Le Petit Voilier Breton : Entre Tradition, Modernité et Aventure Maritime

Le petit voilier breton incarne bien plus qu'un simple mode de transport maritime ; il représente un véritable art de vivre et de naviguer, une manière d'aimer la mer et la voile. Ces embarcations, souvent caractérisées par leur look rétro et leur construction soignée, se démarquent des bateaux d’aujourd’hui. Plus que de la nostalgie ou l’envie de se démarquer, ces petits voiliers de style rétro offrent une connexion unique avec l'histoire maritime tout en proposant des performances et une adaptabilité surprenantes. Ils sont une invitation à explorer les côtes, les îles et les eaux intérieures, permettant de naviguer partout avec une élégance intemporelle.

L'Évolution et le Charme des Petits Voiliers Traditionnels

L'univers de la plaisance a connu une grande révolution dans les années 80. À coup d’innovations techniques et de travail des architectes navals, les bateaux ont radicalement changé en 50 ans. Les « couteaux » des années 60 ont laissé place à des voiliers au maître bau reculé au maximum et aux carènes planantes. Certains voiliers volent, maintenant, marquant une rupture nette avec les designs d'antan. Cependant, au milieu de cette modernisation effrénée, certains chantiers, entourés de passionnés et d’amateurs de belle plaisance, ont réussi à faire vivre certaines carènes, certains gréements et constructions bois. Ces voiliers de tradition ont réussi à faire le dos rond et voir passer les années avec sourire et sagesse. Il ne s'agit pas seulement de préserver un patrimoine, mais de le faire évoluer. En effet, certains architectes navals ont même été piocher dans l’histoire pour dessiner des bateaux qui reprennent le look de ces vieux voiliers pour en faire des bateaux pourtant très modernes.

Ces petits voiliers, qu'ils soient voile-aviron, day-boat, à cockpit ouvert, ou de type barque de pêche, sont souvent limités à 5,50 mètres maximum, offrant une agilité et une facilité d'utilisation précieuses. Des anciens voiliers de régates aux modèles actuels inspirés, ces embarcations sont beaucoup plus qu’une envie de nostalgie, beaucoup plus que le patrimoine maritime. Ils sont généralement assez vivants sur l'eau, procurant des sensations de navigation authentiques et immédiates. Ils sont aussi un cadeau inoubliable qui dure dans le temps, et de beaux modèles entièrement assemblés décorent la maison et le bureau, fruit d'une construction de haute qualité avec des matériaux, en mettant l'accent sur les plus petits détails.

Exemples Emblématiques de Petits Voiliers Bretons et Assimilés

La Bretagne, terre de marins et de traditions, abrite une multitude de petits voiliers qui illustrent parfaitement cette philosophie. Parmi eux, certains modèles sont devenus des références incontournables.

Le Guépard : Un Dériveur du Golfe du MorbihanLe Guépard est un dériveur imaginé et dessiné par Etienne Rigidel dans les années 60. Issu des plates de travail du golfe du Morbihan, ce dériveur houari connaît un regain d’intérêt depuis plusieurs années. Le Guépard dispose toujours d’un foc de couleur et son cockpit est entièrement ouvert, pouvant accueillir quatre personnes aisément. Construit en bois, il est proposé par le chantier Du Guip, mais aussi en construction amateur, témoignant de sa popularité et de son accessibilité. Ses dimensions sont : Longueur : 5,50m ; Largeur : 2,12m ; Tirant d’eau : 0,25/1,10m ; Poids : 500kg.

Le Stir Ven 19 et 22 : L'Élégance de François VivierComment parler des petits voiliers de tradition sans évoquer les créations de François Vivier, un architecte que tous les passionnés de petits voiliers connaissent. Le Stir Ven 19 est proposé par le chantier breton Grand Largue. Ce dériveur intégral en bois est un voilier moderne qui reprend les lignes d’un voilier classique, alliant élégance et vivacité. Ses caractéristiques incluent : Longueur : 5,70m ; Largeur : 2,10m ; Tirant d’eau : 0,25/1,10m ; Poids : 535kg.

