Piloter un catamaran seul : Guide complet pour une navigation en toute sérénité

Naviguer en solitaire n’est pas qu’une question d’aventure, de course au large. Si nous ne sommes pas tous des Thomas Coville ou Armel Le Cléac’h, nous sommes nombreux à naviguer seul. Il peut y avoir plusieurs raisons. Cela peut être un choix, on n’imagine pas naviguer avec un équipage. Dans ce cas, pour naviguer en solitaire, sereinement, il faut s’organiser. Il faut organiser le bateau et prévoir un équipement adapté. Naviguer en solitaire n’est pas très difficile en soi.

L'état d'esprit du solitaire

Naviguer en solitaire est plus gratifiant que difficile. C'est aussi le meilleur moyen de bien connaître son voilier. Il n'est pas question ici de décrire les recettes des grands coureurs océaniques contraints de veiller d'un œil à 30 nœuds sur une coque, tiré par un gennaker de 300 m2… Ce qui nous intéresse, c'est la navigation en croisière, près des côtes ou au large. Naviguer en solitaire peut être un choix, un défi à relever, mais aussi une obligation. Convoyage sans équipiers disponibles, ou bien plus fréquemment croisière en famille.

En mer, avec des enfants en bas âge et une maman qui veille sur eux ou une bande d'amis qui ne connaît rien à la voile, vous êtes seul à gérer votre multicoque. Une lapalissade pour commencer : ne vous surestimez pas. Si votre expérience de la voile se limite à quelques stages et trois semaines de location, vous n'êtes pas prêt. Naviguer seul n'est pas pour autant réservé aux vieux baroudeurs qui ont viré les trois caps. Juste une question de maîtrise du bateau et de soi. Le silence du bord n'est pas synonyme de solitude, mais représente la forme ultime de liberté. À peine le port a-t-il disparu de l'horizon que vous endossez simultanément les rôles de capitaine, de navigateur, de cuistot et de mécanicien.

Préparer sa navigation

Ne partez pas la fleur au fusil ! Une navigation en solitaire se prépare tranquillement, chez vous ou au port. Étudiez donc la route sur la carte ou sur le traceur. Entrée et sortie de port, autres abris possibles, brisants, épaves, zones de tir : vous devez intégrer toutes ces données avant de partir. Pourquoi une telle anticipation ? Pour ne pas avoir, en cas d'urgence, à replonger dans les cartes et les bouquins. Vous devez trouver immédiatement la bonne solution grâce à vos connaissances de la zone. Préparer tous les waypoints de la route sur le GPS ou le traceur du bord est loin d'être inutile. Une reconnaissance du lieu d'arrivée en voiture non plus. Pour naviguer sereinement en solitaire, faites en sorte de choisir une belle fenêtre météo. Naviguer quelques heures avant un coup de vent annoncé est à éviter absolument.

L'organisation du cockpit et du pont

Naviguer seul, c’est anticiper encore plus qu’avec un équipage. Il faut aussi anticiper les petites réparations qui peuvent avoir de lourdes conséquences, quand on est seul. J’ai plus souvent navigué en équipage réduit qu’en solitaire. Mais, même avec du monde, j’ai toujours préféré les cockpits pas trop larges. Le plus important est d’éviter d’aller sur le pont trop souvent. Pour cela, toutes les manœuvres doivent être ramenées au cockpit, des balancines et des drisses aux hale-bas en passant par les prises de ris.

Lire aussi: Expérience culinaire en catamaran

Concernant les prises de ris, optez pour un système de prise de ris automatique. En navigation, vous devez tout avoir sous la main. Une bonne organisation passe donc par des pochettes, étanches, dans les filières ou le balcon. Vous pourrez y mettre vos cartes papier, VHF, effets personnels, à boire et à manger. On trouve des pochettes de cadre de vélo, ainsi que des pochettes de guidon, qui sont très pratiques. Des répétiteurs devront être installés. Bon, oui, maintenant c’est du classique. Mais pensez à les installer de façon à avoir, sous les yeux, sondeur, loch, compas. Enfin, pensez à laisser filer les drisses dans la descente.

