Le Gilet de Sauvetage à Port Permanent : Terminologie, Normes et Technologies Essentielles pour la Sécurité Maritime

Le gilet de sauvetage, désigné dans la réglementation sous le terme d’équipement individuel de flottabilité (EIF), constitue la première barrière contre le risque de noyade. Ce matériel est donc un objet flottant et d’habillement sur le haut du corps qui augmente les chances de survie du porteur en cas d’incident. Sa fonction première est de maintenir la tête du porteur hors de l’eau afin de laisser libres les voies respiratoires. L'objectif du gilet de sauvetage n'est pas de supporter la totalité du poids du naufragé pour le maintenir au-dessus de l'eau ; il se concentre seulement sur une poussée verticale pour soutenir les voies respiratoires du porteur hors de l'eau. Il a pour fonction de maintenir le porteur à la surface de l’eau et, selon son niveau de performance, d’assurer le retournement automatique du corps sur le dos afin de libérer les voies respiratoires, même en cas de perte de connaissance.

L'inventeur du gilet de sauvetage est l’explorateur et capitaine John Ross Ward, qui a créé en 1854 sous la forme d’une ceinture en liège, le premier système de flottaison. Depuis, cet équipement a considérablement évolué. Il est indispensable à bord, que l’on soit bon ou mauvais nageur, adulte, enfant, skipper professionnel de grande classe ou marin d'eau douce. En France, le port d’un gilet de sauvetage automatique ou en mousse est obligatoire durant toutes les activités nautiques et doit être porté tout au long de la pratique pour assurer la sécurité. Cet équipement, qui augmente les chances de survie en cas de chute à l’eau, permet ainsi de flotter plus facilement à la surface en attendant l'arrivée des secours.

Il existe une différence fondamentale entre les aides à la flottabilité et les gilets de sauvetage. Les aides à la flottabilité, généralement d’une flottabilité minimale de 50 Newtons, sont conçues pour soutenir une personne consciente sachant nager. Elles n’assurent pas le retournement du porteur et sont destinées aux activités nautiques pratiquées à proximité des secours. L’efficacité d’un gilet dépend autant de sa conception que de son port effectif : un gilet non porté, même conforme aux normes, ne protège pas en cas de chute brutale ou inattendue.

Un Cadre Réglementaire Rigoureux pour la Sécurité en Mer

Les gilets de sauvetage sont aujourd'hui conçus pour répondre à des normes et des dispositifs très précis, comme la Norme ISO ou les Newton par exemple, afin de garantir au mieux la protection des pratiquants à bord de leurs bateaux. Comme tout Équipement de Protection Individuel (EPI), ses règles de mise à disposition et d’utilisation à bord sont encadrées par la réglementation.

Pour les professionnels, le gilet de sauvetage est depuis 2007 un équipement de sécurité nautique obligatoire pour les gens de mer. En tant qu’EPI destiné à la lutte contre le risque de noyade, les gilets de sauvetage et tous les VFI (Vêtements de Flottabilité Individuels) sont soumis aux normes européennes ISO 12402-1 à 10 définissant les critères de confort et de flottabilité. La norme SOLAS 2010 MSC.200 MED encadre strictement la conception et la certification des gilets de sauvetage professionnels destinés aux navires soumis à la convention SOLAS. L'Organisation maritime internationale régit la Convention internationale pour la sauvegarde de la vie humaine en mer - SOLAS. Cette convention requiert que les exigences de la convention SOLAS soient respectées pour tous les équipements de sauvetage transportés et utilisés à bord de tous les navires effectuant des voyages internationaux, y compris les navires à passagers et les navires de charge d'une jauge brute supérieure ou égale à 500 tonnes. Ceci inclut les gilets de sauvetage, les combinaisons d'abandon et les combinaisons d'immersion.

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Pour les plaisanciers, la division 240 impose d’avoir à bord des EIF en quantité suffisante mais n’impose pas le port en permanence de ces derniers. Cependant, il en faut au moins un par personne à son bord. La réglementation de la division 240 spécifie les exigences minimales en fonction de la zone de navigation. Jusqu’à 2 milles d’un abri, une aide à la flottabilité de 50 N peut suffire selon l’activité. Entre 2 et 6 milles, un gilet de 100 N minimum est requis par personne à bord. Au-delà de 6 milles, la flottabilité minimale exigée est de 150 N, assortie de l’obligation d’un harnais et d’une longe par bateau pour les bateaux à moteur et par personne pour les voiliers. Pour les enfants de moins de 30 kg, un gilet de 100 N minimum est obligatoire quelle que soit la zone de navigation.