Dans la même lignée, le Stir Ven 22, aussi construit par Grand Largue, est un day-boat avec une belle allure et un sacré caractère, caractérisé par son immense voile aurique, son étrave canoë, ses bordés à clins et son pont dépourvu de filière. Le plaisir de naviguer à son bord est entier, où seules quelques poulies rappellent que nous sommes sur une construction moderne. Il est une solution pratique pour le transport et le mâtage de la plus grande unité de notre comparatif qui reste au gabarit routier. Il convient de faire preuve de méfiance avec cette immense grand-voile très puissante qui nécessite une parfaite entente entre barreur et régleur. Le Stir Ven 22 a vite fait d’être ardent et l’équipier doit en permanence réguler la grand-voile selon les indications du barreur, un certain doigté est donc nécessaire pour l’apprivoiser. Ses spécifications sont : Long. flot. : 5,80 m ; Largeur : 2,20 m ; Tirants d’eau : 0,25-1,14 m ; Lest : 180 kg ; SV au près : 24 m2 ; GV : 19 m2 ; Foc : 5 m2 ; Architecte : François Vivier ; Matériau : CP-époxy.

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Les Ateliers de La Gazelle Des Sables : Petits Voiliers Transportables InnovantsLes Ateliers de La Gazelle Des Sables proposent les plus petits voiliers transportables, dont le Morgat 320. La Gazelle des Îles est le plus petit voilier de notre sélection et… le plus grand du chantier. Ici, le look rétro cache une grande modernité. Proposée avec un gréement sloop aurique ou avec deux mâts (goélette ou ketch), la Gazelle des Îles est un petit voilier très sécurisant. Son rapport de lest lui garantit une certaine stabilité en navigation, et dans le même temps, il est incoulable et se redresse seul. Ses dimensions sont : Longueur : 3,90m ; Largeur : 1,45m ; Tirant d’eau : 0,55m ; Poids : 130kg.

La Gazelle, initialement construite par assemblage de panneaux en sandwich, est désormais fabriquée en infusion et rend 140 kg au Guépard, qui aura donc du mal à l’attraper au portant. Pour le reste, elle reste très proche du modèle d’origine en ce qui concerne les formes de carène et le gréement. Le gréement houari reste très simple, la principale différence avec un marconi résidant dans la double drisse, grand-voile et pic. On envoie les deux ensemble, et une fois en tête on peut jouer sur la tension de la drisse de pic pour justement « apiquer » plus ou moins et donc moduler la puissance de la grand-voile. Sur l’eau, la Gazelle a mis en évidence sa vivacité dans le médium, y compris face à des concurrents théoriquement plus ambitieux ! Elle est accessible comme on les aime. Ses spécifications incluent : Long. flot. : 5,50 m ; Largeur : 2,06 m ; TE : 0,20- 1,10 m ; Dépl. : 400 kg ; Lest : 52 kg ; SV au près : 20 m2 ; GV : 14 m2 ; Foc : 6 m2 ; Arch. : Riguidel/Marine Composite ; Mat. : sand. verre/ feutre ; Const. : Marine Composite.

Le Cormoran : Le Régatier de la Baie de MorlaixLe Cormoran est un voilier né dans la Baie de Morlaix, en Bretagne Nord, avec les premières unités voyant le jour en 1922. Dans les années 30, ce petit bateau de rade est devenu un vrai voilier de régate, connaissant un vif succès dans la région. Sa surface de voile en a fait un bateau très vivant et rapide. Construit en chêne, il est proposé aujourd’hui par le chantier Jezequel, dans le Finistère. Ses dimensions sont : Longueur : 4,50m ; Largeur : 2m ; Tirant d’eau : 0,50/1m ; Poids : 430kg.

