Transformer sa passion pour la navigation en une activité commerciale est un objectif pour de nombreux plaisanciers. Que vous soyez un marin expérimenté ou que vous envisagiez une reconversion professionnelle, naviguer un bateau contre rémunération implique de satisfaire à des exigences réglementaires strictes. En France, dès lors que vous proposez des sorties en mer rémunérées, que ce soit sur votre propre navire ou celui d’un tiers, vous entrez dans le cadre du transport de passagers à titre payant. Cette activité, essentielle à l'économie maritime, est encadrée par une législation spécifique visant à garantir la sécurité des personnes et des biens en mer. Ce guide a pour ambition de vous aider à choisir la bonne voie pour exercer légalement et en toute sécurité, en mettant l'accent sur le brevet Capitaine 200 et les certifications connexes. Vous êtes Capitaine titulaire d’un Yacht Master ? Ce guide vous intéresse aussi si vous souhaitez exercer sous pavillon français.
Qu'est-ce qu'un Skipper et Quelle est l'Importance de sa Certification ?
Dans le vocabulaire classique, un skipper désigne le commandant d’un voilier et le capitaine d’un bateau à moteur. Plus largement, un Skipper, autrement appelé Capitaine ou Chef de bord, est la personne en charge du pilotage d’un bateau, qu’il soit à moteur, à voile, monocoque ou multicoque, ainsi que de la gestion de son équipage. Être skipper est une profession à part entière, et cela requiert un certificat particulier, précédé d’une formation théorique et pratique rigoureuse. La navigation en mer est un univers complexe. Elle nécessite une connaissance minutieuse, scientifique et technologique, en plus d’être régie par de multiples législations.
La responsabilité du skipper est primordiale, car il est le "seul maître à bord". Cette position lui confère une importance juridique et civile considérable. Le skipper doit en effet veiller à la bonne marche du navire, s’assurer d’un équipement approprié et en bon état de fonctionnement, décider l’agenda et la route en fonction de la météo et, surtout, veiller à la sécurité de l’équipage et des passagers. Ne pas respecter ces obligations peut entraîner des risques légaux importants. Il est important de savoir qu’en France, et seulement sur ce territoire, la navigation de plaisance à bord d’un bateau à voile (voilier monocoque, catamaran, trimaran et autres) ne requiert pas de permis bateau, contrairement aux bateaux à moteur (excluant les bateaux sans permis évidemment). Mais cette règle s’applique seulement aux navigateurs particuliers, qui naviguent à titre privé. Si vous souhaitez manœuvrer un bateau en transportant des passagers, pour le compte d’un tiers, à votre compte ou lors d’une régate, vous aurez besoin d’un diplôme de skipper. Le permis bateau (côtier ou hauturier) n’est pas un certificat de skipper ! Toute activité rémunérée impliquant la manœuvre d’un navire requiert l’un des brevets maritimes professionnels, et ce, même pour les particuliers.
Le Cadre Réglementaire en France pour l'Activité Commerciale Maritime
Le statut de skipper en France implique d’exercer une activité professionnelle directement liée à l’exploitation d’un navire, comme le stipulent notamment le Décret n° 2015-454 du 21 avril 2015 et l’article L. A. du code des transports maritimes. Ces textes définissent les contours légaux de la profession et les qualifications requises. Proposer des sorties en mer rémunérées s'inscrit dans un cadre strict de transport de passagers à titre payant, ce qui exige des titres de formation professionnelle maritime spécifiques. Ces diplômes sont reconnus par l’État français et permettent de commander des navires armés au commerce. De plus, étant conformes à la convention STCW (Standards of Training, Certification, and Watchkeeping), ces brevets sont reconnus à l’international, ce qui ouvre des perspectives de carrière bien au-delà des côtes françaises. La France est signataire de la Convention STCW, et les règles françaises sont en corrélation avec les exigences STCW.