Un ETSO présente également les exigences relatives aux gilets de sauvetage de port permanent pour adultes utilisés sur les hélicoptères à destination ou en provenance d'héliports situés dans une zone maritime hostile. Par ailleurs, la norme européenne et internationale s'applique aux harnais de sécurité et aux lignes de vie correspondant à différentes masses corporelles : Taille 1 pour plus de 50 kg, Taille 2 pour entre 20 kg et 50 kg, et Taille 3 pour moins de 20 kg. Ces harnais sont destinés à être portés par toutes les personnes dans un cockpit exposé ou sur le pont d'un bateau.

Flottabilité : L'Échelle des Newtons

La flottabilité d’un gilet est exprimée en Newtons (N), unité qui mesure la force exercée pour maintenir un corps à la surface. La norme européenne définit les gilets en fonction de leur flottabilité exprimée en Newtons (50, 100, 150 et 275). Il s’agit d’une flottabilité type pour un porteur de 70 kg. En pratique, l’efficacité du gilet varie selon le poids, la taille et les vêtements portés. Une personne légère bénéficiera d’une flottabilité relative plus importante, tandis qu’un porteur plus lourd ou équipé d'un pantalon et d'une veste de quart devra privilégier un gilet de flottabilité supérieure.

Les normes européennes ISO 12402 définissent quatre grandes classes de flottabilité :

  • Flottabilité minimale de 50 Newton (N) pour un adulte moyen : Ces gilets constituent une aide à la flottabilité. Ce niveau est destiné aux nageurs compétents et qui sont à proximité du rivage ou de la côte, ou peuvent être aidés ou secourus rapidement. Ces vêtements sont peu encombrants, mais leur usage en eau perturbée est limité, et on ne peut s'attendre à ce qu'ils assurent la sécurité du porteur pour une longue période. Ils ne disposent pas d'une flottabilité suffisante pour protéger les personnes qui ne peuvent pas s'aider elles-mêmes et ne garantissent pas la sécurité d’une personne inconsciente. Ils sont utilisables en plan d'eau fermé ou à moins de 2 milles d'un abri.
  • Flottabilité minimale de 100 Newton (N) pour un adulte moyen : Ce niveau est destiné aux personnes qui peuvent avoir à attendre des secours, dans des eaux abritées. Les modèles de 100 N sont adaptés aux eaux calmes et à la navigation côtière. Ils garantissent le retournement sur le dos d'une personne inconsciente sauf dans de rares cas.
  • Flottabilité minimale de 150 Newton (N) pour un adulte moyen : Ces gilets sont préconisés pour les navigations à plus de 6 milles. Ils sont recommandés pour les nageurs et les non-nageurs et pour toutes les eaux. Ils garantissent le retournement sur le dos d'une personne inconsciente sauf dans de rares cas.
  • Flottabilité minimale de 275 Newton (N) pour un adulte moyen : Ce niveau de gilet de sauvetage est principalement destiné à une utilisation offshore dans des conditions extrêmes. Ils sont conçus pour les nageurs et les non-nageurs, et spécifiquement pour la haute mer et les conditions extrêmes.

Pour les enfants, la réglementation impose un gilet de 100 N minimum jusqu’à 30 kg, quelle que soit la zone de navigation. Le gilet doit être spécifiquement conçu pour leur morphologie, avec une sangle sous-cutale, une poignée de halage et des couleurs vives pour faciliter le repérage. Les gilets automatiques existent en taille enfant, et sont moins contraignants pour eux aussi, ils sont à privilégier pour leur assurer une sécurité maximum.

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Typologies de Gilets de Sauvetage : Mousse vs. Gonflable

Les brassières et gilets de sauvetage, aussi appelés vêtements de flottabilité individuelle, peuvent être gonflables ou en mousse et permettent à une personne tombée à l’eau de ne pas couler.

Les Gilets à Flottabilité Permanente (en mousse)

Les gilets à flottabilité permanente, souvent en mousse, sont moins chers à l’achat mais plus encombrants. Ces équipements assurent selon leur taille une flottabilité simple par mer calme jusqu’à une flottabilité active par mer agitée permettant notamment le retournement. Ces brassières ou gilets assurent par ailleurs à bord une certaine protection physique en cas de choc. Ces gilets en mousse sont fiables, économiques et nécessitent peu d’entretien. Leur encombrement peut limiter le confort et la mobilité. En France, les gilets en mousse se portent en plan d'eau fermé ou à 2 milles d'un abri, et ce type d’équipement a pour fonction principale d’assurer la flottaison de personnes tombées à l’eau et sachant nager.