Le Monotype d’Arcachon : Une Tradition Aquitaine RemarquableBien que n'étant pas breton, le Monotype d’Arcachon mérite une mention parmi ces petits voiliers de tradition. Dessiné par Joseph Guédon en 1912, ce voile-aviron est très véloce et construit en bois pour respecter la jauge. L’association de propriétaires est très dynamique et propose plusieurs régates. Ses dimensions sont : Longueur : 4,00m ; Largeur : 1,54m ; Tirant d’eau : 0,58/1,07m.

Le Bihan 5.80 : Sportivité et ModernitéLe chantier Marine Composite, résolument tourné vers la modernité, propose le Bihan 5.80. Si le gréement houari reste clairement la marque de fabrique du chantier, ce n’est pas pour son côté vintage mais plutôt pour ses qualités pratiques, offrant un mât court (6,80 m) pesant moins de 7 kg, un avantage indéniable sur la remorque. Le lest est là aussi (172 kg dans le bulbe et le voile de la quille pivotante) et si cela ne suffit pas, les sangles du cockpit sont faites pour servir, tout comme vos abdominaux ! Résolument sportif également, le grand gennaker sur bout-dehors télescopique s’étouffe et s’avale dans sa baille comme sur un cata de sport. Il ne faut pas s’y tromper : dès que la brise rentre un peu, le Bihan fait parler les chevaux, déjauge et atteint rapidement des vitesses à deux chiffres. Produit à sept unités pour sa première année, il est dans les temps de son grand frère le Bihan 6.50 (37 unités en sept ans). Côté programme, les deux modèles affichent aussi leurs différences puisqu’on peut dormir à bord du 6.50, tandis que la cabine du 5.80 n’est qu’une zone de rangement sèche, certes spacieuse (2,65 m de long, 1,07 m de hauteur) mais inhabitable. Ses spécifications sont : Long. flot. : 5,80 m ; Largeur : 2,20 m ; Tirants d’eau : 0,20-1,50 m ; Déplacement : 560 kg ; Lest : 172 kg ; SV au près : 21 m2 ; GV : 14 m2 ; Foc : 7 m2 ; Architectes : Finot/Conq ; Matériau : sand. verre/feutre.

Le Corsaire : Le Micro-Croiseur par ExcellenceDifficile de parler de micro-croiseurs sans faire référence au Corsaire. Comme le Vaurien avant lui, également sur un plan de Jean-Jacques Herbulot, et comme le Muscadet de Philippe Harlé après lui, le Corsaire a montré la voie et prouvé que l’on pouvait caboter sur un petit bateau dans des conditions de confort décentes. Il est toujours construit ! Il propose au moins deux couchettes au gabarit adulte, une kitchenette suffisante pour cuisiner un repas chaud et un carré bien abrité sous un rouf en « dur » pour le partager en bonne compagnie. Ajoutez à cela un WC, fût-il chimique, assez de rangements pour une petite semaine de croisière, un coffre de cockpit, une vraie baille à mouillage, et à vous la liberté ! Le Corsaire, le Maraudeur et les Micro sont des bateaux de 18 pieds, soit 5,50 m, et représentent le plus petit habitable possible, léger et ultra-transportable.

Le Skellig 5.1 : Le Robuste "Coat-Boat" RéinventéLe Skellig 5.1, avec sa bouille charmante, a bien failli disparaître du paysage nautique avec le naufrage du chantier Plasmor en 2019. Il revient de loin, mais son esprit s’est actualisé avec une carène planante dont la stabilité de forme ne nécessite plus de monter au rappel au près comme sur son aîné. C’est dommage car le Flow 19 en a vraiment les capacités. La dérive pivotante s’efface entièrement dans la coque à l’approche de la rive et facilite ainsi aussi bien le transport sur remorque que l’échouage sur la plage. Évidemment, dans le petit temps, cette large carène collera un peu plus au plan d’eau, rendant la présence d’un asymétrique indispensable. Ce que l’on retient c’est surtout un contrôle de barre tout en finesse avec ces deux safrans relevables accrochés au tableau arrière qui - avec sa belle grand-voile à corne - lui donnent un petit air de course au large. Un look qui ne passe pas inaperçu, mais qui ne doit surtout pas effrayer le néophyte.