Distinction entre Diplômes et Brevets Maritimes : Validité et Renouvellement
Il existe une distinction fondamentale entre les diplômes et les brevets dans le domaine maritime professionnel. La délivrance d’un diplôme, à l’issue d’une formation, permet au candidat de naviguer comme élève officier durant 2 ans. Pour l'obtention d'un brevet, un temps de service effectif en mer minimum est requis, soit 12 mois sur 2 ans, accompli à titre professionnel à bord de navires battant pavillon français sur des navires armés ou pavillon étranger. Les brevets de Capitaine sont strictement français, et ils ont une durée de validité de 5 ans après la date de délivrance.
Lire aussi: Nager en toute sécurité pendant les règles
Pour renouveler son brevet, le titulaire doit demander sa revalidation au directeur interrégional de la mer de sa région administrative. Cette démarche est cruciale et nécessite de justifier qu’il satisfait aux normes d’aptitude médicale prévues et qu’il maintient ses compétences professionnelles. Ce processus de revalidation assure que les skippers professionnels conservent un niveau de compétence et de santé adéquat pour exercer leurs fonctions, garantissant ainsi la sécurité en mer sur le long terme. Les formations complémentaires, telles que les certificats de base en sécurité (BST) ou les certificats médicaux (ENG1 pour certaines certifications internationales), doivent être renouvelées respectivement tous les 5 et 2 ans pour maintenir la validité du brevet professionnel ou des endorsements commerciaux.
Le Brevet Capitaine 200 : Une Voie Française Essentielle
Le C.200 est le diplôme qui permet de devenir skipper et d’en exercer l’activité contre rémunération ou pour le compte d’un tiers. Ce brevet autorise le transport d'un maximum de 30 passagers sur des bateaux de moins de 25 mètres, soit environ 82 pieds. Les navires commandés par les titulaires du brevet Capitaine 200 effectuent souvent des liaisons côtières ou des navigations à proximité du littoral, avec une limite maximale de 20 milles des côtes. Le titulaire du brevet de Capitaine 200 est responsable de l’expédition maritime et représente l’armateur en toutes circonstances. La formation Capitaine 200 permet de prendre le commandement d’un navire de jauge brute inférieure à 200 UMS (Unité de Mesure de Stabilité). Il est adapté aux personnes souhaitant exercer le métier de skipper sur des embarcations relativement importantes.
Prérogatives et Conditions d'Accès au Capitaine 200
Pour présenter ce diplôme, il faut avoir un minimum de 20 ans. Le Capitaine 200 est un titre de navigation professionnelle qui permet de naviguer en tant que skipper sur des bateaux à moteur jusqu’à 200 tonneaux de jauge brute, ce qui correspond généralement à des bateaux de taille moyenne, environ 24 mètres. Ce brevet est valable pour la manœuvre de bateaux à voile et à moteur. Le Capitaine 200 permet de travailler commercialement sur les bateaux battant pavillons français. Dans le cadre de la formation visant à acquérir les compétences requises pour le brevet de Capitaine 200, le candidat doit démontrer qu’il est capable d’effectuer les gestes, de communiquer, de prendre les décisions et d’appliquer les procédures imposées par la réglementation en vigueur. Quiconque souhaitant obtenir ce certificat doit demander à le passer auprès de ports ou des établissements qui le proposent, notamment les lycées maritimes.
Le Contenu et la Durée de la Formation Capitaine 200
La formation menant au Capitaine 200 est longue, exigeant 402 heures de cours, réparties de manière complète. Ce diplôme de la marine marchande demande un investissement significatif, tant en temps qu'en engagement personnel. Les épreuves sont orales, écrites et pratiques, couvrant un large éventail de compétences essentielles à la navigation professionnelle. L’évaluation, dont le programme correspond au référentiel figurant en pièce-jointe des réglementations officielles, est constituée de plusieurs épreuves : des épreuves pratiques en cours de formation, des épreuves finales écrites et des épreuves finales pratiques. Une session de formation comporte à la fois la formation théorique et l'évaluation des compétences. En général, il faut compter environ 12 semaines pour suivre les 5 modules de formation requis. Il existe de nombreuses écoles et centres de formation agréés pour passer le Capitaine 200 en France.