Les gilets en mousse sont conçus en forme de plastron et possèdent deux modes de fixation. Les brassières se passent au cou et se fixent avec une à deux sangles positionnées entre le bassin et le thorax. Les gilets sont quant à eux à passer comme un vêtement classique par les bras et se fixent par une fermeture éclair doublée d’une sous-cutale passant entre les cuisses et assurant un bon maintien.

Les Gilets Gonflables : Confort et Technologie

Les gilets gonflables sont plus chers à l’achat mais ont un encombrement réduit. Ils se portent sur les vêtements et allient sécurité et confort, permettant une meilleure mobilité lors des déplacements ou des manœuvres. Les gilets gonflables offrent une flottabilité idéale et une sécurité excellente. Ces gilets sont également conçus en forme de plastron. Leur flottabilité est assurée par l’action d’une bouteille de gaz CO2 capable de gonfler instantanément des réservoirs d’air. Cette particularité donne au gilet automatique un avantage important en terme de mobilité, car porté sur les vêtements, il n’entrave pas les mouvements et facilite manœuvres et déplacements à bord.

Les fabricants ont réalisé un travail sur les formes 3D des poumons et de l’enveloppe extérieure, permettant désormais de porter son gilet de sauvetage non plus sur le cou mais sur les épaules. Les gilets se portent désormais « haut » et sur les épaules, améliorant le confort général.

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Il existe plusieurs mécanismes de déclenchement pour les gilets gonflables :

  • Le gilet gonflable manuel : Il est constitué d’un poinçon à actionner manuellement en cas de chute. La tirette de percussion est actionnée manuellement, le poinçon métallique perce la cartouche de gaz, et la chambre gonflable se remplit. Le déclenchement manuel suppose une action volontaire du porteur et n’offre aucune protection en cas de perte de connaissance.
  • Le gilet gonflable automatique dit à pastille de cellulose : Ce système fonctionne avec une cartouche munie d’un élément soluble mais résistant à l’humidité et aux embruns. Le système de gonflage se déclenche au contact de l’eau, qui va dissoudre l’élément hydrosoluble. Un ressort pousse le poinçon dans la cartouche de gaz, la chambre gonflable se remplit. Le témoin de percussion automatique change d’état. Le gilet se déclenche donc qu’après immersion dans l’eau, apportant une sécurité accrue, mais nécessite un contrôle régulier de la pastille et de sa date de péremption.
  • Le gilet gonflable automatique pressiostatique (système Hammar) : Ce système fonctionne avec une valve hydrostatique qui s’active sous l’effet d’une pression faible de l’eau. Il permet d’éviter les déclenchements intempestifs qui peuvent survenir sur les percuteurs non-hydrostatiques exposés régulièrement à l’humidité ambiante (pluie, paquet de mer, eau de lavage, etc.). Ils se déclenchent de façon autonome en cas de chute.

Même si ces systèmes sont fiables, tous les gilets gonflables conformes aux normes sont équipés d’un dispositif de gonflage buccal, offrant une sécurité supplémentaire en cas de défaillance du mécanisme automatique ou manuel.

Accessoires Indispensables et Compléments de Sécurité

En addition du gilet de sauvetage, de nombreux équipements supplémentaires peuvent s'ajouter afin de le rendre davantage efficace et d'améliorer son fonctionnement. Ces éléments sont essentiels pour améliorer la protection, le repérage et les chances de sauvetage.

  • La sous-cutale : Elle améliore le maintien de l’équipement gonflé sur l’utilisateur. Elle est indispensable si le gilet n’est pas bien préformé. Elle l’est moins si le gilet est préformé et correctement réglé sur le marin. Cette sangle passe entre les cuisses, assurant un bon maintien.
  • La boucle Harnais : Elle permet de fixer une longe au gilet et ainsi de s’accrocher au navire. La poignée de halage est requise dès 150 N.
  • La longe : Elle permet de s’attacher au bateau, de préférence en 3 points pour pouvoir se déplacer en restant toujours attaché. Il est important de veiller à prendre un mousqueton ergonomique afin que l’utilisation de la longe ne soit pas un effort pour le marin.
  • La balise individuelle de détresse (PLB ou AIS) : Elle permet la localisation de l’homme à la mer.
  • La lampe flash : Elle augmente la visibilité de l’homme à la mer, de jour comme de nuit. Son déclenchement peut être manuel ou automatique. On la préfère en automatique pour éviter de se fatiguer et de se refroidir lorsque l’on tombe à l’eau : mieux vaut être vu, automatiquement et sans effort. Dans la réglementation de la division 240, il faut impérativement à bord un dispositif lumineux. Celui-ci peut être collectif, sous la forme d'une lampe torche étanche ayant au moins 6 heures d'autonomie, ou individuel. Le feu individuel doit lui aussi être étanche, avoir une autonomie de 6 heures, et doit être impérativement soit porté par chaque personne à bord, soit fixé sur l'équipement individuel de flottabilité, à savoir la brassière ou le gilet de sauvetage.
  • La capuche anti-embruns : Elle se range dans une petite poche que l’on fixe sur une sangle du gilet et se déploie manuellement une fois le gilet gonflé dans l’eau. Le risque de noyade avec le gilet gonflé augmente avec le temps, l’hypothermie et la fatigue arrivant, la personne à secourir finit par boire la tasse, et c’est l’objectif de cette capuche anti-embruns que d’empêcher cela.
  • Le sifflet : Il est obligatoire à partir de 100 N. De plus, il est recommandé d'équiper son gilet de sauvetage d’un sifflet fixé de telle manière que son utilisation se fasse sans difficulté.
  • Poches : Certains gilets de sauvetage très complets sont équipés de poches. Il est judicieux d'en profiter pour garder sur soi du matériel comme une VHF marine portable.