Les créateurs du Skellig construisent aujourd’hui en Ille-et-Vilaine une cinquantaine de kayaks et une dizaine de Skellig par an, avec un carnet de commandes rempli pour les six prochains mois. Ils n’ont pas de concurrence directe en Europe, ni pour leurs kayaks ni pour les Skellig, robustes coat-boats, atypiques et passe-partout. Avec son grand cockpit autovideur bien défendu par de hautes hiloires et un imposant rouf abritant trois couchettes et une cuisine, le Skellig 5.1 est idéal pour des promenades nautiques sécurisantes à un rythme de sénateur, mais avec style. Pour autant, le mât reculé permet de porter un grand foc, voire un gennaker amuré sur le bout-dehors en bois. Ces voiles d’avant sont indispensables pour dynamiser la navigation de ce dériveur intégral assez lourd, qui peine un peu dans la faible brise. L’accastillage est réduit à sa plus simple expression, mais l’essentiel est à sa place. Les appendices pivotants et escamotables autorisent l’échouage sans précaution particulière. Ses spécifications sont : Long. : 5,95 m ; Largeur : 2,50 m ; Tirants d’eau : 0,20-1,30 m ; Déplacement : 700 kg ; Lest : 60 kg ; SV au près : 23 m2 ; Gennaker : 16 m2 ; Architectes : C. Baley/Plasmor/Y. Wileveau ; Matériau : sandwich verre/PVC.

L'Astus 20.5 : Le Trimaran Repliable aux Ambitions CotièresLa tradition de la petite croisière existe aussi chez les multicoques. Les trimarans repliables, plus simples à caser au port, sur la remorque ou dans un jardin, persistent et signent grâce au dynamisme de chantiers comme Astus et Tricat. L'Astus 20.5, avec ses trois coques, ses étraves inversées, sa belle grand-voile à corne, un long bout-dehors et la célèbre signature du cabinet VPLP sur le tableau arrière, attise forcément les convoitises des plaisanciers admirateurs des Ultimes, Multi 50 et adeptes de longs bords de reaching ! C’est un véritable micro-croiseur : l’abri succinct de l’habitacle, le petit mouillage dans sa baille et un coffre étanche permettent d’envisager une croisière itinérante en mode camping côtier en passant la nuit à l’échouage ou au mouillage selon la configuration des lieux. Attention au chargement : mieux vaut naviguer léger. Sur l’Astus 20.5, la navigation a la priorité sur la contemplation. Ses caractéristiques sont : Long. : 5,95 m ; Largeur : 2,48-4,50 m ; Tirants d’eau : 0,25-1,25 m ; Déplacement : 490 kg ; SV au près : 21 m2 ; GV : 15 m2 ; Foc : 6 m2 ; Gennaker : 23 m2 ; Architecte : VPLP ; Matériau : strat. verre.

Le Flow 19 : Ludique et ConfortableLe Flow 19, issu de l’Aloès 18, est un pur day-boat mais aussi une vraie petite luge planante et ludique. Ses références sont à chercher quelque part entre le Corsaire et les minis. Son architecte constructeur, Antoine Mainfray, a la culture de la course au large. Il navigue en père peinard mais offre un confort étonnant en croisière, tout en gardant ce côté nostalgique ma foi bien sympathique ! Antoine Mainfray a amplement mérité le prix du Voilier transportable de l’année.