Se déplacer sur le pont, quand on est seul, n’est pas plus dangereux qu’en équipage. Mais les conséquences d’une chute sont catastrophiques. La chute à la mer, c’est l’impossibilité de remonter à bord. Les lignes de vies sont donc indispensables. Pour éviter certaines manœuvres, l’enrouleur de génois est très utile. Concernant la réduction ou l’affalage des voiles, on peut penser au lazy-jack et lazy-bag. Ils ont l’intérêt de guider la grand-voile vers la bôme, quand on l’affale. On ne passe pas son temps à l’extérieur, dans un bateau.

Le rôle crucial de l'équipement

Les Winchs Self-tailing ne sont plus un luxe, dès que la taille du bateau dépasse les 7,50m. Surtout pour les voiles d’avant. Ils seront d’autant plus utiles sur des voiliers plus anciens avec des génois à fort recouvrement. Il existe aussi des kits en plastique pour adapter un système self-tailing sur des winchs classiques. Les lazy jacks sont aussi très pratiques. Ils permettent d’affaler la grand-voile facilement sans avoir à monter sur le roof pour la ranger avant d’arriver au port ou au mouillage. Certains plaisanciers n’aiment pas ce système car les lattes peuvent se prendre dans le lazy jack quand on hisse la voile. Cependant, ce système peut être pratique. On trouve des kits prêts à être installés sur le marché. Pour rester dans les voiles, la chaussette à spi est aussi très pratique pour utiliser cette voile plus souvent.

Sécurité à bord : les priorités

Vous êtes seul à bord ou êtes responsable du navire et de votre famille, prenez soin de vous. Votre bateau ne viendra pas vous rechercher tout seul si vous tombez à l’eau. Ne comptez pas non plus sur votre conjoint, vos enfants ou des amis que vous avez invités à bord. Un gilet de sauvetage « porté » est donc indispensable. Les modèles actuels sont de plus en plus ergonomiques et s’oublient facilement. En plus du gilet, pensez au harnais. Les nouveaux harnais sont, eux aussi, beaucoup plus discrets et légers qu’avant. Il faut savoir que le port du gilet et du harnais sont obligatoires dans certains pays. Il est indispensable d’avoir tout sous la main. Des pochettes de cockpit permettront de ranger sandwichs, eau, livres, crème solaire et… GPS et VHF. Je trouve indispensable d’avoir ces deux instruments sous la main. En cas d’urgence, pas besoin de descendre à la table à cartes pour regarder sa position ou émettre un appel.

La vie intérieure et le repos

À certains moments, on mange, on dort. En solitaire, le meilleur endroit pour dormir est le carré. Surtout en navigation. En effet, vous dormez, ou presque, à côté de vos instruments de navigation et vous êtes paré à sortir en cas de besoin. Dans le même temps, c’est encore l’endroit le plus confortable pour dormir, surtout à la gîte. Concernant l’organisation, à l’intérieur, c’est à chacun de s’organiser comme il le souhaite. Il n’y a pas d’organisation particulière, par rapport à une navigation en équipage.

Lire aussi: Voiles de catamaran expliquées

Le corps se régénère pendant le sommeil : le cerveau traite les informations, trie les expériences vécues et élimine l'inutile. Les capacités d'apprentissage et la concentration augmentent ; durant le sommeil profond, les cellules se réparent, les muscles se régénèrent et le système immunitaire se renforce. Cependant, en navigation en solitaire, loin du prochain port, il est rarement possible de laisser le bateau sans surveillance pendant une période prolongée. La durée possible des phases de repos dépend fortement de la zone de navigation : dans les zones côtières à fort trafic, seules de courtes phases de repos sont réalistes. En revanche, au grand large, avec une préparation adéquate, des intervalles de sommeil de deux à trois heures peuvent être envisageables.

