La pratique de la plongée subaquatique, bien plus qu'une simple activité sportive ou récréative, représente une quête historique de la connaissance et de la maîtrise du monde immergé. Depuis les côtes marseillaises jusqu'aux profondeurs obscures des résurgences karstiques, cette discipline a façonné le rapport de l’homme à l’océan et aux cavités inondées, transformant des défis techniques insurmontables en une science moderne et structurée.
Les racines de la plongée moderne : Marseille comme berceau
Cité maritime depuis sa fondation il y a 2 600 ans, Marseille s’est distinguée comme le berceau de la plongée subaquatique moderne. Les Calanques, en particulier, furent le théâtre de plusieurs innovations majeures qui ont permis de repousser sans cesse les limites de l'immergeable. La quête de richesse, sous forme de naufrages, a stimulé les premières tentatives techniques. En 1733, John Lethbridge tente de récupérer des piastres d’argent englouties dans un naufrage à l’entrée du port de Marseille. L’équipement utilisé se compose d’un tonneau en bois, muni d’un hublot, cerclé de fer et lesté de plomb, et équipé de deux manchons de cuir pour passer les bras.
Quelques décennies plus tard, en 1764, la Chambre de commerce de Marseille teste l’invention de Louis Dalmas, une structure plus légère et moins encombrante, marquant une étape supplémentaire dans l'amélioration des conditions de travail des plongeurs. Le tournant décisif survient dans les années 1850 et 1860, période où sont inventés le scaphandre à casque de suivi et l’appareil respiratoire fournissant l’air à la demande. À cette époque, le métier est extrêmement difficile : il faut des assistants pour pomper l’air depuis une barque, et le plongeur doit revêtir un accoutrement pesant plus de cinquante kilos. Cette période est marquée par de nombreux accidents, principalement dus au non-respect des règles de la profondeur et de la décompression, alors balbutiantes.
Le tournant technologique : l'autonomie et le "triangle Cousteau"
La maturation de la discipline franchit une étape historique en 1907, lorsqu'en réponse au tragique naufrage du paquebot Liban, plusieurs équipes sont dépêchées à proximité de l’île Maïre. L'objectif était alors impératif : il fallait remonter les corps et les sacs postaux, exigeant une logistique complexe. Toutefois, c’est véritablement à Sormiou, dès 1942, que l’histoire s’accélère avec Georges Beuchat, Albert Falco et le commandant Cousteau. Ils réalisent les premières plongées avec un nouveau scaphandre équipé d’une bouteille d’air comprimé et d’un détendeur. Ce scaphandre autonome offre une aisance de mouvement et une mobilité inédites, propulsant l’ère des « hommes-grenouilles » équipés de palmes, qui supplantent peu à peu les « pieds-lourds » chaussés de plomb.
Les années 1950 et 1960 voient fleurir des réalisations scientifiques et techniques de grande envergure. À Riou, le navire océanologique Calypso localise en 1952 deux épaves antiques et des milliers d’amphores et de céramiques. Cet emplacement et ses alentours sont désormais désignés sous le nom de « triangle Cousteau » et constituent une zone de protection archéologique majeure. En 1962, la structuration professionnelle se renforce lorsque l’ingénieur Henri-Germain Delauze crée à Marseille la Comex, ainsi qu’un centre hyperbare de pointe. Ces avancées se poursuivent au fil des décennies : en 1978, l’épave du Grand-Saint-Antoine est identifiée, tandis qu’en 1991, Henri Cosquer déclare la découverte d’une grotte engloutie ornée de peintures préhistoriques, offrant un témoignage unique de l'art rupestre sous la mer. En 2003, Delauze retrouve les restes de l’avion de Saint-Exupéry dans une zone prospectée par le plongeur Luc Vanrell, et plus récemment, en 2020, une équipe menée par Laurent Ballesta a réussi l’exploit de plonger dans la zone des -100 mètres durant 28 jours consécutifs.
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L’héritage de la transmission et le rôle des centres de formation
L'essor de la plongée doit également beaucoup aux figures de l'ombre qui ont su structurer l'enseignement. Un grand nom de la plongée vient de nous quitter à l’âge de 95 ans. Ses compétences en plongée l’amènent d’abord à l’enseigner pendant ses loisirs. Pendant des décennies, le CIP sera le plus gros centre de formation à la plongée de toute la région Occitanie, et d'autres CIP suivront en France, constituant les embryons des centres professionnels actuels.
Son premier local de plongée est celui qui sert à la sécurité de la plage St Vincent de Collioure. Un peu plus tard, il récupérera l'emplacement de la pompe à essence située à l'extrémité de la plage du Boutigué. Ce minuscule local sera ingénieusement aménagé pour caser tout le matériel et l'imposant compresseur. Avec Henri Ducommun, Président de la FFFESSM, ils mettent en place la Commission Technique Occitanie au début des années 70, et il en sera le Président jusqu’en 1993. Pierre Girodeau est à l’origine de nombreuses vocations de moniteurs qui ont fait ce qu’est la FFESSM aujourd’hui.
L'exploration des abysses terrestres : la Fosse Dionne
La plongée ne se limite pas au milieu océanique ; elle s'aventure également dans les entrailles de la terre, là où la lumière ne pénètre plus. La Fosse Dionne, à Tonnerre, en est un exemple fascinant. Le plongeur Pierre-Éric Deseigne est descendu ce 27 mai dans la Fosse Dionne, dans le cadre d'une plongée de repérage. Il compte reprendre les explorations prochainement, afin de terminer la topographie de la partie profonde de la cavité. Des images rares, pour un lieu que très peu d'êtres humains ont l'occasion de visiter.
La Fosse Dionne est une résurgence qui fascine et attire les visiteurs depuis des centaines d'années. Le but de M. Deseigne est d'effectuer un repérage et de vérifier si la cavité est bien accessible, car les conditions météo peuvent reboucher certains passages. Il explique : « On a eu deux étés très secs et lorsque la pression de l'eau diminue, toute la pente de galets descend et referme le passage. Là, après deux hivers avec de grosses crues, ça a un peu rouvert le passage. Avec un peu de désobstruction, ça passe à nouveau ». L'objectif est de réaliser la topographie de la partie basse, de -40 à -80 mètres, une mission ardue et engagée. Une fois à l'intérieur de cette cavité, plusieurs difficultés se présentent : des étroitures, des variations de profondeur et peu de visibilité. « La visibilité se trouble vite, il y a beaucoup d'argile au sol. Et la cavité présente un profil "yoyo", ce qui n'est pas évident. Surtout, il faut passer trois étroitures redoutables : deux au début et une dans la partie profonde de la Fosse. C'est une grande faille qui part de 15 à 40 mètres, vraiment pas large : 30 ou 40 centimètres. Avec tout l'équipement sur soi, c'est très sélectif ».
Cette plongée spéléologique est extrêmement réglementée. En 2019, M. Deseigne avait atteint le point connu le plus éloigné de l'entrée, poussant l'exploration à près de -80 mètres. Reconnu par ses pairs comme professionnel de la maintenance des équipements et moniteur expérimenté, il souligne que la plongée souterraine n'est pas ouverte au grand public en raison des risques inhérents. La Fosse a connu trois décès tragiques, notamment en 1962, probablement dus à une fausse manœuvre lors du gonflage des bouteilles ou à une accumulation de gaz carbonique, et en 1996, lors d'une plongée en binôme. Aujourd'hui, la municipalité et les spécialistes travaillent de concert pour faire avancer les connaissances scientifiques, tout en prévoyant des travaux de rénovation sur le lavoir extérieur, classé au patrimoine.
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