Philosophies de Navigation et Vie à Bord

La diversité des programmes offerts par ces petits voiliers est remarquable. Trois questions permettent d’étalonner les ambitions de ces petits bateaux : Peut-on dormir à bord ? Peut-on bricoler un dîner chaud, une soupe, un café ? Si on ne peut pas, c’est au mieux un weekender, c’est-à-dire un bateau sur lequel on peut faire une sieste, voire passer une nuit ou deux pour les plus rustiques. Peut-on organiser suffisamment la vie à bord pour partir une petite semaine à deux, trois ou quatre ? Si c’est oui, vous êtes sur un vrai petit croiseur ! Pour un même programme, ils proposent trois philosophies complètement différentes.

Bien souvent, les acheteurs de day-boats ne veulent pas s’interdire de pousser l’aventure un peu plus loin… donc de disposer d’une paire de couchettes, ou de l’espace pour les aménager, même si l’expérience prouve qu’ils ne les utiliseront jamais. Ce qui n’empêche pas, si l’envie vous en prend, de bricoler une toile de tente sur la bôme et des matelas gonflables dans ces cockpits, pour la plupart longs et accueillants. Le reste est affaire de style, car il existe en gros deux catégories de day-boats. D'un côté, les day-boats plus sportifs, gréés en Marconi et clairement issus des quillards de sport des années 90 et 2000. Là aussi on peut distinguer ceux qui restent de vraies petites luges de portant dans l’esprit des Open 5.70 et autres Mach 6.50, à l’image du Speed Feet 18, et ceux qui affichent des valeurs un peu plus sages, comme le First 18.

Le gréement houari, quasiment oublié il y a quelques années, fait un retour tonitruant. Qu’est-ce qu’une grand-voile à corne, sinon une sorte de gréement houari inachevé dont le pic serait bien trop court ? À voir les sourires qui fleurissent dans le cockpit, le bonheur est aussi à la barre et à l’écoute. L’une et l’autre interagissent sans cesse, et si le bateau est bien réglé, ne comptez pas abattre ne serait-ce que de quinze degrés sans soulager quelques décimètres d’écoute. Pas de meilleure école pour l’équipier en apprentissage : les sensations sont immédiates, plaisantes et riches d’enseignements. De fait, certains de nos petits canots peuvent être amenés à réduire très tôt faute d’équipiers au rappel, à l’image du fringant Stir Ven 22, et plus étonnamment du Flow 19 dont l’équipage souhaite modérer la gîte dès 15-17 nœuds de vent. Ils renverront la toile : ce n’était qu’un effet de côte. Ce plaisir simple, cette joie de naviguer sans se prendre la tête, c’est bien ce qui rassemble ces canots au-delà de leurs différences techniques et nautiques.

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Conseils Pratiques pour la Navigation en Petit Voilier

Explorer les guides nautiques Nautisme offre des guides pratiques pour naviguer léger. Le choix du bateau, la sécurité, la remorque, l'entretien et les gestes à bord sont des contenus qui vont droit aux questions utiles, fournissant des repères concrets pour préparer une sortie, comprendre le matériel et garder un petit bateau facile à utiliser. Pour un gréement aurique, si vous tirez trop la barre, il faut choquer, et si elle est molle au contraire, border un peu. Comme sur tous les bateaux en fait, mais c’est encore plus sensible sur un gréement aurique. Le plan de pont est souvent simple : tourelle de grand-voile et son coinceur sur le banc de cockpit, à l’arrière du puits de dérive, une pantoire de grand-voile réglable qui permet de tendre la chute de la grand-voile, deux poulies de foc et leurs coinceurs, pas de spi. Côté rangements, les deux coffres abrités par le pont avant offrent tout le volume nécessaire.