Il est important de noter que le Capitaine 200, ainsi que les formations complémentaires, doivent être renouvelés globalement tous les 5 ans pour maintenir la validité de la certification. Par ailleurs, les brevets de Marine Marchande ne permettent pas de travailler en tant qu’instructeur ou moniteur de voile.
Lire aussi: Luffy et l'eau : une faiblesse majeure
Brevets Spécifiques pour l'Enseignement et la Formation Maritime
Pour certaines activités spécifiques, comme l'enseignement de la voile, des certifications différentes ou complémentaires peuvent être requises. Afin d’exercer des fonctions d’enseignement à bord d’un voilier, le moniteur responsable de la formation doit détenir une carte professionnelle.
Parmi ces certifications, on trouve le Brevet Professionnel de la Jeunesse, de l’Éducation Populaire et du Sport (BPJEPS) mention "activités nautiques". Le moniteur de voile, titulaire du BPJEPS, acquiert le statut de chef de bord lors de la prestation d’enseignement. Pour ce type d’activité, il n’a pas besoin de cumuler BPJEPS et Capitaine 200, car le BPJEPS seul est suffisant pour le cadre de l'enseignement.
Un autre titre est le Certificat de Qualification Professionnelle Initiateur Voile (CQP IV). Cependant, pour une pratique au-delà de 200 milles nautiques d’un abri, le DEJEPS “perfectionnement sportif” mention voile est nécessaire. Les titulaires de ce dernier doivent effectuer un “stage de recyclage” tous les 5 ans, dans le but d’actualiser les compétences professionnelles du diplômé. Ces formations sont plus orientées vers la pédagogie et l'encadrement sportif, tandis que le Capitaine 200 est axé sur le commandement commercial du navire.
Il existe également des brevets permettant de transporter un équipage de 12 personnes maximum, naviguant jusqu’à 6 miles de la base de départ tout au plus. Ces formations se font sur une durée de 107 heures réparties sur 3 semaines. Un diplôme reprenant les mêmes conditions que le précédent, mais en restreignant la navigation sur des bateaux à voile durant la journée seulement, est également disponible pour des usages très spécifiques.
Reconnaissance Internationale et la Convention STCW
La France, en tant que signataire de la Convention STCW, reconnaît donc les diplômes des autres territoires étrangers, à condition qu'ils soient conformes à la convention STCW. Pour les skippers diplômés d’autres pays souhaitant exercer en France ou sous pavillon français, une demande de visa de reconnaissance pourra être délivrée. Cette demande doit être formulée à la DDTM (Direction Départementale des Territoires et de la Mer) de la façade maritime sur laquelle le skipper aura évolué. Cependant, cette délivrance est subordonnée à la condition d'avoir au préalable signé un contrat pour une prestation en France ou sous pavillon français.
Lire aussi: Piscine à eau verte : risques et remèdes
Il est crucial de noter l'impact du Brexit sur cette reconnaissance. Suite à la fin de la période de transition, le Royaume-Uni est dorénavant un pays tiers et n’entre plus dans le périmètre de reconnaissance prévue par la STCW entre les pays membres de l’UE. Cette situation est une conséquence directe de la communication de la Commission Européenne sur le retrait du Royaume-Uni dans l’UE et les règles applicables au transport maritime.
Comparaison avec d'Autres Titres de Commandement : Yachtmaster et Master Commercial Yachting 200 GT
Le métier de skipper professionnel est exigeant et très réglementé. Au-delà du Capitaine 200 français, d'autres titres de commandement sont répandus en Europe et à l'international. Comprendre leurs spécificités est essentiel pour choisir la certification la plus adaptée à son projet professionnel.