Le pilotage automatique

Pour faciliter les manœuvres, le pilote automatique est presque indispensable. Certains se contenteront d’un simple tendeur ou d’un bout pour garder leur barre droite quelque temps. Il existe deux types de pilotes : les pilotes de barre franche et les pilotes in-bord. Si le pilote in-bord est plus fiable et plus résistant, il sera surtout utilisé sur des unités à partir de 10 mètres et pour effectuer des navigations assez longues.

La spécificité du multicoque

En arrivant à bord, la taille d’un catamaran a de quoi impressionner. À longueur égale, ces bateaux sont deux fois plus volumineux que les monocoques. Cette caractéristique peut générer un brin d’anxiété lors des premières manœuvres de port. Mais l’angoisse s’envole en un clin d’œil. À bord des catamarans, deux moteurs riment avec bonheur. Parce que le flux des hélices, implantées au plus près des safrans, tout à l’arrière des coques, ne pourrait être plus efficient. Cette disposition confère une maniabilité surprenante à ces spacieux voiliers. Au point qu’en réalité, il est souvent plus facile de les insérer dans une place de port que leurs cousins à une seule coque. Ainsi, quand on inverse la poussée de chacun des moteurs, ces importantes unités réalisent-elles des demi-tours sur place avec des grâces de ballerine.

Quand l’accès à la place dévolue est compliqué, l’astuce consiste à arriver en marche arrière et en légère oblique par rapport au ponton (on présente ainsi le « coin » du bateau en premier, d’où l’avantage des postes de barre installés à l’arrière des coques, on peut y doser l’approche au millimètre). Il est ensuite très simple de passer une amarre à partir du taquet arrière, de raidir celle-ci sur celui du dock (ou de la passer en double), puis de pousser l’étrave opposée avec le seul moteur de la coque la plus éloignée. Facile à deux équipiers, cette opération peut même s’effectuer sans trembler en solitaire. En mer, la manœuvre d’un catamaran bénéficie de l’avantage énorme que confère une plateforme stable. Mais largeur et absence de gîte permettent à un couple d’âge mûr, comme à un équipage familial, de se lancer en toute décontraction dans des traversées océaniques.

Gestion de l'énergie et autonomie

Les catamarans sont dotés de deux moteurs, facteur de consommation de fuel supérieure, certes, mais aussi de sécurité. Et, bien-sûr, source de production d’énergie électrique, grâce à leurs alternateurs. Lesquels ne doivent pas servir à couvrir tous les besoins quotidiens. Avant de passer en revue les autres sources potentielles d’énergie à bord, il convient donc de dresser le bilan électrique du catamaran. Pour éviter les mauvaises surprises, on peut décider que le winch électrique ne fonctionnera, à l’instar du guindeau, que moteur en route. Grâce aux LEDs, la consommation des feux de route, du projecteur de pont et de l’éclairage intérieur est désormais bien plus faible qu’autrefois. Pour assurer la charge de ce parc, là encore, l’avantage des catamarans saute aux yeux : on peut couvrir de panneaux solaires leur grande surface de roof. Néanmoins, compte tenu des jours de grisaille où les cellules débitent peu et des nuits où elles ne débitent pas du tout, l’ajout d’un hydrogénérateur peut constituer une solution très efficace. À huit nœuds, vitesse moyenne aisément tenue par les Nautitech, un appareil de ce type couvrira l’essentiel des consommations du bord.

Lire aussi: Choisir le bon chausson voile pour votre catamaran

L'avitaillement en solitaire

Passés les premiers moments d’éventuelle gêne voire de nausées, la mer décuple l’appétit ! L’avantage incomparable des catamarans, c’est qu’ils permettent à tout l’équipage de s’asseoir à table et de prendre ensemble les trois repas principaux. Respecter des horaires fixes pour ces trois rendez-vous les plus gastronomiques possibles contribuera à la bonne harmonie du bord. Quand viendra le moment de remplir les chariots de supermarché, il ne faudra pas hésiter à prévoir large. Pour parer à tout imprévu qui allongerait la traversée envisagée et parce qu’un catamaran offre des volumes de rangement importants. Pour l’eau de boisson, prévoir très large. Même si un dessalinisateur est présent à bord, une solide réserve d’eau minérale en bouteille n’est jamais superflue.