Yann Quenet et "Baluchon" : L'Odyssée du Micro-Navigateur Breton

L'esprit d'aventure et la robustesse des petits voiliers trouvent leur incarnation parfaite dans l'histoire de Yann Quenet, un marin pas comme les autres qui parcourt le monde sur un voilier de quatre mètres, sans moteur, ni assistance. Le Breton Yann Quénet, parti de Saint-Brieuc il y a plus d'un an, vient de jeter l'ancre au port de Québec, après une traversée de l'Atlantique pleine de péripéties. Il est rentré à bon port samedi 6 août 2022 après un périple de 3 ans autour du globe à bord d'une coquille de noix. C’est une aventure digne des plus grands navigateurs. « Bravo Yann ! » peut-on lire sur une banderole. Bagad et Gwenn ha du étaient aussi de sortie pour l'accueillir. « Un truc de fou », résume à sa manière un admirateur. En cette belle matinée ensoleillée sur la Bretagne, de nombreux curieux et amis se pressaient pour venir l’accueillir au port du Légué à Saint-Brieuc.

Baluchon, son minuscule voilier de 4 mètres, n'a coûté que 4000€ pour sa fabrication et a nécessité 400 heures de travail, que Yann a effectué lui-même dans son atelier. À bord, il y a seulement 2 mètres carrés. « C'est un petit jouet. Cela se manœuvre très bien. C'est un Optimist pour grand garçon », plaisante le navigateur breton. Pourtant, son odyssée est loin d'être un jeu d'enfant. Alors que les bateaux d’aujourd’hui sont suréquipés en capteurs et en technologie embarquée, l’esquif de Yann Quenet en est totalement dépourvu. « Mon smartphone me servait de GPS et c’est tout. Je le rechargeais grâce à un panneau solaire. » Pour autant, le marin ne semble pas tourner en rond. « J'ai ma couchette au milieu et sur les côtés, j'ai toutes mes affaires dans des bidons étanches, comme ça s'il y a de l'eau qui arrive, rien n'est mouillé. » Sa plus grande navigation sans toucher terre a duré 77 jours.

Le parcours de Baluchon a débuté de Lisbonne en 2019. Avant cette escale à La Gomera, Yann Quenet a fait étape à La Corogne et à Madère. Le petit voilier a dû « slalomer entre des mastodontes » au large du détroit de Gibraltar. « C'est l'autoroute des cargos, ils sont énormes par rapport à Baluchon - certains porte-conteneurs mesurent plus de 400 mètres de long, 100 fois plus longs que le micro-bateau de Yann Quenet - il faut être très vigilant car ils ne me voient pas du tout, c'est à moi de faire attention. » Yann et Baluchon doivent sans cesse éviter les cargos, braver les courants, le brouillard et les tempêtes. Les vagues déferlent, le bateau se couche, se redresse, « un petit peu comme dans une machine à laver en mode essorage. On prend des coups mais je continue à lire comme si de rien n'était. »

Yann Quenet a tiré des leçons d'une première tentative il y a sept ans qui s’était soldée par le naufrage de son rafiot. Son analyse après coup : « Erreur évidente dans la conception du bateau, tous les bateaux chavirent, encore plus ceux qui ne font que 4 m, j’avais, bien sûr, fait plein de calculs et de courbes de redressement, mais ce n’était que des calculs théoriques, ma courbe était faite capots fermés et étanches, avec le mât en matière flottante implanté, et coque flottant à l’envers horizontalement, or, bien entendu le bateau s’est rempli d’eau, flottait étrave hors de l’eau avec une assiette longitudinale de plus de 30° et sans mât, ce qui fait qu’évidemment mes calculs étaient totalement erronés et stupides. Le bateau retourné comme une vieille crêpe devenait plus stable encore à l’envers qu’à l’endroit ! » Autant d’enseignements qui lui ont servi pour la fabrication de Baluchon, deuxième du nom. Pour Hélène, venue l’applaudir, « il est un exemple d’opiniâtreté et de valeurs humaines. Il y a des gens qui baissent les bras pour pas grand-chose. Lui ne lâche rien. »