Combinaisons Spécifiques pour la Sécurité en Mer

Au-delà des gilets de sauvetage, des équipements plus spécialisés sont requis, notamment pour les navires soumis à la convention SOLAS, pour offrir une protection accrue dans des conditions extrêmes.

  • Les combinaisons d'immersion et isothermes : Ces combinaisons doivent offrir le plus haut niveau de sécurité et de performance. Elles intègrent une flottabilité inhérente qui permet à l'utilisateur de flotter et d'être protégé thermiquement pour offrir les meilleures chances de survie et de sauvetage avant que les effets négatifs de l'immersion en eau froide ne se manifestent et pour protéger contre les risques de noyade.
  • La combinaison de port permanent : Elle est conçue pour être portée comme combinaison de travail, pour maintenir le porteur au chaud et au sec pendant les activités normales et pour assurer une protection thermique en cas d'immersion accidentelle, pour prolonger la vie et pour aider au sauvetage. Le temps estimé de protection thermique d'un individu lorsqu'il porte ce type d'équipement dépendra de la température de l'eau, des conditions météorologiques, des vêtements, de la tolérance au froid de la personne et de son comportement.
  • La combinaison d'abandon : Elle est conçue pour être enfilée en cas d'urgence ou d'abandon planifié d'un navire. Elle offre une protection contre le choc dû au froid et retarde l'apparition de l'hypothermie. Le système d'immersion complet (combinaison et vêtements portés sous la combinaison) doit pouvoir maintenir le porteur en vie suffisamment longtemps pour que les services de secours puissent le retrouver et le récupérer. Le temps estimé de protection thermique d'un individu dépendra de la température de l'eau, de l'état des vagues et de sa physiologie.

Entretien et Maintenance : Clés de la Fiabilité

Les gilets de sauvetage ont une durée de vie limitée, accentuée par les agressions auxquelles ils sont soumis (rayonnement ultra-violet, en mer avec le sel, abrasion, micro-organismes, hydrocarbures, compression, etc.). Un entretien régulier des gilets conditionne leur fiabilité et leur efficacité.

En mer, le nettoyage à l’eau douce après chaque utilisation est préconisé. Le stockage dans un endroit sec, aéré et à l’abri des rayonnements solaires est recommandé. Les réparations de fortune sont déconseillées. Un contrôle tactile et visuel doit être réalisé régulièrement pour s'assurer de l'intégrité du gilet.

Pour les gilets gonflables, il faudra remplacer la cartouche de gaz après utilisation du gilet de sauvetage, ou si elle n'est plus opérationnelle. Pour un gilet automatique, il faudra en plus changer également la pastille à sa date d'expiration ou après utilisation du gilet. Il est également fortement recommandé de disposer à bord d’un kit de réarmement adapté au modèle du gilet, comprenant une cartouche de CO₂ et, le cas échéant, un déclencheur neuf (pastille hydrosoluble ou système hydrostatique). En cas de déclenchement involontaire ou après une chute à la mer, le gilet devient inutilisable tant qu’il n’a pas été réarmé.

L'achat d'un gilet est un investissement pour 10 ans minimum. Il est donc conseillé de faire faire la révision par un professionnel (comme Ouest Sécurité Marine par exemple) 2 à 3 fois dans la durée de vie du produit. Lors de cette révision, le poumon sera gonflé et testé à la valeur de pression de test exigée par le fournisseur, ce qui demande de connaître l’usage spécifique du gilet. Avant de prendre la mer, il est indispensable d’informer l’équipage sur l’utilisation des gilets et brassières de sauvetage, assurant ainsi une préparation optimale en cas d'incident.

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