l'afflux de sang oxygéné serait concentré vers l’estomac et donc plus du tout vers les muscles. On pourrait y croire !

Cependant, aujourd’hui, de multiples études ont été effectuées, notamment par des experts Canadiens et Américains de la Croix Rouge. Commençons par répondre à la question principale : « Il n’existe aucune preuve médicale qui justifie d’attendre au moins 30 minutes après avoir mangé avant de se baigner. Il n’y a pas eu de cas ou de preuve suggérant que le fait de manger juste avant de se baigner ait conduit à la noyade d’une personne », selon le docteur Jim Keany, médecin urgentiste.

Si la digestion fait augmenter la température du corps, elle ne constitue pas un facteur de risque d’hydrocution. La baignade après avoir mangé ne semble pas être un facteur de risque direct d’hydrocution. Attendre trois heures après manger le temps de digérer pour se jeter à l’eau serait donc une croyance populaire. "On sait aujourd'hui que cette précaution est absurde. La digestion ne figure pas parmi les facteurs de risque direct d’hydrocution, abonde la Société nationale de sauvetage en mer (SNSM).

Lors de la digestion, la température corporelle augmente mais de manière infinitésimale. En entrant dans l’eau à une allure modérée, en se mouillant d’abord la nuque et le thorax, vous ne prendrez aucun risque. Aussi, pendant la digestion, le volume de sang oxygéné, même si plus concentré qu’habituellement sur l’abdomen, est largement suffisant pour subvenir à l’activité musculaire de vos membres. Aucune corrélation entre crampe, hydrocution, noyade et digestion n’ont pu être établies.

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Les véritables mécanismes de l'hydrocution

Si la digestion n'est pas responsable, qu'est-ce qui provoque l'hydrocution ? Le terme, peu médical, désigne le choc thermique que peut connaître un être humain au contact d’un environnement aquatique : un corps très chaud dans une eau froide. Sous l’effet de la chaleur, le corps met en place une thermorégulation : les vaisseaux sanguins se dilatent et le rythme cardiaque s'accélère pour mieux évacuer la chaleur et favoriser le refroidissement.

Or, lorsque l’écart de température entre le corps et l’eau est important, ce mécanisme se grippe : face à un froid soudain, les vaisseaux sanguins périphériques se contractent brutalement, explique la SNSM. Ce choc provoque un malaise vagal. C’est ce malaise qui peut mener à une noyade. L’hydrocution aura plus de probabilité d’arriver si le corps est chaud : sieste ou exposition prolongée au soleil, footing en milieu de journée, etc.

Le Dr Jean Pierre Cervetti, médecin du sport, précise que tout simplement parce que le tube digestif est shunté à l’effort : pendant qu’on nage, on ne digère pas. Quant à l’hydrocution, elle est liée à l’exposition au soleil et non à la digestion. Car, derrière les contresens de la sagesse populaire, se cache une réalité plus juste : se jeter brusquement dans l’eau fraîche, à 14 h, après une exposition au soleil, est effectivement dangereux. Tout simplement car c’est l’heure à laquelle le soleil tape le plus fort.

L'impact de l'exercice et des habitudes alimentaires

Si la baignade récréative après manger ne pose pas de problème, la situation diffère pour les nageurs intensifs. "Manger un repas copieux, puis se lancer dans une séance d’entraînement de natation intense peut entraîner des troubles gastro-intestinaux, comme des nausées ou des vomissements", note John Rhodes, infirmier et entraîneur de triathlon.

Il est d’ailleurs souvent conseillé aux nageurs de haut niveau comme aux bébés nageurs de manger un peu avant leur mise à l’eau. Si vous nagez en ayant mangé vous ne risquerez pas l’hydrocution, mais si vous nagez à jeun attention à l'hypoglycémie ! Le Dr Matthew Badgett de la Cleveland Clinic explique que le sang circule encore abondamment dans les muscles après un repas. Il est donc crucial de rester hydraté avant de se baigner.

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Certaines inquiétudes concernent le type d'aliments. "Les études montrent systématiquement que ce n’est pas le cas. Et, selon la Croix-Rouge américaine, il n’est pas nécessaire de restreindre certains aliments avant de se baigner", précise le Dr Keany. Toutefois, toute indiscrétion alimentaire susceptible de provoquer des maux d’estomac sans nager pourrait entraîner les mêmes problèmes pendant la natation. La suralimentation - et la consommation - d’aliments excessivement épicés ou acides peuvent également provoquer des crampes d’estomac, même dans des circonstances normales, il est donc sage de faire preuve de discernement.

Le rôle critique de l'alcool dans la sécurité aquatique

Contrairement à la nourriture, la consommation d’alcool constitue un risque majeur et avéré. Jim Keany insiste sur le fait que l’alcool et la natation ne font pas bon ménage : "En fait, la consommation d’alcool augmente considérablement le risque de noyade. Parce qu’elle altère la coordination, le jugement, l’équilibre, la réaction au froid et la capacité à nager en toute sécurité."

Les chiffres concernant les taux de mortalité sont même inquiétants. Selon les Centres de contrôle et de prévention des maladies, jusqu’à 70 % des décès associés aux loisirs aquatiques chez les adolescents et les adultes se produisent lorsque l’alcool est impliqué. Un adulte peut se noyer en seulement une minute, donc être conscient du niveau de danger entourant l’eau et l’alcool pourrait lui sauver la vie.

Plusieurs signes clés indiquent qu’une personne est trop ivre pour nager en toute sécurité : une perte de la capacité à prendre des décisions et une augmentation de la prise de risques, des troubles de l’élocution ou des trébuchements, et une augmentation de la température corporelle (la consommation d’alcool entraîne une surchauffe du corps, ce qui peut affecter votre capacité à nager en toute sécurité).

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