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Le 20 juin 2024, Yann Quenet est parti du port du Légué à Saint-Brieuc pour un nouveau long voyage à travers les mers du globe, et est arrivé il y a quelques jours à La Gomera, l'une des îles des Canaries, à bord de Baluchon. « Baluchon va très bien ! », assure l'aventurier briochin. « J'ai effectué quelques modifications depuis le premier voyage, donc il a un comportement un peu différent, et il a fallu qu'on se réhabitue à naviguer ensemble, mais je n'ai pas eu de mauvaises surprises. » Il a accosté à Saint-Pierre et Miquelon, nouvelle étape de son second tour du monde à bord de son minuscule voilier. Puis il est venu jeter l'ancre au port de Québec. « C'est une destination dont j'ai rêvé très longtemps, et quand on y arrive pour de vrai, il y a un petit sentiment d'irréalité. Et quand on arrive dans un endroit aussi idyllique, on oublie un petit peu toutes les galères. » Son deuxième tour du monde se fait à 4 nœuds de moyenne, sans moteur, ni assistance. « Pour faire 20 milles nautiques, on a parfois mis 11 heures. Vous pouvez vous moquer un peu. »Partout où Yann fait escale, difficile maintenant de passer inaperçu. Une vedette malgré lui, même au Canada, à plus de 5 000 km de sa maison. « C'est le deuxième tour du monde que je fais », raconte-t-il aux visiteurs du port de Québec qui sont admiratifs. « Des grandes traversées de l'océan, c'est impressionnant, mais la remontée du fleuve Saint-Laurent sur un bateau sans moteur, on sait ici que ça peut être très compliqué », commente l'un d'eux.Un peu de patience est nécessaire avant de traverser l'Atlantique. « Il ne faut pas que je me presse trop, car ce n'est pas la bonne saison pour traverser l'Atlantique, c'est la saison cyclonique. Donc, il faut traînasser un petit peu, et ce n'est pas désagréable. » Yann compte rester encore « une semaine ou deux à La Gomera » avant de rallier les îles du Cap-Vert, plus au sud. « À ce moment-là, mi-octobre, début novembre, ce sera la bonne période pour aller jusqu'aux Caraïbes. » Fidèle à son habitude, Yann Quenet ne sait pas précisément où il fera escale. « Pour l'instant, ce qui est prévu, ce sont les Antilles, mais si l'envie d'aller voir ailleurs me prend, je peux bifurquer de mon plan ; je pourrais peut-être visiter la Guyane si ça me chante. » Et la boucle par le Canada pour « réaliser un vieux rêve de gamin, couper du bois, marcher dans la neige avec des raquettes », dont il parlait avant de partir ? « Oh, ce sera pour l'année prochaine, pour l'instant je me concentre sur les prochaines étapes », répond Yann. Son voyage doit durer « trois, quatre ou… dix ans ! » Dans quelques semaines, le fleuve Saint-Laurent deviendra totalement gelé. À 56 ans, Yann a décidé de poursuivre son tour du monde en solitaire au Canada, cette fois sur la route, mais toujours avec des projets plein la tête : « Dans quelques jours, je pars vers l'Abitibie, un endroit très reculé, pour passer l'hiver dans une cabane. Mon rêve, c'est de marcher dans la neige avec des raquettes et de couper du bois. Une aventure à la Jack London, un petit peu. C'est des rêves de gamin que je suis en train de réaliser finalement », conclut-il. Au printemps prochain, les deux inséparables reprendront le large sur la côte ouest. La date du retour en Bretagne reste encore inconnue. Un comité d'accueil composé d'amis et d'admirateurs attendait le navigateur pour son retour sur le plancher des vaches. « On devient un peu addict. Construire des bateaux, c’est mon truc, alors je vais me remettre au travail. Le Covid m’a empêché d’accoster dans les pays anglo-saxons, comme l’Australie, et ça a complètement modifié mon voyage. » Tout sourire, le marin ne demande pas mieux que de construire un nouveau bateau et « repartir dès que possible ».

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