Le Yachtmaster : Une Reconnaissance Anglaise et Internationale
Le titre le plus courant pour travailler à l’international est le Yachtmaster. Il s'agit d'un titre anglais délivré par la Royal Yachting Association (RYA), reconnu par la Maritime Coastguard Agency (MCA). Le Yachtmaster est valide pour l’ensemble des territoires de la couronne britannique, sur les pavillons du Red Flag (comme les Bermudes, les Îles Vierges britanniques, Jersey, etc.), et donc dans de nombreux pays du monde. Il permet aux skippers de commander des bateaux de plaisance jusqu’à 24 mètres de long, sans limitation de distance avec l’extension Océan. Une grande partie des navires de plaisance dans le monde sont sous pavillon britannique ou Red Flag.
Le titre de Yachtmaster étant acquis à vie, il permet sans renouvellement nécessaire de travailler pour des armateurs privés sous pavillon Red Flag. Cependant, les formations complémentaires, telles que les Basic Safety Training (BST) ou le certificat médical ENG1, doivent quant à elles être renouvelées respectivement tous les 5 et 2 ans pour renouveler le Commercial Endorsement, qui permet la reconnaissance internationale. L'obtention d'un Yachtmaster passe par un examen sans formation préalable obligatoire, qui comprend une évaluation des compétences en navigation, en manœuvre et en sécurité en mer. La Royal Yachting Association (RYA) est basée au Royaume-Uni, mais elle a des centres de formation agréés dans le monde entier, y compris en France.
Il est important de souligner une distinction majeure : le Yachtmaster n’est pas reconnu par l’État français et certains autres pays en tant que titre de commandement sans une procédure de visa de reconnaissance complexe et souvent difficile à obtenir pour une activité commerciale sous pavillon français. Toutefois, le Master 200 GT peut très facilement s’obtenir pour les marins déjà titulaires d’un Yachtmaster ; il suffit alors de passer l’examen oral du Master 200 GT, ce qui représente une passerelle intéressante pour certains professionnels. Les prérogatives du Yachtmaster sont spécifiques pour chaque titre (Coastal, Offshore, Ocean), offrant différentes portées de navigation.
Le Master Commercial Yachting 200 GT : Le Brevet Belge et sa Reconnaissance Européenne
Le Master Commercial Yachting 200 GT (C-Yachting 200 GT) est un brevet belge spécifique pour les navires jusqu’à 200 tonneaux de jauge brute. La plupart des pays européens et signataires de la Convention STCW reconnaissent le Master Commercial Yachting en tant que tel et ne requièrent pas de visa de reconnaissance pour son exercice sur leur territoire. Cela en fait un brevet très intéressant pour une carrière en Europe. Le Master Commercial Yachting 200 GT est lui aussi une formation délivrée en anglais, qui peut s’obtenir en 6 mois pour les plus pressés. Le Commercial Yachting prend en compte l’expérience de navigation réalisée en amont de la formation, valorisant ainsi le vécu des marins.
Si le Master Commercial Yachting 200 GT est un brevet reconnu par la France (contrairement au Yachtmaster) et le Royaume-Uni, il doit cependant faire l’objet d’une demande de visa de reconnaissance pour exercer sous pavillon de ces deux pays. C'est un brevet STCW, ce qui signifie que les formations complémentaires obligatoires (telles que le Certificat Général d'Opérateur CGO/CRO, le Certificat de Formation de Base à la Sécurité CFBS, etc.) doivent être renouvelées tous les 5 ans. L’examen théorique de cette formation permet d’obtenir le titre de Officer Of Watch (OOW200) et se déroule sur 4 jours en présentiel en France ou en Belgique. Cette formation s’adresse aux marins qui possèdent déjà un titre de formation comme un permis hauturier, un BACPN, un Yachtmaster ou un Capitaine 200, permettant une progression de carrière pour des professionnels déjà qualifiés.
Le coût de la formation dépendra de l’organisme de formation choisi et de la durée de la formation. Tout au long de la formation, les candidats sont suivis par un instructeur professionnel STCW. Des cours particuliers peuvent être mis en place en option, ainsi qu’une session en présentiel avec examen blanc pour optimiser les chances de succès.