Manœuvres de port et accostage

Les dimensions imposantes de la plateforme de certains catamarans font souvent hésiter les débutants. Il n'est pas toujours facile de manœuvrer ce monstre hors et dans des ports méditerranéens parfois trop étroits. Mais le cata a un grand avantage, avec ses deux machines, il peut être tourné sur son assiette comme un char d'assaut : une machine en avant, l'autre en arrière, et le bateau tourne déjà sur place. Important : pour les derniers mètres en arrière, il est préférable de naviguer uniquement avec les machines.

Lorsque les équipages de catamarans s'approchent d'une bouée, ils se compliquent inutilement la tâche et se dirigent vers elle par l'avant. Comme les catamarans sont souvent peu visibles depuis le poste de pilotage et que le franc-bord est beaucoup plus élevé que celui des monos, il vaut mieux reculer jusqu'à la bouée. Là, le skipper peut presque toujours voir lui-même la distance sans problème.

Réglage des voiles et prise de ris

Les catamarans se conduisent différemment des monos. Le chariot d'écoute de grand-voile, qui s'étend généralement sur toute la largeur du toit de la cabine, est un instrument central de réglage. C'est l'instrument privilégié pour relâcher rapidement la pression avant l'écoute de grand-voile. Si l'on effectue un empannage, il est particulièrement important de ramener le traveller au centre au préalable.

Les kats ont un inconvénient par rapport aux mono : si le vent se renforce, ils n'indiquent pas au skipper, ni par leur position ni par l'augmentation de la pression sur le gouvernail, si le bateau est surpuissant et s'il faut donc prendre des ris. Pour cela, il existe des tableaux de prise de ris dans le mode d'emploi. Mieux encore, suivre cette règle imparable : à peine se demande-t-on s’il faut prendre un ris, c’est qu’il est temps de le faire. Au large, anticiper c’est gagner. En facilité, un ris pris avant que le vent ne monte demandera beaucoup moins de transpiration.

Le mouillage en catamaran

Les catamarans flottent beaucoup plus que les monos au mouillage en raison de leur superstructure haute et de leur petit plan latéral dans l'eau. Pour réduire cela, il y a pratiquement toujours une gaffe de cordage montée sur les beams, que l'on accroche à la chaîne avec une manille. Donc : poser suffisamment de chaîne pour la profondeur de l'eau, puis attacher des manilles à la chaîne devant le davier et border celle-ci jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de traction sur elle jusqu'à la manille. Le bateau est alors beaucoup plus calme.

La gestion de l'annexe

La manipulation de l'annexe avec les deux bossoirs est beaucoup plus simple que sur le monocoque, mais on peut aussi se tromper. Un point important : le bateau est parfois très mal accroché aux bossoirs lorsqu'il est tiré vers le haut. Les boudins frottent alors souvent contre les bossoirs ou la poupe dans la mer agitée. C'est pourquoi il faut bien attacher l'annexe avec des cordes. Fixer le réservoir et la pagaie, fermer la vis de purge du réservoir. Si le catamaran a moins de franc-bord, il peut être nécessaire de relever le moteur, sinon il s'enfonce dans les vagues quand la mer est agitée.

La bannière du solitaire

La bannière dite du solitaire, souvent appelée flamme « Una One » (flamme numérique « 1 »), est un pavillon blanc orné d'un disque rouge en son centre. Elle est fréquemment confondue, à tort, avec le drapeau japonais. Celui qui mène son bateau seul envoie généralement cette flamme sur le pataras pour signaler aux autres navigateurs qu'il n'y a qu'une seule personne à bord. Particulièrement en Allemagne et aux Pays-Bas, elle attire l'attention des autres plaisanciers et suscite leur bienveillance. Sa signification n'est pas officiellement reconnue, elle n'offre aucun avantage juridique et peut prêter à confusion. Même en naviguant en solitaire, vous êtes soumis aux mêmes obligations légales que n'importe quel autre chef de bord.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *